TOME II · CHAPITRE IX

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Résumé

Grande dissertation sur la maison de Rohan, ses alliances et ses prétentions : les « juveigneurs » de Bretagne, l'alternance décidée entre vicomtes de Rohan et comtes de Laval-Montfort, le parlement aux obsèques de l'archevêque de Lyon par égards et non par rang. L'aventure de Mlle de La Garnache, duchesse de Loudun « à vie seulement » ; Henri de Rohan fait duc et pair, son mariage et sa postérité ; Benjamin de Soubise duc à brevet ; le tabouret de grâce obtenu par Sully pour les sœurs du duc de Rohan. Tout l'art saint-simonien de la généalogie militante, contre une maison qu'il juge usurpatrice.

Les entrées

Curiosités sur la maison de Rohan
L'enquête historique sur la maison de Rohan, ouverte d'une phrase-programme : « Jamais aucun de la maison de Rohan n'avoit imaginé d'être prince ; jamais de souveraineté chez eux, jamais en Bretagne ni en France… aucune autre distinction que celle des établissements que méritoient leurs grandes possessions de terre, leurs hautes alliances et une naissance qui, sans avoir d'autre origine que celle de la noblesse… étoit pourtant fort au-dessus de la noblesse ordinaire. »
Ses grandes alliances
Les grandes alliances, pièces à l'appui : la mère d'Alain IX fille du connétable de Clisson, sa première femme fille de Jean V de Bretagne, sa fille mariée à Jean d'Orléans comte d'Angoulême — « et cette Rohan fut mère de Charles d'Orléans, comte d'Angoulême, père du roi François Ier. Certainement voilà de la grandeur » ; puis les Navarre : le mariage de Jean Ier avec la fille du roi Philippe III de Navarre, sœur de Charles le Mauvais, et celui de René Ier avec Isabelle d'Albret, tante de Jeanne d'Albret, mère d'Henri IV. « Avec ce détail, je pense au moins qu'on ne m'accusera pas d'avoir dissimulé rien des grandeurs de la maison de Rohan. »
Juveigneurs, ou cadets de Rohan, décidés n’avoir rien que de commun en tout et partout avec tous autres juveigneurs nobles et libres de Bretagne
Mais les juveigneurs : Alain VI fut obligé vers 1300 par Jean II de Bretagne de reconnaître « que, selon la coutume de cette province, tous les juveigneurs de Rohan devoient être hommes liges du duc de Bretagne » et leurs terres traitées comme celles « de ses autres sujets libres » : « ainsi, pour les cadets, nulle préférence sur ceux des autres maisons nobles de Bretagne. »
Vicomtes de Rohan décidés à alterner avec les comtes de Laval-Montfort jusqu’à ce que ces derniers eussent la propriété du lieu de Vitré
Et les aînés : en pleins états de Vannes (1451), le duc Pierre ordonna qu'Alain IX alternerait la première place, jour par jour, avec Guy comte de Laval, « et ainsi à l'alternative jusqu'à ce que ce dernier ou ses successeurs fussent propriétaires du lieu de Vitré » — la possession de Vitré donnant préséance définitive. Voilà l'aîné des Rohan, « au plus haut point de toute sorte de splendeur, en alternative décidée et subie avec le comte de Laval ».
Le parlement, par égards, non par rang, aux obsèques de l’archevêque de Lyon, fils du maréchal de Gié
L'épisode du parlement : aux obsèques de l'archevêque de Lyon, fils du maréchal de Gié (1536), la cour répondit qu'« en considération des mérites du feu maréchal de Gié et de son fils », elle lui rendrait volontiers l'honneur rendu aux princes et grands du royaume — « or, si ce prélat avoit eu rang à recevoir cet honneur, le parlement le lui auroit rendu tout de suite sans répondre » : par égards, non par rang.
Mlle de La Garnache ; son aventure ; duchesse de Loudun à vie seulement
Mlle de La Garnache, première « époque » d'un rang : séduite par M. de Nemours « sous promesse de mariage » tandis qu'il courtisait Mme de Guise ; la reine de Navarre protesta pour sa nièce, mais « elle en fut pour sa honte, et ses protecteurs pour leurs cris, et M. de Nemours épousa Mme de Guise en 1566 ». Des années après, ayant touché Mme de Nemours elle-même, elle obtint l'érection de Loudun en duché « personnellement pour elle, et sans aucune suite après elle » : « telle est la première époque d'un rang dans la maison, et non à la maison de Rohan. »
Henri de Rohan fait duc et pair ; son mariage et celui de son unique héritière ; enfants de celle-ci
Henri de Rohan, « le dernier chef des huguenots en France », fait duc et pair par Henri IV en 1603, gendre de Sully : « ce grand homme qui se signala tant à la tête d'un parti abattu », mort de ses blessures en Valteline en 1638 « avec la réputation d'un grand capitaine et d'un grand homme de cabinet ». Sa fille unique porta tous ses biens à Henri Chabot en 1645, « à condition de porter lui et leur postérité le nom et les armes de Rohan », avec pairie nouvelle « et avec rang du jour de sa réception au parlement » — malgré la mère huguenote, la fille catholique « se moqua d'elle ». On y rattache l'héroïsme des femmes de la branche : la mère et les filles soutenant le siège de La Rochelle « jusqu'à manger les cuirs de leurs carrosses ».
Benjamin de Rohan, sieur de Soubise, duc à brevet ou non vérifié
Benjamin de Rohan, sieur de Soubise, frère du grand Rohan : il « ne fit parler de lui que par l'audace et l'opiniâtreté de ses continuelles défections », duc à brevet en 1626, disparu après La Rochelle « et mourut en Angleterre, sans considération, sans avoir été marié ».
M. de Sully obtient un tabouret de grâce aux deux sœurs du duc de Rohan, son gendre, non mariées
Le tabouret de grâce des deux sœurs : Sully, en mariant sa fille, représenta si bien à Henri IV la parenté de Navarre — l'héritage éventuel par Isabelle — qu'il obtint le tabouret « aux deux sœurs de son gendre, mais en leur déclarant bien que ce n'étoit que par cette unique considération… que cette distinction ne regardoit point la maison de Rohan, et ne passeroit pas même au delà de ces deux filles. C'est la première époque de rang, ou plutôt d'honneurs sans dignité dans la maison de Rohan, et non à cette maison. »
Dispute de préséance au premier mariage de M. Gaston, entre les duchesses d’Halluyn et de Rohan, décidée en faveur de la première
La dispute au mariage de M. Gaston, à Nantes : la duchesse de Rohan voulut précéder la duchesse d'Halluyn — « des paroles, elles en vinrent aux poussades et aux égratignures » — et la dispute fut « sur-le-champ jugée et décidée en faveur de Mme d'Halluyn, comme l'ancienne de Mme de Rohan, qui subit le jugement. Voilà la première époque de prétention, et la prétention fut malheureuse » — encore ne portait-elle que sur l'ancienneté entre duchesses, non sur la maison.
Louis, puis Hercule de Rohan, faits l’un après l’autre ducs et pairs de Montbazon ; famille de ce dernier
La branche de Guéméné : Louis VI fait ériger Montbazon en comté et Guéméné en « principauté » (1547-1549) — « il y a nombre de ces principautés d'érection en France, dont pas une n'a jamais donné aucune espèce de distinction ». Puis Louis duc et pair de Montbazon (1588, mort sans enfants un an après) et Hercule, duc et pair par érection nouvelle d'Henri IV en 1595 « avec rang de cette nouvelle érection », grand veneur, gouverneur de Paris : « lassé de leurs intrigues, qui suivant l'étoile de la maison de Rohan, étoient utiles à cette maison, mais qui lui faisoient peu d'honneur, il les laissa faire et se retira en Touraine. » De ses deux lits : la fameuse duchesse de Chevreuse, le prince de Guéméné marié à sa cousine Anne de Rohan — trio avec la belle-mère, « toutes trois parfaitement belles et fort galantes, sans que leur beauté ni leur galanterie ait jamais formé le moindre nuage entre elles », le mari trouvant son compte à tout — « leçon utile à la grandeur d'une maison… que M. de Soubise a si exactement et si utilement suivie » — et M. de Soubise, père du prince et du cardinal de Rohan.

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