TOME XII · CHAPITRE XI
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Résumé
Le programme de réformes : survivances, brevets de retenue et charges à rembourser — « raisons et moyen de le faire » ; la taxe proposée « n'a rien de contraire à la convocation des états généraux, qui lui est favorable » ; remboursements progressifs ; « nulle grâce expectative » ; remplir subitement les vacances ; la réparation des chemins par les troupes ; et l'« extérieur du roi à imiter » — le maintien personnel conseillé au futur Régent.
Les entrées
- Survivances, brevets de retenue et charges à rembourser
- Une idée longtemps mûrie, calculée à la Ferté « avec des gens plus propres que moi au calcul » : rembourser tous les brevets de retenue et survivances des principales charges de la cour, pour rendre M. le duc d'Orléans « maître de toutes les principales charges..., à mesure qu'elles viendroient à vaquer », et en remettre au roi la libre disposition à sa majorité. Presque plus une charge « qui ne fût en survivance ou chargée de gros brevets de retenue... : par ce moyen elles étoient rendues héréditaires. Qui n'en avoit point n'en pouvoit espérer, le roi n'avoit rien à disposer. » Le remboursement libérerait les titulaires du fonds hypothéqué ; et « la condition essentielle étoit de se faire une loi immuable de ne donner jamais ni survivances ni brevets de retenue » : « les hommes se mènent presque tous beaucoup mieux par l'espérance et par la dépendance que par la reconnoissance. »
- Raisons et moyen de le faire, et multiplication de récompenses à procurer
- Même remboursement pour les gouvernements et lieutenances de provinces, à affecter en récompenses : « le nombre d'officiers généraux étoit devenu excessif... par cette détestable méthode de faire de nombreuses promotions par l'ordre du tableau », et presque point de récompenses. Affecter « toutes les lieutenances générales des provinces à la récompense des lieutenants généraux, et les lieutenances de roi des provinces aux maréchaux de camp », en exiger les fonctions effectives, « et remettre ainsi l'épée en lustre et en autorité, en bridant et humiliant les intendants des provinces, et cette foule de trésoriers de France, d'élus, de petits juges, de gens de rien, enrichis et enorgueillis, qui sous les intendants sont les tyrans des provinces, le marteau continuel de la noblesse, et le fléau du peuple qu'ils dévorent ». Le moyen : « une taxe sourde aux gens d'affaires », préférable aux chambres de justice où « l'argent et la protection sauvent tous les gros richards » — « leur parler à l'oreille..., leur faire à chacun des propositions modérées et proportionnées..., et si quelques-uns d'eux faisoient les insolents, les traiter militairement, de Turc à More ». Réserver de plus aux seuls cavaliers et dragons les pensions, aux gens de mer les gouvernements des ports, et presser « le rétablissement de la marine, d'où dépend en un royaume flanqué des deux mers toute la sûreté et la prospérité de son commerce ».
- Taxe proposée n’a rien de contraire à la convocation des états généraux, qui lui est favorable
- Cette taxe n'avait « rien de contraire » à la convocation des états généraux, qui ne devait que rendre publique la situation des finances et leur en laisser le choix des remèdes ; au contraire, « je ne voyois point d'occasion plus favorable de faire et de presser la taxe... qu'au moment de la première publicité de la convocation des états, pour faire peur aux financiers d'être abandonnés à leur merci, et les assurer qu'en payant avant leur première assemblée, ils seroient garantis de leur haine, de leur vengeance et de tout ce qu'ils avoient tant lieu d'en appréhender ».
- Autres remboursements peu à peu dans la suite
- Pour les suites : « payer peu à peu tous les régiments de cavalerie, d'infanterie et de dragons pour en ôter la vénalité à jamais... La France est le seul pays du monde où les offices de la couronne, les charges de la cour et de la guerre, et les gouvernements soient vénaux » ; et saisir les occasions « de rendre libres les charges des premiers présidents, et des procureurs généraux des parlements, chambres des comptes et cours des aides ».
- Nulle grâce expectative
- Nulle grâce expectative : se souvenir de la juste sévérité du roi sur les coadjutoreries — « combien il se devoit garder... de prendre jamais d'engagement avec qui que ce fût pour rien qui ne fût pas vacant » — et du scrupule qui avait délivré de vénalité les charges d'aumôniers du roi, « chemin ouvert aux bénéfices et aux prélatures ».
- Remplir subitement les vacances
- Remplir subitement les vacances : « se former un état de ceux qu'on croit devoir placer par étages et par classes, afin de pouvoir choisir soi-même le successeur d'une place dont le titulaire menace une ruine prochaine..., pour n'être pas en proie aux demandeurs..., et pouvoir disposer sur-le-champ de la vacance pour donner soi-même, en avoir le gré, et ne se les laisser pas arracher. »
- Réparation des chemins par les troupes
- « L'affreux état où on avoit laissé tomber les chemins par tout le royaume » — chaque généralité payant de grosses sommes dont « la moitié demeuroit dans la poche des entrepreneurs » — interceptait le commerce intérieur : employer les troupes en pleine paix à leur réparation, sous l'œil des officiers et d'ingénieurs choisis, « et en quatre ans... les chemins se trouveroient beaux, bons et durables ». Mais il y fallait « des châtiments éclatants..., car j'y reviens toujours, nous périssons en tout genre par l'impunité ». Et l'abus des fonds détournés par les puissants « pour leur faire des chemins, des pavés..., qui ne conduisent qu'à leurs maisons de campagne » — témoin le mot sec du roi à Mme de La Vrillière vantant sa terrasse de Châteauneuf : « Je le crois bien, c'est à mes dépens qu'elle a été faite, et sur les fonds des ponts et chaussées de ces pays-là pendant bien des années. »
- Extérieur du roi à imiter, et fort utile ; et conduite personnelle
- Enfin, l'exemple du feu roi à imiter : fuir « l'appât des détails » qui amusent le prince tandis que « le grand devenoit la proie de ses ministres » ; se défaire de « cet esprit de tracasserie puisé d'enfance dans la cour de Monsieur » ; et surtout la « dignité constante, et la règle continuelle de son extérieur » — « on n'avoit qu'à savoir quel jour et quelle heure il étoit, pour savoir aussi ce que le roi faisoit ». Craintes du séjour de Paris, des roués, « des soupers scandaleux et des sorties nocturnes » ; adjuration de penser ce qu'il dirait lui-même « d'un régent du royaume qui, à plus de quarante ans, mèneroit... la vie d'un jeune mousquetaire de dix-huit ans » ; sur la religion, « il ne s'agissoit point d'hypocrisie..., mais de s'interdire tout propos libre..., et de vivre au moins en honnête mondain qui respecte la religion du pays qu'il habite » ; sur les maîtresses, « changer continuellement d'objet, pour ne se laisser pas prendre » ; règles des audiences, des dames, des ministres étrangers, du « Je verrai » royal ; voir le roi enfant tous les jours « avec un respect qui lui plaise..., parce qu'il n'y a rien de si glorieux que les enfants ». « Si la suite fait voir combien je perdis mon temps et mes peines, la vérité veut que je ne retienne rien et que j'expose tout avec sincérité. »
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