TOME XIV · CHAPITRE XVIII
Lire le texte intégral du chapitre →
Résumé
Le czar en France : le voyage « importune » le Régent ; l'origine de la haine personnelle de Pierre pour le roi d'Angleterre ; Kurakin ambassadeur ; les motifs du czar « qui veut, puis ne veut plus être catholique » — courte réflexion sur Rome ; la réception à Dunkerque et Calais, le défraiement total, les honneurs « parfois les mêmes qu'au roi », le Louvre préparé et l'hôtel de Lesdiguières choisi ; l'auteur propose Tessé pour l'accompagner — « vie que menait le maréchal »…
Les entrées
- Le czar vient en France, et ce voyage importune
- « Pierre Ier, czar de Moscovie, s'est fait avec justice un si grand nom chez lui et par toute l'Europe et l'Asie..., comparable aux plus grands hommes de l'antiquité. » Ayant voulu venir en France du vivant du feu roi « qui l'en fit honnêtement détourner », il fit dire au régent « qu'il alloit partir des Pays-Bas... pour venir voir le roi. Il n'y eut pas moyen de n'en pas paroître fort aise, quoique le régent s'en fût bien volontiers passé » : dépense énorme, embarras d'un prince « plein de fantaisies, avec un reste de mœurs barbares », et l'inimitié ouverte avec le roi d'Angleterre, si gênante pour un régent dont « l'intimité avec le roi d'Angleterre étoit publique ».
- Origine de la haine personnelle du czar pour le roi d’Angleterre
- L'origine de la haine : « la passion dominante du czar étoit de rendre ses États florissants par le commerce » ; un canal traversant « un petit coin » des États allemands de George exigeait son concours — « la jalousie du commerce empêcha Georges d'y consentir »... et « ce canal, extrêmement avancé, ne put être continué. Telle fut la source de cette haine, qui a duré toute leur vie et dans la plus vive aigreur. »
- Kurakin ambassadeur de Russie en France ; quel
- Kurakin : « d'une branche de cette ancienne maison des Jagellons..., grand homme bien fait, qui sentoit fort la grandeur de son origine, avec beaucoup d'esprit, de tour et d'instruction..., mais l'extrême avarice gâtoit fort ses talents. Le czar et lui avoient épousé les deux sœurs » — la czarine répudiée « sans que Kurakin se fût senti de cette disgrâce ».
- Motifs et mesures du czar qui veut, puis ne veut plus être catholique
- Le czar et Rome : voulant marier sa postérité « avec les premiers potentats de l'Europe », il pensa au catholicisme, mais voulut d'abord s'éclairer « sur les prétentions romaines ». Le roi Guillaume lui conseilla « d'imiter l'Angleterre, et de se faire lui-même chef de la religion chez lui » — conseil goûté d'un prince dont les aïeux patriarches avaient fait la fortune familiale, et qui usurpa peu à peu toute l'autorité religieuse. Revenu pourtant à son projet, il envoya Kurakin trois ans à Rome « sous prétexte de curiosité » : « sur le rapport long et fidèle que Kurakin en fit au czar, ce prince poussa un soupir en disant qu'il vouloit être maître chez lui, et n'y en pas mettre un plus grand que soi, et oncques depuis ne songea à se faire catholique. »
- Courte réflexion sur Rome
- La réflexion : « Tels sont les biens que les papes et leur cour font à l'Église » — suivie du rappel évangélique : Jésus-Christ « a déclaré à saint Pierre comme aux autres apôtres que son royaume n'est pas de ce monde », et refusa de juger l'héritage des deux frères « pour enseigner aux pasteurs et aux prêtres par un si grand exemple... qu'ils n'ont aucun pouvoir ni aucun droit sur le temporel ». « Ce fait du czar sur Rome, le prince Kurakin ne s'en est pas caché... j'ai mangé chez lui et lui chez moi. »
- Il est reçu à Dunkerque par les équipages du roi, et à Calais par le marquis de Nesle
- La réception : « le régent envoya les équipages du roi, chevaux, carrosses, voitures, fourgons, tables et chambres, avec du Libois..., pour aller attendre le czar à Dunkerque », et le marquis de Nesle le reçut à Calais.
- Il est en tout défrayé avec toute sa suite
- Le défrai total : « le défrayer jusqu'à Paris de tout et toute sa suite » — une quarantaine de personnes, « dont il y en avoit douze ou quinze de gens considérables » — et à Paris « six cents écus par jour, quoiqu'il eût beaucoup fait diminuer sa table dès les premiers jours ».
- On lui rend parfois les mêmes honneurs qu’au roi
- Les honneurs : ordre de « lui faire rendre partout les mêmes honneurs qu'au roi même » — jusqu'à une salle des gardes du roi chez lui, « dont il ne voulut presque jamais être suivi dehors ».
- On lui prépare des logements au Louvre et à l’hôtel de Lesdiguières, qu’il choisit
- Les logements : « on meubla pour lui l'appartement de la reine mère au Louvre », et l'on prépara l'hôtel de Lesdiguières « dans le doute qu'il n'aimât mieux une maison particulière avec tous ses gens autour de lui ». Arrivé le vendredi 7 mai à neuf heures du soir au Louvre, « il le trouva trop magnifiquement tendu et éclairé, remonta tout de suite en carrosse et s'en alla à l'hôtel de Lesdiguières » — où, l'appartement encore trop beau, « tout aussitôt fit tendre son lit de camp dans une garde-robe ».
- Je propose au régent le maréchal de Tessé pour le mettre auprès du czar pendant son séjour, qui l’attend à Beaumont
- Le choix de Tessé : le régent consultant Saint-Simon sur le seigneur à mettre auprès du czar, celui-ci proposa « le maréchal de Tessé comme un homme qui n'avoit rien à faire, qui avoit fort l'usage et le langage du monde, fort accoutumé aux étrangers..., et qui sûrement y feroit fort bien » — quoique toujours « fort sur le pied gauche » avec le régent. Tessé alla l'attendre à Beaumont.
- Vie que menoit le maréchal de Tessé
- La vie de Tessé, « embarrassé de sa personne » : « il s'étoit mis dans un bel appartement aux Incurables. Il en avoit pris un autre aux Camaldules, près de Grosbois... Il donnoit dans l'une et dans l'autre à manger tant qu'il pouvoit, et avec cela se prétendoit dans la retraite. Il fut donc fort aise d'être choisi..., c'étoit aussi son vrai ballot, et il s'en acquitta très bien. »
- Journal du séjour du czar à Paris
- Le journal du séjour : places Royale, des Victoires et Vendôme dès huit heures du matin ; l'Observatoire, les Gobelins, le Jardin du roi ; les ouvriers de réputation même un jour de purge ; le Pont-Tournant des Tuileries longuement examiné ; les Invalides le jour de la Pentecôte — « il goûta de la soupe des soldats et de leur vin, but à leur santé, leur frappant sur l'épaule, et les appelant camarades » ; Meudon avec Ragotzi, Issy chez le maréchal d'Estrées, Bercy chez Pajot d'Ons-en-Bray et ses machines, Versailles, Trianon, Marly, Fontainebleau — fuyant l'escorte en sautant dans « les carrosses de louage, les fiacres mêmes », jusqu'à enlever celui de Mme de Matignon « qui fut bien étonnée de se trouver à pied ».
- Verton, maître d’hôtel du roi, chargé des tables du czar et de sa suite, gagne les bonnes grâces du czar
- « Verton étoit un garçon d'esprit, fort d'un certain monde, homme de bonne chère et de grand jeu, qui fit servir le czar avec tant d'ordre, et sut si bien se conduire, que le czar le prit en singulière amitié ainsi que toute sa suite » — au point de prier « instamment le régent de l'envoyer auprès de lui, chargé des affaires du roi, qui le lui promit ».
- Grandes qualités du czar ; sa conduite à Paris
- Les grandes qualités : « ce monarque se fit admirer par son extrême curiosité toujours tendante à ses vues de gouvernement, de commerce, d'instruction, de police... Il allia d'une manière tout à fait surprenante la majesté la plus haute, la plus fière..., en même temps la moins embarrassante..., avec une politesse qui la sentoit, et toujours et avec tous et en maître partout » — non sans « une forte empreinte de cette ancienne barbarie de son pays qui rendoit toutes ses manières promptes, même précipitées, ses volontés incertaines, sans vouloir être contraint ni contredit sur pas une ».
- Sa figure ; son vêtement ; sa nourriture
- La figure : « un fort grand homme, très bien fait, assez maigre..., de beaux yeux noirs, grands, vifs, perçants..., le regard majestueux et gracieux quand il y prenoit garde, sinon sévère et farouche, avec un tic qui... lui démontoit les yeux et toute la physionomie, et qui donnoit de la frayeur ». Le vêtement : « un col de toile, une perruque ronde brune, comme sans poudre..., un habit brun juste au corps..., point de gants ni de manchettes..., son chapeau sur une table et jamais sur sa tête, même dehors ». La table : « ce qu'il buvoit et mangeoit en deux repas réglés est inconcevable » — bière, vin, liqueurs, « des eaux-de-vie préparées, chopine et quelquefois pinte », avec un aumônier « plus fort de moitié que pas un, dont le czar, qui l'aimoit, s'amusoit beaucoup ».
- Le régent visite le czar
- La visite du régent, dès le samedi : le czar « l'embrassa avec un grand air de supériorité, lui montra la porte de son cabinet, et, se tournant à l'instant sans nulle civilité, y entra... le czar s'assit en [le fauteuil] du haut bout, le régent dans l'autre. La conversation dura près d'une heure..., après quoi le czar... avec une profonde révérence médiocrement rendue, le quitta. »
- Le roi visite le czar en cérémonie
- La visite du roi, le lundi 10 mai : reçu à la portière, marchant « de front à la gauche du roi », fauteuils égaux. « On fut étonné de voir le czar prendre le roi sous les deux bras, le hausser à son niveau, l'embrasser ainsi en l'air, et le roi à son âge... n'en avoir aucune frayeur. On fut frappé de toutes les grâces qu'il montra..., de cette politesse qui couloit de source, et toutefois mêlée de grandeur, d'égalité de rang, et légèrement de supériorité d'âge. »
- Le czar visite le roi en toute pareille cérémonie
- La visite rendue le mardi 11 : « il fut reçu du roi à la portière de son carrosse, et conduit de même, eut la droite sur le roi partout. On étoit convenu de tout le cérémonial... Le czar montra les mêmes grâces et la même affection pour le roi..., mais la foule le surprit fort. »
- Le czar voit les places du roi en relief
- Les places en relief : le vendredi 14, « dès six heures du matin dans la grande galerie du Louvre voir les plans en relief de toutes les places du roi, dont Asfeld avec ses ingénieurs lui fit les honneurs... Il examina fort longtemps tous ces plans. »
- Le czar visite Madame, qui l’avoit envoyé complimenter ; puis [va] à l’Opéra avec M. le duc d’Orléans, qui là lui sert à boire
- Chez Madame et à l'Opéra : Madame, qui l'avait fait complimenter, « le reçut comme elle auroit fait le roi », hormis le fauteuil ; puis le duc d'Orléans le mena à l'Opéra dans sa grande loge. Le czar ayant demandé de la bière, « le régent se leva, la prit, et la présenta au czar, qui, avec un sourire et une inclination de politesse, prit le gobelet sans aucune façon, but et le remit sur la soucoupe, que le régent tint toujours » — puis la serviette de même, « dont le spectacle parut assez étonné. Au quatrième acte il s'en alla souper. »
- Le czar aux Invalides
- Aux Invalides, il « voulut tout voir et tout examiner partout..., admira beaucoup l'église, l'apothicairerie et l'infirmerie, et parut charmé de l'ordre de cette maison » ; la maréchale de Villars, venue « comme bayeuse », reçut « beaucoup d'honnêtetés » quand il sut qui elle était.
- Mme la duchesse de Berry et Mme la duchesse d’Orléans, perdant espérance d’ouïr parler du czar, envoient enfin le complimenter
- Les princesses en attente : « Mme la duchesse de Berry et Mme la duchesse d'Orléans, à l'exemple de Madame, envoyèrent le matin complimenter le czar par leurs premiers écuyers. Elles en avoient toutes trois espéré un compliment ou même une visite. Elles se lassèrent de n'en point entendre parler, et à la fin se ravisèrent. Le czar répondit qu'il iroit les remercier. »
- Il ne distingue les princes du sang en rien, et trouve mauvais que les princesses du sang prétendissent qu’il les visitât
- « Des princes et princesses du sang, il ne s'en embarrassa pas plus que des premiers seigneurs de la cour, et ne les distingua pas davantage. Il avoit trouvé mauvais que les princes du sang eussent fait difficulté de l'aller voir, s'ils n'étoient assurés qu'il rendroit une visite aux princesses du sang, ce qu'il rejeta avec grande hauteur, tellement qu'aucune d'elles ne le vit que par curiosité, en voyeuse, excepté Mme la princesse de Conti, par hasard. »
- Il visite Mme la duchesse de Berry
- Le vendredi 21, « il alla voir Mme la duchesse de Berry au Luxembourg, où il fut reçu comme le roi. Après sa visite il se promena dans les jardins. Mme la duchesse de Berry s'en alla cependant à la Muette pour lui laisser la liberté de voir toute sa maison, qu'il visita fort curieusement. »
- Dîne avec M. le duc d’Orléans à Saint-Cloud, et visite Mme la duchesse d’Orléans au Palais-Royal
- Le dimanche 23, « il fut dîner à Saint-Cloud, où M. le duc d'Orléans l'attendoit ; il vit la maison et les jardins, qui lui plurent fort ; passa, en s'en retournant, au château de Madrid..., et alla de là voir Mme la duchesse d'Orléans au Palais-Royal, où, parmi beaucoup de politesses, il ne laissa pas de montrer un grand air de supériorité, ce qu'il avoit bien moins marqué chez Madame et chez Mme la duchesse de Berry. »
- Voit le roi comme par hasard aux Tuileries
- La rencontre « de hasard » du lundi 24 : venu tôt chez le maréchal de Villeroy voir les pierreries de la couronne — « il les trouva plus belles et en plus grand nombre qu'il ne pensoit, mais il dit qu'il ne s'y connoissoit guère » —, il y croisa le roi « compassé exprès pour que ce ne fût point une visite marquée » : « le roi, qui tenoit un rouleau de papier à la main, le lui donna, et lui dit que c'étoit la carte de ses États. Cette galanterie plut fort au czar. »
- Le czar va à Versailles
- Versailles : l'après-dînée du même jour, d'Antin chargé des honneurs ; « l'appartement de Mme la Dauphine étoit préparé pour lui » ; le lendemain, embarqué sur le canal « dès le grand matin, avant l'heure qu'il avoit donnée à d'Antin », il vit « tout Versailles, Trianon et la Ménagerie » — sa suite logée au château y menant « des demoiselles qu'ils firent coucher dans l'appartement qu'avoit Mme de Maintenon..., Bloin, gouverneur de Versailles, extrêmement scandalisé de voir profaner ainsi ce temple de la pruderie ».
- Dépense pour le czar
- La dépense : « le défrai de ce prince coûtoit six cents écus par jour » ; il songea un moment à faire venir la czarine « qu'il aimoit beaucoup ; mais il changea bientôt d'avis », l'envoyant l'attendre aux eaux.
- Il va à Petit-Bourg et à Fontainebleau ; voit en revenant Choisy, et par hasard Mme la princesse de Conti un moment, qui y étoit demeurante
- Petit-Bourg et Fontainebleau : dîner chez d'Antin, coucher à Fontainebleau, chasse au cerf dont le comte de Toulouse fit les honneurs — « le lieu lui plut médiocrement, et point du tout la chasse où il pensa tomber de cheval ; il trouva cet exercice trop violent » ; retour par eau, arrêt à Choisy dont la curiosité « l'obligea d'entrer un moment chez Mme la princesse de Conti qui y étoit », et passage « sous tous les ponts de Paris ».
- Le czar va passer plusieurs jours à Versailles, Trianon et Marly ; voit Saint-Cyr ; fait à Mme de Maintenon une visite insultante
- Le second séjour à Versailles, Trianon et Marly, et la fameuse visite de Saint-Cyr, le 11 juin : reçu « comme le roi », il vit les demoiselles dans leurs classes, puis « voulut aussi voir Mme de Maintenon qui dans l'apparence de cette curiosité s'étoit mise au lit, ses rideaux fermés hors un qui ne l'étoit qu'à demi. Le czar entra dans sa chambre, alla ouvrir les rideaux des fenêtres en arrivant, puis tout de suite tous ceux du lit, regarda bien Mme de Maintenon tout à son aise, ne lui dit pas un mot ni elle à lui, et sans lui faire aucune sorte de révérence, s'en alla. Je sus qu'elle en avoit été fort étonnée et encore plus mortifiée ; mais le feu roi n'étoit plus. »
- Je vais voir le czar chez d’Antin tout à mon aise sans en être connu
- Saint-Simon en voyeur, chez d'Antin le 15 juin : ayant expédié le travail avec le régent en une demi-heure — « je m'en allois chez d'Antin bayer tout à mon aise » —, il pria Tessé « de ne point s'apercevoir de moi en sa présence, parce que je voulois le regarder tout à mon aise, le devancer et l'attendre tant que je voudrois pour le bien contempler ». « Je fus là près d'une heure à ne le point quitter et à le regarder sans cesse. Sur la fin je vis qu'il le remarquoit » — et il y vit le tic : « plusieurs fois par jour, surtout quand il ne prend pas garde à s'en contraindre. » D'Antin avait posé sur la cheminée « un portrait très ressemblant de la czarine..., avec des vers à sa louange, ce qui plut fort au czar dans sa surprise. »
- Mme la duchesse l’y va voir par curiosité
- Mme la Duchesse en voyeuse chez d'Antin, avec ses filles et des dames, dans l'appartement bas dont d'Antin fit raser le czar en l'avertissant de leur « grande envie de le voir ».
- Il en est averti ; il passe devant elle, la regarde, et ne fait ni la moindre civilité, ni semblant de rien
- L'affront : « il ne répondit rien et se laissa conduire. Il marcha plus doucement, tourna la tête vers l'appartement où tout étoit debout et sous les armes, mais en voyeuses. Il les regarda bien toutes et ne fit qu'une très légère inclination de la tête à toutes à la fois sans la tourner le long d'elles, et passa fièrement..., à cause de la prétention de la visite. Il affecta même de ne s'informer pas laquelle c'étoit ni du nom de pas une des autres. »
- Présents
- Les présents : du roi, « deux magnifiques tentures de tapisseries des Gobelins » (l'épée de diamants refusée) ; du czar, « environ soixante mille livres aux domestiques du roi », son portrait enrichi de diamants à d'Antin, Estrées et Tessé, des médailles d'or et d'argent « des principales actions de sa vie », et « un présent d'amitié à Verton ».
- Le régent va dire adieu au czar, lequel va dire adieu au roi sans cérémonie, et reçoit chez lui celui du roi de même
- Les adieux : le vendredi 18 juin, le régent vint à l'hôtel de Lesdiguières ; puis le czar alla dire adieu au roi « sans cérémonies » — « on ne peut montrer plus d'esprit, de grâces ni de tendresses pour le roi que le czar en fit paroître » —, et le roi vint le lendemain lui souhaiter bon voyage de même.
- Départ du czar, qui ne veut être accompagné de personne
- « Dimanche 20 juin, le czar partit et coucha à Livry..., et ne voulut être accompagné de personne, pas même en sortant de Paris. »
- Il va trouver la czarine à Spa
- « Allant droit à Spa où il étoit attendu par la czarine » — qu'il avait envoyée prendre les eaux « à Aix-la-Chapelle ou à Spa, à son choix ».
- Le czar visite le régent
- La visite au régent : « je suis certain que le czar alla voir M. le duc d'Orléans dès les premiers jours, qu'il ne lui rendit que cette unique visite au Palais-Royal ; que M. le duc d'Orléans le reçut et le conduisit à son carrosse, que leur conversation s'y passa dans un cabinet, seuls avec le prince Kurakin en tiers, et qu'elle dura assez longtemps. J'en ai oublié le jour. »
- Personnes présentées au czar
- Les présentations : « beaucoup de gens se firent présenter à lui, mais de considération. Beaucoup aussi ne se soucièrent pas de l'être ; aucune dame ne le fut, et les princes du sang ne le virent point. » À Saint-Ouen chez le duc de Tresmes, il pria la marquise de Béthune, fille de la maison venue en voyeuse, « de se mettre à table ; ce fut la seule dame qui y mangea ».
- Maréchal de Tessé commande tous les officiers du roi servant le czar
- « Ce monarque fut très content du maréchal de Tessé et de tout le service. Ce maréchal commandoit à tous les officiers de la maison du roi de tout genre qui servirent le czar. »
- Le czar, en partant, s’attendrit sur la France et sur son luxe
- L'attendrissement du départ : « le luxe qu'il remarqua le surprit beaucoup ; il s'attendrit en partant sur le roi et sur la France, et dit qu'il voyoit avec douleur que ce luxe la perdroit bientôt. Il s'en alla charmé de la manière dont il avoit été reçu, de tout ce qu'il avoit vu, de la liberté qu'on lui avoit laissée. »
- Il refuse le régent qui, à la prière du roi d’Angleterre, désiroit qu’il retirât ses troupes du Mecklenbourg
- Le refus sur le Mecklembourg : ses troupes y « inquiétoient fort le roi d'Angleterre », qui « pria instamment M. le duc d'Orléans de tâcher de l'obtenir de ce prince tandis qu'il étoit en France. M. le duc d'Orléans n'y oublia rien, mais sans succès. »
- Il désire ardemment de s’unir avec la France, sans pouvoir réussir, à notre grand et long dommage, par l’intérêt de l’abbé Dubois et l’infatuation de l’Angleterre funestement transmise à ses successeurs
- La grande occasion manquée : « le czar avoit une passion extrême de s'unir avec la France. Rien ne convenoit mieux à notre commerce, à notre considération dans le Nord, en Allemagne et par toute l'Europe. Ce prince tenoit l'Angleterre en brassière par le commerce, et le roi Georges en crainte pour ses États d'Allemagne. » Mais Dubois, visant le cardinalat « par l'autorité de l'empereur qui pouvoit tout à Rome », tenait la France « enchaînée à l'Angleterre avec la dernière servitude..., tant que le czar se dégoûta enfin de notre surdité pour lui..., jusqu'à ne lui envoyer ni Verton, ni personne de la part du roi. On a eu lieu depuis d'un long repentir des funestes charmes de l'Angleterre, et du fol mépris que nous avons fait de la Russie » — infatuation « funestement transmise » aux ministères de M. le Duc et de Fleury, « l'un par l'énorme argent qu'en tira sa maîtresse..., l'autre par l'infatuation la plus imbécile ».
◀ Chapitre précédent · ← Retour à la table des chapitres · Chapitre suivant ▶
© 2025-2026 - Jonathan Teyssandier - All rights reserved