TOME VIII · CHAPITRE XII

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Résumé

Les attaques de la duchesse d'Orléans pour faire Mme de Saint-Simon dame d'honneur de sa fille, future duchesse de Berry — et les mesures du ménage pour « éviter » cette place redoutée ; l'audience de la duchesse de Bourgogne à Mme de Saint-Simon. La situation personnelle de la duchesse d'Orléans avec Monseigneur, « guère meilleure » que celle de son mari ; le projet d'approcher les Orléans de Mlle Choin ; et le « curieux tête-à-tête » avec Bignon, intime de la Choin, sur la cour intérieure de Meudon.

Les entrées

Attaques de Mme la duchesse d’Orléans à moi pour faire Mme de Saint-Simon dame d’honneur de sa fille, devenant duchesse de Berry
Mme la duchesse d'Orléans presse Saint-Simon de faire de sa femme la dame d'honneur de la future duchesse de Berry : « nous serions trop heureux si nous avions Mme de Saint-Simon pour dame d'honneur ». Le duc harcelé nomme d'autres candidates, toutes écartées ; on plaisante d'une dame qui n'aurait eu qu'« une seule galanterie ». Saint-Simon, acculé, tire de sa poche la liste des dames titrées et la lit tout du long, manière civile de refuser sans rompre : il sent le piège d'un honneur qui, sous couleur de faveur, rabaisserait sa maison au service d'une princesse dont il connaît déjà les dangereux caprices.
Mesures pour éviter la place de dame d’honneur
Le mari et la femme abhorrent également « une place si au-dessous de nous en naissance et en dignité ». Saint-Simon multiplie les précautions : il rappelle à Beauvilliers la promesse faite deux ans plus tôt de le garantir de cette place, et se confie au chancelier Pontchartrain. Celui-ci le gourmande d'avoir travaillé au mariage dont il récolte ce fruit, mais convient que, le choix de Mlle de Bourbon paraissant alors certain, on ne pouvait prévoir le retour ; il promet son aide. Toute la conduite tend à éviter l'offre même, car « un refus ne se pardonneroit point ».
Audience de Mme la duchesse de Bourgogne à Mme de Saint-Simon sur la place de dame d’honneur
Par Mme Cantin, Mme de Saint-Simon obtient audience de Mme la duchesse de Bourgogne, qui l'interrompt d'abord : « Il faut que vous la soyez. — C'est justement de ne la pas être que je viens vous demander. » La princesse plaide : elle l'a voulue pour avoir une confidente auprès de sa belle-sœur, et c'est le chemin de succéder à la duchesse du Lude ; « un refus ne se pardonneroit point et nous romproit le cou pour jamais ». Mme de Saint-Simon oppose n'avoir « ni force ni capacité… ni d'humilité pour en essuyer le blâme », et sa crainte d'être « la bête de la princesse ». Après plus d'une heure, la princesse promet « qu'elle tâcheroit d'empêcher que la place lui fût offerte…, encore que ce fût contre son goût et contre son sentiment ».
Situation personnelle de Mme la duchesse d’Orléans avec Monseigneur, guère meilleure que celle de M. le duc d’Orléans
La froideur de Monseigneur pour Mme la duchesse d'Orléans est de la faute de celle-ci : après que l'affaire Choin eut glacé le salon de Mme la princesse de Conti, d'Antin tenta de tourner Monseigneur vers elle. Mais la princesse, « ivre de sa grandeur et de sa paresse », ne vit dans ces avances que « de l'ennui » et se donna « la prêtresse d'une divinité supérieure » ; Monseigneur, piqué pour toujours, se livra à Mme la Duchesse « qui le reçut avec les grâces, les jeux et les ris ». Depuis, la duchesse d'Orléans « croupit longues années sur son canapé… avec un orgueilleux et dédaigneux gré de l'avoir commise » — situation guère meilleure que celle de son mari.
Projet d’approcher M. et Mme la duchesse d’Orléans de Mlle Choin
Saint-Simon conçoit que seule Mlle Choin, toute-puissante sur Monseigneur et indépendante de la cabale de Meudon, peut adoucir le Dauphin sur le mariage de Berry et rapprocher de lui les Orléans. La voie : Bignon, intendant des finances, « le plus intime ami et confident qu'eût la Choin, et fort le mien ». M. et Mme la duchesse d'Orléans approuvent le projet et donnent à Saint-Simon pleine commission de le négocier. L'idée s'autorise d'un précédent : la Choin avait « bien voulu lier » avec feu M. le prince de Conti, quoique mal avec le roi — à plus forte raison conviendrait-il de lier avec des princes « si unis et si bien avec le roi et avec Mme de Maintenon ».
Curieux tête-à-tête là-dessus, et sur la cour intérieure de Monseigneur, entre Bignon, ami intime de la Choin, et moi
Long tête-à-tête avec Bignon, « esprit plein et médiocre au plus », que Saint-Simon manie avec docilité pour en tirer des aveux : la Choin eut « part entière » à la chute de Chamillart, de concert avec Mme de Maintenon. Il peint alors les périls d'après-règne : les deux Lorraines, dont la Choin se défie déjà, et surtout Mme la Duchesse qui, Monseigneur roi, voudrait « gouverner seule » et serait « la plus redoutable ennemie » de la Choin. Bignon, trouvant qu'on lui « parloit raison », promet de rendre compte à son amie, à deux conditions : nommer Saint-Simon, et que les Orléans ignorent tout avec lui-même. Reste l'admiration amère de « ce besoin général… de passer par Mme de Maintenon pour aller au roi, et par Mlle Choin pour aller jusqu'à Monseigneur » — « deux créatures de si vil aloi ».

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