TOME VIII · CHAPITRE XV
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Résumé
Le dénouement : motifs de la volonté « si fort déterminée » de faire Mme de Saint-Simon dame d'honneur ; les menées pour l'empêcher et « leur inutilité singulière » ; Mme de Caylus « arrogamment refusée » pour dame d'atours ; l'auteur propose et conduit « fort près du but » Mme de Cheverny — quelle elle était — ; exhortations et menaces de Boufflers « avec tout l'air de mission du roi » ; les motifs qui excluent Cheverny, Mme de La Vieuville secrètement choisie ; l'« inquiétude du roi d'être refusé » — et la scène du cabinet où le roi lui-même déclare Mme de Saint-Simon dame d'honneur.
Les entrées
- Motifs de la volonté si fort déterminée de faire Mme de Saint-Simon dame d’honneur de Mme la duchesse de Berry
- Comment le roi et les personnes royales, « une espèce tout à fait à part du reste des hommes », accoutumées « à voir tout ramper sous leurs pieds », ne se rebutèrent-ils pas de tant de refus ? Le roi destinait Mme de Saint-Simon à la place de dame du palais dès la mort de Mme de Montgon. Surtout, le mariage — dont « le grand et secret ressort » était d'approcher les bâtards de M. le duc de Berry — exigeait auprès de la nouvelle princesse une dame d'honneur incapable « de s'en laisser entamer » par la cabale de Mme la Duchesse. Or « il n'y avoit point de femme qui eût jamais mérité ni joui d'une réputation plus pleine, plus unanimement reconnue, ni plus solide que Mme de Saint-Simon » ; et le roi, une fois averti des refus, « se piqua de n'avoir pas cette espèce de démenti ».
- Menées pour empêcher que cette place ne fût donnée à Mme de Saint-Simon
- Mme la Duchesse, d'Antin et toute la cabale intime, outrés du mariage, « s'échappèrent à dire que tout étoit perdu si Mme de Saint-Simon étoit dame d'honneur ». Faute de mieux, on chercha « une ressource dans l'exactitude de la vie de Mme de Saint-Simon » : on fureta qui était son confesseur, et on se crut assuré de l'exclure en découvrant M. de La Brue, curé de Saint-Germain-l'Auxerrois, protégé du cardinal de Noailles « et qui passoit pour suspect de jansénisme » — crime auprès du roi « le plus irrémissible et le plus certainement exclusif de tout ». Ne pas se confesser à sa paroisse et aller « à ce curé étranger et si suspect » leur parut une preuve complète.
- Leur inutilité singulière
- Singulière inutilité de la manœuvre : l'accusation trouva le roi si décidé « qu'elle ne fit que l'alarmer », et, contre sa coutume, il voulut s'éclaircir auprès du P. Tellier, « le plus soupçonneux ennemi du plus léger fantôme ». Or le jésuite, assuré du ménage par le P. Sanadon, « répondit nettement de moi et, par moi, de Mme de Saint-Simon », si bien que « le poison se tourna en remède ». Le curé lui-même tenta de persuader sa pénitente de le quitter ; elle refusa, persuadée que les choses spirituelles « ne doivent jamais tenir aux temporelles », et le garda près de quarante ans. « Tel est l'usage des partis de religion quand les princes s'en mêlent. »
- Mme de Caylus arrogamment refusée pour dame d’atours par Mme de Maintenon à Monseigneur
- Monseigneur ayant parlé à Mme de Maintenon en faveur de Mme de Caylus pour la place de dame d'atours, la tante, outrée du détour de sa nièce, laissa échapper qu'elle ne la laisserait jamais mettre dans aucune place « après la vie qu'elle avoit menée, pour se donner le ridicule de faire dire qu'elle mettoit sa nièce auprès d'une jeune princesse pour la former à ce qu'elle avoit pratiqué, et à ce qui l'avoit fait chasser avec éclat ». Saint-Simon note que « ce propos, pour une dévote soi-disant repentie, s'oublioit un peu de la poutre dans l'œil et du fétu de l'Évangile ». Mme de Caylus, qui le sut, « en tomba malade » et se dédommagea en plaintes secrètes.
- Je propose et conduis fort près du but Mme de Cheverny pour dame d’atours
- Saint-Simon propose pour dame d'atours la femme de son ami Cheverny. Les Beauvilliers, ravis, y voient de quoi « unir étroitement la future duchesse de Berry à Mgr [le duc] et à Mme la duchesse de Bourgogne » en formant la nouvelle cour de gens à eux — « par leur maxime d'embrasser tout, pourvu que cela ne leur coûtât rien du tout, et qu'on ne s'en aperçût pas ». Les Orléans acceptent aussitôt, Mme la duchesse de Bourgogne et Mme de Maintenon prennent la résolution, Cheverny consent avec joie : « jamais partie ne fut si promptement et si bien liée ».
- Quelle elle était
- Portrait de Mme de Cheverny : fille du vieux Saumery et d'une sœur de M. Colbert, cousine germaine et fort amie des duchesses de Chevreuse et de Beauvilliers ; « rompue au monde », avec « beaucoup d'esprit et de sens, de l'agrément dans la conversation », elle avait très bien réussi à Vienne et à Copenhague, où son mari avait été envoyé puis ambassadeur. La naissance et la place du mari auprès du duc de Bourgogne « avoient de quoi satisfaire du côté de l'orgueil, et le reste étoit à souhait ».
- Exhortations et menaces par le maréchal de Boufflers, avec tout l’air de mission du roi
- Au bout du pont de Sèvres, le maréchal de Boufflers arrête Saint-Simon, le fait descendre de carrosse et, « avec des tons et des airs de réticence si marqués », l'exhorte et le menace : un refus le perdrait sans ressource, « on m'enverroit si loin et si mal à mon aise que j'aurois de quoi me repentir longtemps ». Le maréchal savait pourtant Saint-Simon résolu : « pourquoi donc m'arrêter, m'exhorter, me menacer ?… s'il n'avoit pas eu ordre de lui de le faire », conclut le mémorialiste, qui ne douta point que le roi, inquiet d'être désobéi, ne l'en eût expressément chargé — « tout l'air de mission du roi ».
- Motifs qui excluent Mme de Cheverny
- Ce qui exclut Mme de Cheverny : « avec tout son mérite elle avoit un visage dégoûtant, dont le roi, qui se prenoit fort aux figures, ne se pouvoit accommoder ». Le scorbut essuyé au Danemark leur avait laissé, à elle et son mari, presque plus de dents — « et eussent peut-être mieux fait de n'en rapporter aucune » — avec un teint fort couperosé. À force d'en parler, Maintenon et la duchesse de Bourgogne achevèrent de l'éloigner : le roi « s'imagina une cabale en sa faveur ; c'étoit la chose qu'il haïssait le plus », et déclara « qu'il ne pouvoit supporter d'avoir toujours le visage de Mme de Cheverny à sa suite, et souvent à sa table et dans ses cabinets ».
- Mme de La Vieuville secrètement choisie
- Lassé du combat livré par Mme de Maintenon et Mme la duchesse de Bourgogne pour Mme de Cheverny, le roi se détermina secrètement au choix de Mme de La Vieuville, « qui fut en même temps résolu ». Ce choix, fait de lui seul, sans qu'aucune des parties intéressées l'eût désiré ni même proposé, leva le dernier obstacle : c'était l'indétermination sur la dame d'atours qui retenait depuis des semaines la déclaration de la dame d'honneur. Dès que cela fut fait, le roi voulut déclarer le choix de Mme de Saint-Simon, ce qu'il fit le dimanche matin 15 juin.
- Inquiétude du roi d’être refusé par moi
- Avant la messe, le roi demande encore au duc d'Orléans « avec un reste d'inquiétude : Mais votre ami, je le connois, il est quelquefois extraordinaire, ne me refusera-t-il point ? » Rassuré par le récit de ma comparaison du cardinal de Bouillon, il parla de ma vivacité « avec estime, néanmoins comme embarrassé…, ce qu'il ne dit à son neveu sûrement que pour que cela me revînt ». Le duc ayant évoqué les mauvais offices rendus contre moi comme lors de l'ambassade de Rome, le roi répondit avec ouverture « que c'étoit la bonne coutume des courtisans ».
- Le roi me parle dans son cabinet, et y déclare Mme de Saint-Simon dame d’honneur de la future duchesse de Berry
- Au retour de la messe, le roi appelle Saint-Simon dans son cabinet, à l'écart contre une petite table : il a choisi Mme de Saint-Simon, « marque singulière de l'estime qu'il avoit de sa vertu et de son mérite, de lui confier, à trente-deux ans, une princesse si jeune ». Révérence médiocre, réponse laconique. Le roi, prodiguant les choses obligeantes « comme il savoit mieux faire qu'homme du monde… quand il présentoit surtout un fâcheux morceau qu'il vouloit faire avaler », ajoute en souriant : « Mais il faut tenir votre langue. » Puis, « d'un ton grave et magistral », à la compagnie : « Mme la duchesse de Saint-Simon est dame d'honneur de la future duchesse de Berry. » Chorus d'applaudissements.
- Sa réception du roi et des personnes royales
- Réceptions contrastées : Monseigneur répond « froidement » ; le duc de Bourgogne fait la moitié du chemin et, serrant la main de Saint-Simon « avec épanouissement », le comble de bontés. Mme de Saint-Simon, saisie par la nouvelle « quoique si prévue », cède un peu aux larmes. Mme la duchesse de Bourgogne la prend par la main jusqu'à la tribune et lui révèle son grand sacrifice : la désirant passionnément, elle avait tout mis en usage pour détourner le roi, « parce qu'il faut servir ses amis à leur mode et pour eux, non pour soi-même ». Madame « se mit à pleurer de joie » ; le roi la reçoit un bon quart d'heure de louanges ; à Meudon, Monseigneur les reçoit sous les marronniers et s'engoue de la dame d'honneur en un repas très gai.
- Je vais chez Mme de Maintenon ; son gentil compliment
- Averti « fort sérieusement qu'il falloit aller chez Mme de Maintenon » — « je ne savois pas seulement comment sa chambre étoit faite » —, Saint-Simon s'y fait conduire « comme un aveugle » jusqu'à la niche. Elle le tire d'embarras en parlant la première : c'est à elle de le féliciter « du rare bonheur et de la singularité inouïe d'avoir une femme qui, à trente-deux ans », est choisie « avec un applaudissement universel ». Il répond, puis, « avec un air de liberté, que je croyois que les plus courtes visites étoient les plus respectueuses », et fait la révérence de retraite : « Oncques depuis je n'y ai retourné. » Happé derrière la niche par la maréchale de Noailles : « qu'elle me laissât sortir de là, où je ne voyois plus qu'un étang. »
- Assaisonnements de la place de dame d’honneur
- Le roi assaisonne la place pour la rendre « moins insupportable », sans la moindre insinuation des intéressés : tant que M. le duc de Berry demeurerait petit-fils ou fils de roi, « les places de la duchesse du Lude et de Mme de Saint-Simon étoient égales » ; appointements pareils, vingt mille livres. Il prit « un soin marqué de nous former le plus agréable appartement de Versailles », délogeant pour cela d'Antin et la duchesse Sforce, et y ajouta des cuisines dans la cour au-dessous, « chose très-rare au château, parce que nous donnions toujours à dîner ». Le reste de la maison fut formé sur le pied de celle de Madame : « toute la distinction fut pour Mme de Saint-Simon ».
- La marquise de La Vieuville déclarée dame d’atours de la future duchesse de Berry
- Le jour même, Mme de Maintenon manda à la duchesse de Ventadour de faire savoir à Mme de La Vieuville qu'elle était dame d'atours. Accourue dès le soir à Versailles, elle ne fut reçue du roi que le lendemain, « en public, dans la galerie en allant à la messe », et « froidement partout, même de Monseigneur, quoique protégée et menée par Mme d'Espinoy ». Mme de Maintenon fut plus franche encore : elle interrompit ses remerciements et « l'assura qu'elle ne lui en devoit aucun, ni à personne, et que c'étoit le roi tout seul qui l'avoit voulue ».
- Sa naissance et son caractère ; et de son mari
- Mme de La Vieuville, demoiselle de Picardie nommée La Chaussée d'Eu, « belle, pauvre, sans esprit, mais sage », élevée domestique chez Mme de Nemours : son art était « une application continuelle à plaire à tout le monde, une flatterie sans mesure ». L'expérience montra « qu'intérêt et bassesses, sans aucun esprit pour contre-poids, sont de mauvaise compagnie » : elle s'attira « des coups de caveçon dont elle perdit toute tramontane ». Son mari, « une manière de pécore lourde et ennuyeuse à l'excès » ; la famille, de petits gentilshommes bretons nommés Coskaër, avait usurpé le nom et les armes de La Vieuville — l'aïeul, surintendant des finances de Louis XIII, emprisonné puis rétabli, fait duc à brevet.
- M. le duc d’Orléans mortifié par l’Espagne
- Au milieu de sa joie, M. le duc d'Orléans, embarrassé sur l'Espagne où le mariage ne pouvait plaire à cause de lui, consulta le roi, qui lui conseilla « de suivre tout uniment l'usage ». Il écrivit donc au roi et à la reine d'Espagne, « qui ne lui firent aucune réponse ni l'un ni l'autre, mais qui tous deux récrivirent à Mme la duchesse d'Orléans ». Le duc d'Albe affecta de venir la complimenter un jour où le duc était à Paris, « auquel il ne donna pas le moindre signe de vie » ; à Madrid on garda « peu de mesures en propos ». Le duc « en fut vivement peiné et mortifié ; mais il n'osa en laisser échapper la moindre plainte ».
- Mouvements sur porter la queue de la mante
- Aux fiançailles, la queue de la mante de la fiancée doit être portée par la personne de rang le plus proche : les filles d'Orléans étant à Chelles, la fonction tombait à Mlle de Bourbon — celle-là même pour qui on avait tant espéré ce grand mariage, et à qui, en ce cas, Mademoiselle eût porté la mante. « Ce fut un crève-cœur qu'elles ne purent supporter » : Mme la Duchesse et sa fille s'en firent entendre assez hautement, « jusque-là qu'il fut jeté en l'air qu'on pouvoit bien se passer de mante quand personne ne la vouloit porter ». La cour était « en maligne attention de voir ce qui arriveroit de cette pique ».
- Facilité de M. le duc d’Orléans
- Le roi, qui ne voulait « ni fâcher Monseigneur ni désespérer Mme la Duchesse » — laquelle répandait que la duchesse d'Orléans n'avait mis ses filles en religion que pour lui jouer ce tour —, demanda au duc d'Orléans s'il ne les ferait pas venir aux noces de leur sœur. Le duc, « foible, facile, content au delà de toute espérance, et l'homme le plus éloigné de haine et de malignité, oublia tout ce qui lui avoit été dit là-dessus et tout ce qu'il avoit promis à Mme la duchesse d'Orléans » : il consentit à les faire venir, complaisance que Saint-Simon juge tout à fait déplacée.
- Baptême de ses filles
- Mme la duchesse d'Orléans, « au désespoir », imagina de voiler ce retour de ses filles, qui n'étaient encore qu'ondoyées, « par le supplément des cérémonies du baptême » : elles furent tenues sur les fonts deux jours avant les fiançailles par Monseigneur et Madame, et par Mme la duchesse de Bourgogne et M. le duc de Berry. L'expédient sauvait les apparences : le retour des cadettes de Chelles prenait figure de nécessité cérémonielle et non de camouflet infligé par Mme la Duchesse à sa sœur.
- Fiançailles
- Aux fiançailles, ce fut donc Mlle de Chartres — « qui a depuis été abbesse de Chelles » — qui porta la queue de la mante de sa sœur, dénouant la pique qui grossissait autour de Mlle de Bourbon. À la signature du contrat de mariage, les deux fils de M. du Maine signèrent pour la première fois « en conséquence de leur nouveau rang » : discret mais lourd effet du mariage, dont le grand et secret ressort avait été justement d'approcher les bâtards du trône.
- Mariage de M. le duc de Berry et de Mademoiselle
- Le dimanche 6 juillet, sur le midi, le cardinal de Janson, grand aumônier, célèbre le mariage dans la chapelle : le roi, les personnes royales, princes et bâtards présents, « beaucoup de duchesses sur leurs carreaux », les tribunes « toutes magnifiquement remplies, où je me mis pour plonger à mon aise sur la cérémonie ». Après la messe, seules les personnes royales signèrent le registre du curé ; Mme de Saint-Simon quitta son carreau et « se vint ranger derrière Mme la duchesse de Berry qui alloit signer ». À la sortie, « forcé gentillesses » entre Madame et la mariée, que Madame « prit enfin par les épaules et la fit passer devant elle ».
- Festin où les enfants de M. du Maine sont admis, ainsi qu’à la signature du contrat, pour la première fois
- Le soir, festin chez Mme la duchesse de Bourgogne, sur une table à fer à cheval, « le roi seul au milieu, dans son fauteuil, avec son cadenas » : vingt-huit convives rangés en leurs rangs, de Monseigneur aux princesses du sang, avec Mmes du Maine et de Vendôme, le duc du Maine, « ses deux fils » et le comte de Toulouse — les enfants de M. du Maine admis au festin comme à la signature du contrat, pour la première fois. « Aucune femme assise n'entra dans le lieu du festin…, nuls ducs ni princes étrangers », seulement quelques hommes de la cour.
- Le duc de Beauvilliers, comme gouverneur, est préféré au duc de Bouillon, grand chambellan, à présenter au roi la chemise de M. le duc de Berry
- Au coucher des mariés, après la bénédiction du lit par le cardinal de Janson, le roi donna la chemise à M. le duc de Berry. M. de Bouillon avait prétendu la présenter comme grand chambellan ; « M. de Beauvilliers, comme gouverneur, eut la décision du roi pour lui, et la présenta » — et Saint-Simon, qui tenait le bougeoir, s'étonne que Bouillon, débouté, ne s'en allât pas. Mme la duchesse de Bourgogne donna la chemise à la mariée, présentée par Mme de Saint-Simon, à qui le roi fit « les honnêtetés les plus distinguées ». Les mariés couchés, Beauvilliers et Mme de Saint-Simon tirèrent le rideau chacun de leur côté, « non sans rire un peu d'une telle fonction ensemble ».
- Visite et douleur de la reine et de la princesse d’Angleterre
- La reine et la princesse d'Angleterre, « qui s'étoient toujours flattées de ce mariage qui même s'étoit pensé faire », étaient désolées : « elles ne se faisoient aucune justice sur la situation des affaires ». Le roi voulut leur épargner la noce et régla leur visite en conséquence : elles virent Monseigneur chez Mme la princesse de Conti, le roi chez Mme de Maintenon, les Bourgogne au salon, finirent chez les mariés et retournèrent à Chaillot, « après quoi il ne fut plus du tout mention de noces ». Le grand deuil épargna de même le spectacle à Mme la Duchesse, à qui Monseigneur fit ménager par Mme de Saint-Simon une courte visite particulière à Mme la duchesse de Berry.
- Mme de Mare refuse obstinément d’être dame d’atours
- Le roi et Mme de Maintenon comptaient que Mme de Maré, qui avait élevé Mademoiselle et « à qui elle paraissoit fort attachée », serait dame d'atours ; Madame et les Orléans le voulaient ; Mme de Maintenon elle-même, liée d'ancienne date à cette famille — la maréchale de Grancey était sœur de ce Villarceau chez qui elle « avoit tant passé d'étés » —, joignit ses instances. « Jamais on ne l'y put résoudre », quelque pressantes et longues qu'elles fussent : elle prétexta « son âge, sa santé, son repos, sa liberté ». Ce ne fut qu'à ses refus opiniâtres et réitérés qu'on nomma une dame d'atours.
- Son traitement
- Mme de Maré se retira « avec les regrets de tout le monde, les nôtres surtout » — elle était parente de Saint-Simon « et de tout temps intimement mon amie », avec « plus de sens et de conduite encore que d'esprit ». Son traitement fut honorable : des présents, deux mille écus de pension du roi, un logement au Luxembourg ; elle conserva le sien au Palais-Royal, ses établissements de Saint-Cloud et les douze mille livres d'appointements de M. le duc d'Orléans, « avec le titre de gouvernante de ses filles, dont elle ne s'embarrassa plus des fonctions ».
- Causes de ce refus trop sensées
- On ne fut pas longtemps sans découvrir la cause de cette « opiniâtre résistance à demeurer auprès de Mme la duchesse de Berry » : « plus cette princesse se laissa connoître, et elle ne s'en contraignit guère, plus nous trouvâmes que Mme de Maré avoit raison ; plus nous admirâmes par quel miracle de soins et de prudence rien n'avoit percé » du caractère de celle qu'on venait de faire fille de France. La gouvernante, qui seule savait ce que valait son élève, avait préféré perdre une grande place plutôt que d'en répondre.
- Tristes réflexions
- Tristes réflexions du mémorialiste : « plus nous sentîmes à quel point on agit en aveugle dans ce qu'on désire avec le plus de passion » ; il gémit « du malheur d'avoir réussi dans une affaire que, bien loin d'avoir entreprise et suivie au point que je le fis, j'aurois traversée avec encore plus d'activité, quand même Mlle de Bourbon en eût dû profiter…, si j'avois su le demi-quart, que dis-je la millième partie de ce dont nous fûmes si malheureusement témoins ». Les étranges suites « commencèrent à pointer, et à se développer même un peu dès ce premier Marly » — il n'en dira dans la suite « que ce qui ne s'en pourra taire ».
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