TOME XI · CHAPITRE IX

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Résumé

Le chapitre-réquisitoire : les « degrés rapides qui, du plus profond non-être », portent la postérité « sortie du double adultère » du roi et de Mme de Montespan « à la capacité de porter la couronne par droit de naissance » — l'édit de juillet 1714 mettant les bâtards dans l'ordre de succession. L'adresse de la réception de César de Vendôme au parlement rappelée ; le traversement du parquet et son époque ; réflexions — et la « position de l'esprit du roi sur ses bâtards » qui « paraît bien peu égale ».

Les entrées

Degrés rapides qui, du plus profond non-être, portent à la capacité de porter à la couronne, par droit de naissance, la postérité sortie du double adultère du roi et de Mme de Montespan
Saint-Simon dresse, numérotés un à un, les cinquante-sept degrés « qui, du plus profond non-être, portent à la capacité de porter la couronne » la postérité « sortie du double adultère du roi et de Mme de Montespan » : la « planche » de la légitimation du chevalier de Longueville « sans que le nom de la mère y fût exprimé » (1673) ; les légitimations des enfants avec « noms de provinces imposés, qui ne se donnent qu'à des fils de France » ; le duc du Maine colonel général des Suisses « avant l'âge de quatre ans » ; le surnom de Bourbon et les successions réciproques (1680) ; Dombes arrachée à Mademoiselle « pour tirer de Pignerol M. de Lauzun » ; les gouvernements, l'amirauté à cinq ans, l'ordre à seize ; les mariages — Mlle de Nantes à M. le Duc, et celui de Mlle de Blois avec le duc de Chartres, « chef-d'œuvre du double adultère et de la sodomie, l'un et l'autre publics et bien récompensés » ; le rang intermédiaire de 1694, les pairies d'Eu, d'Aumale, de Penthièvre ; le règlement de 1710 pour les fils du duc du Maine « comme petits-fils de Sa Majesté » — le mot de naturel omis ; l'édit de 1711 et les brevets de mai — « voilà sans doute un brave et succulent mois de mai. Monseigneur étoit mort à Meudon le 24 avril précédent » ; enfin « l'édit du mois de juillet 1714…, qui appelle à la succession à la couronne M. le duc du Maine, et M. le comte de Toulouse », et la déclaration du 23 mai 1715 leur donnant « la qualité de princes du sang royal ». « Le Dauphin et la Dauphine étoient morts en février 1712, et M. le duc de Berry en mai 1714. On se hâta d'en profiter. »
Adresse de la réception de César, duc de Vendôme, au parlement
Parmi ces degrés, l'adresse de la réception de César, duc de Vendôme, au parlement, invoquée par le roi pour dispenser du Maine d'information et d'âge : « M. de Sully se faisoit recevoir au parlement… Le duc de Vendôme y parut tout à coup sans que personne s'y attendît, et prit subitement sa place. Le parlement se trouva si surpris et en même temps si étonné qu'il n'osa dire mot, et la chose demeura faite » — Henri IV l'ayant ainsi souhaité, Louis XIV jugea « que son témoignage pouvoit bien servir d'information ».
Traversement du parquet par les princes du sang ; son époque
Sur le traversement du parquet de la grand'chambre, réservé aux enfants de France : le prince de Condé, élevé par Henri IV comme « le plus prochain à succéder à la couronne, le traversa, et comme les honneurs ne se perdent point, il le traversa toute sa vie ». Son fils voulut l'imiter ; le père se tourna pour l'en empêcher : « Allez, allez, monsieur, votre train et laissez-moi faire, lui répondit le fameux duc d'Enghien, nous verrons qui osera m'en empêcher. » Personne n'osa en effet, et depuis cette époque tous les princes du sang l'ont toujours traversé » — usurpation tolérée que la déclaration de 1694 confirma pour la première fois.
Réflexions
Réflexions : « pour peu qu'on examine ce groupe immense…, on sera moins frappé de l'imagination des poètes qui ont fait entasser des montagnes les unes sur les autres par les Titans pour escalader les cieux. » Un prince vieilli dans le despotisme « oublie que sa couronne est un fidéicommis qui ne lui appartient pas en propre…, qu'il l'a reçue de main en main de ses pères à titre de substitution, et non pas de libre héritage », et que la race légitime éteinte, « le droit en retourne à la nation de qui eux-mêmes l'ont reçue ». Ici la nation « n'est comptée que pour une vile esclave » — les ligueurs mêmes « voulurent au moins une figure d'élection » ; c'est aller « fort au delà de ce que le czar Pierre Ier a osé entreprendre en Russie ». Et Saint-Simon conclut, pesant les crimes : « le crime de se faire prince du sang et habile à succéder à la couronne avec une patente qui s'enregistre tout de suite, sans que qui que ce soit ose même en soupirer trop haut, est un crime plus noir, plus vaste, plus terrible, que celui de lèse-majesté au premier chef » — que penser « d'une créole, publique, veuve à l'aumône de ce poète cul-de-jatte, et de ce premier de tous les fruits de double adultère…, s'ils n'attentent encore à la couronne même ? »
Position de l’esprit du roi sur ses bâtards paroît bien peu égale
La position du roi sur ses bâtards « paroît bien peu égale » : lui qui « ne feignit pas de dire et de répéter que ces espèces-là ne devoient jamais se marier », qui chassa Longepierre pour avoir parlé d'un mariage du comte de Toulouse, qui refusa sèchement à Vendôme de rouler avec les maréchaux — « il ne falloit pas accoutumer ces petits messieurs-là à ces sortes de ménagements », dit-il à Tessé —, se laissa tout arracher. Après l'édit de succession, « le roi, accablé de ce qu'il venoit de faire, ne sut se contenter…, de dire en soupirant à M. du Maine…, qu'il avoit fait pour eux tout ce qu'il avoit pu ; mais que plus il avoit fait, plus avoient-ils à craindre et à travailler à s'en rendre dignes, pour se pouvoir soutenir après lui…, ce qu'ils ne pouvoient attendre que d'eux-mêmes, par leur propre mérite. C'étoit bien laisser échapper ce qu'il sentoit et qu'il ne disoit pas, et cela fut incontinent su de tout le monde. »

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