TOME VI · CHAPITRE XVII
Lire le texte intégral du chapitre →
Résumé
La guerre des lettres continue : Campistron et sa lettre ; la lettre du comte d'Évreux à Crozat, avec son caractère ; le « grand sens » et l'adresse de la duchesse de Bouillon ; succès de ces libelles déguisés. Mesures pour le duc de Bourgogne ; la duchesse de Bourgogne à la manœuvre ; le roi « impose à demi » sur les lettres ; vigueur de la cabale ; Chamillart conseille mal le prince « pour tous deux » — d'où l'époque de la haine de la duchesse de Bourgogne pour Chamillart ; et la « singulière adresse » de Vendôme auprès d'elle.
Les entrées
- Campistron et sa lettre
- Deux jours après celle d'Albéroni parut, « mais avec grande mesure », la lettre de Campistron, « de ces poètes crottés qui meurent de faim et qui font tout pour vivre », devenu secrétaire de Vendôme. « Un tissu de mensonges sans un seul mot de vérité », mais d'un « profond artifice », faite « au dessein de tomber à plomb sur Mgr le duc de Bourgogne » : Gamaches et d'O y sont nommés « des marauds », Matignon digne du conseil de guerre. Celle d'Albéroni fut « répandue à pleines mains » ; celle-ci « ne se confia qu'en mains sûres…, avec un air de mystère et de confiance qui ajoutât à séduction ».
- Lettre du comte d’Évreux à Crosat ; son caractère
- Le comte d'Évreux « fut le seul de son état qui se mit de niveau avec ces deux valets » : quatrième cadet de Bouillon, « avec une figure fort ordinaire et un esprit au-dessous », tout tourné à l'ambition, visant la charge de grand chambellan par la protection de Vendôme, son cousin germain. Il écrivit à Crosat, son beau-père, une apologie de Vendôme « qui ne cédoit guère à Campistron sur le compte de Mgr le duc de Bourgogne », duquel pourtant « il avoit toujours été traité avec une bonté marquée ». Crosat, flatté, « la montra quatre jours durant à qui la voulut voir ».
- Grand sens de la duchesse de Bouillon et son adresse
- Grand sens de la duchesse de Bouillon : elle « frémit des suites », courut chez Crosat, « lui chanta pouille d'avoir ainsi commis son fils », retira les copies, « et dépêcha à son fils pour lui faire honte et peur de sa folie », exigeant une autre lettre « tournée de manière à pouvoir être montrée sans danger et néanmoins passer pour la première ». Son courrier « la rapporta telle qu'elle la désiroit ».
- Succès de ces lettres
- Succès des lettres : les émissaires les paraphrasaient « dans les cafés, dans les lieux publics, parmi la nation des nouvellistes » ; les halles, « les mauvais lieux, le pont Neuf en retentirent » ; vaudevilles et « chansons atroces sur l'héritier de la couronne » coururent le royaume, « qui érigeoient sur ses ruines Vendôme en héros ». « En six jours il devint honteux de parler avec quelque mesure du fils de la maison dans sa maison paternelle. En huit cela devint dangereux. »
- Mesures pour Mgr le duc de Bourgogne
- Mesures pour le duc de Bourgogne : Beauvilliers vint faire à Saint-Simon « comme une amende honorable, le cœur pénétré de douleur » — les prédictions de Marly se vérifiaient. « Nous raisonnâmes beaucoup, et à bien des reprises, lui, le duc de Chevreuse et moi, sur les moyens d'ouvrir les yeux au roi et d'arrêter cette furie » ; on convint de ce qu'il fallait faire passer au prince pour sa conduite et ses lettres, tandis que Saint-Simon faisait avertir la duchesse de Bourgogne par Mme de Nogaret.
- Duchesse de Bourgogne
- La duchesse de Bourgogne : sans goût peut-être « pour la personne de Mgr le duc de Bourgogne », trouvant « sa piété pesante », elle sentait pourtant « le prix et l'utile de son amitié », et fut « cruellement piquée et offensée des insultes de Vendôme à son époux ». « Fort douce, et encore plus timide, la grandeur de l'intérêt l'excita par-dessus son naturel » : elle gagna Mme de Maintenon, qui alla jusqu'au « miracle » de plusieurs entretiens particuliers avec Beauvilliers, qu'elle « avoit toujours regardée en ennemie » depuis l'affaire de Cambrai.
- Le roi impose à demi sur les lettres
- Le roi, ébranlé par Mme de Maintenon, « en parla en plein conseil d'État » ; Torcy tira de sa poche la lettre d'Albéroni et la lut. Le roi se récria, « mais toutefois ménageant un peu M. de Vendôme », et fit écrire par Chamillart « à son Albéroni (ce fut son terme), à Crosat et à son gendre » des lettres fortes avec ordre de silence. « Je ne comprends pas comment Campistron fut oublié… Telle étoit la terreur de Vendôme et de sa cabale jusque dans le conseil du roi. »
- Adresse des Bouillon
- Adresse des Bouillon : M. de Bouillon — qui revenait de Turenne où il avait « brûlé le maréchal de Noailles en effigie de paille et de carton » — distribua avec sa femme la seconde lettre du comte d'Évreux, « qu'ils assurèrent fermement être l'unique », et il alla la porter au roi avec une apologie « dont le besoin et le fréquent usage de sa race leur ont donné à tous une grande expérience ». « Des gens charitables » contèrent le tour au roi, « de sorte qu'ils n'en furent pas les dupes » ; le duc de Bourgogne, lui, « le fut ou le voulut bien être tout du long ».
- Vigueur de la cabale de Vendôme
- Vigueur de la cabale : étourdie de voir Mme de Maintenon échapper à M. du Maine, elle conclut « que le roi avoit été entraîné plutôt qu'aigri », et qu'en tenant ferme il « se laisseroit moins aller… qu'il ne s'en trouveroit importuné et fatigué ». Ils « redoublèrent de jambes » ; les cris de la duchesse de Bourgogne redoublant, « le roi s'en rebuta au point qu'il gronda durement plus d'une fois la princesse, et lui reprocha qu'on ne pouvoit plus tenir à son humeur et à son aigreur ».
- Chamillart conseille mal Mgr le duc de Bourgogne pour tous deux
- Chamillart, « régenté par Vaudemont et ses nièces », se laissa induire à conseiller par lettre au duc de Bourgogne « de bien vivre avec M. de Vendôme ». Le prince, « élevé dans la frayeur du roi », défiant de soi, d'une dévotion « encore peu éclairée » qui « le rapetissoit et l'étrécissoit », sans personne dans l'armée « à qui ouvrir son cœur », se renferma, se rapprocha de Vendôme — qui « avoit l'audace d'y mener Albéroni à sa suite ». « Cette faiblesse fit un fâcheux effet dans l'armée » : ses défenseurs se turent, « et le gros de l'armée qui ne voit que l'écorce » se mit à le blâmer.
- Époque de la haine pour Chamillart de Mme la duchesse de Bourgogne
- Époque de la haine de la duchesse de Bourgogne pour Chamillart : « Mme la duchesse de Bourgogne fut outrée contre Chamillart, et ne lui pardonna jamais sa lettre à son époux, et les funestes effets qu'elle causa. » Saint-Simon, craignant pour le ministre, « déjà mal avec Mme de Maintenon », avertit ses filles « de sa sottise et de la colère de la princesse » : « l'ivresse leur offusquoit l'entendement ; elles me soutinrent que j'étois mal informé ».
- Singulière adresse du duc de Vendôme auprès de Mme la duchesse de Bourgogne
- Singulière adresse de Vendôme : craignant « une Italienne offensée…, si libre avec le roi », il s'abaissa à prier le duc de Bourgogne d'écrire pour lui à la princesse — « hardi » en employant celui-là même « par qui il avoit offensé la princesse », « adroit » en s'offrant une réconciliation apparente. « Le plus surprenant est que Mgr le duc de Bourgogne ne fit aucune difficulté de se charger du compliment. Il fut reçu comme il méritoit de l'être » : jamais elle n'aimerait ni n'estimerait Vendôme, « l'homme du monde pour qui elle auroit toujours le plus d'aversion et de mépris ». « Son orgueil put se repentir d'avoir été même jusque-là. »
◀ Chapitre précédent · ← Retour à la table des chapitres · Chapitre suivant ▶
© 2025-2026 - Jonathan Teyssandier - All rights reserved