TOME XV · CHAPITRE VII

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Résumé

Les idées et précautions d'Albéroni ; l'« état embarrassant » du roi d'Espagne — la mélancolie du souverain ; la capacité de del Maro « odieuse » au ministre qui le décrie ; exhortations et menaces au pape pour Aldovrandi ; la « sagacité de del Maro » ; la première audience du colonel Stanhope « peu satisfaisante » ; les « chimères » et les craintes d'Albéroni « parmi sa fermeté » ; son espérance hollandaise « fomentée par Beretti » et les « faux raisonnements » de celui-ci ; Dubois à Londres, Monteléon « leurré » ; l'« audacieux avis des Anglais au régent sur son gouvernement ».

Les entrées

Idées et précautions d’Albéroni
« Albéroni ne vouloit ouïr parler d'aucun accommodement avec l'empereur. Il se forgeoit des chimères que lui-même n'espéroit pas » — attaquer à la fois l'Italie et les Pays-Bas avec la France, la Hollande et le roi de Sicile. « Se voyant seul, il n'oublioit rien pour avoir de grandes forces pour faire craindre l'Espagne » ; il voulait « pour premier point préliminaire, que la négociation ne se traitât point à Londres », caressait le Prétendant — lui faisant passer par Gualterio « l'avis de se marier » — et gardait un secret absolu : les conseillers d'État réduits « au nom et aux places », tous les ordres « écrits et signés de sa main. Patiño seul en conduisoit l'exécution sous lui. »
État embarrassant du roi d’Espagne
L'état du roi d'Espagne : « accablé de vapeurs qui le faisoient juger plus mal qu'il n'étoit. Sa mélancolie étoit extrême, et quoique extérieurement soumis à la reine et aux volontés du cardinal, qui disposoit seul en effet de toutes les affaires, il y en avoit néanmoins de particulières, où la mauvaise humeur du roi éclatoit au-dehors. »
Capacité de del Maro odieuse à Albéroni, qui le décrie partout
« L'abbé del Maro, ambassadeur du roi de Sicile à Madrid, étoit celui [qui, par] la vigilance à être des mieux informés et la pénétration qu'Albéroni ne pouvoit tromper, lui étoit le plus odieux comme un surveillant insupportable. Il prit aussi un soin particulier de le décrier dans sa cour..., et à le faire passer à Rome pour le plus grand fourbe du monde et le plus grand ennemi du pape. »
Ses exhortations et ses menaces au pape en faveur d’Aldovrandi
Ses exhortations et menaces au pape : il consentait « qu'il criât, qu'il se plaignît de l'Espagne pour contenter les Impériaux, mais à condition qu'il ne laisseroit jamais imprimer le bref qu'il avoit écrit au roi d'Espagne » ; si Aldovrandi était rappelé, « la nonciature fermée pour longtemps » — Acquaviva chargé de déclarer qu'elle le resterait « pendant tout ce pontificat, aussi bien qu'une bonne partie de la daterie » ; et il déclamait contre le cardinal Albane, « ce cardinal neveu qui vendoit son honneur et son oncle » pour vingt mille écus de pension impériale.
Manèges d’Aldovrandi
Les manèges d'Aldovrandi : « Albéroni en effet ne pouvoit avoir un nonce plus à sa main, ni plus souple à ses volontés » ; docile à remettre les brefs d'indults « contre les ordres positifs du pape », il insistait « à ne plus parler de ces deux griefs » et tâchait de persuader « que la conquête de la Sardaigne pouvoit devenir un moyen de paix ».
Sagacité de del Maro
La sagacité de del Maro : le radoucissement d'Albéroni à son égard ne le trompa point. « Il crut toujours que le projet d'Albéroni avoit été la Sicile ; que le roi d'Espagne s'y étoit opposé ; que la Sardaigne n'avoit été qu'un amusement pour occuper et ne pas laisser la flotte et les troupes inutiles. »
Première audience du colonel Stanhope peu satisfaisante
La première audience de Stanhope et Bubb : aux offres de médiation, « Albéroni s'emporta d'abord, invectiva contre le traité d'Utrecht qui, en donnant tant à l'empereur, avoit ôté la balance », déclara que l'Espagne ne ferait « nul cas » des offres sur Toscane et Parme, qu'il faudrait « une garnison dans Livourne dans le moment que le traité seroit conclu », et « qu'il étoit impossible de rien déterminer si les puissances de l'Europe ne s'accordoient à diminuer et à borner le pouvoir excessif de l'empereur... La conférence finit ainsi sans se persuader. »
Chimères d’Albéroni
Ses chimères : « assez satisfait de la modestie des Anglois, [il] en conclut que le roi d'Angleterre se trouvoit embarrassé de s'être trop engagé, et que l'intérêt du commerce ne permettroit pas à son parlement de lui fournir de quoi faire la guerre à l'Espagne pour l'empereur. Il ne doutoit pas d'une autre campagne encore en Hongrie... Sur ce ruineux fondement », il répondit en général que l'Espagne serait disposée à la paix « quand le traité produiroit la sûreté de l'Italie et un juste équilibre en Europe ».
Craintes d’Albéroni parmi sa fermeté
Ses craintes parmi sa fermeté : il opposait aux garanties « l'exemple de Majorque et de l'évacuation de la Catalogne », déclarait que le roi d'Espagne ne consentirait à rien « si l'empereur n'étoit auparavant dépouillé d'une partie des États qu'il possédoit en Italie », que « la parole des princes n'avoit lieu qu'autant qu'elle n'étoit pas contraire au bien public » — mais « il craignoit les desseins de l'Angleterre et les effets de sa partialité pour l'empereur », et fit porter plainte formelle des discours de Stairs à Paris.
Son espérance en la Hollande fomentée par Beretti
Son espérance en la Hollande : son ambassadeur à Madrid « fut le seul des ministres étrangers qui illumina sa maison pour la prise de Cagliari », faisant soupçonner faussement l'approbation de la république ; « Beretti se flattoit d'y trouver beaucoup de penchant pour l'Espagne, et l'Espagne affectoit une grande confiance pour la république. »
Découverte de ce dernier sur le roi de Sicile
La découverte de Beretti : il prétendait tenir du baron de Rensworde « qu'en même temps que la flotte espagnole mit à la voile pour la Sardaigne, le roi de Sicile envoya secrètement déclarer à Vienne qu'il n'avoit point de part à l'entreprise ; qu'il avoit ordonné à tous les ports de Sicile de tout refuser aux Espagnols, et qu'il prendroit avec l'empereur tous les engagements qu'il pourroit désirer, s'il vouloit le reconnoître comme roi de Sicile. »
Faux raisonnements de Beretti sur les Hollandois
Ses faux raisonnements : il inférait de la route de Penterrieder évitant la Haye que les Anglais voulaient « se réserver à eux seuls la négociation »... « Il se trompoit en tous points. Ceux qui étoient au timon de la république étoient dépendants de l'Angleterre et n'osoient s'écarter de ses intérêts » — Cadogan attendait Penterrieder à la Haye, qu'il avait prié d'y passer.
Abbé Dubois à Londres
« L'abbé Dubois prévint par son arrivée à Londres celle de Penterrieder. Il y guérit les ministres de la crainte qu'ils avoient conçue que le maréchal d'Huxelles ne fût contraire à la négociation qui s'alloit commencer. »
Monteléon y est leurré ; cherche à pénétrer et à se faire valoir
Monteléon leurré : les assurances anglaises et celles de Dubois — que ses ordres « étoient très positifs en faveur de l'Espagne, dont il regardoit les intérêts comme inséparables de ceux de la France » — le flattaient ; il cherchait pourtant « à pénétrer s'il disoit bien vrai..., ou s'il y avoit quelque cause secrète et quelque mystère plus profond », tout en vantant en Espagne ses services, et au duc de Parme « l'attention qu'il apportoit à ses intérêts ».
Audacieux avis des Anglois au régent sur son gouvernement intérieur ; qu’ils voudroient changer à leur gré
L'audacieux avis des Anglais : Bernsdorff et Robeton, réfugié français, firent conseiller au régent par Stairs « de choisir cinq ou six bonnes têtes dévouées à ses intérêts..., de les prendre parmi les évêques et les ecclésiastiques réputés jansénistes..., qu'étant sans famille, ils seroient plus hardis que les laïques, et qu'ennemis des jésuites, ils tiendroient tête à cette canaille » ; ils attribuaient à la « cabale » d'avoir placé Châteauneuf en Hollande, Rottembourg en Prusse, Poussin à Hambourg, La Marck en Suède, Bonac à Constantinople.
Réflexions
Réflexions : « on voit avec surprise et avec quelque chose de plus, jusqu'à quel point se portoit la hardiesse des Anglois dans l'intérieur du régent..., c'est-à-dire de faire de ce prince leur vice-roi en France. » Car ces ministres accusés servaient les vrais intérêts : Bonac à prolonger la guerre de Hongrie ; et pour la Suède, « dont la descente en Allemagne avoit été la première borne de l'énorme vol que la puissance de la maison d'Autriche avoit pris en Europe », l'intérêt de la France était de lui procurer des paix particulières « qui rompissent la ligue qui l'accabloit..., lui sauver enfin des provinces en Allemagne qui lui laissassent un pied dans l'empire..., et d'y balancer à la fin la puissance de la maison d'Autriche, et la grandeur naissante de la maison de Hanovre ».
Projets du czar à l’égard de la Suède, et ceux du roi de Prusse
Les projets du czar : « sa paix particulière avec la Suède par les avantages qu'il y trouvoit, et par la difficulté pécuniaire d'en soutenir plus longtemps la guerre. La base du traité étoit le rétablissement de Stanislas, de s'emparer de Dantzig, d'y mettre des troupes moscovites et de l'y faire régner pendant la vie de l'électeur de Saxe, dont il auroit été le successeur... Le roi de Prusse entroit dans ce projet ; mais, se défiant du czar, il traitoit séparément avec la Suède. »
Offres de la Suède
Les offres de la Suède : « Goertz offrit de laisser au czar Pétersbourg, une lisière des deux côtés du golfe de Finlande avec tous les ports et havres qui en dépendoient..., et promettoit sur Revel qu'on trouveroit des expédients » ; sur Stettin, il ne pouvait consentir « qu'à condition que le roi de Prusse promettroit en même temps la restitution de toutes les conquêtes de ses alliés, excepté Pétersbourg » — impossible, le czar ayant déclaré « qu'il vouloit la Livonie et qu'il feroit la guerre plutôt vingt ans encore ».
Conduite suspecte de Goertz, et celle du czar et du roi de Prusse en conséquence
La conduite suspecte de Goertz : exigeant la suspension de la démolition de Wismar, il refusa les cent mille écus offerts — « pour cette fois ce moyen si sûr avec lui ne réussit pas » —, refusa une conférence et « partit brusquement sans dire adieu..., se rendit à Breslau, terre fort suspecte » ; d'autant que George avait averti l'empereur « que le czar avoit offert à la France d'attaquer les États héréditaires de la maison d'Autriche, si le régent vouloit donner des subsides ». Le roi de Prusse, « irrité de l'infidélité de Goertz, ne songea plus qu'à se lier plus intimement avec le czar » — conférences vers Pétersbourg où ni l'un ni l'autre ne voulaient personne de la France.
Avis de ce dernier au régent
L'avis du roi de Prusse au régent, un mois plus tôt : « penser sérieusement à former un parti dans l'empire capable de borner l'autorité de l'empereur » — il se disait sûr du landgrave de Hesse et du duc de Wurtemberg, travaillait à s'unir au duc de Mecklembourg « qui avoit dix ou douze mille hommes », espérait y attirer les Hollandais.
Ses chimères
Ses chimères : il demandait en même temps « une harmonie parfaite entre le roi d'Angleterre et lui, chose bien contradictoire à tout le reste » ; le landgrave était lié à George, dont il espérait le stathoudérat pour son petit-fils ; et « la base de tout ce projet étoit la fin de la guerre du nord..., pendant la durée de laquelle il ne pouvoit rien entreprendre, et se trouvoit obligé de ménager l'empereur ».
Objet du roi d’Angleterre dans son désir de moyenner la paix entre l’empereur et l’Espagne à Londres
L'objet de George : le czar, « haïssant le roi Georges et parlant de lui sans mesure, pourroit former une liaison intime avec la Suède, et faire dans leur traité une condition principale de soutenir les droits du Prétendant » ; d'où « la nécessité de lui attacher les principales puissances de l'Europe..., et pour cela même l'importance de procurer par sa médiation la paix entre l'Espagne et l'empereur que, comme chef de l'empire où Georges avoit ses plus précieux États, il avoit plus besoin d'obliger et de s'acquérir ».
Penterrieder y arrive
« Penterrieder y arriva à la fin d'octobre, fort content des dispositions qu'il croyoit avoir remarquées à la Haye d'entrer sans peine dans toutes les mesures que la France et l'Angleterre jugeroient nécessaires pour affermir le repos de l'Europe. »
Divers sentiments en Hollande
Les divers sentiments en Hollande : Cadogan, « qui connoissoit mieux que Penterrieder les Hollandois », en jugeait moins favorablement — « la Hollande, comme les autres pays, étoit partagée en partis, en divisions et en subdivisions » ; il remarquait que Châteauneuf, « plus fidèle à ses anciens préjugés qu'à ses derniers ordres, travailloit à détruire plutôt qu'à fortifier la confiance entre l'Angleterre et la Hollande ».
Conditions fondamentales proposées à l’Espagne pour la paix
Les conditions fondamentales, que Cadogan ne cacha point à Beretti : « l'empereur reconnoîtroit Philippe V roi des Espagnes et des Indes ; il donneroit à un des fils de son second mariage l'investiture des États de Toscane et de Parme quand les successions en seroient ouvertes ; les mesures seroient si bien prises que la Toscane n'appartiendroit jamais à l'empereur, ni spécialement Livourne » — le duc de Saint-Aignan chargé de communiquer ce projet en Espagne.
Albéroni, aigri contre Stairs, est contenté par Stanhope, qui l’amuse sur l’affaire principale par une équivoque
Albéroni aigri contre Stairs fut contenté par une lettre de Stanhope, « respectueuse pour le roi d'Espagne, tendre pour lui, par laquelle il l'assuroit que l'Angleterre ne donneroit jamais de secours à l'empereur pour faire la guerre à l'Espagne. Le cardinal goba l'équivoque, triompha, brava, et s'engoua de ses idées plus que jamais. »
Grande maladie du roi d’Espagne
« Parmi tous ces soins, le roi d'Espagne tomba véritablement et dangereusement malade. »
Solitude de sa vie
La solitude de sa vie : Albéroni avait resserré la « sorte de prison » instituée par Mme des Ursins — « qui que ce soit n'approchoit de l'intérieur indispensable du roi d'Espagne » hors trois ou quatre valets français, deux gentilshommes de la chambre, le confesseur « un quart d'heure tous les matins », Albéroni sur le tout ; le majordome-major et le sommelier du corps exclus, la bouche du roi « absolument inutile », la nourrice seule voyant la reine au lit. La maladie réduisit encore ce court intérieur, « le P. Daubenton même n'y étoit admis qu'avec discrétion ».
Albéroni veut interdire toute entrée à Villena, majordome-major, qui, dans la chambre du roi d’Espagne, la reine présente, donne des coups de bâton au cardinal, et est exilé pour peu de temps
L'aventure de Villena : le majordome-major, à qui la médecine du roi doit rendre compte de tout, voulut faire sa charge malgré les avertissements ; trouvant la porte défendue — « vous êtes un insolent, répondit le marquis, cela ne peut pas être » —, il entra ; le cardinal, le tirant vers la porte, le fit tomber dans un fauteuil : « de colère de sa chute il lève son petit bâton et le laisse tomber de toute sa force dru et menu sur les oreilles et sur les épaules du cardinal, en l'appelant petit coquin, petit faquin, petit impudent qui ne méritoit que les étrivières... La reine regarda de son siège toute cette aventure en plein, sans branler ni mot dire. » Exilé à trente lieues, rappelé cinq ou six mois après « sans qu'il en eût fait la plus légère démarche » ; le cardinal « n'osa passer aux censures pour en avoir été frappé », et « l'aventure, l'exil, le retour ont été entièrement ignorés du roi d'Espagne jusqu'à la chute du cardinal ». Saint-Simon tient le récit du marquis même, « qui étoit la droiture et la vérité même ».
Le roi d’Espagne fait un testament
« Le roi fut assez mal pour faire son testament, dicté par le cardinal et concerté avec la reine. Personne n'en eut connoissance et ne douta que la régence et toute autorité ne lui fût donnée, avec le cardinal pour conseil. Tout fut en trouble, et peu de gens étoient persuadés que la régence d'une belle-mère du successeur fût reconnue si le roi venoit à mourir, et une belle-mère aussi haïe que celle-là l'étoit de toute l'Espagne. »

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