TOME III · CHAPITRE II
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Résumé
Le coup de théâtre du siècle : le testament de Charles II en faveur du duc d'Anjou, puis la mort du roi d'Espagne. Harcourt assemble une armée à Bayonne — ambition et adresse ; ouverture du testament et plaisanterie cruelle du duc d'Abrantès à l'ambassadeur impérial. Deux conseils chez Mme de Maintenon en deux jours : Saint-Simon reconstitue le partage des avis — tenir le traité de partage ou accepter le testament —, Monseigneur parlant « avec force » pour accepter. Résolution d'accepter ; surprise du roi et de ses ministres devant l'Europe.
Les entrées
- Testament du roi d’Espagne en faveur du duc d’Anjou
- Le testament en faveur du duc d'Anjou : la décision du pape arrivée, Ubilla « fit un autre testament » aux clauses « si pleines d'équité, de prudence, de force et de sagesse » ; le précédent en faveur de l'archiduc « fut brûlé en présence du roi d'Espagne, du cardinal et du confesseur », le nouveau signé et authentifié. Restait le conseil : la reine tenue à l'écart les derniers jours, l'affaire mise aux voix — Villafranca ouvrant l'avis célèbre, l'amirante et Veragua n'osant contredire « qui virent la partie faite », Mancera demandant vingt-quatre heures « au bout desquelles il opina pour la France » — puis le résultat signé sur la table même, « et jurèrent d'en garder un inviolable secret ».
- Mort du roi d’Espagne
- Le roi d'Espagne meurt « le jour de la Toussaint, auquel il étoit né quarante-deux ans auparavant, à trois heures après midi dans le palais de Madrid ».
- Harcourt à Bayonne assemblant une armée ; son ambition et son adresse
- Harcourt à Bayonne, assemblant l'armée destinée à saisir le Guipuscoa : « en attendant qu'Harcourt fît les affaires du roi, il profita de la conjoncture et fit les siennes » — se faisant promettre, par Mme de Maintenon dont il était l'ancien protégé de famille, le duché héréditaire. Son ambition avouée à Calais : « tout son but étoit d'être duc, et que, s'il savoit sûrement devenir maréchal de France et jamais duc, il quitteroit le service tout à l'heure et se retireroit chez lui. »
- Ouverture du testament
- L'ouverture du testament, tout Madrid s'étouffant aux portes, tous les ministres étrangers aux aguets — Blécourt sans rien savoir de plus que les autres, « et le comte d'Harrach, ambassadeur de l'empereur, qui espéroit tout, vis-à-vis la porte avec un air triomphant ».
- Plaisanterie cruelle du duc d’Abrantès
- La plaisanterie cruelle du duc d'Abrantès, sorti le premier : feignant de ne pas voir Harrach puis lui sautant au cou — « Monsieur, c'est avec beaucoup de plaisir… Oui, monsieur, c'est avec une extrême joie que pour toute ma vie… » et, redoublant d'embrassades, « et avec le plus grand contentement que je me sépare de vous et prends congé de la très-auguste maison d'Autriche. » Harrach, « la dupe des accolades », s'alla enfermer chez lui ; Blécourt courut dépêcher son courrier, Ubilla lui envoyant un extrait du testament tout prêt.
- Deux conseils d’État chez Mme de Maintenon en deux jours
- Les deux conseils chez Mme de Maintenon, les 9 et 10 novembre — « quelque accoutumé qu'on fût à la cour à la faveur de Mme de Maintenon, on ne l'étoit pas à la voir entrer publiquement dans les affaires, et la surprise fut extrême » : le roi, Monseigneur, le chancelier, Beauvilliers et Torcy, seuls délibérants, « et Mme de Maintenon avec eux, qui se taisoit par modestie, et que le roi força de dire son avis ».
- Avis partagés ; raisons pour s’en tenir au traité de partage ; raisons pour accepter le testament
- Les avis partagés, exposés dans toute leur ampleur : pour le traité de partage — Torcy l'ouvrant « pour balancer et sans conclure », Beauvilliers le soutenant puissamment —, la foi engagée, la Lorraine et le Guipuscoa contigus contre des couronnes lointaines, la guerre certaine « par l'intérêt de toute l'Europe à s'opposer à un colosse », la France épuisée. Pour le testament — le chancelier, ayant « démêlé l'inclination du roi » : les deux monarchies contiguës « ne faisant qu'une seule et même province », le commerce des Indes, le traité de partage « frauduleux, captieux » ne donnant « des noms sans donner de choses », et guerre pour guerre, « il valoit mieux la faire à mains garnies et ne se pas montrer à la face de l'univers indignes de la plus haute fortune et la moins imaginée ».
- Monseigneur [parle] avec force pour accepter
- Monseigneur, « tout noyé qu'il fût dans la graisse et dans l'apathie, parut un autre homme dans tous ces deux conseils » : il opine avec force pour l'acceptation, puis, se tournant vers le roi « d'un air respectueux, mais ferme », il lui dit « qu'il prenoit la liberté de lui demander son héritage… que la monarchie d'Espagne étoit le bien de la reine sa mère, par conséquent le sien, et pour la tranquillité de l'Europe celui de son second fils, à qui il le cédoit de tout son cœur, mais qu'il n'en quitteroit pas un seul pouce de terre à nul autre ». « Cela dit d'un visage enflammé surprit à l'excès. »
- Résolution d’accepter le testament
- La résolution : le roi fait opiner Mme de Maintenon — « elle à faire la modeste ; mais enfin pressée et même commandée… fut enfin d'avis d'accepter le testament » —, conclut « sans s'ouvrir » et attend vingt-quatre heures les nouvelles d'Espagne : les courriers du 10 novembre apportant « le vœu des seigneurs et des peuples », il se détermine à l'acceptation le soir même. Audience de l'ambassadeur le lendemain, le secret confié au duc de Bourgogne, la junte de régence installée à Madrid sous Portocarrero, la reine « réduite à faire sa cour au cardinal et à ses amis » ; on écarta jusqu'au « misérable biais » de faire disparaître le duc d'Anjou sous la conduite du nonce Gualterio — « je le sus et je songeai à être de la partie » —, rejeté « par la honte d'accepter à la dérobée tant de couronnes offertes ».
- Surprise du roi et de ses ministres
- La surprise du roi et de ses ministres, « sans pareille » : « ni lui ni eux ne pouvoient croire ce qu'ils lisoient dans la dépêche de Blécourt, et il leur fallut plusieurs jours pour en revenir. » Le mot du roi aux princesses qui opinaient pour l'envoi du duc d'Anjou : « Je suis sûr que quelque parti que je prenne, beaucoup de gens me condamneront. » Et le jeune prince lui-même, à qui l'on parlait du testament, « ne répondit que par sa reconnoissance pour le roi d'Espagne, et se conduisit si uniment qu'il ne parut jamais qu'il sût ou se doutât de rien jusqu'à l'instant de sa déclaration ».
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