TOME III · CHAPITRE VIII
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Résumé
Cour et préparatifs de guerre : Mlle de Laigle mange avec la duchesse de Bourgogne à Marly ; violente indigestion de Monseigneur ; la capitation reconduite ; grande augmentation de troupes et force milice. L'électeur de Bavière à Munich, suivi de Ricous ; Bedmar commandant par intérim des Pays-Bas espagnols ; « traités et fautes » de la diplomatie française. En Angleterre, l'Acte d'établissement fixe la succession dans la ligne protestante ; plaintes et droits de M. de Savoie ; Vénitiens neutres. Catinat général en Italie — dépit de Tessé lié à Vaudémont —, Boufflers en Flandre, Villeroy en Allemagne ; M. de Chartres refusé de servir et le grand mécontentement de Monsieur, qui « ne s'en contraint pas » avec le roi ; Nyert revient d'Espagne.
Les entrées
- Mlle de Laigle, fille d’honneur de Mme la duchesse, à Marly ; et mange avec Mme la duchesse de Bourgogne
- Mlle de Laigle, fille de la dame d'honneur de Mme la Duchesse, prise fille d'honneur : elle mange aussitôt avec la duchesse de Bourgogne et est de tous les Marlys — nouvelle distinction des filles du roi « par-dessus les autres princesses du sang ».
- Violente indigestion de Monseigneur
- La violente indigestion de Monseigneur, le 19 mars au soir : « il s'étoit crevé de poisson » au souper du roi ; sortant de son prie-Dieu, « il perdit tout d'un coup connoissance ». Le roi « tout déboutonné » descend par le petit degré noir du Caveau ; Félix « se hasarda de le saigner en l'air, et y réussit », l'émétique fit « une évacuation prodigieuse haut et bas ». « Si cet accident l'eût pris un quart d'heure plus tard, le premier valet de chambre l'auroit trouvé mort dans son lit. » Et l'épisode des harengères : quatre « maîtresses commères » des halles députées, dont une « lui sauta au collet et l'embrassa des deux côtés » — Bontems les promena, on leur donna de l'argent, « elles en firent chanter un beau Te Deum à Saint-Eustache, puis se régalèrent ».
- Capitulation
- La capitation renouvelée pour les dépenses de guerre — « beaucoup plus forte que n'avoit été la première, comme sont toujours les impôts, qui vont toujours en augmentant » —, malgré toutes les résistances passées de Pontchartrain « au plus pernicieux impôt ».
- Grande augmentation de troupes
- Grande augmentation de troupes : « cinquante mille hommes » d'infanterie, seize mille de cavalerie, dragons à proportion.
- Force milice
- Et soixante-dix bataillons de milice formés.
- Électeur de Bavière à Munich ; Ricous l’y suit
- L'électeur de Bavière retourne enfin à Munich — « Bruxelles lui plaisoit plus que le séjour de Munich » — et demande au roi un homme de guerre pour témoin : Ricous, « homme de beaucoup d'esprit, qui avoit servi avec valeur », lui est envoyé.
- Bedmar, commandant général des Pays-Bas espagnols par intérim
- Bedmar reste commandant général des Pays-Bas espagnols en son absence.
- Traités et fautes
- Traités et fautes : les propositions « si sauvages » des conférences de La Haye — garnisons hollandaises dans douze places dont Luxembourg et Namur, Ostende et Nieuport aux Anglais — montrent « qu'ils ne cherchoient qu'à rompre, et la faute si lourde de leur avoir renvoyé leurs vingt-deux bataillons ». Trois traités signés : le Portugal (alliance offensive et défensive, ports fermés — « un coup de partie » perdu ensuite « faute d'argent et de troupes à temps », le Portugal forcé « le pied sur la gorge » de tourner contre l'Espagne), Mantoue livrant ses places, et la Savoie généralissime des deux couronnes. Et le jugement d'ensemble : « avec un parti pris et le courage et la célérité du début des précédentes guerres, on les auroit déconcertés… Mais nos ministres n'étoient plus les mêmes ; et on ne s'aperçut que trop après que c'étoit aussi d'autres généraux. »
- Succession à la couronne d’Angleterre établie dans la ligne protestante
- La succession d'Angleterre établie dans la ligne protestante en faveur de Sophie d'Hanovre : « on n'y vouloit plus ouïr parler d'un roi catholique. »
- Plaintes et droits de M. de Savoie
- M. de Savoie, dont la femme était fille de la première Madame — petite-fille de Charles Ier —, « porta ses plaintes en forme en Angleterre, qui ne furent pas écoutées ».
- Vénitiens neutres
- Les Vénitiens déclarent leur neutralité armée — tout ce que le cardinal d'Estrées put obtenir de Venise.
- Catinat général en Italie
- Catinat choisi pour commander en Italie, au moment où il perd son frère Croisilles, « le conseil et l'ami du cœur ».
- Dépit et vues de Tessé ; sa liaison avec Vaudémont
- Le dépit de Tessé : gâté par Vaudémont qui lui avait tout prodigué — « fêtes, galanteries, confiance, déférences, honneurs partout pareils à ceux qui lui étoient rendus à lui-même » —, il espérait commander en chef sous M. de Savoie et tombe « dans l'état commun de simple lieutenant général roulant avec tous les autres » : il attendit Catinat, qui avait fait sa fortune, « avec ferme dessein de lui faire du pis qu'il pourroit, afin d'essayer de le chasser de cette armée, dans l'espérance de lui succéder » — lui « qui n'avoit jamais vu d'action ni peut-être brûler une amorce ».
- Boufflers général en Flandre et Villeroy en Allemagne
- Les armées réglées : Boufflers en Flandre — avec du Maine et Toulouse lieutenants généraux —, Villeroy en Allemagne.
- M. de Chartres refusé de servir ; grand mécontentement de Monsieur, qui ne s’en contraint pas avec le roi
- Le grand mécontentement de Monsieur : M. de Chartres refusé de servir, et Monsieur qui « ne s'en contraint pas avec le roi » — la sortie mémorable : son fils « s'ennuyoit de battre les galeries de Versailles et le pavé de la cour, d'être marié comme il l'étoit, et de demeurer tout nu vis-à-vis ses beaux-frères comblés de charges, de gouvernements, d'établissements et de rangs sans raison, sans politique et sans exemple » ; l'oisiveté mère de tout vice, et la débauche du jeune homme imputable « à celui qui l'y précipitoit par ses refus ». « Qui fut bien étonné de ce langage si clair ? ce fut le roi » — qui répondit « non en roi, mais en frère », mais ne céda point : « Monsieur outré, mais n'osant éclater, et le roi très-piqué, mais ne voulant pas étranger Monsieur. » Le cœur de Monsieur resta ulcéré.
- Nyert revient d’Espagne
- Nyert, premier valet de chambre parti « sous prétexte de curiosité » observer les débuts madrilènes, revient au bout de cinq mois « et entretint le roi fort longtemps, à plusieurs reprises, tête à tête ».
- Retours des Princes
- Les retours des princes : le duc de Bourgogne le 20 avril — le roi sortant de son cabinet au-devant de lui pour l'embrasser —, le duc de Berry quatre jours après.
- La Suède reconnoît le roi d’Espagne
- La Suède, qui tenait de près Moscovites et Polonais « qu'elle avoit battus en plusieurs rencontres », reconnaît le roi d'Espagne.
- Archevêques d’Aix et de Sens nommés à l’ordre
- Les archevêques d'Aix et de Sens nommés à l'ordre, « sans qu'aucun des deux prélats choisis le sussent ni personne ».
- Traits du premier
- Les traits de Cosnac, archevêque d'Aix, l'ancien confident de la première Madame : l'arrestation dans l'auberge — criant la colique, prenant un lavement et rendant dans le pot, sous la couverture, les papiers convoités par Monsieur, « de façon à n'en être plus en peine… cet officier si vigilant n'auroit que la puanteur de sa selle » ; et le voyage éclair en Hollande pour racheter et brûler jusqu'à l'original d'une satire contre Madame — « personne n'avoit plus d'esprit ni plus présent ni plus d'activité, d'expédients et de ressources, et sur-le-champ ».
- Refus illustre de l’archevêque de Sens
- Le refus illustre de l'archevêque de Sens, Fortin de La Hoguette : « il répondit avec modestie qu'il n'étoit pas en état de faire des preuves » — ces Fortin n'étant rien. Le roi lui écrivit de sa main d'accepter sur sa parole, promettant qu'il ne serait jamais parlé de preuves : « rien ne put ébranler l'humble attachement de ce prélat aux règles et à la vérité » — il ne pouvait mentir « ni se résoudre à être cause que, par un excès de bonté, le roi manquât au serment qu'il avoit fait à son sacre ». « Cette grande action fut universellement admirée. »
- M. de Metz commandeur de l’ordre
- M. de Metz nommé à sa place — et le mot de M. de Marsan en plein chapitre, « le meilleur propos de toute sa vie » : « Sire, cela mériteroit bien que Votre Majesté changeât le bleu en rouge. »
- Tallard chevalier de l’ordre, etc
- Tallard, arrivant d'Angleterre, reçoit le gouvernement du pays de Foix et le cordon bleu : « il parut fort content, mais le duché d'Harcourt émoussoit fort la joie de ces faveurs. »
- Mort de Mme de Tallard, de la duchesse d’Arpajon, de Mme d’Hauterive, de Mme de Bournouville, de Segrois, du maréchal de Tourville
- Chapelet de morts : Mme de Tallard « qui ne partageoit en rien avec son mari » ; la duchesse d'Arpajon ; Mme d'Hauterive ; Mme de Bournonville, morte fort jeune, « qui, faute de tabouret, très-mal à propos prétendu, n'alloit point à la cour, et s'en dépiquoit à Paris par ses charmes » ; Segrais, « poète françois illustre, retiré à Caen dans le sein des belles-lettres » ; et le maréchal de Tourville, « le plus grand homme de mer, de l'aveu des Anglois et des Hollandois, qui eût été depuis un siècle, et en même temps le plus modeste » — possédant « toutes les parties de la marine, depuis celle du charpentier jusqu'à celles d'un excellent amiral ».
- Châteaurenauld vice-amiral
- Sa charge de vice-amiral donnée à Châteaurenault, « qui étoit lors en Amérique pour en ramener les galions ».
- Mort du comte de Staremberg
- L'Allemagne perd le célèbre comte de Staremberg, « qui s'étoit immortalisé par la défense de Vienne assiégée par les Turcs ».
- L’Angleterre reconnoît le roi d’Espagne
- L'Angleterre reconnaît enfin le roi d'Espagne — « pour tenir toujours tout en suspens en attendant que ses machines fussent tout à fait prêtes » : Philippe V reconnu « de toute l'Europe, excepté de l'empereur ».
- Duc de Beauvilliers grand d’Espagne
- Le duc de Beauvilliers grand d'Espagne de première classe, « pour lui et pour les siens, mâles et femelles » — envoyé par le roi d'Espagne excité par Louville, à un duc « qui n'y avoit pas songé », et que le roi ordonna d'accepter.
- Mariage déclaré du roi d’Espagne avec la fille du duc de Savoie
- Le mariage déclaré du roi d'Espagne avec la seconde fille de M. de Savoie, sœur cadette de la duchesse de Bourgogne : « le roi crut fixer ce prince dans ses intérêts par de si hautes alliances redoublées. »
- Égalité réglée en France et en Espagne entre les ducs et les grands
- L'égalité réglée entre ducs et grands : les grands d'Espagne auront en France « le rang, les honneurs, le traitement et les distinctions des ducs », et réciproquement — « rien de mieux ni de plus convenable, si on s'en étoit tenu là. On verra en son lieu l'abus étrange d'une si sage convention. »
- Abbé de Polignac rappelé
- L'abbé de Polignac rappelé de son exil de Bonport, « Torcy son ami et bien des gens qui s'intéressoient en lui » ayant travaillé pour lui.
- Duc de Popoli salue le roi, qui lui promet l’ordre
- Le duc de Popoli, retournant d'Espagne à Naples, salue le roi qui lui promet l'ordre — « il lui en coûteroit un voyage, parce qu'il seroit bien aise de le revoir ; et qu'il vouloit le recevoir lui-même ». « Nous lui verrons faire une grande fortune en Espagne. »
- Banqueroute des trésoriers de l’extraordinaire des guerres
- La banqueroute de La Touanne et Sauroy, trésoriers de l'extraordinaire des guerres — quatre millions : Bastille pour eux, le roi payant les dettes « pour conserver son crédit à l'entrée d'une grosse guerre, pour laquelle cette faillite ne fut pas de bon augure » — le désordre caché jusqu'au bout « sous la sérénité et le luxe des financiers ».
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