TOME V · CHAPITRE VII
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Résumé
Argent et grâces : mort du cardinal de Coislin et sa dépouille ; trois cent mille livres sur Lyon à Villeroy — et sa puissance dans sa ville ; trois cent mille livres de brevet au grand prévôt, avec la « chanson facétieuse » ; quatre cent mille au premier écuyer ; les grâces pécuniaires distribuées chez Mme de Maintenon. Et l'exil de du Charmel, dont Saint-Simon démonte les « singuliers ressorts » — la piété de l'ancien homme du monde n'ayant pas suffi à le protéger.
Les entrées
- Mort du cardinal de Coislin et sa dépouille
- « Il se peut dire que l'affaire de M. de Metz mit son oncle au tombeau » : le cardinal de Coislin, le cœur « flétri », meurt la nuit du 3 au 4 février. « Un assez petit homme, fort gros, qui ressembloit assez à un curé de village », mais d'une pureté et d'une charité inviolables. Deux actions mémorables : lors des dragonnades, il logea le régiment envoyé à Orléans dans ses écuries et à sa table, avec défense « qu'ils ne dissent pas un mot aux huguenots » — « cette conduite pleine de charité gagna presque autant de huguenots que la barbarie qu'ils souffroient ailleurs » ; et au gentilhomme pauvre qui lui avait volé son argenterie, il donna vingt louis en le priant « d'oublier, comme il le faisoit, ce qu'il ne devoit jamais répéter ». Il refusa toujours de remettre son évêché, pour ne pas voir « ruiner une moisson si précieuse ». Le roi lui fit rendre des honneurs sans exemple ; sa charge alla au cardinal de Janson ; « M. de Metz, qui devoit tout à son oncle, en parut le moins touché, et scandalisa fort toute la cour ».
- Trois cent mille livres sur Lyon au maréchal de Villeroy ; sa puissance à Lyon
- Le roi renouvelle au maréchal de Villeroy un don de « trois cent mille livres à prendre sur les octrois de Lyon » — « on se repent quelquefois après d'avoir payé d'avance de méchants ouvriers ». Suit l'anatomie de la puissance des Villeroy à Lyon, gouvernement tenu de père en fils depuis la Ligue : le maréchal « disposoit seul de toutes les charges municipales de la ville ; il nommoit le prévôt des marchands », qui administre seul des revenus « immenses et peu connus » et n'en rend compte qu'au gouverneur tête à tête — « il est donc aisé de comprendre qu'avec une telle autorité c'est un Pérou ». D'où la fatuité de Dangeau à table : « de tous nous autres gouverneurs de province, il n'y a que M. le maréchal qui ait conservé l'autorité dans la sienne. »
- Trois cent mille livres de brevet de retenue au grand prévôt ; chanson facétieuse
- Le grand prévôt obtient trois cent mille livres de brevet de retenue pour son fils. À ce propos, la chanson d'Heudicourt sur « tous ces Montsoreau », « si naïve, si fort d'après nature et si plaisante », que le maréchal de Boufflers — « l'homme de France le plus grave, le plus sérieux, le plus esclave de toute bienséance » —, à qui on la dit à l'oreille pendant la messe du roi où il avait le bâton, « ne put s'empêcher d'éclater de rire ». Le roi, informé, fut « plus pâmé que n'avoit été le maréchal, et fut plus de quinze jours sans pouvoir s'empêcher de rire de toute sa force sitôt que le grand prévôt ou un de ses enfants lui tomboit sous les yeux ».
- Quatre cent mille livres de brevet de retenue au premier écuyer
- « Le premier écuyer obtint, quelques jours après, aussi un brevet de quatre cent mille livres sur sa charge » — Beringhen ajouté à la liste des grâces de finance de ce début d'année.
- Grâces pécuniaires chez Mme de Maintenon
- « En même temps le roi répandit quelques grâces pécuniaires dans le domestique de Mme de Maintenon » — libéralités discrètes autour de la toute-puissante.
- Exil de du Charmel et ses singuliers ressorts
- « Je reçus en ce temps une véritable affliction par l'exil de M. du Charmel », ami intime de Saint-Simon. Les « singuliers ressorts » : le Charmel, janséniste « indiscret » — « il s'en faisoit une religion » —, était resté l'ami du perfide Boileau, auteur du Problème contre le cardinal de Noailles, et avait cessé de voir le cardinal malgré toutes ses avances. Le roi, de son côté, gardait un dépit amer contre « les gens retirés qui ne le voyoient point » ; par deux fois à Marly il tomba sur le Charmel ; Harcourt, seul, le défendit. Malgré les lettres de Cavoye et les instances de Saint-Simon — « jamais je ne pus l'y engager » —, le Charmel refusa de paraître. Enfin, des émissaires de Quesnel signalés chez lui, le cardinal de Noailles dit au roi « que le Charmel étoit un janséniste et un brouillon » : lettre de cachet le 10 février, exil au Charmel avec garde à vue. Mme de Mailly révèle la source à Saint-Simon « de chez Mme de Maintenon » ; Chamillart, à qui il la rapporte, entre en fureur : « il n'y a plus de secret chez le roi ! »
- Piété de du Charmel
- Piété du Charmel : « ce fut un homme à cilice, à pointes de fer, à toutes sortes d'instruments de continuelle pénitence », passant ses carêmes à la Trappe à la portion des religieux, et le vendredi saint « à genoux à terre, sans appui, sans livre, sans changer de posture, depuis quatre heures du matin jusqu'à dix ; avec cela toujours gai et toujours libre et aisé ». Exilé, « il est difficile de comprendre avec combien d'humilité et de douceur cet homme, naturellement impétueux, reçut sa lettre de cachet…, et avec quelle ponctualité il obéit ». Il refusa même l'intercession du duc de Lorraine, « persuadé qu'il devoit se tenir fidèlement sous la main de Dieu dans une pénitence qu'il n'avoit pas choisie, dans un pardon effectif de ceux qui l'y avoient confiné, et dans une paix profonde ».
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