TOME XV · CHAPITRE XVIII
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Résumé
Affaires du Nord : la France « paraît vouloir lier étroitement avec la Prusse » ; les Hollandais « fort en brassière » veulent la paix ; l'adresse de Monteléon plaidant la paix « sous le nom de l'abbé Dubois » ; les menaces espagnoles « méprisées en Angleterre » dont le parlement accorde tout pour la mer ; l'« insolence de Penterrieder » et ses propositions à l'envoyé de Sicile « très dangereuses pour la France » ; « vanteries et bévues de Beretti » ; le roi de Sicile « soupçonné de traiter secrètement avec l'empereur » ; raisonnements d'Albéroni.
Les entrées
- Affaires du nord
- Les affaires du Nord : « depuis le mois de février on commençoit à voir quelque apparence de réconciliation entre le czar et le roi de Suède. Le comte de Gyllembourg... avoit fait quelques propositions de paix de la part du roi de Suède, et le czar avoit envoyé deux hommes à Abo » — le czar assurant le roi de Prusse « qu'il ne seroit question que de préliminaires..., et qu'il ne décideroit rien sans savoir auparavant ses sentiments. Les flatteries et les apparences réussissoient à la cour de Berlin. »
- La France paroît vouloir lier étroitement avec la Prusse
- Le rapprochement franco-prussien : le régent avait agi auprès du roi de Suède pour la paix de la Prusse et auprès du czar pour l'union avec elle ; le roi de Prusse demandait d'ordonner à Bezenval « de s'entendre secrètement » avec Berlin contre le projet du roi Auguste « de rendre cette couronne [de Pologne] héréditaire dans sa maison » ; et le maréchal d'Huxelles assura Kniphausen que la France regarderait désormais les intérêts prussiens « comme les siens propres..., qu'il ne falloit pas qu'il fût étonné ni rebuté par les ménagements que la France avoit eus pour l'Angleterre, parce qu'il falloit continuer à tenir la même conduite jusqu'à ce qu'on pût parvenir au but qu'on se proposoit » — en lui demandant « un grand secret ». Le roi de Prusse, craignant que son beau-père ne sacrifiât ses intérêts par une paix séparée, ne tenait à rien tant qu'à « conserver Stettin ».
- Hollandois, fort en brassière entre l’Espagne et les autres puissances, veulent conserver la paix
- Les Hollandais en brassière : les Anglais se plaignaient d'y voir « un parti favorable aux Espagnols par la seule raison de contredire l'Angleterre en toutes choses » ; « le seul désir des Hollandois... étoit de conserver la paix, et par ce moyen le commerce de la nation » ; mais « craignant excessivement de déplaire à l'empereur et à l'Angleterre, [ils] n'osèrent accorder à l'ambassadeur d'Espagne la permission d'acheter des vaisseaux de guerre » — Fagel combattant les plaintes de Beretti sur un traité qui donnait « des États à l'empereur, et du papier au roi d'Espagne ».
- Adresse de Monteléon dans ses représentations à Albéroni, sous le nom de l’abbé Dubois, en faveur de la paix
- L'adresse de Monteléon : n'osant hasarder ses représentations sous son nom, il les mettait sous celui de Dubois — Vienne n'accepterait pas le projet ; l'Espagne devait « se conformer à la constitution délicate, extravagante et presque inexplicable du gouvernement d'Angleterre », faire voir qu'elle ne méprisait pas les conditions, « laisser une porte ouverte aux expédients sans déclarer une volonté déterminée de vouloir la guerre à toute force », mettre Vienne dans son tort et engager la nation anglaise à se déclarer pour elle.
- Menaces de l’Espagne méprisées en Angleterre, dont le parlement accorde au roi tout ce qu’il demande pour les dépenses de mer
- Les menaces méprisées : le mémoire d'Albéroni sur l'escadre « n'eut d'effet que d'exercer à Londres les raisonnements des politiques » ; George obtint « qu'il fût réglé par un acte du parlement que le parlement suivant abonneroit ces dépenses [de marine], en sorte que par cet acte il devint le maître d'envoyer des escadres où il le jugeroit à propos ».
- Insolence de Penterrieder
- L'insolence de Penterrieder : sûr, dès le début de mars, « de la route que l'escadre angloise tiendroit vers les côtes d'Italie », il vantait « la modération et la clémence de Sa Majesté Impériale », qui n'enverrait pas même de troupes en Italie « ne voulant inquiéter personne, mais faire du bien à tout le monde », et accorderait au roi d'Angleterre « l'investiture de Brême et de Verden, lorsque la campagne seroit finie ».
- Ses manèges et ses propositions à l’envoyé de Sicile très dangereuses pour la France
- Ses manèges dangereux : par le secrétaire de Modène, il faisait espérer à Provane un radoucissement de l'empereur ; « il disoit qu'il falloit chercher des équivalents pour l'échange de la Sicile ; que, s'il étoit impossible d'en convenir, il ne le seroit pas de céder au roi de Sicile le royaume de Naples pour les posséder tous deux ensemble, donnant en échange les autres États qu'il possédoit actuellement » — c'est-à-dire le Piémont aux portes de la France. La Pérouse, « flatté de se trouver chargé d'une négociation secrète », gobait que « toutes les caresses faites à l'abbé Dubois étoient pures grimaces », et des armateurs offraient même à Penterrieder « d'arborer le pavillon de l'empereur, et de faire des courses sur les Espagnols ».
- Vanteries et bévues de Beretti
- Les vanteries de Beretti : il obtint fin mars la permission d'acheter les vaisseaux — « le projet étoit d'en avoir sept à soixante-dix pièces de canon chacun..., achetés sous le nom de marchands espagnols » —, citait le mot du Pensionnaire : « Si nous en avons trop, pourquoi n'en pas vendre à nos amis ? », les offres du capitaine Schreiner, et le projet secret de la compagnie des Indes occidentales pour un nouveau règlement de commerce, « regardant comme une victoire d'accoutumer les Hollandois à s'approcher des Espagnols ».
- Le roi de Sicile soupçonné de traiter secrètement avec l’empereur
- « On disoit publiquement alors que le roi de Sicile entroit dans la ligue, et qu'il traitoit avec l'empereur. Le régent avoit communiqué en Espagne les avis qu'il avoit reçus de cette négociation secrète à Vienne. Cellamare en avoit officieusement averti Provane. Ce dernier, quoique peu content, rendoit cependant justice au régent..., persuadé que ce prince vouloit sincèrement procurer la paix. »
- Raisonnements d’Albéroni sur ce prince, sur les Impériaux et sur la France
- Les raisonnements d'Albéroni : « il ne douta pas un moment du double manège du roi de Sicile » ; il reprochait à l'empereur de vouloir « par de feintes négociations gagner le temps de la paix, et se déployer après en force sur l'Italie », d'offrir aux Turcs « de leur céder Belgrade » ; et il menaçait : le roi d'Espagne, au pis aller, « se retireroit sur son fumier (en France), résolution qui pourroit un jour faire connoître à certaines gens (M. le duc d'Orléans) que c'étoit s'égarer sur leurs propres intérêts que d'empêcher Sa Majesté Catholique de porter hors de son continent des troupes et de l'argent pour employer l'un et l'autre sur les frontières de France. »
- Fortes protestations et déclarations de l’Espagne à Paris et à Londres
- Les fortes déclarations : prévenu qu'on demanderait le dépôt de la Sardaigne, il « déclara par avance que le roi d'Espagne n'admettroit jamais une pareille proposition. Cette île étoit l'entrepôt des troupes qu'il vouloit envoyer en Italie » ; et il protestait « que le roi d'Espagne vouloit venger ses outrages et soutenir ses droits, quand même il seroit seul et dépourvu de tout secours » — Monteléon devant le répéter à la nation anglaise.
- Efforts et préparatifs d’Albéroni
- Ses efforts : « il travailloit principalement à ramasser un nombre de vaisseaux suffisant pour faire croire que l'Espagne avoit suffisamment des forces maritimes. Plus il y travailloit, plus il trouvoit que l'entreprise de mettre sur pied une marine étoit, disoit-il, un abîme » — l'espérance des achats hollandais s'évanouissant « malgré les belles paroles de Beretti ».
- Ses plaintes
- Ses plaintes : « il se plaignoit de la négligence de Castañeda, et en général de ne trouver en Espagne personne qui pût le soulager et qu'il pût regarder comme un homme de confiance. »
- Albéroni imagine de susciter la Suède contre l’empereur
- La Suède suscitée : « il se figura que le roi de Suède seroit peut-être de quelque secours..., qu'en aidant aux Suédois à rentrer en Allemagne, on remplaceroit avantageusement par cette diversion celle que les Turcs avoient faite jusqu'alors en Hongrie » ; Beretti eut ordre de chercher en Hollande quelque Suédois de mérite et, au besoin, d'offrir « comme de lui-même » l'argent d'Albéroni « en échange du cuivre ou des bois pour la marine ».
- Nancré échoue à Madrid
- L'échec de Nancré : arrivé à Madrid vers la fin de mars, il exposa le plan — encore chargé du démembrement de la Toscane et de la république de Pise. « Un tel projet fut mal reçu. Albéroni... le traita de fou et de chimérique ; dit qu'en ayant rendu compte à Leurs Majestés Catholiques, elles avoient répondu que jamais elles n'avoient entendu rien de plus indigeste et de plus visionnaire ; que la reine surtout étoit offensée... de voir qu'il la crût capable... de penser seulement à dépouiller un prince qui lui tenoit lieu de père. » Il plaignit Nancré, « homme d'honneur et d'esprit chargé d'une si mauvaise commission ».
- Albéroni le veut retenir jusqu’à la réponse de Vienne
- « Le roi d'Espagne, dans l'audience qu'il donna à Nancré, lui répondit qu'il examineroit les propositions qu'il avoit faites. L'intention d'Albéroni étoit de prendre du temps pour être instruit des réponses de l'empereur, avant que d'en rendre une positive de la part du roi d'Espagne. »
- Concert entre Nancré et le colonel Stanhope
- « Le colonel Stanhope étoit encore à Madrid, chargé des affaires et des ordres du roi d'Angleterre. Nancré et lui, agissant pour la même cause, agirent aussi d'un parfait concert, et Albéroni leur répondit également à tous deux. »
- Adresse de ce dernier repoussée par Albéroni
- L'adresse de Stanhope repoussée : voulant « obtenir une promesse de cessation d'armes de l'Espagne pendant la négociation », il se fit répondre par le cardinal, « choqué du discours que le colonel lui tenoit entre ses dents », que le roi « feroit passer huit mille hommes en Sardaigne, tant pour se défendre contre les entreprises des Allemands, que parce que l'empereur envoyoit lui-même continuellement des troupes dans l'État de Milan et dans le royaume de Naples ».
- Grands préparatifs hâtés en Espagne
- Les préparatifs hâtés : « tous les officiers sans exception eurent ordre de se rendre à leurs corps. On disposa toutes les choses nécessaires pour l'embarquement de quatre régiments de dragons qui de Barcelone devoient être transportés en Sardaigne avec leurs chevaux. L'intendant de marine eut ordre de préparer à Barcelone les vivres nécessaires pour l'embarquement de vingt bataillons. »
- Le marquis de Lede et Patiño mandés à Madrid
- « On fit venir à Madrid le marquis de Lede et don Joseph Patiño, l'homme de confiance d'Albéroni, pour leur donner les ordres du roi d'Espagne. Tout étoit en mouvement pour la guerre, jusqu'à Riperda, encore ambassadeur de Hollande, qui promit d'engager au service d'Espagne quelques Hollandois, officiers généraux de mer dans le service de ses maîtres. »
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