TOME VI · CHAPITRE XVI
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Résumé
Autour d'Audenarde — la bataille perdue plane sur tout le tome : lettres au roi et autres ; Biron à Fontainebleau, le « propos singulier » de Marlborough sur le roi d'Angleterre et le mot audacieux du prince Eugène sur la charge des Suisses de son père. « Situation de la cour rappelée » ; la conduite de la cabale de Vendôme, qui retourne la défaite contre le duc de Bourgogne ; et la lettre d'Albéroni — l'apologie de Vendôme — que Saint-Simon soumet à un examen vengeur.
Les entrées
- Lettres au roi et autres
- Les lettres après Audenarde : « on cacha tant qu'on put la perte » — Biron, Ruffé, Fitzgérald pris, « quatre mille hommes et sept cents officiers prisonniers…, et la dispersion, qui fut prodigieuse ». Le duc de Bourgogne manda formellement à sa femme que « l'ordinaire opiniâtreté et sécurité du duc de Vendôme… causoit le triste événement », tandis que Vendôme écrivit au roi, « en se mettant au lit », que le combat n'était pas désavantageux et « qu'il auroit battu les ennemis s'il avoit été soutenu ». Le détail, « renvoyé de l'un à l'autre, ne vint point » ; le roi lut toutes les lettres des particuliers, en rendit fort peu, « et toutes ouvertes ».
- Biron à Fontainebleau
- Biron, relâché sur parole, arriva à Fontainebleau le 25 juillet : « sa sagesse lui fut un bouclier utile à l'indiscrétion et à l'impétuosité des questions ». Le roi le vit plusieurs fois en particulier chez Mme de Maintenon ; Biron « ne lui mentit point, mais se sauva tant qu'il put de répondre ». « Il étoit fort de mes amis et je le vis tout à mon aise. Il m'instruisit beaucoup. »
- Propos singulier de Marlborough à Biron sur le roi d’Angleterre
- Propos singulier de Marlborough : à dîner, le duc demanda à Biron « des nouvelles du prince de Galles », avec excuses de le nommer ainsi. Biron répondit qu'on ne l'appelait dans notre armée que chevalier de Saint-Georges et le loua longuement ; Marlborough dit « qu'il ne pouvoit s'empêcher de s'intéresser beaucoup en ce jeune prince » — Biron remarqua « de l'épanouissement sur son visage et sur celui de la plupart de la compagnie ».
- Audacieux mot à Biron du prince Eugène sur la charge des Suisses qu’avoit son père
- Mot audacieux d'Eugène sur la charge de colonel général des Suisses qu'avait eue son père : « à sa mort nous espérions que mon frère la pourroit obtenir ; mais le roi jugea plus à propos de la donner à un de ses enfants naturels… Il est le maître, il n'y a rien à dire ; mais aussi n'est-on pas fâché quelquefois de se trouver en état de faire repentir des mépris. » Biron nota chez Eugène « une magnificence presque royale », chez Marlborough « une parcimonie honteuse », et entre eux « un grand concert », avec « une préférence tacite et en tout pour le prince Eugène ».
- Situation de la cour rappelée
- Rappel de la situation de la cour : les bâtards liés à Vaudemont et ses nièces, les valets intérieurs — Bloin surtout, « le plus délié, le plus hardi » — ; Chamillart « une cire molle » entre les mains de Vaudemont ; et « l'intérêt de tous ces personnages de perdre et de déshonorer à fond Mgr le duc de Bourgogne, pour n'avoir point à compter avec lui du vivant du roi, et à sa mort, s'en trouver débarrassés pour gouverner Monseigneur sur le trône ». Mlle Choin « en étoit jusqu'au cou » ; Mme la Duchesse s'unit au groupe « par sa haine personnelle ».
- Conduite de la cabale de Vendôme
- Conduite de la cabale : « d'abord étourdie du fâcheux événement », elle « s'arrêta dans les premiers moments à écouter », puis « jeta des propos à l'oreille pour sonder », hasarda des louanges de Vendôme, « osa passer au blâme de Mgr le duc de Bourgogne, et tôt après aux invectives ». Le gros des courtisans, « dans les ténèbres sur le détail », n'osait répondre ; faute de détails, « on osa semer des manifestes » poussés « jusqu'à ce qui ne peut avoir d'autre nom que celui d'attentat ».
- Lettre d’Albéroni
- Lettre d'Albéroni, premier manifeste « incontinent distribué partout » : tous les discours contre Vendôme sont faux « et il s'en moque » ; c'est lui qui voulut charger à dix heures du matin « mais comme son avis fut seul il ne fut pas écouté » ; sa « résolution ferme » du canal de Bruges « a sauvé l'armée du roi et le royaume ». Et de conclure : « Je suis Romain, c'est-à-dire d'une race à dire la vérité, in civitate omnium gnara, et nihil reticente, dit notre Tacite. »
- Examen de la lettre d’Albéroni
- Examen de la lettre : « le mensonge et l'artifice en sautent aux yeux ». Saint-Simon démonte la confusion des heures (deux heures après midi, non dix heures du matin), l'« arrière-garde imaginaire » faite « avec ses aides de camp », l'oubli des cent escadrons du chevalier du Rosel — « il est bien difficile de trouver une preuve plus évidente qu'un général a perdu absolument la tête » —, les « trente heures de lit » à Gand, et le camp de Lawendeghem dû à Puységur, que « Vendôme et les siens » s'approprièrent. Quant au « Romain » : fils d'un jardinier établi près de Bayonne, ancien « rebut des bas valets » de Vendôme, « le voici maintenant devenu son principal confident et son apologiste ».
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