TOME XVIII · CHAPITRE XI

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Résumé

La paix de Nystadt clôt les longs troubles du Nord — réflexions. Puis le double mariage : les mesures pour apprendre au roi son mariage espagnol ; le Régent, « en cinquième seulement dans le cabinet », le lui apprend et le déclare au conseil — le détail de la scène du cabinet ; la déclaration du mariage du prince des Asturies avec Mlle de Montpensier, fille du Régent ; l'« abattement et rage de la cabale opposée » ; et le « frauduleux procédé du cardinal Dubois » avec l'auteur nommé ambassadeur extraordinaire, « qui veut me ruiner et me faire échouer ».

Les entrées

Raisons qui terminent les longs troubles du Nord
« Il y avoit longtemps que les alliés du nord, las de cette longue guerre, et jaloux respectivement, se démanchoient les uns après les autres » ; chacun, « dans la crainte de l'augmentation de la puissance déjà trop formidable de la Russie prête d'envahir la Suède, s'étoit contenté de ce qu'il en avoit pu tirer ». « Le czar avoit des raisons domestiques de finir cette guerre ; et s'y portoit d'autant plus volontiers qu'il la pouvoit terminer à son mot et donner la loi à la Suède. »
Paix de Nystadt entre la Russie et la Suède
« Les plénipotentiaires russiens et suédois, assemblés à Nystadt en Finlande, y conclurent la paix telle que la Suède la put obtenir dans l'état de ruine et de dernier abattement où le règne de son dernier roi l'avoit mise. » La Suède céda « la Livonie, l'Estonie, l'Ingrie, une partie de la Carélie et le district de Wiborg, les îles d'Oesel, Dagoë, de Moen » ; le czar rendit la Finlande, paya deux millions de rixdales, garantit privilèges et religion des provinces cédées, et promit « de ne se mêler en aucune manière des affaires domestiques de la Suède ».
Réflexions
« On voit aisément que cette paix si démesurément avantageuse à la Russie fut la loi du vainqueur au vaincu. » « Le czar dans l'excès de sa joie voulut des fêtes et des réjouissances publiques dans toute la Russie » ; la Suède demeura « reléguée au delà de la mer Baltique, après avoir vu ses rois en être les dictateurs ». Et Saint-Simon d'accuser « le funeste fruit de l'intérêt personnel de Dubois qui avoit enchaîné la France à l'Angleterre », et qui « ne voulut jamais permettre de profiter du désir passionné que le czar eut de s'unir étroitement avec la France » — que « l'avarice et les ténèbres du cardinal Fleury achevèrent de livrer à l'empereur et à l'Angleterre ».
Mesures pour apprendre au roi son mariage et le déclarer
Le régent « ne laissoit pas d'être en peine » de la réception du mariage par le roi, « que les surprises effarouchoient », et du public, « à cause de l'âge de l'infante encore dans la première enfance ». « S'il s'opiniâtroit à se taire, que devenir pour le conseil de régence ? Et si par dépit d'être pressé il alloit dire non ? » Il fut conclu de mander séparément M. le Duc et Fréjus — celui-ci « pour le caresser par cette distinction sur le maréchal de Villeroy » et « qu'il fût là tout prêt à servir le régent de tout ce qu'il pouvoit sur le roi ». « Fréjus fut froid, il parut sentir que le besoin lui valoit la confidence », et « trouva l'infante bien enfant ».
Le régent, en cinquième seulement dans le cabinet du roi, lui apprend son mariage, et le déclare en sa présence au conseil de régence
Dans le cabinet du roi, la scène fut rude : Saint-Simon, entré avec les maréchaux de Villars, d'Estrées et d'Huxelles, vit le roi « rouge, et les yeux pleins de larmes », le maréchal de Villeroy « secouant sa perruque » : « Allons, mon maître, disoit-il, il faut faire la chose de bonne grâce » ; Fréjus « se baissoit et parloit au roi à demi bas ». « Tout ce manège dura presque un quart d'heure. » Au conseil enfin, le roi « avoit les yeux rouges et gros » ; à la demande du régent, il « répondit un oui sec, en assez basse note », et le mariage fut déclaré et approuvé — « le maréchal de Villeroy n'approuva qu'en deux mots, ajoutant d'un air chagrin qu'il étoit bien fâcheux que l'infante fût si jeune ». « Voilà donc, sire, votre mariage approuvé et passé, et une grande et heureuse affaire faite. »
Détail plus étendu de la scène du cabinet du roi sur son mariage
Le régent conta ensuite le détail : à la mention du mariage, les larmes du roi tombaient « assez dru », Fréjus « lui parloit bas, sans en tirer aucune réponse » ; Dubois atténua « l'inconvénient de l'âge, par l'avantage d'élever ici l'infante aux manières françaises ». Ils attendirent « en grandes angoisses ce que l'affaire deviendroit entre les mains de Fréjus, qui étoit leur seule espérance », jusqu'à ce que le roi « eût prononcé qu'il y consentoit ». Le régent et Dubois « convinrent que, sans l'évêque de Fréjus, qui encore s'étoit fait attendre et n'avoit pas montré agir de trop bon cœur, ils ne savoient ce qui en seroit arrivé. L'angoisse en avoit été si forte, qu'ils s'en sentoient encore tous deux. »
Déclaration du mariage du prince des Asturies avec une fille de M. le duc d’Orléans
Dix ou douze jours après, le régent annonça au roi « l'honneur que le roi d'Espagne lui vouloit faire » — le mariage du prince des Asturies avec Mlle de Chartres. « Cela se passa tout uniment, sans la moindre difficulté, mais le maréchal de Villeroy ne put s'empêcher de témoigner son étonnement, qui sentit fort le dépit. » Au conseil, « les maréchaux de Villeroy, Villars et d'Huxelles y parurent le visage enflammé et ne purent cacher leur dépit, pour ne pas dire leur désespoir ». Le lendemain, le roi alla complimenter au Palais-Royal et à Saint-Cloud, « où toute la cour accourut en foule ».
Réflexions
« Il n'y eut rien en soi de si surprenant que le mariage du prince des Asturies avec une fille de M. le duc d'Orléans », après qu'il ne s'était agi « de rien moins que de couper la tête à M. le duc d'Orléans » : « que ce même Dubois, qui devoit être si odieux à l'Espagne, ait osé concevoir le dessein d'y réconcilier son maître, et non seulement en soit venu à bout, mais encore de porter une fille de M. le duc d'Orléans sur le trône d'Espagne, il faut convenir que c'est un chef-d'œuvre de l'audace et d'un bonheur sans pareil ! » Le roi d'Espagne « étoit si intimement et si parfaitement François, qu'il n'avoit fait de difficulté à rien moyennant le mariage de sa fille ». « Fortuna e dormire, dit l'Italien, ou pour mieux dire, la Providence qui règle tout et qui produit tout par des ressorts profondément cachés aux hommes. »
Abattement et rage de la cabale opposée au régent
« Si la nouvelle de la déclaration du mariage du roi avoit bien étourdi et affligé la cabale opposée à M. le duc d'Orléans, celle du mariage d'une des princesses ses filles avec le prince des Asturies l'atterra. » Eux qui avaient « sans cesse les yeux et le cœur tournés sur le roi d'Espagne » comme « le plus irréconciliable ennemi » du régent, se trouvèrent « en proie au vide, à la nudité, au désespoir, sans nul point d'appui, sans bouclier, sans ressources ». « J'avoue que c'étoit un plaisir pour moi d'en rencontrer hommes, femmes, gens de tous états. »
Ses discours ; son projet
Ayant repris ses esprits, la cabale « se mit à détester l'Espagne à la même mesure qu'elle s'y étoit attachée, et ce contraste fut si subit, si entier, si peu mesuré, qu'il ne falloit que le voir et l'entendre pour en sentir la cause » — « on en découvrit plus qu'on n'avoit fait par les perquisitions estropiées de l'affaire de Cellamare ». Ils criaient que le régent « sacrifioit le roi à un enfant sorti à peine du maillot » dans « la criminelle espérance » de régner. « On les méprisa et on ne songea plus qu'à exécuter promptement tout ce qui pouvoit l'être de ce traité » — car la cabale « se mit à travailler à éloigner les mariages pour se donner le temps de les pouvoir rompre tout à fait. Ce fut aussi le coup de partie de ne lui en pas laisser le loisir. »
Frauduleux procédé du cardinal Dubois avec moi, qui veut me ruiner et me faire échouer
Dubois, « enragé de mon ambassade », « avoit résolu, en gardant tous les dehors, de me ruiner et de me perdre ». « Ce fut une anguille qui glissa sans cesse entre mes mains » : il « se mit à me prêcher la magnificence », augmenta le train d'un tiers, entra dans « tout détail de table et d'écurie qu'il n'augmentât du double », maintint la défense de préparer les équipages « pour qu'il m'en coûtât le double par la précipitation », et refusa les instructions détaillées « pour que je ne fusse instruit qu'en l'air, m'ôter le loisir des réflexions, et me jeter dans les embarras et les occasions de faire des sottises qu'il comptoit bien de relever fortement ».
Mon ambassade déclarée
« Lassé de tant et de si dangereuses remises », Saint-Simon alla le mardi 23 septembre trouver le régent aux Tuileries : « je lui parlai si bien, qu'il me dit qu'il n'y avoit qu'à monter chez le roi. Il m'y mena, et dans le cabinet du roi je fus déclaré. » « Je crois que le cardinal Dubois fut bien fâché de la déclaration qu'il vouloit encore différer. Mais après cela, il n'y eut plus moyen de reculer » — et il montra dès lors « autant d'empressement et d'impatience qu'il avoit auparavant affecté de lenteur ».
Ma suite principale
La suite : le comte de Lorges, le comte de Céreste — frère de Brancas, « un homme tout fait et fait également pour l'agréable et le solide », dont naquit une amitié « intime » —, les deux fils, l'abbé de Saint-Simon, le major de son régiment, l'abbé de Mathan. Mais Dubois exigea « une quarantaine d'officiers » des régiments : « je m'écriai à la folie et à la dépense » — des jeunes gens dont « la tête, la galanterie indiscrète et française, les aventures me donneroient plus d'affaires que toutes celles de l'ambassade ». « Rien de plus évidemment vrai et raisonnable que ces représentations ; rien de plus inutile et de plus mal reçu. » « Faute d'en trouver, je n'en menai que vingt-neuf, et si le cardinal réussit du côté de ma bourse, je fus si heureux, et ces messieurs si sages, qu'il n'en tira rien de ce qu'il s'en étoit proposé. »
Sartine ; quel
Sartine, chargé de préparer en Espagne mules, carrosses et provisions, « s'en acquitta à souhait ». Lyonnais, ancien directeur général des vivres des armées d'Espagne, « homme de figure agréable, d'esprit et de beaucoup d'entendement, d'intelligence, d'expédients », « personnellement bien avec le roi d'Espagne », il fut persécuté par Albéroni et « ne sortit de prison que lorsque Albéroni sortit lui-même d'Espagne ». « Sage et sans se méconnoître, laborieux, actif, pénétrant, extrêmement au fait de la marine et du commerce d'Espagne et des Indes », « fort François sans s'en cacher, et néanmoins généralement aimé des Espagnols », il mourut intendant de Barcelone.
Je consulte utilement Amelot et les ducs de Berwick et de Saint-Aignan
« Mon premier soin fut d'écrire au duc de Berwick et de voir Amelot et le duc de Saint-Aignan, pour tirer d'eux toutes les lumières et les instructions que je pourrois sur l'Espagne. J'en tirai de solides d'Amelot, et du duc de Saint-Aignan un portrait des gens principaux en crédit très bien écrit, et que j'ai reconnu parfaitement véritable. »
Utilité que je tire des ducs de Liria et de Veragua
Berwick fit mieux : il manda « au duc de Liria, son fils, établi en Espagne, de me servir en toutes choses », ce qu'il fit au point d'aider Sartine si bien que « dans un temps si court pour la paresse et la lenteur espagnole, je n'aurois, sans lui, trouvé rien de prêt en arrivant » — et surtout de « faire connoître les personnages, les liaisons, les éloignements, les degrés de crédit ». Il valut de plus « la familiarité du duc de Veragua, frère de sa femme ».
Leur caractère
Veragua, « masculinement et légitimement d'une branche de la maison de Portugal », descendait « par sa grand'mère, du fameux Christophe Colomb ». « Vilain de sa figure, sale et malpropre à l'excès, avec des yeux pleins d'esprit », « de bonne compagnie et quelquefois fort plaisant sans y songer », ses amis « l'appeloient familièrement don Puerco » — « dînant une fois chez le duc de Liria, nous lui proposâmes de manger au buffet, parce qu'il étoit trop sale pour être admis à table. Tout cela se passoit en plaisanteries qu'il recevoit le mieux du monde. » Le duc de Liria, lui, « avoit de l'esprit et des vues », mais « désolé de se trouver établi en Espagne, à la tristesse de laquelle il ne s'accoutumoit point », « aimoit si passionnément le plaisir, qu'il en mourut longtemps après à Naples ».
Mon instruction
L'instruction, arrachée « avec tous les délais que le cardinal Dubois y put apporter », exposait l'alliance défensive France-Espagne-Angleterre — confirmant « les renonciations réciproques qui étoit le grand point de M. le duc d'Orléans, et la succession protestante de l'Angleterre, qui étoit le grand point du cardinal Dubois » —, chargeait Saint-Simon de faire avaler la fausse promotion de grands d'Espagne par l'empereur, enjoignait « de vivre dans un commerce étroit à Madrid avec le colonel Stanhope, ambassadeur d'Angleterre », d'éviter les jacobites et « en particulier le duc d'Ormond, toutefois sans incivilité marquée », et prescrivait pour le P. Daubenton compliments et « entière confiance » avec « un fort grand éloge » : « c'étoient deux fripons des plus insignes, dignes de se louer l'un l'autre et d'être abhorrés de tout le reste des hommes ».
Remarques sur icelle
Remarques : « après ce que M. le duc d'Orléans m'avoit si précisément dit que c'étoit l'Espagne qui lui avoit forcé la main pour la déclaration actuelle des mariages, je fus très surpris de trouver le contraire dans le narré de mon instruction ». Il y trouva aussi « une grossière ignorance » sur la dispense d'entrée — aucun ambassadeur de France sous Philippe V n'en ayant fait — et des défenses de recevoir Magny, les Bretons réfugiés et Marsillac, et de ne voir Cellamare qu'« avec une civilité simplement extérieure ». Il fit « à mi-marge plusieurs observations et questions » : « il répondit à côté assez bien et assez nettement. On verra bientôt où il m'attendoit. »
Valouse ; son caractère et sa fortune
Valouse, « du nom de Boutin, gentilhomme du Comtat, élevé page de la petite écurie, d'esprit court, mais sage, appliqué, allant à son but et ne s'en écartant point, honnête homme et droit, mais qui craignoit tout », devint écuyer du duc d'Anjou, puis premier écuyer du roi d'Espagne, « toujours ne se mêlant que de sa charge », si bien que tous les ministres successifs « sentirent qu'ils n'en avoient rien à craindre » ; le roi d'Espagne finit par lui donner la Toison d'or, qui « parut un peu sauvage ».
La Roche ; sa fortune ; son caractère
La Roche, premier valet de garde-robe de Philippe V, « ni moins borné, ni moins timide » que Valouse, « doux, poli et honnête homme comme lui, mais aussi parfaitement inutile ». Sa mère veuve « étoit au vieux Bontems ce que Mme de Maintenon étoit au roi, mais plus à découvert » ; « le plaisant est qu'on la courtisoit pour plaire à Bontems ». « Sa sagesse, sa retenue, son air de respect pour les Espagnols leur plut. »
Estampille ; ce que c’est
« L'estampille est une manière de sceau sans armes, où la signature du roi est gravée dans la plus parfaite imitation de son écriture ; ce sceau s'applique sur tout ce que le roi devroit signer et lui en ôte la peine. Il sembleroit qu'un sceau de cette importance ne devroit être confié qu'à des personnes principales ; mais l'usage d'Espagne est qu'il ne soit remis qu'à des subalternes de confiance. » La Roche en fut chargé « et s'en acquitta très fidèlement et poliment au gré de tout le monde ».
Laullez ; sa fortune ; son caractère
Laullez, ambassadeur d'Espagne à Paris, était « un Irlandois, grand homme, très bien fait et de bonne mine », donné au roi d'Espagne à la formation de ses gardes du corps, « garçon brave et intelligent, fort honnête homme, avec de l'esprit et de la sagesse », entré « dans la familiarité du roi, de la reine sa première femme, de la princesse des Ursins », souvent chargé « de commissions secrètes et délicates qu'il exécuta toutes fort heureusement », devenu major des gardes du corps et lieutenant général.
Mon utile liaison avec lui
« Je voulois plaire au ministre d'Espagne, et lui ne le désiroit pas moins à un serviteur intime de M. le duc d'Orléans ; les choses se passèrent tellement entre nous que l'amitié s'y mit, qui a duré au delà de sa vie. Je reçus de lui mille bons avis et toutes sortes de bons offices et de services en Espagne. » Il mourut gouverneur et capitaine général de Majorque ; ses sœurs s'adressèrent bien des années après à Saint-Simon, qui les servit « de tout ce qu'il put ».
Scélératesse du cardinal Dubois et faiblesse inconcevable de M. le duc d’Orléans, dans les ordres nouveaux et verbaux que j’en reçois sur préséance et visites
Puis vinrent les ordres « si nouveaux et verbaux » : prendre la première place aux cérémonies « sans exception à qui que ce fût » — même sur le nonce, même sur le majordome-major — et « ne rendre la première visite à qui que ce fût sans exception ». Amelot avertit que Saint-Simon « joueroit à essuyer tous les dégoûts possibles » et se ferait « tourner le dos au palais ». Le piège était limpide : Dubois, « sûr de n'avoir rien écrit de ces ordres », pouvait « nier me les avoir donnés, me désavouer » — ou, s'ils n'étaient pas exécutés, « m'accuser d'avoir sacrifié l'honneur du roi à l'intérêt de plaire en Espagne pour en obtenir grandesse et Toison ». Le régent ne fut d'aucun secours : « je ne trouvai que faiblesse sous le joug d'un maître » — « je vis en plein l'extrême malignité du valet et l'indicible faiblesse du maître. Ce fut donc à moi à bien prendre mes mesures là-dessus. »
Duc d’Ossone ; quel
« Le duc d'Ossone fut nommé par l'Espagne pour venir ici faire, pour le mariage du prince des Asturies, les mêmes fonctions que j'allois faire en Espagne pour le mariage du roi. » Grand de première classe, portant « le nom de Giron et de Tellez », mais « Acuña y Pacheco, une des premières maisons d'Espagne en tout genre ».
Nommé ambassadeur d’Espagne pour le mariage du prince des Asturies
« Ce duc d'Ossone, ambassadeur ici, étoit donc un fort grand seigneur qui s'y montra très magnifique et très poli, mais il n'étoit que cela. »
On lui destine le cordon bleu
« On sut que M. le duc d'Orléans avoit résolu de lui donner le cordon bleu » — avec « une chose jusqu'alors sans exemple » : le roi n'étant pas encore chevalier de son ordre, on voulut « lui faire porter l'ordre en attendant qu'il pût être nommé », pour marquer « combien il étoit touché de l'honneur du mariage de sa fille ».
Je ne veux point profiter de la nouveauté de cet exemple
Le duc de Lauzun pressa Saint-Simon de demander aussi le cordon bleu : « je n'en voulus rien faire. Cette impatience de porter l'ordre, qui, dans la suite, ne pouvoit me manquer, me répugna. » Ayant la grandesse en vue, « cela me parut un entassement trop avide ». « Qui m'eût dit alors que je ne serois pas de la première promotion qui s'en feroit m'auroit bien surpris ; qui y eût ajouté que je serois de la suivante, où nous ne serions que huit avec Cellamare, les deux fils du duc du Maine et le duc de Richelieu, m'auroit bien étonné davantage. »
Continuation de l’étrange procédé du cardinal Dubois à mon égard, qui fait hasarder à M. le duc d’Orléans une entreprise d’égalité avec le prince des Asturies
Autre chausse-trape : le régent remit deux lettres pour le prince des Asturies, l'une le traitant « de neveu », l'autre « de frère et de neveu », en priant de faire passer la seconde — « ce traitement de frère étoit un traitement d'égal », alors que « de quelque côté qu'on le regarde, M. le duc d'Orléans étoit extrêmement inférieur au prince des Asturies » : « c'étoit une véritable entreprise et parfaitement nouvelle que de prétendre l'égalité du style et du traitement. Ce fut pourtant ce dont je fus chargé, et je crois, dans la ferme espérance du cardinal Dubois que je n'y réussirois pas, et de profiter d'un début fort désagréable. »
La Fare envoyé en Espagne de la part de M. le duc d’Orléans
Belle-Ile vint dire qu'un officier principal du régent irait remercier en Espagne du mariage, et pria Saint-Simon de demander La Fare, capitaine des gardes du régent : « je le lui promis et je l'obtins : ce fut son premier pas de fortune. »
Son caractère
« C'est un fort aimable homme, de bonne compagnie, qui m'en a toujours su gré depuis. Sans blesser l'honneur et avec un esprit gaillard mais fort médiocre, il a su être bien et très utilement avec tous les gens en place et en première place, se faire beaucoup d'amis, et faire ainsi peu à peu une très grande fortune qui a dû surprendre, comme elle a fait, mais qui n'a fâché personne. »
Malice grossière à mon égard du cardinal Dubois, suivie de la plus étrange impudence
La veille du départ, parmi les pièces remises, « il n'y en avoit point du roi pour l'infante » : « elle n'étoit pas faite ». Minuit passa sans qu'elle vînt ; « je partis sans elle ». Dubois promit Bayonne, puis Madrid : « une lettre du roi à l'infante n'étoit pas difficile à faire : je ne pus donc douter qu'il n'y eût du dessein dans ce retardement », peut-être « d'en envoyer une après coup et pour me faire passer pour un étourdi qui avoit perdu la première ». Suivit « un autre trait de la dernière impudence » : la sommation, portée par Le Blanc et Belle-Ile, d'écrire à Torcy pour lui arracher les postes, avec menace de rompre l'ambassade — « il verroit, par l'office que je lui rendrois en cette occasion, de quelle façon il pouvoit compter sur moi ».
Il prend à Torcy la charge des postes
Saint-Simon résolut « d'en essuyer le hasard plutôt que de me prêter à la violence à l'égard d'un ami sûr, sage, vertueux » : il refusa d'exhorter Torcy, offrant seulement de le sonder. Sa lettre, approuvée par les Castries, partit par courrier ; Torcy, « qui comptoit bien que le cardinal le dépouilleroit tôt ou tard », « sentit vivement mon procédé, et jusqu'à sa mort nous avons toujours vécu dans la plus grande intimité, comme on le peut voir par la communication qu'il me donna de ses Mémoires, dont j'ai enrichi les miens ». Dubois, « content de voir que Torcy consentiroit à se démettre des postes, ne se soucia point du comment ».
Bon traitement fait à Torcy
« Tout se passa de bonne grâce des deux côtés. Torcy eut quelque argent et soixante mille livres de pension sa vie durant, assignée sur le produit des postes, dont vingt mille livres pour sa femme après lui. Cela fut arrêté avant mon départ et fort bien exécuté depuis. »
La duchesse de Ventadour, et Mme de Soubise en survivance, gouvernantes de l’infante, et le prince de Rohan chargé de l’échange des princesses
« Peu après la déclaration des mariages, la duchesse de Ventadour et Mme de Soubise, sa petite-fille, avoient été nommées, l'une gouvernante de l'infante, l'autre en survivance, et toutes deux pour aller la prendre à la frontière et l'amener à Paris, au Louvre » ; et le prince de Rohan, gendre de Mme de Ventadour, « fut nommé pour aller faire l'échange des princesses sur la frontière ». « Toutes ces commissions espagnoles firent que nous nous visitâmes avec la politesse convenable. »

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