TOME VI · CHAPITRE XXI
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Résumé
Menin et Ath manqués par les Albergotti ; Vendôme assiège Leffinghem ; l'état de Lille et sa capitulation — Boufflers, « en rien subordonné à Vendôme », se retire dans la citadelle ; Leffinghem pris l'épée à la main. Le duc de Beauvilliers arrête l'auteur à la cour : « calomnies grossières contre moi » — Saint-Simon découvre qu'on le noircit auprès du roi. Morts de Tréville — l'abrégé de ce bel esprit — et de Lyonne ; les « enfants de ministres emblent toutes les charges de la cour » ; Jarzé remercié de la Suisse pour le comte du Luc ; le duc d'Enghien reçu.
Les entrées
- Menin et Ath manqués par les Albergotti oncle et neveu
- Menin et Ath manqués par les Albergotti : « le luxe et la bonne chère avoient corrompu nos armées, surtout en Flandre ; on y étoit servi avec la même délicatesse que dans les villes ». Les apprêts retardèrent le neveu, arrivé sur Menin « quatre heures plus tard que l'heure concertée » ; « un autre en auroit été perdu, mais avec de si bons appuis il n'y parut seulement pas ». L'oncle voulut réparer la faute sur Ath : « il fit comme son neveu, il arriva trop tard », et son « extrême sang-froid n'en fut pas ému » — ami de Vendôme pour lui avoir « sacrifié M. de Luxembourg à qui il devoit tout », et de la Choin.
- Vendôme, pour fermer les convois, assiège Leffinghem ; où le chevalier de Croissy est près pour la troisième fois de la guerre
- Vendôme, quarante-trois bataillons et soixante-trois escadrons entre le Moordick et le canal de Plassendal, assiégea Leffinghem pour fermer les convois d'Ostende, promettant que rien ne passerait plus au prince Eugène — « qui recevoit en attendant tous ses besoins par des barques ». Le chevalier de Croissy y fut pris dans une sortie, « déjà pris deux autres fois de cette guerre ». Vendôme manda trois mille hommes dans la place : « il se trouvera bientôt qu'il n'y en avoit que la moitié ; mais ces suppositions du double étoient marché donné pour Vendôme ».
- État de Lille
- État de Lille : les 20 et 21, « trois brèches nouvelles », le fossé saigné, une galerie « jusqu'au pied d'une des brèches. La place devenoit insultable ; la poudre et les munitions manquoient, les vivres diminués jusqu'à une extrême incommodité, et presque plus de viande. »
- Capitulation de Lille
- Capitulation signée le 23 octobre, « après deux mois de tranchée ouverte, et avoir combattu sans cesse à disputer le terrain jusqu'à un pouce » : rien ne fut refusé à Boufflers — malades transportés, les dix-huit cents chevaux du chevalier de Luxembourg conduits à Douai, privilèges des habitants conservés, quatre jours pour se retirer dans la citadelle. Coetquen porta la capitulation au duc de Bourgogne, qu'il « trouva jouant au volant… La vérité est que la partie n'en fut pas interrompue » — réception « étrangement blâmée », dont la cabale « tira de nouvelles armes contre le prince ».
- Boufflers en rien subordonné à Vendôme
- Boufflers « avoit expressément obtenu du roi, et en partant, qu'il ne prendroit et ne recevroit jamais l'ordre, ni aucuns ordres du duc de Vendôme, qu'il ne lui seroit subordonné en aucun cas possible, et qu'il ne reconnoîtroit que Mgr le duc de Bourgogne ».
- Boufflers entre dans la citadelle de Lille
- Boufflers dans la citadelle : sa défense reçut « de la cour, de Paris, et de toute l'Europe, les plus grands applaudissements ». Il offrit congé aux soldats destinés à la citadelle : « pas un seul ne l'accepta ». Entré le dernier le 26 octobre au soir, son retard de quelques heures inquiéta les soldats « jusqu'au murmure. Dès qu'il parut leur joie éclata », tous promettant « de faire des merveilles sous un chef qui leur en montroit si bien l'exemple ».
- Leffinghem pris l’épée à la main par les troupes de Vendôme
- Leffinghem pris l'épée à la main la veille : quinze cents hommes (et non trois mille), un colonel anglais ; Forbin et le chevalier de Langeron empêchèrent le débarquement de quatorze bataillons de secours. Le poste fut emporté « si aisément qu'il n'en coûta pas une douzaine de soldats ». « Vendôme, à son ordinaire, en fit un trophée » ; le roi, « infatigablement le même pour Vendôme », régala d'un brevet de mestre de camp le chevalier de Roye porteur de la nouvelle.
- Le duc de Beauvilliers m’arrête à la cour
- Le duc de Beauvilliers, « épuisé de raisons » pour retenir Saint-Simon qui voulait partir à la Ferté, « s'avisa de me demander si je ne voudrois pas au moins, pour l'amour de Mgr le duc de Bourgogne, faire l'effort de demeurer encore quelques jours à la cour. Il désarma ainsi mon impatience. » Il promit de mander au prince « la violence que je me faisois en sa seule considération ».
- Calomnies grossières contre moi
- Calomnies grossières : « j'étois odieux à toute cette cabale… J'ose dire à peine que j'étois peut-être le seul à qui il restât assez de courage pour le conseil et pour ne pas tenir la vérité captive. » Après le pari, « ils se mirent à semer que je tombois sur Mgr le duc de Bourgogne plus rudement que personne. Le monde, témoin de ma vivacité pour lui, et contre eux, en rit » — mais l'imposture mit « le comble à mon dépit », et Beauvilliers permit enfin le départ.
- Mort de Tréville ; abrégé de lui
- Mort de Tréville à Paris, « personnage peu guerrier, fort du grand et du meilleur monde, quelque temps courtisan, puis dévot et retiré…, toujours recherché, toujours galant, toujours brillant d'esprit et de goût ». Il vivait depuis plusieurs années « plus particulièrement occupé de son salut », riche et point marié.
- Mort et caractère de Lyonne
- Mort de Lyonne, fils aîné du grand ministre, « dans une obscurité aussi profonde que le lustre de son père avoit été éclatant ». Maître de la garde-robe, il servit si peu que La Salle « servit continuellement pour tous deux » ; il « passa sa vie à Paris avec des nouvellistes », son banc fixe aux Tuileries, « dont pas un n'étoit connu de personne » ; son fils « fit la folie d'épouser la servante d'un cabaret de Phalsbourg, qui s'est trouvée une femme de vertu et de mérite ».
- Enfants de ministres emblent toutes les charges de la cour
- « C'est très ordinairement le sort des enfants des ministres. Mais de ce règne seulement, ils ont trouvé…, celui de faire à leur famille des charges de la maison du roi une planche après le naufrage. Ainsi la noblesse en demeure exclue et le demeurera apparemment toujours » : Cent-Suisses, garde-robe, grand maréchal des logis, capitaine de la porte — toutes aux enfants des ministres.
- Jarzé remercié de l’ambassade de Suisse, le comte du Luc y est nommé
- Jarzé, nommé à l'ambassade de Suisse, « s'en repentit » : fort avare, incommodé d'une grande chute en Anjou — « d'autant plus qu'il n'avoit qu'un bras » —, il s'excusa. L'ambassade fut donnée au comte du Luc « qui, comme Jarzé, avoit perdu un bras, et tous deux à la bataille de Cassel ».
- Duc d’Enghien chevalier de l’ordre
- Au chapitre extraordinaire tenu pour le duc d'Enghien, nommé chevalier de l'ordre à la Pentecôte, le roi permit au cardinal de La Trémoille de porter l'ordre en attendant sa réception.
- Mort en spectacle du maréchal de Noailles ; son caractère et celui de sa femme
- Mort en spectacle du maréchal de Noailles, « d'une grosseur prodigieuse et entassé, qui, précisément comme un cheval, mourut aussi de gras fondu ». « Point d'homme si bas pour tous les gens en place ; point d'homme si haut, dès qu'il le pouvoit » : duc et capitaine des gardes, il portait « comme un page la queue de Mme de Montespan », et, commandant en Languedoc, avait « ses gardes le long de son drap de pied à la messe ». Dévot affiché communiant tous les huit jours, « fort accusé de n'avoir pas renoncé à la grisette » — dont l'aventure de la fille de la musique cachée sous le chevet quand le cardinal entra. Il mourut le 2 octobre dans son fauteuil, « en présence de Mme la duchesse de Bourgogne, à qui tous spectacles étoient bons ». Sa femme, qui le gouvernait tout, « fit toujours du roi et de Mme de Maintenon tout ce qu'elle voulut…, et tout cela sans bassesses ; une femme qui ne disoit pas tout ce qu'elle pensoit, mais jamais ce qu'elle ne pensoit pas ».
- Retour du duc de Noailles à la cour
- « Le duc de Noailles, qui commandoit en Roussillon, où il n'y avoit rien à faire, revint à la cour fort tôt après. »
- Mort de Saint-Mars, gouverneur de la Bastille ; de Bernaville lui succède
- « Saint-Mars, gouverneur de la Bastille, mourut en même temps fort vieux. Bernaville, lieutenant du roi sous lui, lui succéda dans cet emploi de première confiance. »
- Mort et caractère de la maréchal de Villeroy
- Mort de la maréchale de Villeroy, le 20 octobre : « extrêmement petite…, le visage exactement comme un gros perroquet, et deux gros yeux sortants qui ne voyoient goutte… Avec une figure si peu imposante, jamais femme n'imposa tant. » « Personne n'avoit plus d'esprit, ni plus de sens et de justesse » ; le roi et Mme de Maintenon « la craignoient, et jamais elle ne fit un pas pour s'en approcher ». Abîmée de douleur par Ramillies, tombée aux mains du P. Poulinier, « un saint, mais de ces saints grossiers et durs », qui la condamna au silence sur son mari et Chamillart, elle s'enterra dans une retraite qui « la tua en deux ou trois ans ». « Sa mort fut celle des justes » ; Saint-Simon, absent à la Ferté quand elle le demanda, en eut « une douleur extrême ».
- Mort et caractère de la comtesse de Beuvron
- Mort de la comtesse de Beuvron, née Rochefort, l'ancienne Mlle de Théobon, fille de la reine, « une femme de beaucoup d'esprit et de monde », pour qui Madame « prit la plus grande et la plus constante amitié », lui écrivant tous les jours ; « une femme qui avoit bec et ongles, très éloignée d'aucune bassesse », fort des amies de Saint-Simon.
- Mort et caractère du comte de Marsan
- Mort du comte de Marsan, frère cadet de M. le Grand : « l'homme de la cour le plus bassement prostitué à la faveur…, et le plus lâchement avide à tirer de l'argent à toutes mains », vivant « des dépouilles de l'Église, des femmes, de la veuve et de l'orphelin, surtout du sang du peuple ». La maréchale d'Aumont voulut l'épouser ; de Bourvalois « le soutien de l'État », quelqu'un répondit « qu'il l'étoit en effet, comme la corde l'est des pendus ». Il « mourut enragé de malefaim par une paralysie sur le gosier » : plus de deux mois sans pouvoir avaler, « il faisoit manger devant lui ses gens, et sentoit tout ce qu'on leur donnoit avec une faim désespérée » — fin « qui frappa tout le monde si fort instruit des rapines dont il avoit toute sa vie vécu ».
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