TOME XIV · CHAPITRE XVI
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Résumé
Le grand mémoire contre les états généraux : le projet d'états fréquents du Dauphin père du roi ; l'auteur « voulait des états généraux à la mort du roi » — mais plus maintenant ; l'embarras des finances et l'affaire des princes mêlés ; le trait sur Noailles ; l'état de la question — la « grande différence » d'assembler avant d'avoir touché à rien ou « après tout entamé » ; la chambre de justice « mauvais moyen » ; la « timidité, artifice et malice » de Noailles sur le duc de La Force ; la banque de Law ; et la première partie du mémoire : « raisons générales de l'inutilité des états ».
Les entrées
- Projet d’états généraux fréquents de Mgr le Dauphin, père du roi
- Le mémoire s'ouvre sur les titres de son auteur : « de tous ceux qui ont eu l'honneur de l'approcher dans tous les temps aucun n'a plus d'estime, ni, pour ainsi parler, de goût naturel pour les états généraux que j'en ai toujours eu. » Preuve première : le projet élaboré sous Mgr le Dauphin, père du roi — « des états généraux de cinq ans en cinq ans », simplifiés, « surintendant des finances pour les dons, les impôts, leur répartition, leur recette, et leur dépense ; qu'il fût compté de tout devant eux », avec une députation permanente des trois ordres entre les tenues, et une liste civile du roi gérée à part.
- Je voulois des états généraux à la mort du roi
- Preuve seconde : « celui d'assembler les états généraux aussitôt après la mort du feu roi, dont Votre Altesse Royale se peut souvenir combien j'ai pris la liberté de l'en presser, qu'elle l'avoit résolu, et que, si elle a depuis changé d'avis, ç'a été constamment contre le mien » — six à huit mois auraient suffi, et les états « n'auroient eu ni excuse, ni désir d'excuse de chercher et de proposer des remèdes à l'épuisement, charmés d'une marque si prompte de l'honneur de votre confiance ».
- Embarras des finances et subsidiairement de l’affaire des princes
- L'occasion présente : « ce qui fait présentement naître la pensée d'une tenue d'états généraux est... subsidiairement l'état d'engagement et de difficulté où en est l'affaire des princes, mais effectivement le terme d'embarras où se trouvent les finances » — la continuation de la capitation et du dixième, « insupportables par leur nature et par leur poids à la plupart des contribuables, réduits à l'impossibilité de payer », malgré les paroles « les plus authentiques de les supprimer à la paix ».
- Motifs de vouloir les états généraux
- Les motifs de vouloir les états : « Votre Altesse Royale... ne peut revenir à cette pensée que par la nécessité de frapper de grands coups, par la peine que sa bonté et son équité en ressentent, et ceux qui sous elle gèrent les finances pour éviter d'en prendre les événements sur eux » — se donner du temps, se délivrer des poursuites des princes du sang, et se décharger de l'odieux des remèdes extrêmes.
- Trait sur le duc de Noailles
- Premier trait sur Noailles, enveloppé mais transparent : Saint-Simon avait proposé pour les finances un autre que lui-même, « comptant sur son esprit, sur son application, sur son désintéressement » — « si de profonds détours, si des desseins artificieusement amenés à leur période, en ont été pour moi un fruit amer aussi surprenant qu'imprévu et subit, ce m'est un nouveau motif de silence » — rappel voilé de la scélératesse de la mort du roi.
- Introduction à l’égard des finances
- L'introduction sur les finances : refus délibéré d'examiner la gestion — « je ne prétends point blâmer une administration dont je me suis senti incapable » — mais constat que ceux qui gèrent « sentent maintenant la faute qu'ils ont faite de vous avoir détourné de la convocation des états généraux à la mort du roi. Ils avoient compté sur des arrangements et des ressources qui leur ont manqué. »
- État de la question
- L'état de la question, réduit à deux points : « 1° si on doit espérer le remède par les états généraux ; 2° si les états généraux ne produiront pas de plus fâcheux embarras que ne sont ceux pour l'issue desquels on réfléchit si on les assemblera. »
- Grande différence d’assembler d’abord, et avant d’avoir touché à rien, les états généraux, ou après tout entamé et tant d’opérations
- La différence capitale des deux moments : « à présent tout est entamé sur la finance : monnaies, taxes, liquidations, suppressions, retranchements, billets de l'État, conversions et décris de papiers, ordres de comptables... Tout cela néanmoins est insuffisant ; et il n'est pas malaisé d'en conclure qu'il en faut venir à frapper de plus grands coups » — que la bonté du régent redoute d'ordonner, et ses ministres « craignent de prendre l'événement sur eux ».
- Chambre de justice, mauvais moyen
- La chambre de justice, mauvais moyen : « ce qui est arrivé de l'interruption du commerce étoit infiniment à craindre de la voie qui a été prise, et d'un manque de confiance dont le remède est impossible tant que les suites en seront subsistantes. »
- Timidité, artifice et malice du duc de Noailles sur le duc de La Force, très nuisible aux affaires
- Le travail des taxes confié au duc de La Force « avec un seul homme, qui tous deux y suffiront à peine en un an. Par cette lenteur un grand nombre de fortunes demeurent suspendues ; et tant qu'elles ne seront point assurées de leur état..., il n'y a pas de circulation à espérer. M. le duc de La Force court risque de partager la haine des taxes avec les premiers auteurs » — malice de Noailles pour se décharger de l'odieux sur autrui.
- Banque du sieur Law
- La banque de Law : « la seule chose qui les soulage, en remédiant aux désordres du change, et en facilitant les payements, est l'établissement de la banque du sieur Law, à laquelle j'avoue que j'ai été très contraire, et dont je vois le succès avec une joie aussi sincère que si j'en avois été d'avis, encore que je n'y aie voulu prendre aucun intérêt. »
- Première partie : raisons générales de l’inutilité des états
- Première partie, l'inutilité : dans cette assemblée « infiniment respectable », chaque député, « bien plus touché de son mal particulier que de celui qu'il souffre en commun », remplira l'assemblée « d'une foule de propositions de remèdes différents, contradictoires les uns aux autres, sans qu'il en résulte rien qui ait une application certaine au mal général ». Quant aux experts en finances, « faisant un nombre, pour ainsi dire, imperceptible parmi la foule des députés et parlant une langue étrangère à la plupart, ils leur deviendront aisément suspects ».
- Malheur du dernier gouvernement
- Le malheur du dernier gouvernement : « tel est le malheur, non la faute, de la nation gouvernée depuis tant d'années sans avoir presque le temps ni la liberté de penser... Il est difficile d'espérer qu'il se soit formé dans ce long genre de gouvernement un assez grand nombre de gens pour l'administration des affaires publiques » — dans « une nation unique peut-être dans le monde... par sa fidélité, son obéissance, son attachement, son amour pour sa patrie et pour ses rois », dont les talents « ayant été si longuement enfouis », leur apparition subite « seroit comme une création ».
- Choc certain entre les fonciers et les rentiers
- Le choc certain : le grand coup entrevu, « l'abolition, ou le retranchement peu différent, des rentes de la ville », divisera fonciers et rentiers — « la proposition y en sera faite par tous les députés de la campagne, et vivement contredite par tous ceux des villes » : magistrats, « suppôts de justice », bourgeois « dont le patrimoine n'est point en terres », tous ruinés par la suppression ; les terriens y voyant leur salut, avec « la jalousie... contre ces établissements de biens factices » vivant « aux dépens des sueurs des gens de la campagne ».
- Premier ordre divisé nécessairement entre les rentiers et les fonciers, quoique bien plus favorables aux derniers
- Le premier ordre « sera le moins désuni des trois sur ce point » : hormis un petit nombre d'ecclésiastiques riches de patrimoine en rentes, « tous les autres ou nés pauvres ou cadets de famille, ne vivent que de leurs bénéfices, c'est-à-dire des terres qui en font la consistance, et seront pour la suppression ou le retranchement des rentes ».
- Second ordre tout entier contraire aux rentiers
- Le second ordre « se portera avec rapidité au même avis... Les terres et l'épée, voilà tout le bien de la noblesse... Plus le roi a de rentes à payer, moins il a de pensions et de grâces pécuniaires à répandre sur la noblesse qui sert, qui ruine ses terres en servant..., et ces rentiers, qui ne font aucune dépense de cour ni de guerre, profitent doublement du sang de la noblesse. »
- Éloge et triste état du second ordre
- L'éloge et le triste état du second ordre : « de tous les trois le plus opprimé, celui qui a le moins de ressources, le seul néanmoins qui existât dans les temps reculés, celui qui a été constamment la ressource de l'État, le salut de la patrie, la gloire des rois, qui a mis sur le trône la branche régnante, et dont le zèle... n'a point cessé... de soutenir la sienne par les flots de son sang. J'avoue, Monseigneur, que j'ai besoin de me faire violence pour me retenir sur la situation cruelle où le dernier gouvernement a réduit l'ordre duquel je tire mon être et mon honneur » — « réduit pour vivre à des alliances affligeantes, et à manger bientôt après pour s'avancer ce que ces alliances avoient produit ».
- Troisième ordre tout entier pour les rentes
- Le troisième ordre « sera d'un avis entièrement et tout aussi vivement différent » : les rentes « font presque tout son bien » et conviennent seules à son genre de vie — la robe n'ayant « pas le loisir de se détourner à la régie de leurs biens fonciers » ; et l'ambition s'y joint : « nul moyen à cet ordre de se mêler avec le second que l'abondance de l'un et le malaise de l'autre..., cette domination que le riche a toujours sur le pauvre » — « pour un créancier du second ordre, on en trouveroit mille du troisième ».
- Choc entre les deux premiers ordres et le troisième sur les rentes, certain et dangereux
- Le choc entre ordres : « presque tout le premier et le second ordre seront très animés contre les rentes, et le troisième, au contraire, très ardent et très attentif à les soutenir. De ce débat, qui est fondé sur la destruction de la fortune des uns et des autres, on ne peut attendre qu'aigreurs, cabales, animosités. Les mezzo-termine auront en ce genre... le sort d'amuser le tapis, de nourrir les intrigues, d'aiguiser les haines, et de demeurer inutiles. »
- Pareil choc entre les provinces sur les rentes, auxquelles le plus grand nombre sera contraire
- Le choc des provinces : les pays d'états partagés entre douceur d'administration et poids des rentes créées sur eux ; « quelques gens voisins de Paris seront aussi pour les rentes ; mais toutes les provinces qui n'ont point d'états y seront très contraires, et, comme elles sont en plus grand nombre, le parti des fonciers contre les rentiers en sera d'autant plus fort » — « la pomme de discorde qui rendra la tenue des états généraux longue, difficile, infructueuse..., et périlleuse ».
- Ce qu’il paroît de M. le duc d’Orléans sur l’affaire des princes
- Ce qu'il paraît du régent sur l'affaire des princes, dit « avec franchise » : « il me paroît que l'événement lui en importe peu, pourvu qu'il ne roule pas sur elle. Par politique vous voulez une balance ; par nature une indécision entre si proches... ; par sentiment Mme la duchesse d'Orléans d'une part, de l'autre M. votre fils et sa postérité, vous tiennent en suspens. »
- Ses motifs de la renvoyer aux états généraux
- Ses deux motifs du renvoi aux états : « 1° d'éviter tout jugement, pour conserver cette balance entre les princes ; 2° de vous décharger de la haine de ce qui sera décidé. Mais si vous vous trompez dans l'une et dans l'autre de ces vues, certainement vous ne devez pas déférer cette affaire aux états généraux. »
- Certitude du jugement par les états généraux et de l’abus des vues de Son Altesse Royale à son égard
- La certitude du jugement et de l'abus des vues : « un tel jugement, proposé à une pareille assemblée, ne lui échappera jamais. C'est un monument trop important aux états généraux... La multitude ne craint point la haine que redoutent les particuliers. » Et pour la haine : « la haine et le dépit de qui l'aura perdu, n'osant et ne pouvant mordre sur une telle assemblée..., tombera à plomb sur vous d'une manière d'autant plus envenimée que la solennité du jugement en aura infiniment augmenté la douleur et la confusion. »
- États généraux parfaitement inutiles pour le point des finances et pour celui de l’affaire des princes
- Conclusion de la première partie : « la double vue qui vous fait penser à porter l'affaire des princes aux états généraux, ne pouvant que vous faire plus lourdement tomber dans ce que vous voulez éviter..., et Votre Altesse Royale ne pensant à une tenue d'états généraux que pour les finances essentiellement, et subsidiairement pour l'affaire des princes, il me paroît qu'elle ne peut être conseillée de les assembler » — les états « parfaitement inutiles » aux deux fins.
- Deuxième partie : inconvénients des états généraux
- Deuxième partie, les inconvénients : « on ne peut les prévoir tous, et il est aisé qu'il en arrive de plus grands que ceux dont on va parler, tant de la combinaison et de l'entrelacement de ceux-là mêmes que des événements fortuits et de la nature des choses. »
- Rangs et compétences
- Rangs et compétences : « ceux dont le droit est le plus certain... deviennent chaque jour l'objet des plus vives disputes ; combien plus dans une assemblée aussi générale, aussi longuement interrompue... Le temps présent semble tout permettre en ce genre, et le pis aller d'une mauvaise cause est un mezzo-termine, par lequel elle gagne au moins... ce qu'elle n'avoit pas » — députés, députations et ordres formeront « des contestations qui dureront longtemps..., et ce qui en résultera portera nécessairement sur toute la tenue ».
- Autorité et prétentions
- Autorité et prétentions : « le nom d'états généraux est d'autant plus grand qu'il n'a paru qu'en éloignement depuis un grand nombre d'années..., d'où on infère que rien de grand ne se peut sans elles et que par elles, et que leur autorité borne, balance, ajoute à celle des rois » — prétentions que tout flattera « dans un temps de minorité, sous un prince dont on connoît maintenant... la bonté, la facilité, le désir de plaire, sa peine de choquer le nombre, et qui... ne laisse pas de voir en Espagne une branche qui est son aînée et qui se multiplie tous les ans ».
- Difficulté de conduite et de réputation pour M. le duc d’Orléans
- La difficulté de conduite et de réputation : « vous n'êtes que le tuteur et l'administrateur de l'autorité royale ; vous aurez un jour à en rendre un compte exact au jeune prince... Votre réputation dépendra tout entière de la conduite que vous aurez tenue aux états généraux, et encore plus de leur issue. Sur ce grand théâtre vous paroîtrez tout entier, et sans qu'aucune partie de vous-même puisse être cachée à tant d'yeux perçants. »
- Danger et dégoût des promesses sans succès effectif
- Le danger des promesses : « dans une situation aussi forcée qu'est celle du royaume depuis tant d'années, on ne peut plaire qu'à mesure qu'on soulage. Les promesses, les excuses, les espérances, jusqu'à l'évidence de l'impossibilité, tout est également usé... Vous en avez fait de publiques..., et vous n'avez pu les exécuter. Le haussement des monnaies... a suivi de trois semaines une déclaration solennelle qui assuroit le public qu'elles ne seroient point augmentées. » Et manquer de foi aux états après leur tenue serait « vous diviser de l'État et de la nation, qui seroit le comble des plus irrémédiables malheurs ».
- Fermeté nécessaire
- La fermeté nécessaire, examinée sur le régent lui-même : « ne craignez-vous point que, pressé dans ces moments critiques par le poids du nombre, par l'évidence de l'injustice, par l'adresse, la louange, l'espérance..., par la majesté du spectacle..., vous ne veniez à accorder ce que vous aviez résolu de refuser... ? Comparez les états avec l'assemblée du clergé... et avec une autre assemblée continuelle (le parlement)..., et voyez si vous devez espérer de vous-même que l'assemblée de la nation vous imposera moins que n'ont fait ces deux assemblées particulières. »
- Demandes des états
- Les demandes des états : « le besoin extrême, le désir pareil, la justice du soulagement, le manque absolu de confiance régleront le fond et la forme pour les demandes, et c'est vouloir s'abuser que s'attendre à mieux » — sans compter « une foule de gens qui, dans le désir de se distinguer, lui promettront merveilles de leur crédit dans l'assemblée », payés d'avance et dont les merveilles « s'en iront en fumée ».
- Propositions des états
- Les propositions des états : « plus la situation présente est violente..., plus les états se sentiront pressés de chercher des moyens solides d'en empêcher les retours, et... plus ils essayeront de s'en donner l'autorité. Or... il n'y en a aucun de possible qui ne porte à plomb sur l'autorité royale, et qui ne soit mis en avant pour lui servir de frein. » Et l'engrenage : « une première proposition, comme que ce soit admise, seroit bientôt suivie d'une seconde..., de là une troisième ; et votre politique et naturelle bonté, et l'ardeur et la fécondité des états s'accroissant mutuellement, les bornes deviendroient bien difficiles. »
- Nulle proportion ni comparaison de l’assemblée des états généraux à pas une autre
- Nulle comparaison des états avec les conseils : « les conseils, vous les avez établis... tous gens nés ou venus à la cour, et dont les emplois... ont ployé les manières à un respect et à une crainte de déplaire » ; aux états au contraire « l'appui mutuel, le zèle du patrimoine et de la liberté, le motif de se signaler pour son pays..., la considération puissante... que l'occasion passée, tout affranchissement est sans retour... Rien n'est donc en tout genre si dissemblable que les conseils et les états ; et ce seroit se perdre que de raisonner et de conclure des uns par les autres. »
- Deux moyens de refréner les états, mais pernicieux l’un et l’autre
- Les deux moyens de refréner les états — leur interdire toute proposition, ou refuser si durement la première qu'ils n'osent une seconde — « rien, en effet, de si aisé à penser, mais rien aussi de plus difficile dans l'exécution, et de plus pernicieux dans la pratique » : les assembler pour les consulter et « ne leur permettre pas de rien proposer d'eux-mêmes, c'est une contradiction dont l'évidence frappe... Nous ne sommes point en Angleterre. »
- Refus
- Le refus : « ils se lasseront moins des refus que vous de refuser ; et si après un premier refus commencé vous vous laissiez entamer, où ne pourroit-il pas vous mener ? Ce seroit alors qu'irrités du refus..., fiers de la conquête qu'ils croiroient ne devoir qu'à eux-mêmes, ils en essayeroient d'autres avec plus de chaleur, dont le refus et l'acquiescement auroient d'égaux dangers. »
- Danger de formation de troubles
- Le danger de troubles : « dans la situation présente du royaume il seroit assez difficile d'en exciter. Rien n'y est ensemble, rien d'organisé... Le dernier règne en a comme arraché toutes les racines. » Mais les assemblées provinciales, les députations, les relations des députés « forment des liaisons, découvrent les gens qui, par le crédit qu'ils y acquièrent, peuvent devenir ceux à qui s'adresser..., dans l'organisement qu'on ne peut éviter qui ne résulte entre les provinces... après la tenue des états généraux ».
- Autorité royale à l’égard du jugement de l’affaire des princes
- L'autorité royale et le jugement des princes : les princes du sang disent « qu'il ne faut pas une force différente, pour détruire, de celle dont il a été besoin pour édifier..., et semblables à la vraie mère du jugement de Salomon..., ces enfants de la couronne insistent à être jugés par l'autorité seule de celui qui la porte ». Déférer aux états « ne peut donc rouler que sur leur supériorité de puissance à celle des rois en ces matières, et alors, Monseigneur, où en êtes-vous et que faites-vous ? » — en Angleterre même, « on a vu des échafauds dressés » pour avoir contesté l'égalité de pouvoir du roi mineur.
- Troisième partie : premier ordre
- Troisième partie, le premier ordre : « dans une agitation si grande à l'occasion de la constitution Unigenitus, qu'il est bien à craindre que ce mouvement d'ébullition ne s'étende aux matières temporelles » — jusqu'au péril d'un concile national improvisé : « qui peut vous assurer que les députés de cet ordre n'auront pas une double procuration dans leur poche ? » Bissy le désire ; il vient de lui échapper « qu'il se falloit unir à la noblesse ; et à M. de Nîmes, qu'il n'y a qu'un mot à dire et une chose à faire : anathème, et rompre de communion. »
- La constitution Unigenitus
- La constitution aux états : « chacun y voudra faire un personnage... : les évêques en plus grand nombre pour Rome, les autres députés presque tous contre » ; et le précédent redoutable : « si, à l'exemple du cardinal du Perron aux états de la minorité de Louis XIII..., quelque grand prélat s'avise de faire une harangue à la romaine, quelles en peuvent être les conséquences si on la laisse passer, ou si on prend le parti d'en réprimer les maximes et les abus ! »
- Juridiction ecclésiastique
- La juridiction ecclésiastique : « on peut aisément prévoir que le premier ordre en fera un article de demande là-dessus, qu'il pressera d'autant plus vivement que l'affaire de la constitution a donné lieu à renouveler ses désirs d'une autorité plus étendue » — et les parlements « ne seront pas moins ardents à soutenir l'usage présent..., nouvelles épines pour vous ».
- Deuxième ordre
- Le deuxième ordre, « autrefois le seul des états. Oui, Monseigneur, le seul de l'État » : les prélats n'y furent admis « qu'en vertu de grands fiefs », et le tiers ne parut « qu'après le malheur de la bataille de Poitiers » sous Charles V. « Je ne puis me refuser un souvenir si précieux de notre origine, une avec la monarchie, dans l'état d'abjection, de décadence, d'oppression où notre ordre se voit réduit, tandis que les deux autres, que nous avons vus naître », conservent dignité et autorité.
- Le deuxième ordre voudra seul juger l’affaire des princes
- Le second ordre voudra juger seul l'affaire des princes : le tiers, né après le jugement de la querelle de Philippe de Valois et d'Édouard III, n'a jamais eu part aux questions de couronne — « les juges de Philippe de Valois... voudront-ils prendre pour associés des serfs de ce temps-là ? » « Point de milieu entre être ou n'être pas juges..., et point de ressource dans l'exemple du lit de justice », tribunal singulier « qui sous sa présidence n'a d'existence que par la présence des pairs ».
- Trait sur les mouvements de la prétendue noblesse et sur le rang de prince étranger
- Le trait sur la prétendue noblesse et le rang de prince étranger : Saint-Simon déplore de voir son ordre « séduit jusqu'au point de renoncer, en faveur du désordre et de la confusion, à la seule récompense solide qu'il puisse prétendre..., au lieu de s'unir tous ensemble comme frères au pied du trône, comme en 1649 par un si différent exemple, contre les excroissances qui n'ont et ne prétendent que contre notre ordre ».
- Partialités et leurs suites
- Les partialités : « quelles partialités ne formeront-ils point parmi le second ordre, et encore parmi les deux autres ! quels mouvements jusqu'à la décision entre eux ! Quelles suites de cette décision ! Quel ralliement des esprits remuants et mécontents avec ceux de ces célèbres plaidants qui auront perdu leur cause ! » — et si l'affaire est jugée avant la tenue, mécontents et noblesse « voudront également la remettre sur le tapis ».
- Situation du second ordre, d’où naîtront ses représentations et ses propositions
- La situation du second ordre, source de ses demandes : « tous ses privilèges sont non seulement blessés, mais anéantis, et il est exactement vrai de dire qu'elle paye la taille et tous les autres impôts autant et plus réellement que les roturiers... De là... le malaise des seigneurs les plus distingués, la chute des plus grandes maisons, et la pauvreté affreuse d'une infinité de noblesse. Le mépris qui en résulte achève d'accabler les uns et d'outrer les autres. »
- Choc entre le second ordre et le troisième ordre inévitable, sur le soulagement du second
- Le choc avec le tiers inévitable : les remontrances de la noblesse, « d'une justice infinie », commettront le second ordre « avec le tiers état, qui ne voudra point payer le soulagement d'autrui, ni aussi peu perdre les moyens auxquels il se trouve arrivé peu à peu de la tenir dans sa dépendance. Des intérêts si pressants et si contradictoires ne se poursuivent pas longtemps sans aigreur. »
- Mécontentement du militaire
- Le mécontentement du militaire : « le militaire, nerf de l'État, élite de la noblesse, a infiniment souffert dans les dernières années du feu roi, et non depuis votre régence » — mais « ce régent guerrier, ni ses ministres pris des armes, n'ont pu répondre à ces justes désirs, et ces désirs déçus causent un chagrin que l'espérance ne soutient plus » : raison de plus « contre une convocation d'états généraux, qui n'en seroient pas au moins plus dociles ».
- Troisième ordre et ce qui le compose
- Le troisième ordre et sa composition : la magistrature en est constamment — « sans nul égard pour l'extraction noble, dès que ceux qui en sont se trouvent revêtus de quelque magistrature que ce soit, et députés aux états généraux, ce n'est jamais que pour le troisième ordre » — hormis le chancelier « dans son rang particulier d'officier de la couronne ».
- Troisième ordre en querelle et en division
- Le tiers en querelle : « cette identité d'ordre avec de simples bourgeois a quelquefois déplu à la première magistrature », qui pourrait prétendre « diviser ce dernier ordre en deux distincts, et en composer seuls la première partie » — cinq sujets de contestation en germe : l'opposition du reste de l'ordre, celle des deux premiers ordres, la manière d'opiner par ordre, le cérémonial du prétendu ordre nouveau, et « où poser les bornes de ce qui entreroit dans cet être nouveau ? »
- Confusion intérieure en laquelle le second ordre prendra partie ; et [troisième ordre] commis d’ailleurs entre les deux premiers ordres
- Le tiers divisé et commis de toutes parts : « divisé en lui-même si cette question est mue, divisé encore si la constitution donne lieu aux parlements d'agir..., divisé de plus, ou commis avec le premier ordre, sur la juridiction ecclésiastique, divisé avec le second ordre sur les propositions... de son juste soulagement, enfin commis avec les deux premiers ordres sur le jugement de l'affaire des princes. »
- Grande et totale différence de la tenue des états généraux, à la mort du roi, d’avec leur tenue à présent
- La différence totale des deux moments : à la mort du roi, la confiance eût fait « frapper ces grands coups inévitables » par les états eux-mêmes, « dont la promptitude de votre confiance en eux n'eût reçu que des applaudissements..., grand et rare exemple pour toute l'Europe » ; maintenant, « ce n'est plus l'air de confiance ni la confiance même qui conduit aux états, ce sont les mêmes nécessités qui ont donné occasion à d'autres tenues dont le succès n'a pas été heureux ».
- Tiers état peu docile, et dangereux en matière de finance
- Le tiers peu docile en finances : « ces remèdes ont tous porté sur le tiers état d'une manière directe... Après des opérations si sensibles, se doit-on flatter que le tiers état le soit assez d'une consultation qu'il croira forcée par la pure nécessité pour chercher à présenter des remèdes à ses dépens ? »
- Péril de la banque du sieur Law
- Le péril de la banque de Law : « tant de membres, alliés de parenté ou de bourse avec tout ce qu'il y a de banquiers et de commerçants d'argent que cet établissement ruine », ne s'accommoderont ni « d'un étranger de pays et de religion pour un emploi si considérable », ni de ce que « tout l'argent du roi passe par ses mains, sur un simple arrêt du conseil, au préjudice d'édits enregistrés ». « Si cette banque générale devient l'aversion des états..., elle se décréditera. Si elle se décrédite, elle tombe, et sa chute ne peut être que bien importante. »
- Trait sur le duc de Noailles
- Le trait retourné sur Noailles : « c'est ici mieux qu'à la mort du roi... qu'il faut appliquer le raisonnement qui vous fut suggéré, faux alors, vrai aujourd'hui : De quoi vivrez-vous en attendant l'effet des remèdes des états ? Moins vous aurez de quoi les attendre, plus vous dépendrez d'eux. »
- Exemples qui doivent dissuader la tenue des états généraux
- Les exemples dissuasifs : « il n'y a point maintenant de duc de Guise ; mais aussi n'êtes-vous pas roi. Henri IV l'étoit par son droit, par sa vertu, par son épée, lorsqu'il assembla les notables à Rouen » — discours admirable, et pourtant « des propositions qu'on eut grand'peine à modérer..., l'obligèrent à tout éluder et à congédier l'assemblée, dont il ne recueillit que ce seul fruit » ; sans compter les états de la minorité de Louis XIII, « sur lesquels vous ne pouvez suffisamment méditer ».
- États généraux utiles, mais suivant le temps et les conjonctures
- Les états utiles selon les temps : « ce n'est pas que je voulusse m'engager à soutenir qu'il ne faut jamais plus d'états généraux ; je les ai ardemment souhaités et conseillés à l'entrée de votre régence, et il se pourra trouver des conjonctures où il sera bon et utile de les assembler ; mais ce ne sont pas celles d'aujourd'hui, où tout est enflammé, où tout est entamé sur les finances. »
- Courte récapitulation des inconvénients d’assembler les états généraux
- La récapitulation : cérémonial, danger de l'autorité royale, nécessité du soulagement effectif, « le précipice de promettre sans tenir, le péril d'accorder plus qu'il n'est possible », le hasard des propositions, la faculté offerte « à qui voudroit cabaler et troubler le royaume, la manifestation également inutile et dangereuse au dedans et au dehors d'un état d'impuissance..., la volonté sûre et suivie d'effet certain de juger ou rejuger les princes, volonté qui marqueroit la supériorité des états sur les rois » — plus les périls propres à chacun des trois ordres, du concile national à la chute de la banque.
- Conclusion
- La conclusion : « voilà, Monseigneur, en peu de lignes une vaste et sérieuse matière à vos réflexions... Qu'elle me permette de lui protester de nouveau le désintéressement entier avec lequel je l'ai fait » — avec la précaution finale : « quoiqu'il ne soit que pour vous seul, on ne peut répondre absolument du secret d'un écrit », et l'aveu d'avoir craint « jusqu'aux choses les plus indifférentes et les plus innocentes » de la part des « mêmes personnes » déjà éprouvées.
- Trait sur le duc de Noailles
- Le dernier trait sur Noailles, dans le commentaire après coup : les traits semés dans le mémoire visaient « tant à remettre sous les yeux de M. le duc d'Orléans les horreurs gratuites qu'il me fit à la mort du roi, que ses opiniâtres méprises dans sa gestion des finances, et l'abus de son crédit pour affubler le duc de La Force d'une besogne odieuse, pour s'en ôter la haine à ses dépens ».
- Vues personnelles à moi répandues en ce mémoire
- Les vues personnelles avouées : le mémoire écrit en trois jours « pour l'arrêter par une première lecture, et barrer à temps les engagements que les propos spécieux du duc de Noailles sur les finances, et d'Effiat sur l'affaire des bâtards, lui pouvoient faire prendre » ; la mention des états de la mort du roi et du projet du Dauphin « pour bien mettre en évidence que, si j'étois contraire aux états généraux pour aujourd'hui, ce n'étoit qu'à cause des conjonctures » ; la douceur calculée envers le régent dont il prévoyait qu'il « n'auroit pas la force de cacher mon mémoire » à Noailles — se réservant, au premier propos, de faire courir le texte : « heureusement je n'en eus pas besoin ; car je hais les scènes et les plaidoyers publics. »
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