TOME V · CHAPITRE XXIII

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Résumé

Leçon de droit public espagnol : la différence des gouvernements de Castille et d'Aragon — « l'un plus despotique que la France, l'autre moins que l'Angleterre », avec l'explication curieuse — et Philippe V, vainqueur, abolissant les lois et privilèges de l'Aragon, soumis désormais à la Castille. Les deux partis proposés par Médavy pour ses troupes d'Italie, « tous deux bons, tous deux rejetés » ; le traité pour leur libre retour en abandonnant l'Italie ; le duc de Mantoue « dépouillé sans être averti » fuyant à Venise ; le « contraste étrange » de la fortune des alliés de Louis XIII et de ceux de Louis XIV ; Médavy récompensé à Marly ; Vaudémont à Paris.

Les entrées

Différence du gouvernement de la Castille et de l’Aragon, l’un plus despotique que la France, l’autre moins que l’Angleterre
Grande dissertation comparée : « rien de plus différent que le gouvernement de la Castille et que celui de l'Aragon. En Castille le gouvernement est despotique plus encore que nos derniers rois ne l'ont rendu en France » — la France conserve au moins ses formes : parlements dont l'enregistrement publie la volonté royale, remontrances « qui ne sont en effet que des remontrances et non des empêchements », états généraux sans puissance législative, « parce qu'en France il n'y a qu'une autorité unique, une puissance unique, qui réside dans le roi ».
Explication curieuse
Explication curieuse du mécanisme castillan : les cortès ne s'assemblent plus que pour des serments, « la cérémonie et la durée ne tient pas plus d'une matinée » ; et chaque semaine le conseil de Castille vient chez le roi, le reçoit « à genoux », entend le rapport des sentences — « qui ne deviennent arrêt » qu'à la signature royale : « il est vrai de dire que ce conseil de Castille, si suprême, n'a que voix consultative, et que c'est le roi seul qui juge et décide ». En Aragon, tout le contraire : les états maîtres des impositions, et le « justice » de Saragosse, inamovible, qui reçoit le serment du nouveau roi assis et couvert, par cette formule : « Nous qui valons autant que vous, vous acceptons pour notre roi, à condition du maintien de tous nos droits, lois et prérogatives ; sinon, non. » « En petit, ils ressemblent fort au roi et au parlement d'Angleterre. »
Philippe V abolit les lois et les privilèges de l’Aragon et de ses dépendances, et les soumet aux lois et au gouvernement de Castille
Profitant d'Almanza « et de la leçon que ses peuples lui avoient donnée », Philippe V « éteignit la dignité et toutes les fonctions de ce fâcheux justice, abolit les états, supprima tous les droits et prérogatives, cassa toutes les lois…, asservit l'Aragon et toutes les provinces qui en dépendent, les mit en tout et partout sur le pied de la Castille. Ce fut un grand et utile coup frappé bien à propos, et qui mit toutes ces provinces au désespoir et en furie… Philippe V est demeuré, avec grande raison, inébranlable. »
Deux partis proposés par Médavy pour les troupes restées avec lui en Italie, tous deux bons, tous deux rejetés
Pour les troupes restées en Italie, Médavy proposa deux partis « tous deux bons, tous deux rejetés » : se cantonner en Lombardie, bien munir Mantoue et les places principales, « fatiguer les ennemis par les courses de nos garnisons » et les empêcher de venir nous attaquer chez nous ; ou marcher par les pays vénitiens et ecclésiastiques « droit au royaume de Naples » pour sauver Naples et Sicile. « Il étoit écrit que les ténèbres dont nous étions frappés s'épaissiroient de plus en plus » : on eut peur d'offenser « un pape foible et une république infidèle », et « on fit comme ces mères, tendres jusqu'à la sottise, qui ne veulent pas laisser aller leurs enfants faire fortune par des voyages de long cours ».
Traité pour le libre retour des troupes en abandonnant l’Italie
Vaudemont fut donc chargé de négocier avec le prince Eugène « le libre retour de nos troupes…, en abandonnant tout ce que nous tenions en Italie. On peut juger s'il eut peine à être écouté et à conclure un traité si honteux pour la France, et si utile et si glorieux à ses ennemis. » Fin avril, Vaudemont et Médavy arrivèrent à Suse « avec près de vingt mille hommes ».
Duc de Mantoue, dépouillé sans être averti, se retire précipitamment à Venise
Tout se fit si à la hâte qu'on n'avertit pas à temps « le malheureux duc de Mantoue, dont les places, l'État et Mantoue même furent remis aux troupes de l'empereur. Le duc de Mantoue se retira en diligence à Venise avec ce qu'il put emporter de meilleur » — sa femme, refusée même en Lorraine, envoyée en Suisse « pour ne se revoir jamais ».
Contraste étrange de la fortune des alliés de Louis XIII et de ceux de Louis XIV
« Contraste étrange entre Louis XIII et Louis XIV » : Louis XIII avait conservé et deux fois rétabli à main armée les ducs de Mantoue, se couvrant de gloire « au célèbre pas de Suse » ; sous Louis XIV, « les alliés, chassés et proscrits par l'empereur en criminels, se trouvoient partout réduits à chercher de lieu en lieu des asiles, et à subsister de ce que la France, qui n'avoit pu les soutenir, leur pouvoit donner ». Les Impériaux poussèrent la jalousie jusqu'à recevoir eux-mêmes les places du duc de Savoie « pour que ce prince ne les pût recevoir que de leurs mains ».
Médavy à Marly ; sa récompense
Médavy arrive à Marly le 9 mai : le roi lui donne sans qu'il le demande le gouvernement de Nivernois, le renvoie commander en chef en Savoie et Dauphiné « avec le traitement de général d'armée », et douze mille livres de pension — « parce qu'il avoit cru le gouvernement de Nivernois de trente-huit mille livres de rente, et qu'il se trouvoit n'en valoir que douze mille. Ces grâces, contre l'ordinaire, ne furent enviées de personne, et chacun y applaudit avec grande raison. »
Arrivée de Vaudémont à Paris et à la cour
Arrivée de Vaudemont : ses nièces le mènent loger à l'hôtel de Mayenne, « maison précieuse aux Lorrains pour avoir appartenu au fameux chef de la Ligue ». Le roi le reçoit « comme un homme qui avoit rendu les plus grands services, et qui, en dernier lieu, lui avoit sauvé vingt mille hommes par le traité…, en lui livrant toute l'Italie » : calèche et relais aux chasses, « en un mot, ce fut un second tome de Mme des Ursins ».
Chambre de la Ligue
La « chambre de la Ligue » à l'hôtel de Mayenne : celle « dans laquelle furent enfantées les dernières horreurs de la Ligue, l'assassinat d'Henri III et le projet de l'élection solidaire de l'infante d'Espagne et du fils du duc de Mayenne pour roi et reine de France…, dont rien n'a été changé depuis par le respect et l'amour qu'on lui porte ».
Vaudémont et ses nièces ; leur union, leur intérêt, leur cabale, leur caractère, leur conduite
Vaudemont et ses nièces : union « jusqu'à l'identité », doublée d'intérêt depuis que la mort du fils unique faisait des nièces ses héritières. Portraits : Mlle de Lislebonne, « avec les pensées les plus hautes, les plus vastes…, sans bassesse, sans souplesse » ; Mme d'Espinoy, « souple, et assez souvent basse, non faute de cœur, mais d'esprit », avec « un air de bonté qui faisoit aisément des dupes ». « À qui avoit du nez, l'odeur de la Ligue leur sortoit par les pores. » Formées par le chevalier de Lorraine — dont on croyait Mlle de Lislebonne secrètement mariée —, elles firent auprès de Monseigneur « le même personnage secret à l'égard du roi » que lui auprès de Monsieur ; Chamillart, M. du Maine, Mme de Maintenon, Mlle Choin, Mme la Duchesse, Vendôme : tout étoit à eux.
Étrange découverte de Mme la duchesse de Bourgogne sur Mme d’Espinoy
Étrange découverte : la duchesse de Bourgogne, fouillant en badinant les papiers de Mme de Maintenon, trouve une lettre où elle voit son nom — « et la signature de Mme d'Espinoy ». Mme de Maintenon la force à la lire entière : « c'étoit un compte que Mme d'Espinoy rendoit des quatre ou cinq dernières journées de Mme la duchesse de Bourgogne, mot à mot, lieu par lieu, heure par heure…, dans lequel il étoit fort question de Nangis ». Elle lui avoua « que Mme d'Espinoy et d'autres encore étoient chargées par elle de suivre secrètement sa conduite ». La princesse courut « fondant en larmes » chez Mme de Nogaret — son « puits » —, qui lui conseilla de ne rien changer avec Mme d'Espinoy : « le lendemain Mme de Nogaret nous le conta à tous deux précisément comme je viens de l'écrire. Ce trait honteux et affreux montre à découvert par quels intimes endroits les deux sœurs tenoient directement au roi et à Mme de Maintenon. »
Mme de Soubise ; son caractère ; son industrie
L'autre institutrice des deux sœurs : « l'habile Mme de Soubise », l'ancienne favorite. « Livrée au roi par ambition tant que la dévotion ne l'arrêta pas », elle sut, à la rupture, offrir à Mme de Maintenon une capitulation minutieuse — ne jamais voir le roi en particulier, éviter Marly, se contenter du souper « comme toutes les autres dames » — contre « service sûr, fidèle, ardent, exact » pour sa famille : « de part et d'autre elles se sont toutes deux tenu parole avec la plus scrupuleuse intégrité ». Le mari, « né pour être un excellent intendant de maison…, avoit pris le parti de ne parler au roi que de sa compagnie des gens d'armes » et de laisser sa femme « se mêler du grand, des grâces et des établissements de sa famille ». Sentant « la fragilité du rang que sa beauté avoit conquis », elle s'unit aux Lislebonne par le mariage de son neveu : « l'union devint intime…, elle dura autant que leur vie ».

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