TOME I · CHAPITRE X
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Résumé
Éclats et chimères autour du procès : la scène entre MM. de Richelieu et de Luxembourg tourne tout à l'avantage du premier ; M. de Bouillon, moqué par Harlay, se repent ; chimères d'ancienneté de Bouillon et de Chevreuse, tentative avortée d'Épernon, prétention des Vendôme aussitôt abandonnée. De là, Saint-Simon remonte à la naissance du « rang intermédiaire » des bâtards du roi : l'adresse maligne d'Harlay qui le façonne, la déclaration royale qui l'établit, la parole donnée à Harlay d'être chancelier, et la cérémonie d'enregistrement où princes du sang et pairs sont priés d'assister — M. le Duc et le prince de Conti menant M. du Maine chez MM. du parlement.
Les entrées
- Éclat entre MM. de Richelieu et de Luxembourg, dont tout l’avantage demeure au premier
- L'éclat Richelieu-Luxembourg : outré du règlement de juges entrepris sous le nom de Richelieu, Luxembourg n'épargne dans un factum « ni sa personne, ni sa conduite, ni le ministère du cardinal ». Richelieu riposte par un contre-factum où « le sel le plus âcre est répandu partout » — les complots du dernier Montmorency exécuté à Toulouse, la prison des poisons, la sellette subie sans réclamer la pairie — puis marche droit au maréchal dans la salle des gardes de Versailles : « qu'il n'était point ladre… qu'il ne le craignait ni à pied ni à cheval, ni lui ni sa séquelle, ni à la cour ni à la ville, ni même à l'armée quand bien même il irait » — et lui tourne le dos sans lui laisser le temps d'un mot. Le héros « en pâlit » : mesurant que le roi ne l'aime pas au fond et que Mme de Maintenon, amie intime de Richelieu, ferait de son affaire la sienne, il mobilise M. le Prince, Chevreuse et Beauvilliers, et vient faire à jour et heure marqués, devant le plus de monde possible, des excuses publiques complètes — Richelieu ayant pris soin, avant la suppression réciproque des factums, d'en donner « à pleines mains, et surtout aux bibliothèques ».
- M. de Bouillon, moqué par le premier président Harlay, et son repentir
- La leçon infligée à M. de Bouillon : déserteur de la cause commune dès le début — signifié sans un mot à La Rochefoucauld et à l'auteur —, il va parler de sa propre prétention au premier président. Harlay, qui n'a nul besoin de le ménager, lui répond « avec un sourire moqueur et une gravité insultante » que les duchés d'Albret et de Château-Thierry ne sont point femelles, qu'ils furent érigés pour Henri III et Henri IV avant leur couronne, et « qu'il souhaitait pour l'amour de lui » qu'il pût prouver sa descendance masculine de ces princes. Luxembourg acheva la vengeance en pulvérisant la « chimère » dans un factum ; et Bouillon, « honteux d'être si mal reconnu de ceux à qui il avait voulu plaire », accablé des railleries de Chaulnes, La Trémoille et La Rochefoucauld, fit des excuses au dernier « et avoua son tort et son repentir ».
- Sa chimère d’ancienneté et celle de M. de Chevreuse
- Les deux chimères jumelles : celle de Bouillon — l'ancienneté d'Albret et Château-Thierry — et celle de Chevreuse, qui « se couvrit du prétexte du mariage de sa fille » mais « cachait sous cette apparence sa prétention de l'ancienne érection de Chevreuse ». Son oncle de Chaulnes « le mettait à bout par ses railleries qui ne finissaient point ». La perte fut réelle : outre sa considération, son esprit et sa capacité, Chevreuse détenait les mémoires savants du duc de Luynes son père sur toutes les matières de pairie — « qu'il ne voulut jamais nous communiquer ».
- Tentative échouée de la chimère d’Épernon
- La tentative d'Épernon : le duché-pairie de 1581 éteint depuis 1661, la dernière descendante par les femmes — fille du « faux duc d'Épernon », ce Rouillac violent et plaideur qui se faisait donner le titre par ses valets — voulut, à la faveur du procès, faire juger sa prétention en épousant le comte d'Estrées. Le cardinal et le maréchal d'Estrées « se mirent en grand mouvement » : sachant le droit nul, ils tentèrent « d'épouvanter par leur bruit et leur crédit » et proposèrent secrètement à chaque duc de céder l'ancienneté et de prendre la queue. Malheur pour eux : le procès Luxembourg avait uni les attaqués, qui se rassemblaient chaque semaine chez Riparfonds — chacun rapporta la proposition, on démonta le double vice du droit, et l'on répondit « sur le même ton » que les services des Estrées méritaient plutôt une érection nouvelle. « Le mariage fut rompu, et il ne fut plus question de cette prétention. »
- Prétention de la première ancienneté des Vendôme désistée en même temps que formée
- La prétention Vendôme, née et morte le même jour : l'abbé de Chaulieu, qui gouvernait les affaires de M. de Vendôme, lui fit prétendre l'ancienneté de la première érection de Vendôme et attaquer cinq ducs ses anciens. À une promenade de Marly — dans le carrosse même qui suivait le roi —, Vendôme et Elbœuf s'aigrissent, se picotent, se querellent : Elbœuf rappelle l'aventure du grand-père Vendôme aux obsèques d'Henri IV, pris par le bras par le duc de Guise — « ce qui pouvait être hier n'était plus bon aujourd'hui ». Vendôme court conter la scène à M. du Maine : celui-ci, sentant « le peu d'assurance de son état », dit à Vendôme de parler au roi « et de le laisser faire ». Dès le lendemain, ordre à Vendôme de se désister juridiquement — la signification surprit tout le monde ; le surlendemain, le premier président, le procureur général et le doyen étaient mandés.
- D’où naît le rang intermédiaire des bâtards
- D'où naquit « la plus grande plaie que la pairie pût recevoir, et qui en devint la lèpre et le chancre » : le rang intermédiaire des bâtards. La querelle de carrosse d'Elbœuf et Vendôme avait révélé à M. du Maine que ses honneurs de prince du sang n'étaient qu'usage sans titre : le roi, « qui n'y avait pas songé, résolut de n'y perdre pas un moment » et ordonna une déclaration mettant ses fils naturels revêtus de pairies au-dessus de tous les pairs plus anciens — « beaucoup plus étendue que celle d'Henri IV ».
- Ruse, adresse, intérêt, succès du premier président Harlay et sa maligne formation de ce rang intermédiaire
- Le chef-d'œuvre d'Harlay : il demande quelques jours « pour une solide exécution », et persuade à du Maine que rien ne tiendra « qu'en mettant les princes du sang hors d'intérêt et en leur en donnant un » — d'où le rang intermédiaire calibré au millimètre : préséance sur tous les pairs, bonnet comme aux princes du sang, mais serment prêté comme les pairs (les princes n'en prêtent point), entrée et sortie sans traverser le parquet, nommé par son nom le bonnet « un peu moins baissé », un huissier au carrosse à chaque séance (deux pour les princes, un seul jour pour les pairs). Chaque nuance ménage un étage : les princes du sang gardent leur au-dessus, y gagnent l'intérêt de défendre à jamais l'entre-deux — et le parlement se donne les bâtards « pour protecteurs par leur intérêt » : la ruse d'Harlay servait d'abord les usurpations de sa compagnie sur les pairs.
- Déclaration du roi pour le rang intermédiaire
- La déclaration du roi établit ce rang intermédiaire dans les formes — minutée d'avance par Harlay « qu'il ne fit qu'envoyer au net pour être scellée » : M. du Maine « extrêmement satisfait de tant de distinctions au-dessus des pairs et d'être si rapproché de celles des princes du sang, sans courir le risque de les blesser » ; « M. du Maine content, le roi le fut aussi ».
- Harlay obtient parole du roi d’être chancelier
- Le salaire du service : Harlay, qui n'avait eu qu'une « parole ambiguë » du temps de la légitimation sans mère nommée, « se fit donner formellement parole par le roi qu'il succéderait à Boucherat » comme chancelier — espérance d'autant plus flatteuse que Boucherat était fort vieux. Il venait en outre d'obtenir cinquante mille écus d'augmentation de son brevet de retenue : le courtisan encaissait sur tous les tableaux.
- Princes du sang priés de la bouche du roi de se trouver à l’enregistrement et à l’exécution de sa déclaration, et les pairs, de sa part par une lettre à chacun de l’archevêque-duc de Reims
- L'exécution orchestrée : le roi prie les princes du sang « de la bouche » d'assister à l'enregistrement — « on peut juger s'ils le refusèrent » — et fait écrire à chaque pair par l'archevêque-duc de Reims une lettre d'invitation restée fameuse : « Sa Majesté vous prie de vous y trouver… cela lui fera plaisir et elle vous en saura bon gré. » Le fils de Le Tellier, « fait pour tenir tout à honneur venant du roi », fut le seul pair à aller chez M. du Maine : « pas un ne dit un mot au roi ni à M. du Maine, pas un ne fut chez ce dernier ni devant ni après la cérémonie ». Le bonhomme La Force « s'enfuit à sa maison près d'Évreux » ; le duc de Rohan s'excusa sur une prétention « bizarre » jamais alléguée avant ni depuis ; et La Trémoille lança à l'archevêque applaudisseur qu'il ne s'étonnait pas de son approbation, « parce qu'il ne se souciait guère du rang des archevêques de Reims ».
- M. le duc et M. le prince de Conti mènent M. du Maine chez MM. du parlement
- Les sollicitations en grand appareil : le 5 mai, du Maine monte à l'hôtel de Condé dans le carrosse de M. le Duc, avec le prince de Conti — les deux princes du sang au derrière, les deux bâtards au devant —, carrosse « fort chargé de pages et environné de laquais à pied », suivi des quatre maisons ; deux jours de tournée chez présidents et doyens avertis de se trouver chez eux, puis le parlement au jour de l'enregistrement — et le dîner chez le premier président où « aucun des pairs n'osa manquer » de ceux qui étaient à Paris.
- M. de Vendôme mené chez tous les pairs et chez MM. du parlement par M. du Maine, et reçu comme lui au parlement sans presque aucun pair
- Le second service, au rabais : M. de Vendôme, reçu tôt après avec les mêmes distinctions, fut mené par M. du Maine faire ses sollicitations « sans cortège » et « sans avertir » ; ils allèrent chez tous les pairs, mais « le roi ne leur fit rien dire » — et « trois ou quatre misérables seulement se trouvèrent à cette réception » : la mesure exacte de ce que valait la prière du roi, et de ce qui s'obtenait sans elle.
- MM. du Maine et de Toulouse visités comme les princes du sang par les ambassadeurs
- Le couronnement diplomatique : peu après, l'ambassadeur de Venise — « avec la république duquel cela avait été négocié » — visite en cérémonie MM. du Maine et de Toulouse, conduit par l'introducteur des ambassadeurs, « comme avec les princes du sang ». La parité, que le roi « avait fort à cœur », fut exprès différée après la réception au parlement « pour ne pas donner trop d'éveil auparavant aux princes du sang ». Les autres ambassadeurs suivirent « avec le temps et des négociations » — excepté les nonces.
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