TOME XII · CHAPITRE XII
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Résumé
Les « ondes de la cour » à l'approche de la fin : agitation du duc de Noailles ; la « curiosité très embarrassante » de la duchesse d'Orléans ; et Maisons qui fait à l'auteur « une proposition énorme et folle » — qu'il s'obstine à vouloir persuader au duc d'Orléans ; réflexions sur son but ; et la « rare impiété et fin de Maisons et de sa famille » — le président athée foudroyé dans sa lignée.
Les entrées
- Ondes de la cour
- « Plus le temps paroissoit s'avancer par la décadence extérieure du roi..., plus chacun pensoit à soi », quoique la terreur fût telle que M. le duc d'Orléans demeurât « absolument esseulé jusque dans le salon de Marly. Mais je remarquois bien qu'on cherchoit à s'approcher de moi, et gros du monde, et gens les plus considérables, et de ces politiques aussi dont le manège effronté court après ceux à qui ils n'ont jamais parlé, dès qu'ils se les croient pouvoir rendre utiles. Je m'étois souvent moqué de ces prompts amis du crédit et des places..., et j'en divertissois M. le duc d'Orléans pour le prémunir d'avance là-dessus lui-même. »
- Agitation du duc de Noailles
- « Le duc de Noailles, qui ne le voyoit qu'en Nicodème, redoubloit peu à peu ses visites. Il tâchoit inutilement de s'attirer quelque confidence sur les projets d'un prochain avenir » ; « je voyois en lui une passion extrême de cette place des finances, dont il m'entretenoit sans cesse ». Saint-Simon le tenait en haleine : la proposition « avoit bien pris », mais il n'en pouvait savoir davantage. Après le testament, tout persuada Saint-Simon « que Maisons comptoit fermement sur les sceaux et sur le premier crédit, sans toutefois que ni l'un ni l'autre m'en aient rien laissé entendre ».
- Curiosité très embarrassante de Mme la duchesse d’Orléans
- Mme la duchesse d'Orléans, inquiète « des limbes où on la laissoit sur l'avenir », mettait Saint-Simon « à la torture » : « des contours adroits pour me surprendre..., tout ce que l'art, le manège, la supériorité..., peuvent déployer sous toutes sortes de faces, mis sans cesse en œuvre avec une infatigable persévérance. » Il fallait « raisonner toujours et répondre à tout comme à la sœur du duc du Maine, pour la grandeur duquel elle auroit sacrifié avec transport de joie mari, enfants et elle-même » : verbiage, inutilité des projets du vivant du roi, respect dû au testament, comparaison savante avec 1643 — Anne d'Autriche instruite et appuyée contre un duc d'Orléans « dans les plus profondes ténèbres » jusqu'à l'ouverture au parlement. « Cette fausseté indispensable me coûtoit si prodigieusement, que j'étois toujours en crainte de la trahison de mon visage » ; il en revenait chez le prince « souvent aux larmes, et si plein de rage et de désespoir, qu'il augmentoit encore par en rire ».
- Maisons me fait une proposition énorme et folle, et ne se rebute point de la vouloir persuader à M. le duc d’Orléans et à moi
- Rappel du dépôt du testament : l'édit du 27 août 1714, « fort court et fort sec », sans « un mot d'honnêteté pour le parlement », ordonnait le simple dépôt au greffe ; « les précautions si grandes... furent uniquement du cru et du fait du premier président » — le trou creusé dans la tour derrière la buvette, porte de fer, grille, triple serrure, trois clefs réparties. Puis, le huitième jour, Maisons vint chez Saint-Simon faire « une proposition énorme et folle » : « avoir à l'instant de la mort du roi des troupes sûres et des officiers sages..., avec eux des maçons et des serruriers, marcher au palais, enfoncer les portes et la niche, enlever le testament, et qu'on ne le voie jamais. » Saint-Simon lui opposa tout : « violer à main armée un dépôt public et solennel..., dans le sein du sanctuaire de la justice, au milieu de la capitale », donner aux horreurs répandues contre le prince « un poids que tous les artifices... n'avoient pu leur acquérir ». Maisons courut faire au duc d'Orléans « la même proposition avec les mêmes instances », sans plus de succès, « et il persista jusqu'à sa mort... à presser M. le duc d'Orléans de cette extravagance, et moi jusqu'à la persécution » — jusqu'à faire promettre à Saint-Simon d'examiner la tour depuis le quai de la Mégisserie.
- Réflexions sur le but de Maisons
- Que penser d'un tel projet chez un magistrat « sage, avisé, intelligent, capable et mesuré » ? Saint-Simon ramasse les indices : les anciennes liaisons de Maisons avec du Maine, le dîner secret aux deux bâtards le jour de l'enregistrement de leur habilité, les deux heures enfermé à Sceaux « seul avec M. et Mme du Maine » sous prétexte du bonnet, les distinctions uniques du roi, et « la douleur si marquée de sa mort... que témoigna le duc du Maine qui n'en étoit pas prodigue », donnant dès le lendemain la charge au jeune Maisons de dix-sept ans. « Auroit-il été assez noir pour, de concert avec le duc du Maine, ouvrir cet abîme sous nos pas..., et par la chute de M. le duc d'Orléans... y porter le duc du Maine, qui de là à la couronne n'auroit eu qu'un pas à faire ?... Je le dis avec horreur, conclura-t-on que ce soit pousser trop loin les soupçons ? » Il mourut le 22 août 1715, dix jours avant le roi, « sans donner le temps de percer ces étranges ténèbres ».
- Rare impiété et fin de Maisons et de sa famille
- « Pour le prodige que je vais exposer, je doute qu'il ait jamais eu d'exemple » : Maisons « étoit sans aucune religion », sa femme pas davantage, et tous deux firent « également leur capital » de trouver pour leur fils unique « un précepteur qui n'eût aucune religion, et qui, par principes, élevât avec soin leur fils à n'en point avoir » — et ils rencontrèrent « ce phénix ». Les fins : Maisons emporté à quarante-huit ans par un dévoiement aggravé de rhubarbe et d'une visite du cardinal de Bissy, « sans volonté ou sans loisir de penser un moment à ce qui alloit arriver à son âme » ; sa femme foudroyée d'apoplexie en 1727 « sans lui laisser un moment de libre » ; le fils mort de la petite vérole à trente-deux ans, la frayeur lui ôtant toute liberté ; et le petit-fils de dix-huit mois tombé des bras de ses gardiennes, les grands biens allant « à des collatéraux ». « Qu'il me soit permis d'y appliquer ces deux versets du psaume XXXVI qui paroissent si faits exprès : “J'ai vu l'impie exalté comme les cèdres du Liban : je n'ai fait que passer, il n'étoit déjà plus ; je n'en ai pas même trouvé la moindre trace.” »
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