TOME XIV · CHAPITRE XIV
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Résumé
Le dossier de la « prétendue noblesse » : la « différence diamétrale » entre les assemblées de 1649 et celles de 1717, avec la copie du traité d'union de 1649 et l'éclaircissement des signatures ; la requête des pairs comparée ; le succès et la fin des assemblées de 1649. La conduite de l'auteur avec le Régent « sur l'affaire des princes du sang et des bâtards » et sur ces mouvements ; les bâtards « ne prétendent reconnaître d'autres juges que le roi majeur ou les états généraux » — la manœuvre dilatoire dénoncée.
Les entrées
- Différence diamétrale du but des assemblées de plusieurs seigneurs et gentilshommes en 1649, de celles de cette année
- Différence diamétrale des deux assemblées : celle de 1649, née du rang accordé aux Bouillon et des tabourets de la princesse de Guéméné et de Mmes de Senecey et de Fleix, s'opposait « pour chose réelle et non imaginaire, et chose si radicalement contraire aux lois et usages de ce royaume » — celle de 1717 poursuivait un fantôme. « On verra dans ce traité ce que la noblesse d'alors pensoit si différemment de celle d'aujourd'hui ; mais elle étoit encore instruite dans ces temps-là, connoissoit son intérêt et ne se laissoit pas mener par le nez. »
- Copie du traité original d’union et association de plusieurs de la noblesse en 1649, et des signatures
- La copie du traité original de 1649, dont Saint-Simon eut l'original entre les mains par le vieux médecin Bouvard de Chartres — « excellent médecin, encore plus philosophe..., infiniment d'esprit et une mémoire prodigieuse », appelé à la Ferté pour son fils aîné, et qui voulut absolument lui donner la pièce : « je ne crus pas devoir profiter de son honnêteté ». Le texte : union jurée « sur notre foi et honneur » contre toute « marque d'honneur extraordinaire... au préjudice de toute la noblesse », engagement de solidarité totale — secourir tout associé attaqué « jusqu'à périr plutôt qu'il restât opprimé » —, opposition présente et future à ce que nul, « n'étant pas né prince, ne parvienne à une semblable prérogative », le tout signé « sans distinction ni différences de rang et de maisons ». Suivent cent soixante-sept signatures, « peu de grands, plusieurs moindres, force petits, assez d'inconnus ».
- Éclaircissement sur les signatures
- L'éclaircissement des signatures : la première, « Saint-Symon », est de l'oncle de Saint-Simon — son père signant « par un i » et jamais que « le duc de Saint-Simon » ; la seconde, « Vermandois », probablement du héraut d'armes. « Villeroy » ne peut être ni le gouverneur du roi ni son fils mort : « il y a donc sûrement erreur dans ce nom » ; « Halluyn-Schomberg » désigne le futur maréchal de Schomberg tué à la Boyne ; les « L'Hospital » ne peuvent être des maréchaux ; et l'on remarque que la reine et Mazarin d'une part, Monsieur et M. le Prince de l'autre, « avoient eu soin de fourrer dans cette assemblée des personnes entièrement à eux ».
- Requête des pairs au roi à même fin que l’association de plusieurs de la noblesse en 1649
- « Mon père signa aussi avec plusieurs autres ducs et pairs, sans autres, une requête au roi tendante à empêcher ces concessions dont j'ai la copie » — les pairs de 1649 agissant exactement au même but que l'association de la noblesse, contre les mêmes usurpations de rang.
- Comparaison de la noblesse de 1649 avec celle de 1717
- La comparaison : les gens de 1649, « point d'aboiement, point de rumeur populaire, rien d'indécent, tout mesuré avec sagesse et dignité » ; « ils n'usurpent point un faux titre... Ils ne prétendent point être la noblesse, mais seulement être de ce corps » ; leur autorité, « le plus évident et le plus commun intérêt qui, sans mission et sans autorité de personne, donne droit d'agir ». « Quelle disparité de 1649 à 1717 ! elle va jusqu'au prodige. » Seules conformités : le mélange des noms « quand on a besoin de nombre », et le but secret des conducteurs — M. le Prince voulant en 1649 « embarrasser le cardinal Mazarin pour le rendre souple à ses volontés ».
- Succès et fin des assemblées de 1649
- La fin de 1649 : tous mandés « et conduits honorablement chez le roi », reçus par la reine mère devant toute la cour ; lecture solennelle de « la révocation du rang et des honneurs accordés à MM. de Bouillon, et des tabourets » ; déclaration que « l'association finie », les assemblées défendues ; « la reine ensuite leur fit des honnêtetés et le Mazarin des bassesses ». La révocation « subsista tant que les troubles firent craindre, après quoi elle tomba » — et les tabourets rendus enfantèrent à la longue rangs de Rohan et duchés de Foix.
- Ma conduite avec le régent sur l’affaire des princes du sang et des bâtards, et sur les mouvements de la prétendue noblesse
- Ma conduite avec le régent : le même silence que sur le parlement, après lui avoir « démontré les intimes rapports de ces deux affaires..., et qu'à l'égard de l'autre il éprouveroit bientôt que le prétexte frivole des ducs ne dureroit que jusqu'à ce que le parti de M. et de Mme du Maine fût assez bien formé et fortifié pour aller à lui directement et à son gouvernement ». Quand le régent, inquiet enfin, lui en toucha un mot : « je répondis avec un air d'indifférence que je lui avois dit ce que je pensois là-dessus..., et je changeai aussitôt de discours. »
- Les bâtards ne prétendent reconnoître d’autres juges que le roi majeur ou les états généraux du royaume, et s’attirent par là un jugement préparatoire
- Le faux pas décisif des bâtards : à l'annonce d'un jugement prochain, Mme du Maine se plaignit « qu'il vouloit faire juger cette affaire par des gens qui ne savoient point assez les lois du royaume » — « on ne peut qu'admirer que des doubles adultérins osent invoquer des lois » — puis les Maine résolurent « de ne reconnoître d'autres juges que le roi majeur, ou les états généraux du royaume » : gagner du temps pour leurs complots, et tout espérer d'une assemblée à la Guise. « Ils s'y méprirent, et ce fut ce qui précipita leur jugement » : deux jours après, arrêt du conseil de régence ordonnant la remise des mémoires « entre les mains des gens du roi » — « c'étoit bien s'engager à juger incessamment et le leur déclarer d'une manière juridique ».
- Excès de la prétendue noblesse trompée par confiance en ses appuis
- Les excès de la noblesse trompée : « elle comptoit sur toute la protection du régent qui la laissoit dire et faire..., poussés et soutenus par d'Effiat et Canillac ; et le duc de Noailles, qui y avoit à la mort du roi donné le premier branle, se vouloit faire élever par eux sur les pavois. Avec de tels appuis..., la tête leur tourna entièrement jusque-là qu'il y eut de leurs femmes qui se vantèrent qu'elles alloient prendre des housses et des dais ; mais il est vrai qu'aucune n'osa le faire. »
- Conduite et parfaite tranquillité des ducs
- « Les ducs les laissoient s'exhaler et tirer leurs estocades en l'air sans rien dire ni faire, et sans inquiétude, parce que de tels glapissements n'en pouvoient donner » — et dans tout ce « vacarme », « les ducs... ne s'assemblèrent pas une seule fois, ni tous, ni quelques-uns, ne firent aucun écrit, et ne députèrent pas une seule fois au régent ».
- Arrêt du conseil de régence portant défense à tous nobles de s’assembler, etc., sous peine de désobéissance
- L'arrêt du samedi 14 mai : « très expresses inhibitions et défenses à tous les nobles de son royaume, de quelque naissance, rang et dignité qu'ils soient, de signer la prétendue requête, à peine de désobéissance..., sans néanmoins que le présent arrêt puisse nuire ni préjudicier aux droits, prérogatives et privilèges légitimes de la noblesse. » « Cet arrêt, tout emmiellé qu'il fût, sapoit par le fondement le chimérique objet qui avoit ramassé cette prétendue noblesse... ce fut un coup de foudre. »
- Ma conduite dans ce conseil suivie par les ducs, puis par les princes du sang et bâtards
- La sortie du conseil : au moment où l'affaire fut mise sur le tapis, Saint-Simon pria le régent « de me permettre de n'être pas juge, et de sortir du conseil. Je me levai en même temps..., je vis tous les ducs du conseil qui me suivirent. Quittant ma place, le comte de Toulouse me dit tout bas : Et nous, que ferons-nous ? — Tout ce qu'il vous plaira..., pour nous autres ducs, je crois que nous nous devons de sortir. » Princes du sang et bâtards suivirent presque aussitôt — « cela fit un grand mouvement dans ces dehors », où guettaient des gens de la noblesse ; et les ducs remercièrent leur ancien « d'avoir pensé à ce à quoi ils ne songeoient pas ».
- Succès de l’arrêt
- Le succès : « tout se débanda » ; défense faite en outre de s'assembler désormais. « Ce fut à qui courroit au Palais-Royal s'excuser, où tous furent reçus honnêtement, mais sèchement » ; plusieurs avouèrent qu'on les avait engagés « sur les assurances... que tout se faisoit du consentement et même par les ordres secrets du régent ». « Mais les plus entêtés se laissèrent persuader par les confidents de l'intrigue..., où pourtant il ne se fit plus rien que dans les ténèbres. »
- Gouvernement de Saint-Malo à Coetquen, et six mille livres de pension à Laval
- Les lots de consolation : Noailles fit donner le gouvernement de Saint-Malo, vacant par la mort de Lannion, « à Coetquen, son beau-frère, son agent, et des plus avant parmi cette noblesse » ; et l'on persuada au régent d'en retirer M. de Laval « par une pension de six mille livres, grâce bien forte à un homme qui avoit quitté le service, et qui ne pouvoit l'avoir méritée que par ses séditieuses clameurs. Aussi verrons-nous combien le régent y fut trompé. »
- Mensonge impudent de ce dernier prouvé, et qui lui demeure utile, quoique sans nulle parenté avec la maison royale
- Le mensonge de la draperie : dès la mort du roi, Laval avait obtenu « la permission de draper, à titre de parenté, sur ce que les Laval avoient eu une duchesse d'Anjou, reine de Naples et de Sicile ». Or Jeanne de Laval, seconde femme du bon roi René, mourut « sans enfants de ce mariage ; ainsi nulle parenté entre ces princes et la maison de Jeanne de Laval » — toute la succession d'Anjou passant par Isabelle de Lorraine et finissant en Charles IV, héritier de Louis XI. Mensonge « utile » pourtant : « il drapa donc à la mort du roi, et tous les Laval ont toujours depuis drapé sur ce fondement si évidemment démontré faux. »
- Maison de Laval-Montfort très différente des Laval-Montmorency, expliquée
- L'explication des deux maisons : Guy de Montmorency, fils du connétable Matthieu II et de l'héritière Emme de Laval, prit le seul nom de Laval avec les armes de Montmorency « brisées de cinq coquilles d'argent sur la croix » — voilà les Laval-Montmorency. En 1405, l'héritière Anne de Laval épousa Jean de Montfort, « maison jusque-là assez peu connue », à condition qu'il quittât nom et armes : voilà les Laval-Montfort, qui en cent quarante-deux ans atteignirent « presque toutes les grandeurs de la maison de Montmorency » avant de s'éteindre en 1547 ; tandis que les branches cadettes de Laval-Montmorency « étoient, pour ainsi dire, demeurées à sec jusqu'à nos jours » — « alliances communes..., point de charges, d'emplois ; nulles distinctions », hormis Gilles de Rais « pendu et brûlé juridiquement à Nantes, pour abominations » et le maréchal de Boisdauphin. Et Jeanne de Laval, la reine, était une Laval-Montfort : M. de Laval revêtait sa branche « des plumes d'autrui ».
- Autre imposture du même M. de Laval sur la préséance sur le chancelier
- L'autre imposture, la préséance sur le chancelier : « il se contenta d'avancer cette fausseté ainsi en général, et il se garda bien de s'enferrer dans aucune particularité d'occasion ou de date. » Le seul exemple est personnel au maréchal de Montmorency, fils du connétable Anne : contraint par Henri II d'épouser sa bâtarde légitimée, la duchesse de Castro, malgré sa promesse à Mlle de Piennes — l'édit contre les mariages clandestins fait exprès, la dispense sollicitée à Rome « en homme qui ne la vouloit pas obtenir » —, il reçut « pour le consoler, et en considération de ce mariage..., dans son conseil, la préséance sur le chancelier. On voit combien ce fait personnel et singulier est étranger à la branche de Montmorency-Laval. »
- Premier exemple de mariage de fille de qualité avec un secrétaire d’État
- La curiosité finale : Mlle de Piennes, « très difficile à marier après une aventure si éclatante », fut mariée par les Guise, pour flatter les ministres, « avec Florimond Robertet, seigneur d'Alluye, secrétaire d'État, et ministre alors important... Ce mariage est le premier exemple d'un pareil avec un secrétaire d'État, qui après assez de lacune n'a que trop été imité » — devenue Mme d'Alluye, « belle encore et pleine d'esprit et d'intrigues, elle figura fort dans celles de la cour, et même de l'État ».
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