TOME IX · CHAPITRE XIII

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Résumé

Voyage des généraux ; Permangle bat et brûle un grand convoi ; Noailles près du roi d'Espagne sous Vendôme ; la reine d'Espagne « attaquée d'écrouelles » — la maladie qui l'emportera ; Bonac relève Blécourt. Marly « en jeu et en sa forme ordinaire » et la cause de sa singulière prolongation ; premiers mariages (Belle-Isle, Montboissier-Maillé, Parabère-La Vieuville) ; course à Marly de l'électeur de Bavière ; morts de Langeron, lieutenant général des armées navales, et du duc d'Albe, ambassadeur d'Espagne — caractère, descendance, titres, succession ; le fils d'Amelot président à mortier.

Les entrées

Voyage des généraux d’armée
Voyage des généraux : Villars, allé de bonne heure en Flandre « dans le dessein d'y faire le siège de Douai » que Montesquiou avait préparé, ne put l'exécuter et revint à la cour jusqu'à l'ouverture de la campagne. Harcourt partit aux premiers jours de mai pour les eaux de Bourbonne, Besons commandant l'armée du Rhin en l'attendant ; Berwick partit pour le Dauphiné, et l'on ne laissa que quelques régiments d'infanterie sur le Ter.
Permangle bat et brûle un grand convoi
Permangle, maréchal de camp commandant dans Condé, averti qu'un convoi de vivres ennemi sur l'Escaut allait entrer dans la Scarpe, « y marcha avec huit cents hommes, défit les deux bataillons » d'escorte, prit l'officier général qui les commandait, « et de trente-six bélandres, portant cent milliers chacune, en brûla vingt-cinq ».
Duc de Noailles près du roi d’Espagne avec ses troupes sous Vendôme
Le duc de Noailles, demeuré auprès du roi d'Espagne depuis la prise de Girone, vit son armée passer en Aragon « où il eut ordre de la commander à part, ou jointe à celle de M. de Vendôme mais à ses ordres, de l'une ou de l'autre manière, suivant ce que Vendôme jugeroit à propos pour le service du roi d'Espagne » — subordination complète au vainqueur de Villaviciosa.
La reine d’Espagne attaquée d’écrouelles
La santé de la reine d'Espagne s'altérait depuis des mois : « il lui étoit venu des glandes au cou qui, peu à peu, dégénérèrent en écrouelles ; elle eut des rechutes de fièvre fréquentes, mais elle ne s'appliqua pas moins au rétablissement des affaires » — premiers signes du mal qui devait emporter cette princesse si aimée des Espagnols.
Bonac relève Blécourt à la cour d Espagne
Bonac, neveu de Bonrepos, alla relever à la cour d'Espagne Blécourt, « dont on a souvent parlé » — relève diplomatique dans une ambassade que la toute-puissance de la princesse des Ursins rendait aussi délicate qu'effacée.
Marly en jeu et en sa forme ordinaire ; cause de sa singulière prolongation
Le 8 mai, « le lansquenet et les autres jeux recommencèrent dans le salon de Marly, qui, faute de ces amusements, avoit été fort désert depuis la mort de Monseigneur. Mme la Dauphine s'étoit mise à jouer à l'oie ne pouvant mieux, mais en particulier chez elle. » Les petites véroles « qui accabloient Versailles » retinrent le roi à Marly pendant les fêtes de la Pentecôte — pour la première fois, sans cérémonie de l'ordre — puis à la Fête-Dieu : cause de la singulière prolongation de ce séjour.
Premier mariage de Belle-Ile
Belle-Ile, « qui à travers tant de diverses fortunes en a fait une si prodigieuse pour le petit-fils du surintendant Fouquet », épousa avant de partir pour l'armée Mlle de Sivrac, de la maison de Durfort : « elle étoit riche, extrêmement laide, encore plus folle. Elle s'en entêta et ne le rendit pas heureux, ni père. Son bonheur l'en délivra quelques années après, et le malheur de la France le remaria longtemps après. »
Mariage de Montboissier avec Mlle de Maillé
Montboissier épousa en même temps Mlle de Maillé, « belle, riche et de beaucoup d'esprit. Il a succédé longtemps depuis à Canillac, son cousin, chevalier de l'ordre en 1728, capitaine de la deuxième compagnie des mousquetaires. »
Mariage de Parabère avec Mlle de La Vieuville
Parabère épousa la fille de Mme de La Vieuville, dame d'atours de Mme la duchesse de Berry, « qui peu après son mariage fit parler d'elle, et qui enfin a si publiquement vécu avec M. le duc d'Orléans, et après lui avec tant d'autres » — la future célèbre maîtresse du Régent.
Course à Marly de l’électeur de Bavière
L'électeur de Bavière, à qui Torcy avait porté à Compiègne la nouvelle de la mort de l'empereur, vint le 26 mai à Marly : descente dans l'appartement de feu Monseigneur, conversation debout dans le cabinet du roi, puis long tête-à-tête portes fermées. Revenu le surlendemain pour la chasse, « le roi le fit monter seul avec lui dans son chariot » ; il s'assit au lansquenet auprès de Mme la Dauphine, et « sur les huit heures, il alla souper chez d'Antin avec compagnie d'élite ; le repas fut gai et dura trois heures ».
Mort de Langeron, lieutenant général des armées navales,.
Ce même jour mourut à Sceaux, d'apoplexie, « sans être gros ni vieux », Langeron, « lieutenant général des armées navales et fort bon marin », fort attaché à M. et Mme du Maine, sa famille à la maison de Condé ; il était frère de l'abbé de Langeron, mort à Cambrai depuis peu.
Mort, caractère, descendance et titres du duc d’Albe, ambassadeur d’Espagne en France ; sa succession
Le duc d'Albe, ambassadeur d'Espagne, mourut après une assez longue maladie : il avait acquis en France « une grande réputation de sagesse, d'esprit, de prudence et de capacité…, beaucoup de probité et de piété », vivant « avec magnificence, et beaucoup de politesse et de dignité ». « Le roi d'Espagne fit payer toutes ses dettes, et continua quatre mois durant les appointements de l'ambassade à la duchesse d'Albe. » Saint-Simon déroule la généalogie des Alvarez de Tolède depuis le don d'Alva en 1430 et le fameux duc d'Albe de Philippe II ; le marquis del Carpio, alors à Vienne dans le parti de l'archiduc, succéda aux grandesses et aux biens.
Fils d’Amelot président à mortier
Amelot, « à qui ses ambassades, où il avoit si bien servi, et surtout celle d'Espagne qui ne lui avoit rien valu après l'avoir mis à portée de tout », obtint enfin pour son fils la charge de président à mortier de Champlâtreux — mort d'apoplexie « en s'habillant pour aller à la réception de d'Antin », sans personne en âge de recueillir sa charge.
Digne souvenir du roi des services de Molé, premier président et garde des sceaux
Digne souvenir du roi : il « se souvenoit toujours du premier président Molé, garde des sceaux, et leur conserva cette charge tant qu'il y eut dans cette famille à qui la donner, qui y est revenue depuis » — fidélité rare à la mémoire des services, dans un règne où tant d'autres furent oubliés.
Bergheyck à Marly, mandé en Espagne
Bergheyck, passant de Flandre en Espagne « où le roi d'Espagne le mandoit avec empressement », vit assez longtemps le roi en particulier et les ministres séparément — « et d'où Mme des Ursins eut beaucoup plus [d'empressement] à le renvoyer promptement », comme elle avait chassé ou exclu tous les hommes capables.
Voyage du roi d’Angleterre par le royaume
Le roi d'Angleterre partit voyager par le royaume, « ennuyé apparemment de ses tristes campagnes incognito, et plus encore de demeurer à Saint-Germain pendant la guerre. On soupçonna du mystère en ce voyage, sans qu'il y en eût aucun. » Petite suite : Dijon, la Franche-Comté, l'Alsace et l'armée d'Allemagne, puis par Lyon le Dauphiné et l'armée de Berwick, les ports de Provence, et retour par le Languedoc et la Guyenne.
Grand prieur à Soleure
Le grand prieur, « gobé comme on l'a remarqué en son temps » par le partisan impérial, obtint enfin sa liberté « sur sa parole de ne point sortir de Soleure jusqu'à ce qu'il eût obtenu la liberté de ce brigand de fils de Massenar, prisonnier à Pierre-Encise, que le roi ne voulut point accorder » — liberté conditionnelle qui le laissait en Suisse, otage de sa parole.
Deuil de l’empereur suspendu, et sa cause
Le roi porta quelques jours de plus le deuil des enfants de Mme de Lorraine « par paresse de changer d'habit », comptant prendre aussitôt celui de l'empereur ; « mais l'impératrice mère, qui gouvernoit en attendant l'archiduc, s'avisa, dans la lettre par laquelle elle lui en donnoit part, de parler fort peu à propos de la joie qu'elle auroit de revoir son autre fils, le roi d'Espagne, etc., avec tous ses titres. Cela suspendit le deuil, et lui fit renvoyer sa lettre. »
Le roi d’Espagne donne ce qui lui reste aux Pays-Bas à l’électeur de Bavière, qui passe à Marly allant à Namur, et envoie le comte d’Albert en Espagne ; comte de La Marck suit l’électeur, de la part du roi, sans caractère
On sut que le roi d'Espagne donnait « en toute souveraineté à l'électeur de Bavière tout ce qui lui restoit aux Pays-Bas » — Luxembourg, Namur, Charleroy et Nieuport pour toutes places, chose promise de longue main. L'électeur, logé chez les Moreau à Villiers, revint à Marly conférer longuement avec Torcy puis avec le roi jusqu'à cinq heures, « et en sortit avec l'air très-satisfait » ; chasse au cerf, lansquenet avec la Dauphine, souper chez d'Antin. Il partit pour Namur, envoyant le comte d'Albert remercier en Espagne, tandis que le comte de La Marck allait servir auprès de lui « de maréchal de camp, et de ministre sans caractère public ».
Gassion bat en Flandre douze bataillons et dix escadrons ; son mérite et son extraction
Peu après, Gassion « défit douze bataillons et dix escadrons des ennemis auprès de Douai, sur lesquels il tomba à deux heures après minuit. Il avoit fort bien dérobé sa marche, et ils ne l'attendoient pas. Il leur tua quatorze ou quinze cents hommes et ramena douze ou treize cents chevaux. » Petit-neveu du maréchal de Gassion, il avait quitté la tête des gardes du corps « pour servir en liberté et en plein de lieutenant général, et arriver au bâton de maréchal de France. C'étoit un excellent officier général et un très-galant homme. »
Clôture de l’assemblée extraordinaire du clergé ; admirable et hardie harangue au roi de Nesmond, archevêque d’Alby
L'assemblée extraordinaire du clergé vint haranguer le roi à Marly, le cardinal de Noailles en tête ; Nesmond, archevêque d'Alby, porta la parole, « dont je ne perdis pas un mot » : « il surprit, il étonna, il enleva ; on ne peut rendre avec quelle finesse il toucha la violence effective avec laquelle étoit extorqué leur don prétendu gratuit ». Il osa dire qu'il se croirait « coupable de la prévarication la plus criminelle » s'il dissimulait au meilleur des rois « que le pain de la parole manquoit au peuple, et même le pain de vie, le pain des anges, faute de moyens de former des pasteurs ». Le roi, loin d'en être choqué, remercia obligeamment, mêla « des espèces d'excuses et d'honnêtetés pour le clergé » — et en tira pour cette fois huit millions d'extraordinaire.
Le Dauphin montré au clergé par le roi
Le roi montra deux fois le Dauphin au clergé : à l'ouverture — « Voilà un prince qui, par sa vertu et sa piété, rendra l'Église encore plus florissante et le royaume plus heureux » — et à la clôture, disant qu'il espérait que ce prince « feroit tout mieux que lui », avec « quelque chose de touchant sur son âge et sa mort peu éloignée », et qu'il réparerait envers le clergé les exactions du malheur des temps. Le Dauphin, fort attendri, reçut ensuite la harangue des députés par le cardinal de Noailles, « qui le traita de Monseigneur, et sans ajouter, comme avoit fait le premier président…, que c'étoit par l'ordre exprès du roi » ; sa réponse fut « courte, sage, polie, modeste, précise ».
Services de Monseigneur à Saint-Denis et à Notre-Dame
Obsèques différées de Monseigneur : le 18 juin, service à Saint-Denis — le Dauphin, M. le duc de Berry et M. le duc d'Orléans firent le deuil, Beauvilliers portant la queue du premier ; « comme il n'y avoit point d'enterrement, il n'y eut point d'honneurs » ; l'archevêque-duc de Reims officia « et Poncet, évêque d'Angers, y fit une très-méchante oraison funèbre ». Le 3 juillet, service à Notre-Dame : les trois princes vinrent à pied en cérémonie de l'archevêché ; le cardinal de Noailles officia, « et le P. La Rue, jésuite, tira d'un si maigre sujet une oraison funèbre qui acheva d'accabler celle de l'évêque d'Angers ».
Merveilles du Dauphin à Paris
Merveilles du Dauphin à Paris : au dîner magnifique du cardinal de Noailles, il fit mettre à table les seigneurs de sa suite, « voulut que toutes les portes fussent ouvertes et que la foule même le pressât », parla au peuple avec affabilité, « et il acheva de charmer cette multitude par le soin qu'il fit prendre d'une femme grosse qui s'y étoit indiscrètement fourrée, et à qui il envoya d'un plat dont elle n'avoit pu dissimuler l'extrême envie qui lui avoit pris d'en manger. Ce ne furent que cris d'acclamations et d'éloges à son passage à travers Paris… : tant il est vrai qu'en France il en coûte peu à ses princes pour s'y faire presque adorer. »
Nul duc ne s’y trouve, quoique le roi l’eût désiré
Nul duc ne se trouva aux services, quoique le roi l'eût désiré et s'en fût laissé entendre : « l'embarras des séances le retint » d'en donner l'ordre, et Saint-Simon « contribua à les en empêcher, de sorte qu'il ne s'y en trouva aucun autre que le duc de Beauvilliers, par la nécessité de sa charge. Cela fut trouvé mauvais, et le roi se montra un peu blessé…, personne ne répondit ; on laissa couler la chose, et on tint la même conduite pour le service de Notre-Dame », que le roi remarqua bien « mais il n'en témoigna rien ».
Création d’officiers gardes-côtes
Il faut « essuyer une bourre » : Chamillart avait créé par édit des « offices militaires, mais héréditaires, pour commander les gardes-côtes », assaisonnés « de tous les appâts de droits et de prérogatives, propres à en tirer bien de l'argent des légers et inconsidérés François, qui n'ont pu se guérir de courre après ces leurres » — titres dont on se moque au conseil et qu'on supprime à la paix. « Cette drogue bursale fut aussitôt donnée à Pontchartrain pour en tirer ce qu'il pourroit, en déduction de ce qui étoit dû à la marine. »
Pontchartrain en abuse et de mon amitié, me trompe, m’usurpe, et je me brouille avec lui
Pontchartrain, « ardent à usurper et à étendre sa domination », se fit donner le projet d'édit « et le changea, le grossit et le dressa comme il lui plut » : il y coula une clause mettant ces officiers sous la charge de l'amiral et du département de la marine, ôta la restriction aux lieux d'usage ancien, et ajouta aux côtes des deux mers « les deux bords des rivières qui s'y embouchent, en remontant fort haut », formant des capitaines gardes-côtes « fort avant dans les terres » et mettant « tous ces pays en proie aux avanies et aux vexations de ceux qu'il pourvut de ces charges ».
Usurpation très-attentive des secrétaires d’État
L'usurpation atteignit les milices de Blaye, de tout temps « sous la seule autorité de mon père, et leurs officiers pourvus par des commissions en son nom » — usage que Louvois même n'avait jamais contesté. Chamillart, « plus secrétaire d'État que Louvois », voulut une expédition en ses bureaux sur la nomination de Saint-Simon ; Pontchartrain la revendiqua pour la marine, au titre de son édit. « Le plus court et le plus simple étoit de me laisser suivre l'ancien usage…, mais cette sagesse n'accommodoit pas l'usurpation commune de leurs charges aux dépens de la mienne » ; aucun ne voulut même de l'expédient neutre des bureaux de La Vrillière.
Sottise d’amitié
Sottise d'amitié : pour ne pas commettre ensemble « mes deux amis, si ennemis » — Chamillart dans sa pleine faveur l'eût emporté, et Pontchartrain « en auroit eu tout le dégoût » —, Saint-Simon crut devoir suspendre sa nomination. « Le chancelier et son fils m'en remercièrent, et parurent sentir l'amitié de ce sacrifice » ; le temps s'écoula ainsi jusqu'à la chute de Chamillart, et les enchaînements de la cour traînèrent la nomination « jusqu'à l'hiver qui précéda la mort de Monseigneur ».
Trahison noire de Pontchartrain
Trahison noire : quand Saint-Simon voulut enfin nommer, « Pontchartrain me déclara que c'étoit un droit du capitaine garde-côte », La Motte d'Ayran, qui ne l'exercerait qu'avec son agrément — « par où il n'auroit que l'apparence, dont je conserverois la réalité ». Saint-Simon plaida : les commissions de son père, le droit immémorial cédé par Montrevel même, l'ironie d'être dépouillé « par un homme qui m'étoit nécessairement subordonné », le sacrifice de trois ans et les remerciements reçus. « Rien de tout cela ne fut contesté ; j'eus un aveu formel sur chaque article ; toutefois je parlois aux rochers » — Pontchartrain se retranchant sur l'édit « qu'il avoit changé et amplifié à dessein ».
Étrange procédé de Pontchartrain, qui me veut leurrer par Aubenton
Sur les conseils de Mme de Saint-Simon, « toujours plus sage », il vécut d'abord à l'ordinaire ; puis Pontchartrain le pria d'entendre d'Aubanton, un de ses premiers commis. Deux visites : Saint-Simon proposa un expédient — accepter la nomination du capitaine garde-côte sous son agrément, « mais d'y ajouter au moins, pour que cet agrément demeurât solide et nécessaire, la nécessité de mon attache sur les expéditions, à l'exemple en très-petit de l'attache du colonel général de la cavalerie ». Aubanton « goûtoit fort l'expédient » mais n'espérait pas qu'il fût accepté : de fait, Pontchartrain « n'osoit expédier en une forme insolite sans permission du roi, à qui il ne croyoit pas qu'il fût à propos pour moi de la demander ».
Impudence et embarras de Pontchartrain
Alors la déclaration : Saint-Simon dit connaître « le nœud de la difficulté, qui étoit qu'à l'ombre d'une nomination subalterne et obscure d'un capitaine garde-côte, si fort sous sa main, il feroit de ces emplois les récompenses de ses laquais » ; que sachant « la disproportion sans bornes du crédit de la place de Pontchartrain à celui d'un duc et pair », il cédait — « mais qu'en cédant je cédois tout, et n'entendrois jamais parler sur quoi que ce pût être des milices de Blaye ». Aubanton, « tout premier commis qu'il étoit d'un cinquième de roi de France », fut effrayé ; Pontchartrain, en paroles entrecoupées, offrit carte blanche d'arbitre : Saint-Simon répondit « qu'à une affaire finie il ne falloit point de juge », puis n'eut pas la force de refuser le père.
Le chancelier soutient le vol de son fils contre moi
Le chancelier, instruit de tout, réitéra ses remerciements pour la suspension d'autrefois, fit « une longue préface sur son peu d'indulgence pour son fils, ses défauts, ses sottises », puis répéta « toutes ses raisons entortillées de sophismes qu'il avoit excellemment à la main quand il en avoit besoin », prétendant que Saint-Simon réduisait son fils à l'impossible. « Mon extrême surprise m'ôta toute repartie » ; et à son mot qu'il n'avait eu de tort que de n'avoir pas nommé du temps de Chamillart, la réplique — « que j'aurois bien fait d'avoir nommé alors » — lui fit « rentrer la parole tout à fait dans la poitrine ».
Peine et proposition des Pontchartrain
Peine et proposition des Pontchartrain : embarrassés d'une fermeté « à laquelle ils ne s'étoient pas attendus », le chancelier, la chancelière et le fils pressèrent Mme de Saint-Simon de faire acheter la capitainerie garde-côte de Blaye — par un prêteur nommé par eux, vrai ou prête-nom « pour couvrir leur bourse », qui se contenterait des gages pour tout intérêt, porterait seul taxes et risques : « c'étoit, en un mot, que je voulusse bien recevoir la charge sans bourse délier, et sans pouvoir y courir aucune sorte de risque ». Aigri, Saint-Simon consentit enfin par complaisance pour sa femme, « à condition que devant ni après la chose faite, et qui ne se fit point, ils ne m'en parleroient jamais ».
Ma conduite avec eux
Sa conduite ensuite : « je vis rarement et sérieusement Pontchartrain depuis cette rare affaire ». Pour le chancelier, « je vécus avec lui tout à mon ordinaire ; elle n'apporta pas le moindre refroidissement entre nous, comme on le peut voir par ce qui a été rapporté sur la prétention d'Épernon et de Chaulnes, et l'édit de 1711, tant la reconnoissance eut de pouvoir sur moi » — reconnaissance de ce que le chancelier l'avait retenu à la cour fin 1709, à la veille des « espérances les plus flatteuses et les plus solidement fondées ».

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