TOME X · CHAPITRE IX

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Résumé

La reine d'Espagne accouche d'un prince ; l'empereur couronné roi de Hongrie. Mort du duc de Vendôme — misérablement, à Vinaroz — avec l'éclaircissement sur sa sépulture à l'Escurial ; les dames du palais en Espagne. Mort, fin et « dernier bon mot » d'Harlay, l'ancien premier président ; « singularité du roi sur ses ministres ». Course ennemie en Champagne ; la trêve publiée entre France et Angleterre — le tournant de la guerre ; Porto-Ercole pris ; La Badie rend Le Quesnoy et va à la Bastille ; Broglio défait dix-huit cents chevaux ; Emo et Venise ; Fontainebleau par Petit-Bourg ; Rohan, évêque de Strasbourg, fait cardinal.

Les entrées

La reine d’Espagne accouche d’un prince
« On eut la nouvelle que la reine d'Espagne étoit accouchée le 6 juin d'un prince à Madrid, qu'on nomma don Philippe » — naissance qui consolidait la descendance de Philippe V au moment même où la lignée aînée de France venait d'être fauchée.
L’empereur couronné roi de Hongrie à Presbourg
On apprit en même temps « que le 22 mai l'empereur avoit été couronné roi de Hongrie à Presbourg avec grande magnificence » — Charles VI affermissait ses couronnes héréditaires tandis que se négociait déjà la paix qui lui refuserait celle d'Espagne.
Mort du duc de Vendôme
Vendôme « triomphoit en Espagne, non des ennemis de cette couronne, mais des Espagnols et de nos malheurs ». Renvoyé vers la frontière par Mme des Ursins, il s'établit « à Vignarez, petit bourg presque abandonné…, au bord de la mer…, pour y manger du poisson tout son soûl ». Incommodé, puis frappé d'un mal « si bizarre » que son entourage « ne douta pas du poison », il ne put signer ni testament ni lettre au roi. « Tout ce qui étoit autour de lui s'enfuit et l'abandonna » ; les trois ou quatre bas valets restés « lui tirèrent sa couverture et ses matelas de dessous lui. Il leur cria pitoyablement de ne le laisser pas mourir au moins à nu sur sa paillasse, et je ne sais s'il l'obtint. Ainsi mourut, le vendredi 10 juin, le plus superbe des hommes…, un capitaine qui a été un très-mauvais général…, un homme dont les vices ont fait en tout genre la honte de l'humanité. Sa mort rendit la vie et la joie à toute l'Espagne. » Aguilar, accusé de l'avoir empoisonné, « se mit aussi peu en peine de s'en défendre, comme on s'y mit peu de faire aucune recherche ».
Éclaircissement sur la sépulture du duc de Vendôme
Pour soutenir son ouvrage et « faire à bon marché sa cour à M. du Maine », Mme des Ursins fit porter à l'Escurial « le corps de ce monstre hideux de grandeur et de fortune ». Saint-Simon explique cette sépulture : le panthéon des rois et reines à postérité ; la pièce en bibliothèque des reines sans postérité et des infants ; enfin « le pourrissoir », aux murs épais où l'on mure les corps avant de les transférer. « Le corps du duc de Vendôme étoit encore depuis neuf ans dans cette muraille lorsque j'entrai dans ce lieu » : les moines, avec « un air d'indignation », lui laissèrent entendre « qu'on ne songeoit point à ce transport, et que, puisqu'on avoit tant fait que de l'emmurailler, il y pourroit demeurer ». Le duc du Maine n'obtint du roi « aucune démonstration », ni le retour du grand prieur ; le roi reprit Vendôme et le réversible, et Anet et Dreux passèrent à terme à Mme du Maine.
Dames du palais en Espagne
« Ce fut à peu près en ce temps-ci que la reine [d'Espagne], n'ayant plus de filles ni de menines, prit des dames du palais à peu près comme celles de Mme la Dauphine et de la reine » — alignement de la cour de Madrid sur les usages de Versailles.
Mort, fin et dernier bon mot d’Harlay, ci-devant premier président
Harlay, l'ancien premier président, mourut à Paris dans l'humiliation. Refusé d'une porte sur le jardin des Jacobins, puis recherché par les moines avertis qu'il avait un fils et un cousin conseillers d'État — « l'argument d'intérêt est le meilleur avec les moines » —, il les reçut de haut : « Je suis petit-fils d'Achille du Harlay…, qui pour soutenir la cause publique, fut traîné à la Bastille… ; il ne me convient donc pas d'entrer ni d'aller prier Dieu chez des gens de la robe de votre Jacques Clément. » « Ce fut son dernier trait. Il tomba dans l'ennui et dans la misère des visites », désolant de son « orgueil le plus incommode » jusqu'aux gens jadis morfondus dans ses antichambres, la langue embarrassée d'apoplexies, ne s'apercevant pas « qu'il trouvoit beaucoup de portes fermées. Il mourut enfin dans cette misère et dans le mépris, au grand soulagement du peu qui par proximité le voyoit, surtout de son fils et de son domestique. »
Singularité du roi sur ses ministres
« Une bagatelle ne doit pas être oubliée ici, qui montrera combien le roi croyoit [devoir] et avoit soin de tenir ses ministres de court. » Pendant que le roi travaillait chez Mme de Maintenon avec Voysin et Desmarets, un courrier d'Angleterre arriva pour Torcy, qui en alla porter les dépêches au roi : « Voysin et Desmarets sortirent, et attendirent avec les courtisans que Torcy sortît à son tour. Cependant ils étoient ministres l'un et l'autre » — et le lendemain ces mêmes dépêches leur furent lues en plein conseil. « Le roi ne les retint point, et le courtisan, répandu dans les salons, fut témoin de cette cérémonie. »
Course d’un gros parti ennemi en Champagne
Un mois avant la trêve, le prince Eugène « avoit envoyé près de deux mille chevaux faire une course en Champagne, qui pensèrent prendre l'archevêque de Reims qui faisoit ses visites. Ils brûlèrent un faubourg de Vervins…, firent beaucoup de désordres en Champagne et autour de Metz…, emmenèrent grand nombre d'otages, et se retirèrent à Traarbach, sans que Saint-Frémont ni Coigny, détachés après, chacun de leur côté, eussent pu les joindre. »
Trêve publiée entre la France et l’Angleterre
« Le 17 juillet la trêve fut publiée en Flandre entre la France et l'Angleterre, à la tête des troupes des deux couronnes » — fruit du renversement d'alliance anglais, prélude d'Utrecht, qui laissait le prince Eugène seul contre Villars.
Porto-Ercole pris par les ennemis
« Zumzungen, général de l'empereur, se rendit maître de Porto-Ercole après une belle défense du gouverneur » — perte lointaine sur les côtes de Toscane, notée d'une ligne dans le flot des nouvelles.
La Badie rend le Quesnoy ; est mis à la Bastille
Le prince Eugène ouvrit la tranchée devant le Quesnoy dans la nuit du 20 au 21 juin, « malgré l'inaction déclarée des Anglois ». Jarnac apporta la capitulation au roi le 8 juillet. « La Badie, qui y commandoit, s'étant rendu prisonnier de guerre avec sa garnison, fut fort chargé de s'être mal défendu par le maréchal de Villars et par toute l'armée ; il obtint la permission du prince Eugène de venir se justifier à la cour, mais en arrivant à Paris il fut mis à la Bastille. »
Broglio défait dix-huit cents chevaux
« Broglio cependant défit dix-huit cents chevaux des ennemis, presque tous tués ou pris. Ces bagatelles soutenoient » — dans l'attente anxieuse d'un coup décisif, la cour se nourrissait de ces menus succès.
Emo ne peut raccommoder la république de Venise avee le roi
« Emo, sage, grand, étoit à Paris depuis quelques mois, envoyé sans caractère par la république de Venise, pour tâcher d'accommoder la brouillerie causée par le choix du cardinal Ottoboni, Vénitien, pour être protecteur de France à Rome, et l'acceptation qu'il en avoit faite contre la loi de sa patrie. Mais l'affaire n'étoit pas encore mûre, et il s'en retourna sans avoir rien obtenu. »
Voyage de Fontainebleau par Petit-Bourg
« Le roi partit le mercredi 13 juillet, de Marly après le conseil d'État, s'arrêta un peu à Versailles, alla coucher à Petit-Bourg et le lendemain à Fontainebleau » — le voyage d'automne avancé en plein été, dans une cour encore en deuil.
Rohan, évêque de Strasbourg, fait cardinal, en reçoit la calotte et le bonnet
À Fontainebleau, le roi donna le 20 juillet au cardinal de Rohan « la calotte rouge, qu'il avoit reçue la veille de Rome, et qu'il lui vint présenter, et cinq jours après le bonnet que le camérier Bianchini lui avoit apporté » — cérémonies romaines du nouveau chapeau accomplies dans les formes.
Mme la grande-duchesse en apoplexie
« Quelques jours auparavant, Mme la grande-duchesse étoit tombée en apoplexie au Palais-Royal, où elle fut obligée de demeurer assez longtemps. M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans l'y laissèrent lorsqu'elle fut hors de danger, et allèrent à Fontainebleau. »
Siége de Landrecies par le prince Eugène
Le prince Eugène assiégea Landrecies. Le roi, « piqué des avantages qu'il ne laissoit pas de prendre quoique destitué du secours des Anglois…, trouvoit fort mauvais que Villars laissât assiéger et prendre les places de la dernière frontière sans donner bataille ». Villars, malgré des ordres réitérés, « mandoit force gasconnades, il en publioit, mais il tâtonnoit et reculoit toujours, et manqua plus d'une occasion de prêter le collet au prince Eugène, dont quelques-unes furent si visibles, et même d'une apparence si avantageuse, que toute l'armée en murmura publiquement ».
Combat de Denain
Montesquiou « vit jour à donner un combat avec avantage » et dépêcha secrètement un courrier au roi, « sûr que Villars ne l'approuveroit pas » ; il eut ordre d'exécuter « même malgré Villars ». Le prince Eugène, par « extrême mépris » de Villars, avait laissé Denain retranché avec dix-huit bataillons. Broglio enleva d'abord cinq cents chariots de pain ; Montesquiou arriva « à tire-d'aile » et attaqua aussitôt. Villars, entendant le feu, « lui dépêcha ordre sur ordre d'arrêter… ; son confrère lui renvoya ses aides de camp, lui manda que le vin étoit tiré et qu'il falloit le boire », emporta les retranchements, prit Denain, l'artillerie et les magasins, « fit noyer quantité » de fuyards dont le comte de Dohna. Tingry, défendant un pont depuis Valenciennes, força Eugène au grand détour : il arriva trop tard, simple témoin. « Villars, arrivant avec le reste de l'armée comme tout étoit fait, enfonça son chapeau, dit merveilles aux tués. » Le fils unique du maréchal de Tourville y fut tué à la tête de son régiment.
Montesquiou prend Marchiennes
« Villars, fort étourdi d'une action faite malgré lui, s'en vouloit tenir là ; mais Montesquiou, sûr du roi, se moqua de lui » et marcha dès le soir du 24 juillet sur Marchiennes, prenant Saint-Amand et l'abbaye d'Hannon en passant. Artagnan apporta le 1er août la nouvelle de la prise : six bataillons, cinq cents hommes de Douai, le régiment de Waldec entier, « soixante pièces de canon », des magasins immenses et « cent cinquante bélandres…, six desquelles avoient chacune deux cents milliers de poudre, le tout sans avoir presque perdu personne ». Montesquiou eut « tout l'honneur de ces deux heureuses actions, qui levèrent, pour ainsi dire, le sort dont nous étions si misérablement enchantés, qui parurent avec raison un prodige de la Providence, et qui mirent fin à tous nos malheurs… Ce fut à Fontainebleau un débordement de joie dont le roi fut si flatté qu'il en remercia les courtisans pour la première fois de sa vie. »
Prince Eugène lève le siège de Landrecies
« Le prince Eugène, manquant de pain et de toutes choses, leva aussitôt après le siége de Landrecies, et une désertion effroyable se mit dans ses troupes » — Denain avait renversé la campagne, et avec elle le sort de la guerre.
Villars prend Douai.
Le roi ordonna aussitôt le siège de Douai. Le samedi 10 septembre, Aubigny — « ce prétendu cousin de Mme de Maintenon » — apporta la nouvelle : Vieux-Pont ayant emporté les demi-lunes le 7, « la chamade avoit été battue le 8, et la garnison se rendit prisonnière de guerre », avant même la descente du fossé. Albergotti commandait le siège ; Aubigny « eut douze mille livres pour sa course ». « Le prince Eugène se tenoit toujours près de Mons avec une armée hors d'état de rien faire, et celle du roi alla faire le siége du Quesnoy. » Le fort de Scarpe s'était rendu quelque temps auparavant.
Nos lignes de Weissembourg inutilement canonnées
Sur le Rhin, le duc de Wurtemberg, général de l'empereur, eut ordre d'attaquer nos lignes de Weissembourg : « il s'en approcha, les canonna deux jours durant sans y faire aucun mal, y perdit assez de monde, et se retira, après quoi on brûla leurs batteries. Ce fut tout l'exploit qu'il y eut de part et d'autre en Allemagne. »
Cantons catholiques, battus par les cantons protestants, font la paix
« Il y eut du bruit en Suisse entre les cantons catholiques et protestants. Ils prirent les armes ; les derniers furent victorieux. Quoique la guerre fût fort courte, il en coûta cher aux cantons catholiques. La paix entre eux fut signée à Arrau. »
Cassart prend, rase, pille et brûle Santiago au cap Vert
Cassart, avec une escadre armée à Toulon, prit aux Portugais « le fort et la ville de Santiago » au cap Vert, « où il y avoit douze mille hommes en état de porter les armes, et on n'en avoit débarqué que mille ». Le gouverneur s'était rendu moyennant soixante mille piastres ; mais sa fuite dans les montagnes avec l'évêque et les principaux habitants « irrita Cassart. Il en prit prétexte de prendre quatre cents nègres et deux vaisseaux qui se trouvèrent à la rade, d'emporter les principales marchandises de la ville, puis de la piller et brûler. »
Échange du marquis de Villena et de Cellamare avec Stanhope et Carpenter
Le marquis de Villena, « connu quelquefois sous le nom de duc d'Escalone », et le prince de Cellamare, prisonniers de guerre, furent échangés contre Stanhope et le général Carpenter. Saint-Simon marque cet échange parce qu'il aura tant à parler d'eux « pendant la régence de M. le duc d'Orléans et lors de mon ambassade extraordinaire en Espagne ». Le roi d'Espagne donna aussitôt à Villena « la charge de son majordome-major qu'il lui gardoit depuis longtemps… C'étoit en tout genre un des premiers et des plus grands seigneurs d'Espagne, et orné de toutes sortes de vertus. »
Mort du fils aîné du duc de La Rocheguyon
« Le duc de La Rocheguyon perdit son fils aîné, de la petite vérole, chez l'archevêque de Cambrai où on l'avoit transporté. Ce fut le troisième aîné de suite que cette maladie lui emporta. » Restaient trois garçons, dont M. de Durtal — celui qui venait d'apporter la nouvelle des galions de Ducasse —, à qui le roi donna le régiment de son frère « et qui est aujourd'hui duc de La Rochefoucauld ». « Cette mort causa un grand trouble dans la famille. »
Mort de l’abbé Tallemant
« L'abbé de Tallemant mourut en même temps assez vieux, regretté de tous les gens de lettres, et même d'assez de gens de considération dans l'Église, et d'autres du grand monde. »
Mort du frère du maréchal de Villars et du fils unique de du Bourg ; leur caractère
Le maréchal de Villars perdit son frère, lieutenant général dans son armée et gouverneur de Gravelines : « c'étoit un fort honnête homme et modeste, qui rougissoit souvent des incartades du maréchal », passé de la marine au service de terre où il était devenu bon officier « fort aimé et personnellement considéré ». Quelque temps après, le comte du Bourg, depuis maréchal de France, « perdit son fils unique, brigadier de cavalerie, et mestre de camp du régiment royal. Il avoit acquis de la réputation, et ne laissa point d'enfants. Ce fut une grande douleur pour son père. »
Albemarle, pris à Denain, renvoyé sur sa parole
Albemarle, lieutenant général ennemi « et fils du favori du roi Guillaume, avoit été pris à Denain. Le prince de Rohan fit grande connoissance avec lui, et le fit loger à Paris dans la superbe maison que son père avoit achetée. » Le cardinal de Rohan, revenu à Fontainebleau prêter le serment des cardinaux pour leurs bénéfices, obtint pour lui et ses compagnons de captivité « la liberté de s'en aller chez eux sur leur parole, et le roi fit au cardinal la galanterie de vouloir que ce fût lui qui leur en mandât la première nouvelle ».
Mort, conduite, fortune, famille de M. de Soubise
M. de Soubise mourut le 24 août « à plus de quatre-vingt-un ans, prince avec quatre cent mille livres de rente, étant né gentilhomme avec quatre mille livres de rente, comme il lui est échappé quelquefois de lâcher cette parole ». Sa fortune fut le fruit « d'une prudence que peu de gens voudroient imiter…, de la préférence qu'il donna sur un affront obscur et demi-caché à la plus énorme fortune que lui valut la beauté de sa seconde femme, son concert secret avec elle », et de l'art de celle-ci à conserver le crédit acquis. « Le plus beau gendarme et un des hommes le mieux faits de son temps », il descendait par sa mère, la belle duchesse de Montbazon, des Avaugour et du fameux La Varenne, « qui de fouille-au-pot, puis cuisinier, après portemanteau d'Henri IV, et Mercure de ses plaisirs », fit rétablir les jésuites en France — et mourut de saisissement d'avoir entendu une pie lui crier « Maquereau », qu'il prit « pour un miracle pareil à celui de l'âne de Balaam ». À sa mort, on n'osa réitérer l'enterrement direct à la Merci risqué pour sa femme : « le cardinal de Noailles avoit mis ordre à ce que cette entreprise et surprise ne fût pas réitérée. »
Injure espagnole qui ne se pardonne jamais
Sur « la plus mortelle injure qu'un Espagnol puisse dire à un autre, qui jusque dans la lie du peuple ne se pardonne jamais », Saint-Simon conte qu'à Madrid le jeune marquis de Saint-Simon, apprenant l'espagnol, « se fâcha par la ville contre un de mes cochers ; et, voulant dire autre chose, l'appela… À l'instant le cocher arrêta, descendit de son siége, jeta son fouet au nez du jeune homme dans le carrosse, et s'en alla. » Il fallut quatre ou cinq jours pour lui faire entendre la méprise. « Je pense bien aussi que M. de Soubise, qui se trouvoit si bien de mériter ce nom, n'eût pas souffert qu'on l'en eût appelé, car il étoit fort brave homme et bon lieutenant général. »
Mort du marquis de Saint-Simon
« Je perdis en même temps le marquis de Saint-Simon, aîné de la maison. Son père et son frère avoient mangé obscurément plus de quarante mille livres de rente, sans sortir de chez eux. Ce cadet s'étoit mis, faute de mieux, dans le régiment des gardes, où par ancienneté il étoit devenu capitaine et brigadier, fort aimé et estimé. Il avoit dîné avec moi à Fontainebleau quatre ou cinq jours auparavant. Je présentai son fils tout jeune au roi, qui n'étoit pas encore dans le service ; le roi sur-le-champ lui donna une lieutenance aux gardes. »
Mort de Mme de La Fayette
« Mme de La Fayette mourut assez jeune d'une longue apoplexie, fille unique fort riche de Marillac, doyen du conseil. Elle ne laissa que la duchesse de La Trémoille, sa fille unique. Mme de La Fayette, si connue par son esprit, étoit belle-mère de celle-ci » — distinction soigneuse entre la belle-fille qui meurt et l'illustre romancière son aïeule par alliance.
Mort de Cassini, grand astronome
« Cassini, le plus habile mathématicien et le plus grand astronome de son siècle, mourut à l'Observatoire de Paris, à quatre-vingt-six ans avec la tête et la santé entière. » Attiré de Bologne par M. Colbert, « qui vouloit relever en France les sciences et les arts », il augmenta ses grandes découvertes « fort utilement pour la navigation », gouverna l'Observatoire toute sa vie, et son fils y remplit sa place « avec presque autant de réputation en France et dans les pays étrangers… Ce rare savoir fut également rehaussé en l'un et en l'autre par leur modestie et leur probité. »
Mort, caractère et savoir de Refuge
Refuge, ancien lieutenant général commandant à Metz, mourut aussi : « très-honnête homme et très-vertueux…, le plus savant homme de l'Europe en toutes sortes de généalogies, et de tous les pays, depuis les têtes couronnées jusqu'aux simples particuliers… Il se peut dire que sa mémoire épouvantoit. » Un courrier allemand « en pensa tomber à la renverse » : « J'ai bien l'honneur de le connoître », dit Refuge, qui lui détailla sur-le-champ toute la généalogie de son maître. « Sobre et fort distrait », ses valets lui portaient des verres de vin qu'il n'avait point demandés « et qu'il avaloit sans y penser. Il se grisoit de la sorte ; et quand cela étoit passé, il ne comprenoit pas comment cela lui étoit arrivé. »
Mort de Mme Herval
« Il ne faut pas omettre la mort de Mme Herval, quoique personne purement de la ville. On a rarement vu ensemble tant de vertu, de sagesse, de piété également soutenue toute sa vie, dans la plus simple modestie, avec une si parfaite et si durable beauté. » Sœur de Bretonvilliers, veuve d'Herval « fort enrichi sous M. Fouquet…, et le plus gros joueur de son temps », elle « avoit refusé de grands mariages pour sa beauté, sa vertu, et ses biens dont elle faisoit de grandes aumônes, et… s'étoit mise dans un couvent où elle voyoit à peine sa plus proche famille ».
Abbé Servien chassé, et pourquoi ; son caractère et sa fin
L'abbé Servien, fils du surintendant, fut chassé de Paris : à l'Opéra, « impatienté de tant de servitude » d'un refrain de louange du roi, il « le retourna fort plaisamment à contre-sens, et se mit à le chanter tout haut d'un air fort ridicule, qui fit applaudir et rire à imposer silence au spectacle ». L'exil fut court. « Rien de si obscur ni de si débordé que la vie » de ce plaisant homme « de la fine et naturelle plaisanterie » : « il mourut comme il avoit vécu, d'une misérable façon, chez un danseur de l'Opéra où il fut surpris. Il est pourtant vrai qu'avec cette vie il disoit exactement son bréviaire, ainsi que le cardinal de Bouillon. »
Désordres des loups en Orléanois
« Il y eut en ce temps-ci un débordement de loups qui firent de grands désordres dans l'Orléanois ; l'équipage du roi pour le loup y fut envoyé, et les peuples furent autorisés à prendre des armes et à faire quantité de grandes battues. »

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