TOME XVI · CHAPITRE VII
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Résumé
Avis « peu uniformes » de Monteléon sur l'escadre ; « forfanteries de Beretti » ; les ministres anglais veulent le rappel de Châteauneuf ; le comte de Stanhope à Paris, « content du régent, mécontent des Hollandais » ; le czar veut se réunir aux rois de Suède et de Prusse « contre l'empereur et l'Angleterre » ; la conférence de Monteléon sur les ordres de l'escadre — « qu'il ne lui déguise pas » — et la résistance anglaise à toutes ses instances ; le « faux et odieux discours » du colonel Stanhope à Albéroni ; l'opinion des Anglais sur le Régent et sur Albéroni ; le cardinal tente de surprendre le roi de…
Les entrées
- Avis peu uniformes de Monteléon en Espagne sur l’escadre anglaise
- Les avis peu uniformes de Monteléon : l'escadre partie le 13 juin, il « ne put pénétrer les ordres de l'amiral Bing », se flatta et assura même le roi d'Espagne « que les Anglois éviteroient tout engagement avec la flotte espagnole », tout en écrivant « en habile ministre » que « suivant les conjonctures, le roi d'Angleterre pouvoit envoyer de nouveaux ordres » — avouant qu'avec le changement des traitements qu'il recevait, « il ne pouvoit plus découvrir leur intrigue ni leurs intentions ».
- Forfanteries de Beretti
- Les forfanteries de Beretti : chaque séparation des états sans résolution était l'effet « de ses pratiques secrètes » ; tout député favorable à l'alliance « avoit été gagné par argent » ; il promit au baron de Welderen « un présent considérable » et écrivit à Albéroni « qu'il vendroit son bien pour satisfaire la promesse qu'il avoit faite si le roi d'Espagne désapprouvoit l'engagement » ; il se vantait de cinq assemblées séparées sans rien résoudre — quand Cadogan disait « avec plus de vérité que les états de cette province avoient pris unanimement la résolution d'entrer dans le traité ».
- Les ministres d’Angleterre veulent faire rappeler Châteauneuf de Hollande
- « Les ministres d'Angleterre, se défiant toujours de Châteauneuf, ambassadeur de France en Hollande, pressoient plus que jamais son rappel et l'envoi du successeur qui lui étoit désigné. »
- Comte de Stanhope à Paris, content du régent, mécontent des Hollandois
- Le comte Stanhope à Paris : le régent « lui avoit fait un accueil très favorable..., et les Anglois comptoient que [la signature] ne seroit désormais retardée qu'autant de temps qu'il en falloit pour traduire le traité en latin » ; mais ils étaient loin d'être aussi contents des Hollandais, dont on prévoyait que les incertitudes affectées finiraient « par une offre simple et toujours inutile d'interposer ses offices — un refus honnête d'accéder au traité ».
- Le czar se veut réunir aux rois de Suède et de Prusse contre l’empereur et l’Angleterre
- Le czar contre l'Angleterre : son ministre à Paris assura Cellamare « que son maître, voulant s'opposer aux desseins de l'Angleterre, avoit fait sa paix avec le roi de Suède ; qu'il ménageoit celle du roi de Prusse, et qu'une des principales conditions du traité seroit une ligue offensive et défensive contre l'empereur et contre le roi Georges » — sollicitant le régent « d'entrer dans la ligue ou tout au moins de demeurer neutre », et tenant le même discours à Provane.
- Conférence de Monteléon avec les ministres d’Angleterre sur les ordres de l’escadre anglaise, qu’il ne lui déguise pas
- La conférence du 24 juin : Stanhope avoua à Monteléon les instructions de Bing — bonne correspondance, ne pas troubler les convois vers la Sardaigne, Portolongone « même en Sicile » ; « mais s'il arrivoit que la flotte espagnole entreprît de débarquer des troupes dans le royaume de Naples ou sur quelque autre terre dont l'empereur étoit en possession en Italie..., l'amiral anglois s'opposeroit à leur entreprise..., et si les bonnes raisons ne suffisoient pas, les Anglois emploieroient la force. » Sur le cas d'un débarquement déjà fait, Stanhope se retrancha sur « l'ordre général... de s'opposer à toute entreprise que l'Espagne feroit contre l'Italie ».
- Ils résistent à toutes ses instances
- Ils résistèrent à toutes ses instances : Monteléon « s'étendit assez inutilement sur l'aveuglement et l'ingratitude de l'Angleterre », demanda le changement des ordres de Bing, tenta de flatter — la gloire d'arbitre — et de piquer les ministres anglais contre les Hanovriens ; « la conférence finit sans se persuader de part ni d'autre..., les ministres anglois protestèrent seulement que l'intention du roi leur maître étoit de faire ce qui dépendroit de lui pour ne pas rompre avec l'Espagne. »
- Faux et odieux discours du colonel Stanhope à Albéroni
- Les faux et odieux discours du colonel Stanhope à Albéroni : plaintes et « reproches tendres de l'ingratitude » — le vaisseau annuel refusé, les négociants anglais poursuivis, les bâtiments enlevés pour transporter les troupes, l'île de Crab prise aux Indes occidentales ; protestations que George « avoit prié pendant qu'il étoit menacé..., et qu'enfin, ne manquant ni de raisons de rupture ni de moyens de se venger, il n'appartenoit pas au cardinal Albéroni de croire et de se vanter qu'il pouvoit intimider un roi d'Angleterre ».
- Opinion des Anglois du régent, de ceux qu’il employoit et d’Albéroni
- L'opinion des Anglais : « on ne craignoit à Londres aucune traverse de la part de la France, mais en même temps qu'on étoit persuadé de la sincérité du régent, on se défioit des ministres qu'il employoit. Nancré surtout étoit suspect..., comme un homme qu'Albéroni avoit gagné, car il passoit pour constant que rien ne coûtoit au premier ministre d'Espagne ; qu'il étoit maître en l'art de séduire et de tromper. »
- Albéroni tente de surprendre le roi de Sicile et de le tromper cruellement, en tâchant de lui persuader de livrer ses places de Sicile à l’armée espagnole
- La tentative de surprendre le roi de Sicile : Albéroni « amusoit depuis longtemps le roi de Sicile sous la feinte apparence d'une négociation qu'il jugea nécessaire pour surprendre ce prince » ; écrivant lui-même au roi, il le pressa « de remettre incessamment quelques places de ce royaume entre les mains du roi d'Espagne..., la remise des places de Sicile étant la base et le fondement du traité proposé » — le roi d'Espagne les recevrait « comme un dépôt sacré..., ne les demandant que pour assurer le succès du projet », avant de fondre sur Naples et d'envoyer un corps en Lombardie « payé aux dépens de l'Espagne ».
- Artificieuses lettres d’Albéroni à ce prince
- Ses lettres artificieuses des 22 et 30 mai : la première « pour donner une grande idée des forces du roi d'Espagne », la seconde découvrant le besoin des places — il fallait au prince « qu'il s'abandonnât lui-même avec une confiance généreuse à la bonne foi, sincérité, probité du roi d'Espagne » ; l'occasion ne reviendrait jamais « de trouver un roi qui voulût bien employer ses forces et son argent dans un pays où lui-même n'avoit nulle prétention, ni auprès de ce même roi un ministre italien transporté de l'amour de sa patrie » ; et Patiño avait ordre par avance « de se conformer aux avis qu'il recevroit de ce prince ».
- Albéroni compte sur ses pratiques dans le nord, encore plus sur celles qu’il employoit en France contre le régent
- Ses ressources cachées : « il tramoit des intelligences en France, un grand royaume fournissant toujours et des mécontents et des gens qui, n'ayant rien à perdre, se repaissent d'espérances chimériques..., cette seconde ressource étoit celle qui flattoit le plus Albéroni » ; il comptait donner au régent « une occupation si sérieuse, qu'il penseroit plus d'une fois à s'engager à faire une guerre ouverte à l'Espagne », et destinait l'argent des Indes « à lever des Suisses ».
- Il les confie en gros au roi de Sicile
- Il les confia en gros au roi de Sicile : le parti puissant de l'Espagne en France, les mouvements du Nord, la représaille de la mer du Sud qui « avoit produit plus d'un million d'écus » — chaque générosité du roi de Sicile devant trouver dans le roi d'Espagne « une générosité égale et réciproque ».
- Albéroni envoie à Cellamare la copie de ses deux lettres au roi de Sicile
- « La copie de ces deux lettres fut envoyée par Albéroni à Cellamare ; car, alors, le cardinal avoit une attention particulière à bien instruire l'ambassadeur d'Espagne en France des projets et des résolutions du roi son maître, l'assurant toujours que jamais ce prince n'accepteroit la proposition de la quadruple alliance, qu'il traitoit de projet inique en sa substance et indigne en sa manière. »
- Il propose frauduleusement au colonel Stanhope quelques changements au traité pour y faire consentir le roi d’Espagne, et, sur le refus, éclate en menaces
- La proposition frauduleuse : voulant « un prétexte assez spécieux pour justifier envers le public le refus », il fit proposer au colonel Stanhope quelques changements ; la réponse fut « que son maître n'avoit pas osé faire savoir à Vienne que l'Espagne voulût altérer une seule syllabe dans le projet. Sur cette réponse Albéroni déclara que le roi d'Espagne rejetoit entièrement le plan..., et que les marchands anglois établis en Espagne étoient comme entre les bras de l'escadre de leur nation » — otages de la moindre hostilité.
- Lui seul veut la guerre et a besoin d’adresse pour y entraîner le roi et la reine d’Espagne, fort tentés d’accepter le traité pour la succession de Toscane et de Parme
- Lui seul voulait la guerre : « il avoua que la tentation avoit été grande, et que l'espérance d'un tel héritage [Parme et Toscane], destiné au fils de la reine d'Espagne, avoit fait une impression très vive sur l'esprit de cette princesse » ; il s'applaudit « d'avoir si habilement et si heureusement travaillé qu'il avoit fait connoître à Leurs Majestés Catholiques que l'idée étoit chimérique, l'offre trompeuse », établissant en principe « qu'une guerre éternelle étoit au contraire conforme aux véritables intérêts de l'Espagne ».
- Albéroni s’applaudit au duc de Parme d’avoir empêché la paix, et lui confie le projet de l’expédition de Sicile et sur les troubles intérieurs à exciter en France et en Angleterre
- La confidence au duc de Parme, le 20 juin seulement : « il lui apprit que la foudre alloit tomber sur la Sicile » — sans elle, ni Naples ni sûreté contre « les pièges et les tromperies ordinaires du duc de Savoie » ; une conquête facile donnerait « le temps de semer pendant l'hiver la discorde en France et en Angleterre » ; et il pria le duc « de vivre en repos et sûr qu'il ne recevroit pas le moindre préjudice tant qu'Albéroni subsisteroit », lui promettant même « ses droits sur le duché de Castro ».
- Artifices et menaces d’Albéroni sur le refus des bulles de Séville
- Ses artifices sur Séville : Leurs Majestés, « lasses de se voir sur ce sujet l'entretien des gazettes », garderaient le silence et emploieraient leurs moyens ; « Sa Sainteté refusoit quatre baïoques et voyoit tranquillement la confiscation de tous les revenus des églises vacantes..., sûre que la chambre apostolique n'en retireroit pas un maravédis » ; et pour détruire la confiance que Daubenton entretenait à Rome, « il résolut et menaça de chasser de Madrid le nonce Aldovrandi..., pour mériter l'estime due à un cardinal et à un gentilhomme (il étoit public qu'il étoit de la dernière lie du peuple et fils d'un jardinier) ».
- Aldovrandi, malmené par Albéroni sur le refus des bulles de Séville, lui écrit ; n’en reçoit point de réponse ; s’adresse, mais vaguement, à Daubenton sur un courrier du pape, et ferme la nonciature, sans en avertir
- Aldovrandi malmené : sa conférence avec Albéroni sur les bulles fut « si vive que depuis, homme sage, [il] ne jugea pas à propos de retourner à la cour » ; sa lettre au cardinal « demeura sans réponse. Ce silence fut un pronostic » ; ayant reçu un courrier du pape, il ne dit à Daubenton, vaguement, que ce qu'il fallait — puis, « dès le lendemain, il fit fermer le tribunal de la nonciature sans en donner auparavant le moindre avis et sans faire paroître aucune marque d'égards et de respects pour le roi d'Espagne ».
- Sur quoi il est gardé à vue, et Albéroni devient son plus cruel ennemi, quoiqu’il l’eût toujours infiniment servi
- La disgrâce du nonce : « Sa Majesté Catholique commanda qu'il fût gardé à vue » ; le conseil de Castille, consulté, « fut d'avis que le roi d'Espagne devoit faire arrêter le nonce », qui ne pouvait fermer un tribunal qu'il n'avait pu ouvrir « sans la permission du roi » ; « et Albéroni devint son plus cruel ennemi, quoiqu'il l'eût toujours infiniment servi ».
- Étranges artifices d’Albéroni sur Rome et contre Aldovrandi
- Les étranges artifices d'Albéroni : il répandit que la rupture était « depuis longtemps préméditée » par Rome pour se laver auprès des Allemands ; que le nonce emballait depuis trois mois « ce qu'il avoit de plus précieux », retirait son argent des mains des négociants ; que le courrier d'Albane portait la promesse d'une prochaine pourpre ; qu'Aldovrandi, gagné par Vienne, avait pourtant traité Albane « de vil mercenaire des Allemands..., pour l'intérêt sordide d'une pension de vingt-quatre mille écus assignée sur les revenus du royaume de Naples, dont le payement étoit suspendu toutes les fois qu'il ne servoit pas les ministres de l'empereur à leur fantaisie ».
- Reproches réciproques des cours de Rome et de Madrid
- Les reproches réciproques : Rome fondait le refus des bulles sur les évêques de Vich et de Sassari chassés, les revenus de Tarragone confisqués « dont Albéroni jouissoit », et la ligue supposée avec le Grand Seigneur ; Albéroni ripostait que Rome n'avait rien dit « sur la confiscation des revenus de l'église de Valence, dont plusieurs particuliers jouissoient, entre autres le cardinal Acquaviva » ; le pape protestait « qu'il n'oublieroit jamais la manière terrible dont la cour d'Espagne avoit abusé de sa crédulité l'année précédente », et que « la conquête de l'église de Séville étoit si différente de celle de Sardaigne, que les moyens qui avoient été bons pour l'une étoient exécrables pour l'autre ».
- La flotte espagnole arrivée en Sardaigne ; crue aller à Naples
- « Cependant la flotte d'Espagne étoit en mer, et le 15 juin elle entra dans le port de Cagliari. Toute l'Italie étoit persuadée que la conquête du royaume de Naples étoit l'objet de l'entreprise..., et on comptoit que les Espagnols ne seroient pas en état d'agir avant le 20 juillet » — les agents anglais espérant que leur flotte arriverait avant ce terme aux côtes de Naples.
- Triste état de ce royaume pour l’empereur
- Le triste état de Naples pour l'empereur : « le comte de Thaun, vice-roi de Naples, ayant rassemblé dans un même camp toutes [les troupes] que l'empereur avoit dans ce royaume, il s'étoit trouvé seulement six mille fantassins et quinze cents chevaux, qu'il avoit ensuite distribués dans Capoue et dans Gaëte... On remarqua même à cette occasion l'indifférence que la noblesse du royaume témoigna pour la domination de l'empereur, qui que ce soit de ce corps ne s'étant fait voir au camp. » Ainsi finissent « les six premiers mois de l'année 1718 ».
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