TOME II · CHAPITRE XV
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Résumé
1699. Le duc de Berry chevalier de l'ordre ; mort du duc de Brissac et difficultés de succession de sa dignité ; « entreprises lorraines » continuées. Surtout, l'affaire de la princesse d'Harcourt : son « étrange hardiesse » le jour de la première audience de milord Jersey chez la duchesse de Bourgogne, le « noir artifice » lorrain que Saint-Simon met au net avec le roi le soir même, la plainte du duc de Rohan — et le pardon public que le roi impose à la princesse d'Harcourt envers la duchesse de Rohan, exécuté chez Mme de Pontchartrain. Le chapitre s'achève sur les places des princesses du sang au cercle.
Les entrées
- 1699. M. le duc de Berry chevalier de l’ordre
- 1699 s'ouvre par la nomination du petit duc de Berry chevalier de l'ordre, reçu à la Chandeleur.
- Mort du duc de Brissac
- Mort du duc de Brissac, beau-frère de Saint-Simon « qui avoit très-mal vécu » avec sa sœur : « il savoit beaucoup, et avoit infiniment d'esprit et du plus agréable, avec une figure de plat apothicaire, grosset, basset, et fort enluminé. C'étoit de ces hommes nés pour faire mépriser l'esprit, et pour être le fléau de leur maison » — ruiné « à n'avoir pas de pain longtemps avant de mourir », sa seconde femme réduite à vivre chez son frère « qui lui donnoit jusqu'à des souliers et des chemises ».
- Difficultés à succéder à la dignité de duc et pair de Brissac
- Les difficultés de la succession : Saint-Simon, contre le duc de Rohan et ceux qui voulaient « demander que le duché-pairie de Brissac fût déclaré éteint » pour gagner un rang, prend fait et cause pour Cossé, cousin germain de mâle en mâle : « chercher à l'éteindre sur un issu de mâle en mâle d'un duc, c'étoit l'éteindre un jour sur nous-mêmes. » Il rallie La Trémoille, Chevreuse, La Rochefoucauld, Beauvilliers ; expose ensuite en juriste les objections — « la mort saisit le vif », la maréchale de Villeroy femelle incapable de recueillir ni transmettre — et leur réponse dans les lettres d'érection ; il fut « le conseil de Cossé » sur toute la succession à la dignité, refusant d'être mis hors d'intérêt de son propre procès contre la succession pour ne pas donner d'exemple aux créanciers : « l'intérêt général me détermina et me toucha assez pour hasarder ma dette. »
- Entreprises lorraines
- Les entreprises lorraines exposées : jamais de préséance disputée dans l'ordinaire de la vie jusqu'aux dernières années de la Dauphine-Bavière ; puis la princesse d'Harcourt — protégée de Mme de Maintenon, « éblouie de la principauté, même fausse » — et Mme d'Armagnac deviennent hargneuses, sur l'avis du chevalier de Lorraine qui comptait sur des duchesses « les moins unies, les moins concertées, les moins attentives, qui ne s'apercevroient de rien qu'après coup » : « car c'est de la sorte que de conjonctures, d'entreprises, et pièce à pièce, que leur rang s'est formé et maintenu. »
- Étrange hardiesse de la princesse d’Harcourt, le jour de la première audience de milord Jersey chez Mme la duchesse de Bourgogne
- La hardiesse du 6 janvier, à l'audience de milord Jersey : la princesse d'Harcourt se glisse derrière la duchesse de Rohan assise la première à droite, « et grande et puissante comme elle étoit, avec ses deux bras lui fait faire la pirouette, et se met en sa place ». « Mme de Rohan ne sait ce qui lui arrive, si c'est un songe ou vérité », et passe à gauche plutôt que « faire tout de bon le coup de poing » — toutes les dames « étrangement étonnées et scandalisées », la duchesse du Lude n'osant dire mot.
- Noir artifice des Lorrains que je mis au net avec le roi le soir même
- Le noir artifice : le soir même, M. le Grand se plaint au roi de ce que Mme de Saint-Simon — qui, grosse et se trouvant mal, s'était assise un instant sur un tabouret du cercle avant de passer d'elle-même de l'autre côté — aurait « pris la place de Mme d'Armagnac » : mensonge destiné à compenser l'affaire Rohan. Averti par sa femme dans la cour même du château, conseillé par La Rochefoucauld — « des gens comme vous doivent parler eux-mêmes ; votre liberté et votre modestie plairont au roi » —, Saint-Simon parle au roi à son coucher, narration complète sans une plainte : « le roi ne m'interrompit jamais d'un seul mot… Cela est bien, monsieur, il n'y a rien à cela, en souriant. »
- Plainte du duc de Rohan au roi qui ordonne à la princesse d’Harcourt de demander pardon à la duchesse de Rohan, et qui l’exécute en public chez Mme de Pontchartrain
- La justice du roi : le duc de Rohan, poussé et instruit — non sans « des disparates à désoler » jusqu'à trois heures du matin —, demande justice seul dans le cabinet : le roi « loua fort le respect et la modération de Mme de Rohan, et trouva la princesse d'Harcourt fort impertinente », s'expliqua « en termes durs sur les Lorrains ». Rude sortie du roi à Marly, tête lavée par Mme de Maintenon — qui obtint à toute peine qu'elle ne fût pas exclue du voyage —, et l'ordre de demander pardon « en propres termes » à la duchesse de Rohan : exécuté « en plénière compagnie chez Mme de Pontchartrain », avec des bassesses au-delà du prescrit — « c'étoit là tomber d'une grande audace à bien de la bassesse… voilà comme sont les personnes qui en sont enivrées ! » La duchesse du Lude signifia de plus aux Lorrains « que le mariage de M. de Lorraine ne leur donnoit rien de plus et ne leur faisoit pas d'un fétu, ce fut l'expression ». M. le Grand, outré du démenti, ne s'y commit jamais : « l'ayant tôt après rencontré, il me salua le premier, mais de cette époque nous sûmes de part et d'autre à quoi nous en tenir. »
- Places des princesses du sang au cercle et lieux arrangés
- Les places réglées : à l'audience de la comtesse de Jersey, duchesses à droite, Lorraines à gauche « et mêlées entre elles » — le roi vint, « regarda et considéra le cercle de tous les côtés, puis il dit tout haut que ce cercle étoit fort bien arrangé comme cela ». Les princesses du sang, qui avaient essayé de se placer « en face du cercle à lieux arrangés, sur la même ligne » que la duchesse de Bourgogne, s'en virent défendues : cette place n'appartient qu'aux fils et filles de France, les petits-enfants de France « dans les deux coins, à demi tournés ».
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