TOME VIII · CHAPITRE XIV
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Résumé
Mme de Blansac, sa « rare retraite » et son « rare héritage » ; fortune de ses enfants. L'auteur apprend la déclaration du mariage ; « spectacle de Saint-Cloud » ; dernière et inutile attaque de la duchesse d'Orléans sur la place de dame d'honneur ; oubli réparé sur l'audience de la duchesse de Bourgogne ; présentation de Mademoiselle à Marly ; la consultation entre le roi, Mme de Maintenon et la duchesse de Bourgogne sur la dame d'honneur ; « bruit à Marly » sur Mme de Saint-Simon ; le chancelier change d'avis ; « avis menaçant » d'amis.
Les entrées
- Mme de Blansac, et sa rare retraite, et son rare héritage
- Le lundi 2 juin, les Saint-Simon dînent à Saint-Maur chez Mme de Blansac, à qui Mme la Duchesse a prêté le petit château. Portrait d'une singulière prodigue : ayant mangé « plus de deux millions » à elle ou à Nangis son fils, « sans avoir jamais, elle ni Blansac, montré aucune dépense », elle emprunta cette maison « pour y prendre du lait, et y est demeurée vingt ans sans en sortir ». Sur la fin de sa vie, elle devint riche par la succession de M. de Metz, « qui jusqu'à la mort lui dit et lui fit dire qu'il ne lui donneroit rien », et qui en même temps lui avait tout donné, comme il parut par son testament.
- Fortune de ses enfants
- Les deux fils de Mme de Blansac « ont été plus heureux que père et mère » : Nangis, du premier lit, est mort maréchal de France, chevalier de l'ordre et chevalier d'honneur de la reine « avec toute sa confiance » ; l'autre, outre le grand bien de M. de Metz, « enrichi par d'autres voies dont il n'a négligé aucune », a eu un brevet de duc en épousant une fille du duc de La Rochefoucauld. Saint-Simon s'excuse de cette « courte digression assez mal placée, mais dont je n'aurois su où placer mieux la singularité ».
- J’apprends la déclaration du mariage de M. le duc de Berry avec Mademoiselle
- Rentrant de Saint-Maur, Saint-Simon trouve un billet du duc d'Orléans, dicté à Mme la duchesse d'Orléans, dont les trois premiers mots sont : « Veni, vidi, vici », avec ordre du secret jusqu'à la déclaration. Puis un valet de pied lui apprend, de la part de Mademoiselle, la déclaration même du mariage. « Alors ma joie fut complète : le triomphe et la sûreté de ceux à qui j'étois attaché, la surprise et l'extrême dépit de ceux à qui je ne l'étois pas, l'amour-propre d'un tel succès où j'avois eu une part si principale », et la différence pour sa situation présente et future. Seule Mme de Saint-Simon, « par un secret pressentiment », ne prend qu'« une part de complaisance ».
- Spectacle de Saint-Cloud
- Saint-Cloud « retentissant de joie » : Saint-Simon, complimenté de chacun comme de son ouvrage, « se crut presque le visité ». Mademoiselle court à lui, l'embrasse et l'emmène seul dans l'orangerie : elle savait tout, son père « lui contoit tout à mesure », et elle avait « souvent observé mon visage entrant et sortant de ces conversations ». Elle conte malicieusement la visite de Mme la Duchesse, à qui elle affecta de céder partout la droite et les portes, cérémonie dont la tante sentit tout le fiel. Madame le reçoit « avec des larmes de joie » ; Mme de Saint-Simon, environnée de compliments sur la place de dame d'honneur, voit ses craintes se renouveler.
- Vive, dernière et inutile attaque de Mme la duchesse d’Orléans à moi, sur la place de dame d’honneur
- Guet-apens au fond du parterre : le duc s'éclipse et laisse Saint-Simon seul avec Mme la duchesse d'Orléans, assise sur un banc, qui déclare ne vouloir d'autre dame d'honneur que Mme de Saint-Simon, « qu'elle souhaitoit uniquement et passionnément ». À chaque excuse elle interrompt : « Mais c'est notre affaire à nous de voir si nous la voulons bien comme cela, et c'est la vôtre de voir si vous nous la voulez bien donner. » Devant la fermeté du refus : « Je vois bien ce que c'est…, c'est qu'une seconde place ne vous accommode pas », les yeux « rougissant et s'emplissant d'eau ». Deux bons Miserere de silence ; Saint-Simon en sort par une disparate exprès sur l'esprit de Mademoiselle qui « gouvernera » Berry.
- Oubli sur l’audience de Mme la duchesse de Bourgogne à Mme de Saint-Simon
- Saint-Simon restitue une partie omise de l'audience de Mme la duchesse de Bourgogne : Mme de Saint-Simon s'était jetée sur la délicatesse de sa santé, les soins domestiques et l'âge de sa mère. La princesse répondit à tout : la dame d'atours « étoit faite pour porter sans murmure… toutes les corvées fatigantes » ; elle l'assurait « de tous les congés qu'elle voudroit, même pour des absences et des voyages à la Ferté » ; le devoir envers la mère « devoit aller toujours avant tout autre ». Elle ne se rendit finalement « que pour nous éviter de nous perdre totalement par un refus auquel elle vit Mme de Saint-Simon résolue ».
- Présentation de Mademoiselle à Marly
- Le jour même de la déclaration, deux courriers partent pour Rome chercher la dispense, l'un par Turin — M. de Savoie, malgré la guerre, « en usa avec toute la politesse et toute la diligence possible ». Le mardi, Mademoiselle dîne à Marly avec les Orléans, puis Madame la présente au roi dans son grand cabinet : elle se prosterne, le roi « la releva et embrassa aussitôt », la présente à Monseigneur, aux princes et à M. le duc de Berry, qui tous la baisent. Pour ôter tout embarras, il défend « à Mademoiselle de dire un mot à personne, à M. le duc de Berry de lui parler, et abrégea promptement l'entrevue ». Passage au salon, puis chez Mme de Maintenon.
- Consultation entre le roi, Mme de Maintenon et Mme la duchesse de Bourgogne, sur une dame d’honneur
- Chez Mme de Maintenon, consultation sur la dame d'honneur. Le roi propose la duchesse de Roquelaure ; Maintenon, qui ne l'aime pas, sourit : « on ne pouvoit mieux choisir si on avoit résolu de faire enrager toute la compagnie ». Il tire de sa poche « une liste des duchesses », s'arrête à Mme de Lesdiguières — écartée pour le jansénisme « dont elle étoit un peu suspecte » —, puis tombe sur Mme de Saint-Simon : « Il m'en est toujours revenu beaucoup de bien ; je crois qu'elle conviendra fort. » La duchesse de Bourgogne, pour la servir à sa mode, répond froidement jusqu'à lâcher « qu'elle doutoit qu'elle acceptât ». Le roi, presque piqué : « Oh ! pour refuser, non pas cela, quand on lui dira comme il faut et que je le veux. »
- Bruit à Marly sur Mme de Saint-Simon, et mouvements
- Pontchartrain apprend aux Saint-Simon que, dès la déclaration, « tout le monde avoit dit hautement que Mme de Saint-Simon seroit dame d'honneur » — beaucoup qu'ils ne le voudraient pas, quelques-uns qu'ils refuseraient. Les Orléans ne se cachaient d'aucun effort : le duc « y faisoit tous ses cinq sens de nature » et avait assuré que Saint-Simon « accepteroit si on vouloit ». Sortie de Saint-Simon contre Pontchartrain « qui se mêloit toujours de ce qu'il n'avoit que faire » ; les larmes de Mme de Saint-Simon « lui en dirent encore plus, en sorte que je ne vis jamais homme plus étonné ».
- Le chancelier, par l’état des choses, change d’avis sur la place de dame d’honneur
- Le chancelier, informé de l'état des choses, change d'avis : il trouve « un péril si certain au refus, et si peu réparable, qu'il n'y pouvoit plus consentir ». Le roi, si peu accoutumé aux refus, en ferait « un crime… par sa nature irréparable, et toujours subsistant » ; plus il avait pensé de lui-même à Mme de Saint-Simon, plus un autre choix lui serait « étranger, incommode, forcé », plus il se plairait « à appesantir sa vengeance ». Au contraire, en cédant de bonne grâce, « toute notre répugnance… nous tourneroit à sacrifice, à gré, à distinction ». Deux heures de consultation et de dispute chez lui.
- Avis menaçant de nos amis
- En chemin vers Versailles, le duc de Charost, revenant de Marly, arrête leur carrosse : il était chargé par leurs amis de leur dire « qu'ils ne voyoient point de milieu entre refuser et nous perdre ». L'avis menaçant confirme mot pour mot celui du chancelier : de tous côtés, les amis les mieux placés ne voient plus dans le refus qu'une perte certaine, sans ressource présente ni future.
- Mme la duchesse de Bourgogne nous fait avertir du péril du refus, et de venir à Versailles
- Mme la duchesse de Bourgogne avait ordonné à Mme de Lauzun, « par quatre reprises », de mander à Mme de Saint-Simon de se trouver à Versailles le soir même du retour de Marly : la place lui serait offerte, « et qu'elle et moi nous étions perdus sans fond et sans ressource si nous la refusions ». La lettre ne leur était pas parvenue « par la négligence et la paresse des valets ». Arrivée au château, la princesse guette leur venue, questionne un laquais à la livrée dans la salle des gardes, et se réjouit tout haut chez Mme la princesse de Conti de les savoir arrivés.
- Nous nous résolvons par vive force à accepter
- « Je ne répéterai point la colère, les larmes, les raisonnements. » Les menaces « ne pouvoient pas être plus multipliées, mieux inculquées, ni venir plus nettement de la première main » ; et Saint-Simon conclut que « dans la dépendance si totale où le roi avoit mis de lui tout le monde, c'eût été folie que s'opiniâtrer contre une volonté si ferme, si entière, et encore si générale ». Résolution est donc prise par vive force d'aller « doucement conjurer l'orage » à Versailles et, faute de mieux, d'accepter plutôt que de se perdre sans ressource par un refus.
- Conspiration de toutes les personnes royales à vouloir Mme de Saint-Simon
- Toutes les personnes royales conspirent : à Marly, pressé par les duchesses de Villeroy et de Lauzun de dire qui il nommerait si le choix lui était laissé, M. le duc de Berry « dit sans balancer que Mme de Saint-Simon étoit celle qu'il préféreroit, et qu'il souhaitoit uniquement » ; Mme la duchesse de Bourgogne « en dit autant après lui ». Au cabinet des soirs, la princesse « ne se contraignit plus en public de son désir » : à Mme de Saint-Simon qui répond « qu'on se moquoit d'elle », elle « maintint que cela seroit ». « Tout cela pouvoit être flatteur, mais nous tiroit par le licou où nous ne voulions pas. »
- Singulier dialogue bas entre M. le duc d’Orléans et moi
- Marchant devant le roi vers la messe, le duc d'Orléans glisse à l'oreille de Saint-Simon — « pour la première fois de sa vie qu'il m'en parla jamais » : « Savez-vous bien qu'on parle fort de vous pour nous ? » Réponse sérieuse : « rien ne nous convient moins… une seconde place ne nous va et ne nous ira jamais. — Mais refuserez-vous ? — Non…, parce que je ne suis pas comme le cardinal de Bouillon. Je suis sujet du roi et lui dois obéir ; mais il faut qu'il commande », et ce sera « avec la plus vive douleur » et « une amertume effroyable ». Le duc de Bourgogne, sur leurs talons, s'avance pour écouter et sourit. Saint-Simon s'inquiète encore d'une dame d'atours raisonnable, craignant Mme de Caylus.
- Mme la duchesse de Bourgogne me fait parler sur le péril du refus
- Mme de Nogaret, chargée par Mme la duchesse de Bourgogne, représente à Saint-Simon qu'il est « perdu à fond et sans ressources, moi et les miens », s'il refuse : le roi sait qu'il n'en veut point, n'a trouvé nulle autre dans sa liste, « qu'il étoit buté (ce fut le terme) à ce qu'elle acceptât » ; le dépit du refus le perdrait, et plus encore « la nécessité de lui en faire choisir une autre qu'il ne trouvoit point », qu'il ne pardonnerait jamais, se plaisant « à me faire sentir en tout le poids de sa disgrâce ». Le mot lâché de l'obéissance fait « un grand plaisir » à Mme de Nogaret devant l'extrême péril.
- Droiture et bonté de cette princesse
- Droiture de la princesse : pressée « à l'excès » par le roi sur Mme de Saint-Simon, elle n'avait pu s'en tirer « sans mensonge ou sans lui nuire que par l'aveu de notre résolution au refus », dont le roi s'était irrité conditionnellement. Dès qu'elle revit Mme de Nogaret, elle demanda « avec empressement » si elle avait vu Saint-Simon et avec quel succès, fut « ravie d'apprendre que nous ne nous perdrions point », et « se hâta de le dire au roi, pour le tirer de peine, parce que rien ne le met en si aigre malaise que la crainte d'être désobéi » ; il s'en sentit très soulagé « et à nous un gré infini ».
- Propos très-francs de moi à M. [le duc] et à Mme la duchesse d’Orléans sur la place de dame d’honneur
- L'après-dînée, chez les Orléans, propos très francs « une bonne fois pour toutes » : la seconde place « n'étoit faite ni pour notre naissance ni pour notre dignité » ; Mmes de Ventadour et de Brancas, qui en avaient fait « l'étrange planche », s'y étaient jetées « pour trouver du pain qui leur manquoit absolument » et un asile contre leurs maris, « l'un plus que jaloux, l'autre plus qu'extravagant ». Mais si l'obéissance l'y force, Mme de Saint-Simon en remplira les devoirs sans imiter la maréchale de Rochefort, qui désolait sa place « de plaintes et de reproches ». Saint-Simon arrive exprès « sur le pied gauche » ; la duchesse d'Orléans « rit de l'exemple de sa dame d'honneur », le duc ne dit pas un mot.
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