TOME VI · CHAPITRE XV
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Résumé
Promenade de l'auteur vers la Loire. Morts de la duchesse de Châtillon et de Mme de Razilly ; mariages Aumont-Guiscard, du roi de Portugal avec une sœur de l'empereur, de l'archiduc avec une Wolfenbüttel ; investiture du Montferrat au duc de Savoie ; mort et deuil du duc de Mantoue, pensions à sa veuve ; « indigence et négligence de l'Espagne ». Deux haines capitales expliquées : celle de M. le Duc et de Mme la Duchesse pour le duc d'Orléans, et l'époque de la haine implacable de Mme des Ursins et de Mme de Maintenon pour lui — la fatale plaisanterie d'Espagne. Petit succès en Espagne ; Tortose prise.
Les entrées
- Je vais me promener vers la Loire
- Excédé « de la vie dont il sortoit », Saint-Simon va se promener vers la Loire : une journée enfermé à Châteauneuf chez La Vrillière « à faire à M. le duc d'Orléans un volume en chiffres » ; puis Cheverny, Chambord — « dont j'entendois toujours parler, et que je n'enviai pas » —, Blois où il chercha en vain « la salle des derniers états, la prison du cardinal de Guise…, et le lieu où mourut Catherine de Médicis », et Menars, « content de ma curiosité par la singulière beauté des terrasses ».
- Mort de la duchesse de Châtillon
- Mort de la duchesse de Châtillon, nièce de la princesse des Ursins : devenue « extrêmement grasse », le roi l'avait fait prier « de ne venir point à la cour quand Mme la duchesse de Bourgogne auroit des soupçons de grossesse » ; elle avait acquis, « en contrefaisant une religieuse du couvent où elle avoit été », un tic tel « qu'à toutes minutes son visage se démontoit à effrayer ».
- Mort de Mme de Razilly
- « La femme de Razilly mourut aussi, et ce fut une perte pour son mari et pour sa famille, qui étoit fort nombreuse. »
- Mariage du fils du duc d’Aumont et de la fille de Guiscard
- Le duc d'Aumont, « qui avoit beaucoup mangé », maria Villequier, son fils unique, à la fille unique de Guiscard, riche de l'héritage de Langlée : « Villequier, avec tout ce bien, trouvoit des assaisonnements fâcheux : un beau-père disgracié, et ses deux frères roués ou pendus en effigie, passés aux ennemis. »
- Mariage du roi de Portugal avec une sœur de l’empereur, et de l’archiduc avec une princesse de Brunswick-Blankembourg-Wolfenbüttel
- L'empereur maria le roi de Portugal à une de ses sœurs, et l'archiduc à « une princesse de Brunswick-Blankenbourg-Wolfenbüttel », qui passa Milan avec entrée magnifique pour gagner Barcelone sur la flotte du chevalier Leake.
- Investiture de Montferrat au duc de Savoie
- M. de Savoie, « se plaignant d'avoir été trompé à la précédente guerre par l'empereur Léopold », resta « les bras croisés » jusqu'à obtenir « l'investiture de Montferrat, au grand regret et préjudice du droit de M. de Lorraine, et des promesses réitérées qu'il lui en avoit faites » — M. le Prince y prétendait aussi.
- Mort et deuil du duc de Mantoue
- Mort du duc de Mantoue le 5 juillet à Padoue : beaucoup d'argent, de pierreries et de tableaux, « mais pas un pouce de terre, depuis que l'empereur s'étoit emparé de ses États. En lui finit la branche des souverains de Mantoue. » Le roi prit le deuil en noir cinq jours ; M. le Prince empêcha M. de Lorraine d'hériter de Charleville.
- Pensions à la duchesse de Mantoue
- La duchesse de Mantoue conserva quarante mille livres de pension du roi et trente mille du roi d'Espagne : « ainsi elle eut, outre son bien, soixante-dix mille livres de pensions ».
- Indigence et négligence de l’Espagne
- En Espagne, le duc d'Orléans trouva « rien de prêt d'aucune sorte, indigence de tout, négligence encore plus grande » — Mme des Ursins, « qui gouvernoit tout, n'avoit pas songé à la moindre des choses concernant la campagne ».
- Haine de M. le Duc et de Mme la Duchesse pour M. le duc d’Orléans, et sa cause
- M. le Duc, « enragé de son oisiveté et de la réputation que M. le duc d'Orléans acquéroit », et Mme la Duchesse, « qui le haïssoit pour avoir été trop bien ensemble », se firent « les promoteurs » du bruit qu'il était amoureux de la reine d'Espagne — bruit qui gagna tout, « excepté l'Espagne, où il n'en fut pas mention parce qu'il n'y avoit ni vérité ni apparence ».
- Époque de la haine implacable de Mme des Ursins et de Mme de Maintenon pour M. le duc d’Orléans
- Époque de la haine implacable des deux toutes-puissantes : un soir, « un peu en pointe de vin et toujours plein de son dépit », le duc d'Orléans porta devant les convives « la santé du c…-capitaine et du c…-lieutenant ». « Elle sentit bien qu'elle étoit le lieutenant et Mme de Maintenon le capitaine… Inde irae. Jamais elles ne l'ont pardonné à M. le duc d'Orléans, et nous verrons combien peu il s'en est fallu qu'elles ne l'aient fait périr. » Lui-même « en riant de tout son cœur » chaque fois qu'il le contait — « tant ce grand et funeste ridicule de gouvernement deçà et delà les Pyrénées étoit en deux mots clairement assené ».
- Petit succès en Espagne
- Petits succès d'Espagne : Gaëtano enlève à Falcete douze cents hommes de pied et mille miquelets ; Vallejo ramène « mille bœufs et six mille moutons » distribués aux troupes.
- Siège et prise de Tortose
- Siège et prise de Tortose : investie le 12 juin, tranchée ouverte « à demi-portée de mousquet » dans un terrain « presque tout roc ». D'Asfeld « y fit de grands devoirs d'homme de guerre, et de soins pour la subsistance » — « le meilleur intendant d'armée qu'il fût possible », disait le prince, qui dut se charger lui-même de l'artillerie et du génie, et refaire un pont rompu quand « tout manquoit généralement ». Capitulation le 11 juillet ; le prince y perdit six cents hommes, dont Monchamp, « une perte en tout genre ».
- Perte de la Sardaigne
- Perte de la Sardaigne, par l'avarice du marquis de La Jamaïque, vice-roi payé de cent mille écus en blés : profitant de la famine de la Catalogne ennemie, il « leur fit passer des blés en abondance » pour son seul profit. « Cette tyrannie mit au désespoir la Sardaigne, qui ne peut vivre que de la vente de ses blés, et qui, ne pouvant fléchir l'avarice de son vice-roi, lui préféra l'archiduc » : quelques vaisseaux devant Cagliari suffirent. « Le merveilleux est qu'il fut reçu à Madrid avec acclamations. »
- Perte de Minorque et du Port-Mahon
- En octobre, Minorque se soumit à l'archiduc, « le port Mahon fit très peu de résistance, tellement que, avec cette conquête et Gibraltar, les Anglois se virent en état de dominer la Méditerranée, d'y hiverner avec des flottes entières, et de bloquer tous les ports d'Espagne sur cette mer ».
- Prince Eugène en Flandre
- « Le prince Eugène passa la Moselle le dernier juin, embarqua son infanterie à Coblentz, et marcha sur Maestricht » — l'orage de la Moselle fondait sur la Flandre.
- Projet sur Bruxelles rejeté
- « On avoit eu, dans notre armée, quelque envie de surprendre Bruxelles, et il y avoit quatre mille échelles préparées pour ce dessein. Il fallut consulter le roi, qui n'en fut pas d'avis, et ce projet demeura sans exécution. »
- Conspiration dans Luxembourg découverte
- Conspiration découverte à Luxembourg, où des gens du peuple voulaient profiter de l'agonie du gouverneur pour livrer la place : « Druy fit arrêter un boulanger qui découvrit tous les complices, qui furent pendus. »
- Gand et Bruges surpris par les troupes du roi
- Gand et Bruges surpris : La Faye, avec soixante hommes déguisés, se rendit maître de la porte de la chaussée de Gand, où Chemerault entra « sans essuyer un seul coup, et le peuple en témoignant sa joie » ; le comte de La Mothe prit Bruges « avec la même facilité ». Les fils de France et le chevalier de Saint-Georges « entrèrent avec pompe à Gand » ; à Fontainebleau, « une joie qui se put dire effrénée, et des raisonnements sur les fruits de ce succès qui passoient de bien loin le but. J'en craignis l'ivresse. »
- L’électeur retourne sur le Rhin, et le duc de Berwick amène une partie de l’armée en Flandre
- La marche d'Eugène fit scinder l'armée du Rhin : l'électeur y retourna avec quarante-deux bataillons, « et le duc de Berwick mena en Flandre trente-quatre bataillons et soixante-cinq escadrons ».
- Paresse et funeste opiniâtreté du duc de Vendôme
- Il paraissait aisé de profiter des deux conquêtes en passant l'Escaut et couvrant Audenarde : « M. de Vendôme convenoit de tout cela et n'alléguoit aucune raison contraire ; mais, pour exécuter ce projet si aisé, il falloit remuer de sa place… Toute la difficulté se renfermoit à la paresse personnelle de M. de Vendôme. » Marlborough déroba trois marches forcées ; averti, Vendôme « méprisa l'avis, suivant sa coutume » — on n'avait pas même jeté les ponts sur le ruisseau de la marche.
- Combat d’Audenarde
- Combat d'Audenarde, 11 juillet : Biron, découvrant toute l'armée ennemie passée, reçoit de Vendôme — qui soutenait « qu'il faudroit donc que les diables les eussent portés là » — l'ordre insensé de charger, dont Puységur le dissuade et que le maréchal de Matignon « prit même sur lui » d'interdire. Les troupes, arrivant essoufflées, se jetèrent dans les haies « presque toutes en colonnes, comme elles venoient » : « jamais que les têtes des colonnes combattirent », cavalerie et infanterie mêlées, « pas un bataillon, pas un escadron ensemble ». La droite prise en flanc ploya ; les princes, entraînés dans la confusion, « se montrèrent partout, et aux endroits les plus exposés, avec une grande et naturelle valeur ».
- Insolence de Vendôme à Mgr le duc de Bourgogne
- Insolence de Vendôme : le duc de Bourgogne voulant parler au conseil du soir, Vendôme « lui ferma à l'instant la bouche en lui disant d'un ton impérieux devant tout le monde : Qu'il se souvînt qu'il n'étoit venu à l'armée qu'à condition de lui obéir. Ces paroles énormes firent frémir d'indignation tout ce qui l'entendit » — et le jeune prince « fut assez maître de soi » pour garder « l'entier silence ».
- Parole énorme de Vendôme à Mgr le duc de Bourgogne
- Parole plus énorme encore : poussé à bout par les récits de Puységur, Matignon, Sousternon et les autres, Vendôme s'écria : « Oh bien ! messieurs, je vois bien que vous le voulez tous, il faut donc se retirer. Aussi bien, ajouta-t-il en regardant Mgr le duc de Bourgogne, il y a longtemps, monseigneur, que vous en aviez envie » — paroles « prononcées exactement telles que je les rapporte, et assenées de façon que pas un des assistants ne se méprit à la signification ».
- Retraite derrière le canal de Bruges
- Retraite derrière le canal de Bruges : Vendôme dit « qu'il falloit marcher à Gand, sans ajouter comment » ; il proposa presque les chaises pour les princes, contremandées comme honteuses. Arrivé à Gand au matin, il « se jeta dans un lit, et y demeura plus de trente heures sans se lever…, continuant à ne s'embarrasser de rien, à bien souper », à trois lieues de l'armée que le duc de Bourgogne avait établie à Lawendeghem. La Mothe prit le fort de Plassendal, « dont la garnison passa toute au fil de l'épée » ; les ennemis prirent nos lignes.
- Belle action du vidame d’Amiens, et autre belle de Nangis
- Belles actions de la retraite : le vidame d'Amiens, voyant les officiers généraux de la droite « environnés et coupés de toutes parts » et toujours délibérant, cria à ses chevau-légers « Marche à moi ! », perça une ligne de cavalerie puis une d'infanterie « dont il essuya tout le feu, mais qui s'ouvrit pour lui donner passage », et « sauva ainsi une partie considérable de cette armée ». Et Nangis, ramassant « de pure bonne volonté » quinze compagnies de grenadiers épars, fit l'arrière-garde des cent escadrons oubliés du chevalier du Rosel : « une marche de plusieurs heures qui fut un véritable combat ».
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