TOME IX · CHAPITRE IV

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Résumé

Espagne et menue chronique : prise de Girone, Brancas gouverneur ; Estaires et Beaufremont Toison d'or, le duc de Noailles grand d'Espagne de première classe ; pension du roi d'Espagne à Mme de Rupelmonde, veuve de Brihuega. Morts de Medina-Celi, de Legañez, du prince de Médicis ex-cardinal ; Bergheyck passe en Espagne, « bientôt renvoyé par la princesse des Ursins » ; premier mariage du duc de Fronsac, « peu après mis en correction à la Bastille » ; fortunes de Mme de Villefort et de Mlle de P…

Les entrées

Prise de Girone
Le siège de Girone s'avançait quand « un furieux ouragan, suivi d'un grand débordement d'eaux, renversa le camp et les travaux, mit l'armée en état de mourir de faim, et pensa sauver la place ». L'activité répara tout : « la basse ville fut emportée l'épée à la main ; le 23 février la haute ville capitula à condition de se rendre le 30 avec les deux forts, s'ils n'étoient pas secourus. Staremberg n'y songea pas ; la garnison sortit avec les honneurs de la guerre. » Planque, porteur de la première nouvelle, fut fait brigadier.
Brancas en est fait gouverneur
Le duc de Duras apporta la nouvelle de l'évacuation de la place, « dont le gouvernement fut donné aussitôt au marquis de Brancas, au grand scandale des Espagnols » — une conquête faite pour le roi d'Espagne, aussitôt pourvue d'un gouverneur français.
Estaires et Beaufremont chevaliers de la Toison d’Or, et le duc de Noailles grand d’Espagne de la première classe, qui passe en Espagne, dont l’armée ne peut s’assembler qu’en août
Le comte d'Estaires porta la nouvelle au roi d'Espagne et « en eut la Toison » ; Beaufremont eut celle laissée vacante par son frère Listenois tué dans Aire ; et le duc de Noailles fut fait grand d'Espagne de la première classe. Mais le roi « trouva les compliments et la grandesse fort mauvais » : il était convenu avec le roi d'Espagne qu'il ne donnerait plus « de grandesses ni de Toison à des François ». La maréchale de Noailles et les siens, transis, « revomirent les compliments reçus », jusqu'à ce que le roi, « apaisé par Mme de Maintenon, sans la participation de qui Mme des Ursins ne l'eût pas hasardé », consentît enfin. Tout manqua ensuite si bien en Espagne que l'armée ne put s'assembler avant la fin d'août, et le duc de Noailles, « au lieu d'être un peu général en Espagne, n'y fut que courtisan ».
Dix mille livres de pension du roi d’Espagne à Mme de Rupelmonde, dont le mari avoit été tué à Brihuega
Malgré l'étrange détresse des affaires d'Espagne, Mme de Rupelmonde, « dont le triste mari avoit été tué à Brihuega dans les troupes d'Espagne, et lui avoit laissé un fils, sut si bien intriguer dans les deux cours, faire pitié à Mme de Maintenon, et s'aider de Desmarets beau-père de sa sœur, qu'elle obtint du roi d'Espagne une pension de dix mille livres ».
Mort du duc de Medina-Celi
Le duc de Medina-Celi « mourut prisonnier à Bayonne bientôt après y avoir été transféré », aux premiers jours de février, sans que son procès eût jamais été instruit. « En lui finit la seconde race de ce titre sortie d'un bâtard de Gaston-Phœbus, comte de Foix, qui épousa l'héritière de Lacerda. » Le marquis de Priego, fils de sa sœur aînée, du nom de Figueroa y Cordoue, prit le titre et succéda à ses biens et grandesses.
Mort du marquis de Legañez.
Peu après mourut à Paris, « dans un honnête exil, après la prison de Vincennes, le marquis de Leganez, à qui Mme des Ursins fit accroire qu'on avoit trouvé un grand amas d'armes au Buen-Retiro, dont il étoit gouverneur ». « Il n'y eut jamais d'informations contre lui, beaucoup moins de preuves » ; ancien vice-roi de Catalogne et gouverneur du Milanais, capitaine général de l'artillerie, « à la vérité fort autrichien ». « On fut honteux enfin de le tenir à Vincennes », on lui permit Paris, mais on n'osa ni le voir à la cour ni le renvoyer en Espagne. Le comte d'Altamire hérita.
Mort du prince de Médicis, auparavant cardinal
Mourut aussi le frère du grand-duc de Toscane, « celui qui quitta le chapeau pour épouser une Guastalle dont il n'eut point d'enfants ». Cardinal, il avait l'abbaye de Saint-Amand, sur laquelle il se réserva en se mariant trente mille livres de rentes. « Ce fut un deuil de noir de quelques jours. »
Bergheyck à Paris, passe en Espagne, d’où il est bientôt renvoyé par la princesse des Ursins
Bergheyck, « qui avoit toujours servi le roi d'Espagne avec tant de fidélité et de capacité à la tête de toutes ses affaires en Flandre », mandé par lui, passa à Paris et eut plusieurs audiences du roi. On croyait — et le roi l'aurait fort désiré — qu'il aurait grande part aux affaires d'Espagne ; « mais plus on en étoit capable et moins on en étoit à portée, tant que la princesse des Ursins y gouvernoit, qui sut barrer et renvoyer bientôt Bergheyck, comme elle en avoit chassé, puis exclu tant d'autres ».
Premier mariage du duc de Fronsac, peu après mis en correction à la Bastille
Le duc de Fronsac, seize ans, « la plus jolie créature de corps et d'esprit qu'on pût voir », épousa la fille unique de feu M. de Noailles. Mme de Maintenon « en fit comme de son fils », et il « devint bientôt la coqueluche de la cour » ; mais la figure de sa femme, « qui n'avoit pourtant rien de désagréable, ne le charma pas. Livré au monde avec tout ce qu'il falloit pour plaire et ne rien valoir, il fit force sottises qui firent faire, moins de trois mois après son mariage, celle à son père de le faire mettre à la Bastille. Ce fut un lieu avec lequel il fit si bonne connoissance qu'on l'y verra plus d'une fois. »
Fortune de Mme de Villefort
Fortune de Mme de Villefort : veuve belle et « de grand air » d'un officier-major, sans bien, « de l'esprit et de l'intrigue, mais sans galanterie, et de la vertu ». Présentée à Mme de Maintenon, « qui, ainsi que le roi, étoit la personne du monde qui se prenoit le plus par les figures », elle la toucha par son « air modeste, affligé, malheureux » : pension, protection singulière — « Mme de Maintenon ne l'appeloit que sa belle veuve » — et place de sous-gouvernante des enfants de France.
Fortune de Mlle de Pincré, qui épouse le fils de Mme de Villefort
Fortune de Jeannette : fille d'un Pincré de Bretagne dont la veuve mendiante se jeta aux genoux du carrosse de Mme de Maintenon, l'enfant « très-jolie » fut gardée chez elle. Le roi « fut ravi de trouver une jolie petite enfant à qui il ne faisoit point peur » ; grandie, elle lui parlait de tout, « se jouoit même avec ses papiers quand il travailloit, mais tout cela avec jugement et mesure ». Mme de Maintenon, jalouse de cet attachement, la maria au fils de sa belle veuve — mais le roi n'agréa le mariage « qu'à condition que Jeannette demeureroit chez elle après le mariage, tout comme elle y étoit devant ». « Croiroit-on qu'un an après elle devint la seule ressource des moments oisifs de leur particulier, jusqu'à la fin de la vie du roi ! » Mariée la nuit dans la chapelle, elle porta le nom de Mme d'Ossy.
Mariage d’un cadet de Nassau-Siegen avec la sœur du marquis de Nesle
Le marquis de Nesle avait une sœur qui, réduite à peu par la substitution des vieux Mailly, « montoit en graine sans vouloir tâter du voile. Il trouva un arrière-cadet de Nassau-Siegen, qui n'avoit pas de chausses, et qui servoit en petite charge subalterne en Flandre, dans les gardes du roi d'Espagne. Le nom flatta les Mailly qui firent ce mariage, où la faim épousa la soif, qui fut très-malheureux, et qui donna force scènes au monde. »
Famille et mariage de Saint-Germain-Beaupré avec la fille de Doublet, qui se fourre de tout
Saint-Germain-Beaupré maria son fils à la fille de Doublet de Persan, conseiller au parlement fort riche. Cette Doublet, « qui étoit riche, et qui aimoit le monde, se mit à jouer gros jeu, s'intrigua chez Mme la Duchesse », et obtint fort promptement ce que sa belle-grand-mère, fille du président de Bailleul, n'avait jamais pu : manger, entrer dans les carrosses, aller à Marly. Saint-Simon rattache à cette famille le maréchal Foucault, dit du Doignon, page du cardinal de Richelieu, qui s'empara de Brouage et « ne s'en démit que moyennant le bâton de maréchal de France » en 1652.
Mot cruel du premier président Harlay aux deux frères Doublet
Mot cruel du premier président Harlay : les deux frères Doublet « se firent annoncer un jour… sous ces noms de seigneurie » de Persan et de Grouy. « Le premier président leur fit d'abord de grandes révérences, les regarda après depuis les pieds jusqu'à la tête, et faisant semblant de ne les avoir pas connus auparavant : “Masques, je vous connois”, leur dit-il, et leur tourna le dos, les laissant confondus devant toute son audience. »
Mouvements du procès de la succession de M. le Prince
Le procès de la succession de M. le Prince reprit, tout accommodement ayant échoué. Mme la Duchesse visita ses juges « en pauvre veuve vexée par ses belles-sœurs », excitant la compassion ; M. le Duc y menait le petit comte de Charolois, touchant les juges par « l'état humilié devant eux de cette maison de Condé, qui avoit été si formidable au parlement et à l'État ». La cour entière retentissait de son bon droit ; Monseigneur laissa « nommer son auguste nom tout bas à l'oreille de ses juges ». Mais la robe du parlement, sans espérance de la cour, « n'est pas insensible à se dédommager d'un état fixe et borné par le mépris de ceux qui distribuent les grâces » ; et les princesses plaidèrent elles-mêmes leur cause, « des heures entières » avec chaque juge, M. du Maine travaillant aux écritures et résumant leurs visites.
M. le Duc perd en plein son procès contre Mmes ses tantes, et avec des queues fâcheuses
Joly de Fleury, avocat général, conclut « avec grand applaudissement » en faveur des princesses ; l'arrêt alla plus loin : « M. le Duc perdit tout ce qui lui étoit demandé, de toutes les voix, excepté quatre ». Mme la Duchesse « se jeta au lit à l'instant à l'hôtel de Condé » ; d'Antin, « moins en frère commun qu'en courtisan habile », avait dépêché secrètement trois courriers au roi pendant la séance. La joie du roi « le trahit et perça à travers des propos d'amitié commune à tous » ; Monseigneur au contraire « montra son dépit dans toute l'étendue qu'il put avoir », trouva l'arrêt mauvais et le fit sentir à M. du Maine plusieurs jours. L'arrêt laissait « des queues cruelles » ; le parti vaincu publia que du Maine « avoit fait agir maîtresses et confesseurs, qu'il avoit soulevé jusqu'aux jansénistes ».
Mort et court éloge du maréchal de Choiseul
Le 15 mars, Saint-Simon perdit « un ami que je regretterai toute ma vie, et de ces amis qui ne se trouvent plus » : le maréchal de Choiseul, doyen des maréchaux de France, chevalier de l'ordre, gouverneur de Valenciennes. « Quoique de la plus grande naissance, sans bien et sans parents, il ne dut rien qu'à sa vertu et à son mérite », soutenus contre la persécution de Louvois. « La vérité, l'équité, le désintéressement au milieu des plus grands besoins, la dignité, l'honneur, l'égalité furent les compagnes de toute sa vie » ; pauvre, il ne demandait rien et « savoit trouver les deux bouts de l'année sans dettes », avec une table simple où le plus haut parage s'honorait d'être convié. Il mourut à soixante-dix-sept ans « avec une grande fermeté » : « au milieu d'un monde corrompu, la vertu triompha en lui ».
Chevalier de Luxembourg gouverneur de Valenciennes
Le chevalier de Luxembourg eut aussitôt après le gouvernement de Valenciennes, vacant par la mort du maréchal de Choiseul — dépouille promptement distribuée d'un homme qui n'avait jamais rien demandé de sa vie.
Mort de Boileau-Despréaux
« En même temps mourut Boileau-Despréaux, si connu par son esprit, ses ouvrages, et surtout par ses satires. Il se peut dire que c'est en ce dernier genre qu'il a excellé, quoique ce fût un des meilleurs hommes du monde. Il avoit été chargé d'écrire l'histoire du roi ; il ne se trouva pas qu'il y eût presque travaillé. »
Mort du fils aîné du maréchal de Boufflers, dont la survivance passe au cadet
Cruel malheur du maréchal de Boufflers : son fils aîné, quatorze ans, « joli, bien fait, qui promettoit toutes choses », venait d'être présenté au roi pour la survivance du gouvernement de Flandre et de Lille. Au collège, pour quelque jeunesse faite avec les deux fils d'Argenson, les jésuites, « voulant montrer qu'ils ne craignoient et ne considéroient personne, fouettèrent le petit garçon, parce qu'en effet ils n'avoient rien à craindre du maréchal de Boufflers ; mais ils se gardèrent bien d'en faire autant aux deux autres », leur père lieutenant de police leur important trop. L'enfant, « plein de courage », en tomba malade de désespoir le jour même : « le cœur étoit saisi, le sang gâté ; le pourpre parut, en quatre jours cela fut fini ». Le roi donna la survivance au cadet ; « pour les jésuites, le cri universel fut prodigieux, mais il n'en fut autre chose ».

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