TOME VI · CHAPITRE VII

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Résumé

Digression sur la « chimère de Naples », les trois maisons de Laval et l'origine des distinctions des La Trémoille. Mort de Moreau ; « transcendant et singulier éloge » de la piété du duc de Bourgogne. Morts de l'archevêque de Rouen Colbert — caractère et dépouille —, avec l'époque de la conservation du rang des évêques-pairs transférés ; de l'archevêque d'Aix Cosnac ; du chevalier de Lauzun, avec son caractère ; de Valsemé ; de Mme d'Armagnac. L'époque des visites « en manteau et en mante » chez les princes du sang ; M. le Grand veut épouser.

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Digression sur la chimère de Naples ; les trois maisons de Laval, et l’origine et la nature des distinctions dont jouissent les ducs de La Trémoille
Grande digression sur la chimère de Naples et les trois maisons de Laval : des adoptions de la reine Jeanne II sortirent les bâtards d'Aragon rois de Naples, jusqu'à Frédéric II, dépouillé par Ferdinand le Catholique et Louis XII, « mort de chagrin en France » ; sa fille Charlotte d'Aragon porta ces « chimériques droits » aux Laval-Montfort — troisième maison de Laval, à ne pas confondre avec les Laval propres ni avec les Montmorency-Laval — d'où ils tombèrent aux La Trémoille. C'est la duchesse de La Trémoille, sœur des Bouillon, qui « enfanta » la prétention de Naples lors du grand échange de 1651 : ses frères, dont l'orgueil ne voulut pas d'un beau-frère prince comme eux, obtinrent seulement le tabouret pour les belles-filles et filles aînées des ducs de La Trémoille, le « pour », « et la permission d'envoyer réclamer le droit de Naples aux traités de paix, ce que MM. de La Trémoille n'ont pas manqué de pratiquer depuis, non plus que les plénipotentiaires de s'en moquer ». « Telles sont les distinctions de MM. de La Trémoille, et telle leur origine. » Quant au prince de Talmont — « grand et parfaitement bien fait, mais avec l'air allemand au possible » —, son mariage avec la fille de Bullion mit Madame « en furie » ; le duc de La Trémoille sut pourtant tirer du roi un tabouret de grâce pour son frère, « uniquement pour sa vie, et non pour ses enfants ».
Mort de Moreau ; son caractère
Mort à Versailles de Moreau, premier valet de chambre de Mgr le duc de Bourgogne : « un des hommes des mieux faits de son temps ; à le voir, il n'est personne qui ne le prît pour un seigneur ». Galant à fortunes distinguées, « vrai répertoire de cour », il demeura pourtant « plus en sa place » que personne, « plein d'honneur, de probité et de désintéressement » ; « il n'aimoit ni les dévots ni les jésuites, et il lâchoit quelquefois au jeune prince des traits libres et salés sur sa dévotion ».
Transcendant et singulier éloge de la piété de Mgr le duc de Bourgogne
Éloge transcendant de la piété du duc de Bourgogne : Moreau mourant « envoya le supplier de lui accorder ses prières, et une communion dès qu'il seroit mort, et déclara en même temps qu'il ne connoissoit personne de si saint que ce prince. C'étoit un homme entièrement éloigné de toute flatterie… Mgr le duc de Bourgogne, sur ce message, monta chez lui et fit ses dévotions pour lui dès qu'il fut mort. Jamais prince de cet âge et de ce rang n'a peut-être reçu d'éloges si complets ni si exempts de flatterie. »
Mort de l’archevêque de Rouen, Colbert ; son caractère ; sa dépouille
Mort de l'archevêque de Rouen, Colbert, frère des duchesses de Chevreuse et de Beauvilliers : « un prélat très aimable…, savant, très appliqué à son diocèse, où il fut toujours respecté et encore plus aimé…, souvent en butte aux jésuites, par conséquent au roi, sans s'en embarrasser et sans donner prise, mais ne passant rien ». C'est lui qui porta Gaillon, bâti par le cardinal d'Amboise, « au degré de beauté et de magnificence où il est parvenu ». Dépouille prompte : l'abbaye du Bec au petit-fils de La Rochefoucauld, dix-neuf ans, et Rouen à d'Aubigné, « ce parent factice de Mme de Maintenon ».
Époque de la conservation du rang, et honneurs aux évêques-pairs transférés en autres sièges
Époque d'un abus : d'Aubigné, transféré de Noyon à Rouen, obtint « une grâce sans exemple. Ce fut un brevet pour lui conserver le rang et les honneurs d'évêque, comte et pair de France de Noyon, exemple dont on a bien abusé depuis. »
Mort de l’archevêque d’Aix, Cosnac
« L'autre prélat fut l'archevêque d'Aix, Cosnac, mort fort vieux dans son diocèse, mais la tête entière et toujours le même. J'ai assez parlé de cet homme, qui peut passer pour illustre, pour n'avoir plus rien à y ajouter. »
Mort et caractère du chevalier de Lauzun
M. de Lauzun perdit son frère le chevalier de Lauzun, « à qui il donnoit de quoi vivre, et presque toujours mal ensemble. C'étoit un homme de beaucoup d'esprit et de lecture, avec de la valeur ; aussi méchant et aussi extraordinaire que son frère, mais qui n'en avoit pas le bon ; obscur, farouche, débauché…, un homme qu'on ne rencontroit jamais nulle part, pas même chez son frère, qui en fut fort consolé. »
Mort de Valsemé
« Valsemé, lieutenant général, mourut aussi en Provence où on l'avoit envoyé commander sous M. de Grignan. Il étoit pauvre, estimé et fort honnête homme » — et serait surpris de voir son fils « faire l'important au Palais-Royal sous le nom de Graville, en rejeton de cet amiral ».
Mort de Mme d’Armagnac ; son caractère
Mort de Mme d'Armagnac, le jour de Noël, « à la grande écurie » : « avec une vilaine taille grosse et courte, la plus belle femme de France jusqu'à sa mort, à soixante-huit ans ; sans rouge, sans rubans…, vêtue de noir ou de gris en tout temps, en habit troussé comme une espèce de sage-femme ». « Haute, altière, entreprenante », menant despotiquement son mari et la grande écurie, « traitant ses enfants comme des nègres » : elle « noya » son fils l'abbé de Lorraine — qui avait la nomination de Portugal au cardinalat — en forçant M. le Grand à le faire enfermer à Saint-Lazare pour ses mœurs, malgré la résistance du roi : « il fut assez longtemps à Saint-Lazare, et n'en sortit qu'en capitulant avec sa mère sur le revenu de ses bénéfices ».
Époque de visiter en manteau et en mante les princes et princesses du sang pour les deuils de famille
Époque d'une nouvelle usurpation : les visites « en manteau et en mante » pour les grands deuils, dues aux seuls fils et petits-fils de France, furent peu à peu arrachées par les princes du sang — complaisances devenues prétention, aidées par « la prostitution où tombèrent les mantes et les manteaux ». À la mort de Mme d'Armagnac, M. le Duc, « en curée de l'usurpation du service seul de la communion du roi, crut le temps favorable pour emporter celle-ci » : le roi, « après quelque répugnance », ordonna à M. le Grand d'aller en manteau chez les princes du sang. « M. le Grand résista, représenta, tout fut inutile, il en sauta le bâton par force ; et c'est l'époque de l'établissement de ce nouveau droit. »
M. le Grand veut épouser Mme de Châteauthiers, qui le refuse
Le grand écuyer, « qui n'aimoit que lui dans le monde », voulut se remarier un mois après son veuvage : il fit parler à Mme de Châteauthiers, dame d'atours de Madame — « toujours une vertu sans soupçon dans le centre de la corruption ». Elle refusa par égard pour les enfants de M. le Grand ; eux-mêmes, craignant pis, « la conjurèrent de consentir au mariage. Mais la sage et modeste résistance de Mme de Châteauthiers fut la plus forte…, toute la France l'admira et ne l'en estima que davantage. »
Son caractère et sa fin
Sa fin : demoiselle toute simple du nom de Foudras, « tout à fait noble et désintéressée », elle « préféra son repos ; et sa modestie fut telle qu'elle n'en prit aucun avantage ». Après la mort de Madame, elle se retira dans Paris, « d'où elle ne sortit que pour aller à l'église…, s'y donna tout entière » à la piété, et y est morte « à soixante-dix-sept ou soixante-dix-huit ans ».
Mort de Villette
Mort de Villette, lieutenant général des armées navales, « cousin germain de Mme de Maintenon, traité d'elle comme tel, et père de Murcé et de Mme de Caylus ».
Ducasse et d’O lieutenants généraux des armées navales
Sa mort fit deux lieutenants généraux au lieu d'un : « le mérite fit Ducasse, la faveur fit d'O, qui de capitaine tout nouveau monta à ce grade si rare et si réservé dans la marine sans être sorti de Versailles… C'est ainsi que la protection puissante tient lieu de tout à la cour. »
D’O et Pontchartrain raccommodés
Pontchartrain saisit la conjoncture pour se raccommoder avec d'O : il lui manda le premier sa promotion — « la joie de l'être, et l'orgueil flatté du message d'un ministre ennemi, le disposa à s'en ôter l'épine…, et ils se raccommodèrent comme on se raccommode d'ordinaire dans les cours ».
Le roi s’entremet entre le duc de Rohan et son fils
L'orgueil de Mme de Soubise fit mêler le roi, « contre sa coutume », d'une affaire particulière : son neveu le prince de Léon, éperdument amoureux de Florence, comédienne longtemps entretenue par le duc d'Orléans, la promenait en Bretagne « en carrosse à six chevaux avec un scandale ridicule » ; son père « mouroit de peur qu'il ne l'épousât ». Par les fameux billets de Mme de Soubise, le roi donna audience au fils — qui « prit le roi par ses deux faibles, les respects et l'amour, avec tant d'esprit que le roi en fit l'éloge » — puis au père. « La Florence fut pourtant enlevée aux Ternes…, et mise dans un couvent » ; le fils, furieux, ne voulut plus voir père ni mère, et le roi dut s'entremettre encore pour le rendre « traitable à un mariage ».
Caractère du prince de Léon
Caractère du prince de Léon : « un grand garçon élancé, laid et vilain au possible, qui avoit fait une campagne en paresseux » ; « on ne pouvoit d'ailleurs avoir plus d'esprit, de tournant, d'intrigue, ni plus l'air et le langage du grand monde…, gros joueur, grand dépensier pour tous ses goûts, d'ailleurs avare…, plein d'humeur, de caprices et de fantaisies, opiniâtre comme son père, et ne comptant en effet que soi dans le monde ».
Chute d’un plancher du premier président
Le 18 décembre, le premier président Pelletier dînant chez lui au palais avec sa famille, « le plancher fondit tout à coup, et tous tombèrent dans une cave où il se trouva des fagots qui les empêchèrent de tomber tout en bas » ; seul le précepteur des enfants fut blessé, et la première présidente seule ne tomba point. « L'effroi fut tel, dans le premier président, que depuis il n'a jamais été ce qu'il étoit auparavant. »
Retour du duc de Noailles
Le duc de Noailles, « qui, pour consolider son état de commandant et de petit général d'armée, s'étoit tenu tant qu'il avoit pu en Roussillon, arriva pour servir son quartier de capitaine des gardes ».
Villars à Strasbourg
« Le maréchal de Villars prit congé pour aller passer le reste de l'hiver à Strasbourg avec sa femme qu'il ne quittoit pas volontiers. »
Quatre cent mille livres de brevet de retenue au de Tresmes
« Le duc de Tresmes, qui n'avoit point encore de brevet de retenue sur sa charge depuis qu'il l'avoit en titre par la mort de son père, en obtint un de quatre cent mille livres. »
Retour de M. le duc d’Orléans
« M. le duc d'Orléans arriva d'Espagne le 30 décembre au lever du roi, après lequel il demeura longtemps seul avec lui dans son cabinet. La réception et du roi et du monde fut telle que le méritoit son heureuse et agréable campagne… Il en étoit fort content, et on l'y étoit fort de lui. Le duc de Berwick eut ordre de l'y attendre. »

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