TOME VII · CHAPITRE XXIV
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Résumé
Chapitre intime : Chamillart et ses filles à La Ferté ; l'achat de Courcelles ; le voyage à La Flèche et son aventure ; l'« étrange sermon de la Toussaint ». Résolution et raisons de retraite de l'auteur ; retour à Paris ; le « sage piège » dressé à Pontchartrain ; triste situation du duc d'Orléans ; le chancelier force l'auteur d'accepter une chambre chez lui à Versailles ; « concours et conspirations d'amis » ; bontés du duc et de la duchesse de Bourgogne pour Mme de Saint-Simon, pressentie pour succéder à la duchesse du Lude ; et le parti pris seul — faire demander par Maréchal une audience au roi.
Les entrées
- Chamillart et ses filles à la Ferté
- Chamillart et ses filles à la Ferté : Saint-Simon l'y reçut « bien mieux que s'il eût été encore en place et en faveur », l'amusant « par tout ce que la campagne me put fournir » ; Chamillart y parla « à cœur ouvert de bien des choses » du temps de son ministère — révélant « les variations si fréquentes de l'esprit, de l'estime, de l'amitié de Mme de Maintenon, sans autre cause que son naturel changeant ».
- Chamillart achète Courcelles, où je mène la duchesse de Lorges
- Chamillart acheta Courcelles, où Saint-Simon mena la duchesse de Lorges malgré tous ceux qui voulaient l'en dissuader — « voyage peu politique, mais je ne crus pas y devoir asservir l'amitié ». À la Flèche, chez la veuve de La Varenne, les deux hommes attendirent seuls un quart d'heure sous une cheminée portant en grosses lettres : « Quum fueris felix, multos numerabis amicos ; tempora si fuerint nubila, solus eris. » « Le long temps que nous restâmes là donna loisir à Chamillart de tout considérer et de la lire. Je le vis faire, et je m'écartai. »
- Voyage à la Flèche : aventure
- Voyage à la Flèche : les jésuites du collège firent « la meilleure réception qu'ils purent », Chauvelin, intendant, s'y trouvant pour y ajouter.
- Étrange sermon de la Toussaint
- Étrange sermon de la Toussaint, à l'abbaye de la Fontaine-Saint-Martin : le « meilleur prédicateur » des jésuites prêcha sur l'instabilité des fortunes — « il ne parla jamais d'autre fortune que celle de la faveur et de la confiance d'un grand roi, que du maniement de ses affaires…, il vint après à la disgrâce, au dénuement, au vide, au déchaînement ». « S'il avoit adressé la parole à Chamillart, il n'auroit pas été plus manifeste qu'il avoit entrepris de le prêcher tout seul. Il n'y eut personne qui n'en sortît confondu. Chamillart seul ne parut point embarrassé » — il loua le prédicateur et le félicita du sermon.
- Résolution et raisons de retraite
- Résolution de retraite : « on me trouvoit trop d'esprit et d'instruction…, on me fit un crime auprès du roi de l'estime, de l'amitié, de la confiance des personnes pour lesquelles il en avoit lui-même. Comment se disculper d'avoir de l'esprit…, puisqu'on en avoit persuadé le roi à mauvais dessein et avec succès ? » Mme de Saint-Simon représentait doucement « l'ennui d'une vie désoccupée, la stérilité de la promenade et des livres pour un homme de mon état, dont l'esprit avoit besoin de pâture ».
- Retour à Paris
- Retour pressé à Paris par la mort de l'homme « qui, depuis plus de trente ans, conduisoit toutes nos affaires ».
- Sage piège dressé à Pontchartrain
- Sage piège de Pontchartrain : le chancelier, prévenu par Mme de Saint-Simon, retint Saint-Simon trois heures porte fermée : « il me montra qu'il y avoit moins d'honneur et de courage à réjouir mes ennemis en leur quittant la partie…, qu'à leur résister et à faire ce que je devois pour ramener la fortune » ; « mon silence encore n'étoit guère moins éloquent en beaucoup de rencontres ».
- Triste situation de M. le duc d’Orléans
- Triste situation du duc d'Orléans, apprise du chancelier : « un embarras, un malaise qui se montroit à découvert, une solitude entière, et jusque dans les lieux publics, où personne ne s'approchoit de lui…, un abandon entier à Mme d'Argenton et à la mauvaise compagnie de Paris ; en un mot, jamais prince de ce rang ne fut si étrangement anéanti. »
- Passage à Versailles, où le chancelier me force d’accepter une chambre chez lui au château
- À Versailles, le chancelier et sa femme forcèrent Saint-Simon — « comme on force un cerf » — d'accepter chez eux au château « une grande et belle chambre et une garde-robe », le logement de leur frère apoplectique ; « je capitulai sur le manger, que je ne voulus pas souffrir ».
- Concours et conspirations d’amis
- Concours d'amis : au retour de la cour, « je me trouvai environné d'amis, qui, comme de concert, accoururent autour de moi, hommes et femmes, Chevreuse, Beauvilliers, Lévi, Saint-Géran, Nogaret, Boufflers, Villeroy…, qui formèrent comme une conjuration contre ce que j'avois résolu. Ils se relayoient les uns les autres, comme s'ils s'étoient entendus pour ne me laisser aucun repos. »
- Bontés et désirs de Mgr le [duc] et de Mme la duchesse de Bourgogne sur Mme de Saint-Simon pour succéder à la duchesse du Lude
- Bontés des princes : la duchesse de Bourgogne envoya chercher Mme de Saint-Simon et « l'accabla de bontés » ; outre ce qu'elle avait dit « sur la place de dame d'honneur, après la duchesse du Lude », Saint-Simon sut par Cheverny « que Mgr le duc de Bourgogne s'en étoit ouvert à lui ». « Surpris d'une réception si vive, et touché d'une amitié si constante de tant de gens considérables dans un état de disgrâce…, tout ensemble me terrassa. »
- Parti que je prends seul, et ses motifs, de faire demander par Maréchal une audience au roi
- Le parti pris seul : « je résolus, ce même soir, à l'insu de qui que ce fût, de tenter chose qui me décidât pour toujours » — faire demander par Maréchal une audience au roi : « par le refus de l'audience, je verrois bien que je n'avois plus à songer à rien ; si je l'obtenois, le succès me découvriroit ce qui me pourroit rester d'espérance ». « Je le ferai, me dit [Maréchal] avec feu ; et en effet il n'y a que cela à faire. »
- Maréchale de Villars ; son accortise
- La maréchale de Villars, « qui, à travers les galanteries, s'étoit mise en considération personnelle par les grâces et l'application avec lesquelles elle tâchoit d'émousser la jalousie de la fortune de son mari », pria les Saint-Simon à dîner — sachant que le roi devait venir, « mais elle n'eut garde de me le dire. Elle me l'avoua depuis, et son intention fut de nous donner occasion de lui faire notre cour. »
- Visite du roi du maréchal, puis à la maréchale de Villars
- Visite du roi à Villars : il « l'embrassa par deux fois avec des propos obligeants, congédia le monde, et demeura deux heures là tête à tête », puis rendit visite à la maréchale « avec cette galanterie majestueuse qui lui étoit si naturelle ». « Le maréchal de Grammont, mort en 1678, est le dernier seigneur qu'il ait visité dans une maladie » ; Boufflers « se tint fort chez lui pendant qu'elle dura, et tout le jour ».
- Contretemps de Vendôme
- Contretemps de Vendôme : arrivé justement ce jour-là, « il en usa en courtisan : il vint dans la galerie attendre que le roi sortît, et y demeura une bonne heure confondu avec tout le monde. Le roi, qui le vit en sortant, lui demanda à quelle heure il étoit parti d'Anet. C'est tout ce qu'il en eut en tout le temps qu'il demeura à Versailles. Ce spectacle de Vendôme ne laissa pas d'amuser assez de gens. »
- Je me propose de faire rompre M. le duc d’Orléans avec Mme d’Argenton, et au maréchal de Besons de m’y aider
- Projet sur le duc d'Orléans : « frappé de la profondeur de sa chute, il ne se présenta à moi qu'un seul moyen de le relever, terrible à la vérité…, c'étoit de le séparer d'avec sa maîtresse pour ne la revoir jamais. » Besons peignit sa solitude : « depuis un mois, il étoit le seul homme qui fût entré chez lui…, à Marly on le fuyoit dans le salon sans détour ; s'il y abordoit une compagnie, chacun désertoit d'autour de lui ». Le maréchal promit d'être son second — mais mère et femme de Saint-Simon l'en dissuadèrent : la d'Argenton « méchante, insolente, hardie au dernier point », et ses amies « deviendroient furieuses ». À Noël, les deux compères, refroidis, convinrent seulement de saisir l'occasion « si [le prince] le donnoit beau dans la conversation ».
- Caractère de Besons
- Caractère de Besons : « un rustre, volontiers brutal, avec peu d'esprit, mais tout tourné à son fait et à cheminer ; avec assez de sens, mais une tête faite pour un Rembrandt et un Van Dyck, avec de gros sourcils et une grosse perruque qui lui en faisoient attribuer bien davantage ; excellent officier général, surtout de cavalerie, médiocre général d'armée…, droit, franc, honnête homme, austère pour autrui, adoucie pour soi. »
- Maréchal m’obtient une audience du roi
- L'audience obtenue : le billet de Maréchal arriva par exprès l'avant-dernier jour de l'année. Le roi avait dit : « Mais que me veut-il dire ? Il n'y a rien. Il est bien vrai qu'il m'est revenu plusieurs bagatelles de lui, mais rien de marqué. Dites-lui de demeurer en repos » — puis, pressé : « Eh bien, je le veux bien ; quand il voudra. » Maréchal conseilla de parler « avec franchise et liberté, et de mêler une sorte d'amitié dans mes respects » — service que « nul autre de mes amis, ministres, seigneurs, personnages, gens en place, n'étoit à portée de me rendre, chose bien étonnante…, qui marquoit bien la défiance du roi pour tout le monde, dont ses valets seuls étoient exceptés. Ainsi finit l'année 1709. »
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