TOME XVI · CHAPITRE VIII
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Résumé
« Scélératesses semées contre M. le duc d'Orléans » ; manèges et « forte déclaration » de Cellamare ; le manège anglais « pour brouiller toujours la France et l'Espagne » et les deux avec le roi de Sicile ; Cellamare se sert de la Russie — le projet du czar, les représentations vaines de son ministre contre la quadruple alliance ; Cellamare « s'applique tout entier à troubler intérieurement la France ». Le traité s'achemine ; le Régent « parle clair » au ministre de Sicile sur l'invasion prochaine de l'île « et peu confidemment sur le traité » ; convention entre la France…
Les entrées
- Scélératesses semées contre M. le duc d’Orléans
- Les scélératesses contre le régent : « la conservation si précieuse de la personne sacrée du roi étoit aussi ce qui servoit de prétexte aux discours que les malintentionnés répandoient sans beaucoup de ménagements pour alarmer le public et pour l'animer contre M. le duc d'Orléans. Les faux bruits qu'ils suscitoient étoient fomentés par Cellamare » — Bentivoglio, de son côté, condamnant le silence du pape sur la constitution.
- Manèges et forte déclaration de Cellamare
- La forte déclaration de Cellamare : dès l'arrivée du comte Stanhope à Paris, il « déclara que, si le régent entroit dans les propositions de cette couronne au sujet de la quadruple alliance..., les liaisons que prendroit Son Altesse Royale produiroient une rupture ouverte entre Sa Majesté Catholique et elle, des maux infinis à la couronne de France..., et certainement un préjudice égal aux intérêts particuliers et personnels de l'un et de l'autre de ces princes. »
- Manège des Anglois pour brouiller toujours la France et l’Espagne, et l’une et l’autre avec le roi de Sicile
- Le manège anglais pour tout brouiller : Cellamare s'assura « que Stanhope, ainsi que les autres ministres anglois, s'étudioit à semer la jalousie entre les cours de France et d'Espagne, et que, dans la vue de les priver l'une et l'autre des secours du roi de Sicile, ses artifices tendoient à rendre ce prince également suspect à Paris et à Madrid » — Stanhope assurant que le roi d'Espagne accepterait le projet et abandonnerait le roi de Sicile « si le roi d'Angleterre se relâchoit sur l'article de la Sardaigne ».
- Cellamare se sert de la Russie
- Cellamare se servit de la Russie : « l'union étoit intime entre le ministre d'Espagne et celui de Moscovie résidant tous deux à Paris », et Cellamare avait, par ordre de son maître, « fait passer un émissaire secret à Stockholm ».
- Projet du czar
- Le projet du czar : « impatient de faire figure en Allemagne..., son intention étoit de se venger du roi d'Angleterre, en faisant valoir les droits du roi Jacques. Il vouloit porter ce prince à la guerre en Écosse, le soutenir par une armée de soixante mille hommes, pendant que le czar maintiendroit pour l'appuyer une flotte de quarante navires de ligne dans la mer Baltique et plusieurs galères » — projet concerté avec le roi de Suède, non moins irrité contre George.
- Son ministre en parle au régent et lui fait inutilement des représentations contre la quadruple alliance
- Les représentations du Moscovite au régent : une alliance des princes du Nord serait « également utile à la France et au maintien de la paix, puisqu'elle empêcheroit également et l'empereur et le roi d'Angleterre de troubler l'une et l'autre » ; « ces représentations inutiles furent éludées par une réponse douce et honnête du régent », et l'envoyé pria Cellamare de demander à Madrid « des ordres positifs aussi bien que des pouvoirs pour former une ligue capable de tenir tête à celle des François et des Anglois ».
- Cellamare s’applique tout entier à troubler intérieurement la France
- Cellamare tout aux troubles intérieurs : il assurait que les Français parlaient « avec autant de joie que d'étonnement de la flotte » ; « il continuoit, disoit-il, de cultiver la vigne sans toutefois porter la main à cueillir les fruits qui n'étoient pas encore mûrs. On vendoit déjà publiquement les premiers raisins destinés à adoucir la bouche de ceux qui devoient tirer le vin... C'étoit sous ces expressions figurées que Cellamare cachoit ses manèges secrets » ; il comptait « que le parlement étoit appuyé par le duc du Maine, le comte de Toulouse et les maréchaux de Villeroy et de Villars ».
- Le traité s’achemine à conclusion
- Le traité s'acheminait : « Stanhope régla les articles du traité ; les difficultés qui suspendoient son exécution s'aplanirent », notamment les garnisons de Toscane ; « l'ambassadeur de l'empereur en parut content, et comme la satisfaction de ce prince étoit le point de vue du roi d'Angleterre, Stanhope crut tout achevé si le traité plaisoit à la cour de Vienne » — les violences éventuelles d'Albéroni contre les négociants devant être signalées « sur-le-champ [à] l'amiral Bing ».
- Manèges à l’égard du roi de Sicile
- Les manèges autour du roi de Sicile : Cellamare montra à Provane « la réponse nette et décisive qu'Albéroni avoit rendue au colonel Stanhope » ; Stanhope riposta qu'Albéroni « tenoit deux langages ; qu'il tromperoit les Anglois si la flotte réussissoit ; que, si l'entreprise manquoit, le roi de Sicile seroit sacrifié », révélant l'offre secrète d'accepter le traité moyennant la Sicile.
- Le régent parle clair au ministre de Sicile sur l’invasion prochaine de cette île par l’Espagne, et peu confidemment sur le traité
- Le régent parla clair à Provane : il « lui offrit de parier que la flotte d'Espagne faisoit voile vers la Sicile, et qu'elle débarqueroit sur les côtes de cette île », ajoutant qu'on soupçonnait son maître « d'être en cette occasion de concert avec le roi d'Espagne, et même disposé de remettre entre les mains des Espagnols quelques places de Sicile » ; sur le traité, il fut moins confident : « jusqu'au dénouement de ces grandes affaires, il ne convenoit pas aux intérêts du roi de prendre aucun parti décisif. »
- Convention entre la France et l’Angleterre de signer le traité sans changement, à laquelle le maréchal d’Huxelles refuse sa signature
- La convention franco-anglaise : « on s'obligeoit de part et d'autre à signer une convention portant que le roi et le roi d'Angleterre ne souffriroient aucun changement au projet du traité de paix..., aussi bien que la promesse de le signer dès que le ministre de l'empereur à Londres auroit pouvoir de le signer pareillement. Ce fut à cette occasion que le maréchal d'Huxelles, président du conseil établi pour les affaires étrangères, refusa sa signature. Le comte de Cheverny... se montra plus facile. »
- Cellamare présente et répand un peu un excellent mémoire contre le traité, et se flatte vainement
- Le mémoire de Cellamare : se flattant « d'éclaircir les ténèbres par un mémoire qu'il fit pour combattre les oppositions d'Angleterre », il le présenta au régent puis aux maréchaux d'Huxelles et de Villeroy — sans croire aux bruits d'une signature déjà faite « dans un souper que le régent avoit donné à Stanhope au château de Saint-Cloud ».
- Le ministre de Sicile de plus en plus alarmé
- Le ministre de Sicile alarmé : « la ferveur de Provane se ralentissoit, il ne savoit plus quel langage il devoit tenir, et depuis quelques jours, il paroissoit tout hors de lui, et consterné d'avoir appris de Stairs que la flotte d'Espagne faisoit voile vers la Sicile » — Cellamare n'ayant à y opposer « que des raisonnements vagues », tout en sachant par des voies détournées « les propositions dures que le roi d'Espagne avoit faites au roi de Sicile ».
- Folie et présomption d’Albéroni
- La folie d'Albéroni : « prévenu de ses propres talents, enivré de ce qu'il croyoit avoir fait pour l'Espagne, [il] comptoit de pouvoir se passer de l'alliance et des secours de tous les potentats de l'Europe ; sûr du succès de ses projets, il n'étoit plus occupé que de savoir ce qu'on disoit de lui dans les pays étrangers..., [espérant] la comparaison flatteuse de la misère précédente avec l'état de splendeur, de force et de puissance où ses soins avoient enfin fait remonter le roi Philippe » — l'Espagne ne devant plus être « traitée comme un petit compagnon ».
- Efforts de l’Espagne à détourner les Hollandois de la quadruple alliance
- Les efforts contre l'accession hollandaise : Cellamare, Monteléon et Beretti reçurent ordre de peindre la quadruple alliance comme « un projet injuste, abominable, criminel, dont l'unique but étoit de soutenir les intérêts particuliers et personnels du roi Georges et ceux du régent..., si détestable que l'univers étoit étonné que la Hollande l'eût seulement écouté ; que bientôt elle s'en repentiroit et confesseroit humblement qu'en l'écoutant seulement elle se mettoit la corde au cou. »
- Albéroni tombe rudement sur Monteléon
- Il tomba rudement sur Monteléon : ces invectives seraient tombées « si les Anglois eussent offert la restitution de Gibraltar ; mais, pour l'obtenir, il falloit un ambassadeur à Londres plus fidèle à son maître » ; il l'accusait « de faire en Angleterre le métier de marchand bien plus que celui de ministre », de chercher un prétexte de santé « pour aller jouir quelque part en repos de ses gains illicites, aussi condamnable dans sa sphère que l'étoit dans la sienne Cadogan, insigne voleur, fripon achevé, qui avoit enlevé de Flandre plus de deux cent mille pistoles ».
- Succès des intrigues de Cadogan et de l’argent de l’Angleterre en Hollande
- Les succès de Cadogan : « il n'épargnoit ni présents ni promesses. Les parents de sa femme, puissants à Amsterdam, travailloient... Les personnes privées, les magistrats mêmes, touchés de l'appât d'un gain..., se permettoient sans scrupule d'agir et de conseiller au préjudice de l'Espagne » ; la clause inquiétante du projet fut adoucie par une déclaration verbale aux députés des affaires secrètes — les Provinces-Unies garderaient « une entière liberté d'agréer ou de rejeter les mesures qu'on leur proposeroit » — et Pancras, Buys et Duywenworde exigèrent que la France fît la même déclaration par son ambassadeur.
- Châteauneuf non suspect aux Anglois, qui gardent là-dessus peu de mesures
- Châteauneuf entre deux feux : les Anglais épiaient « jusqu'à ses moindres démarches », l'accusèrent d'un écrit contre l'alliance attribué à d'Épine « composé de concert avec l'ambassadeur de France », et lui firent « un crime » d'avoir dit à Fagel « que les changements étoient si fréquents en Angleterre que le régent ne pouvoit compter sur les secours de cette couronne », et aux députés que le roi comptait que la république entrerait « ouvertement et franchement dans la dépense et les risques » — divulgation prématurée de ce qui devait rester matière d'articles secrets.
- Courte inquiétude sur le nord
- La courte inquiétude sur le Nord : les voyages de Goertz firent craindre « une alliance entre ces deux princes [Suède et Moscovie], et la jonction de leurs flottes » ; « mais l'inquiétude cessa bientôt. Le czar ne vouloit pas abandonner le roi de Prusse, et le roi de Suède refusoit alors de traiter avec les amis du czar. »
- Le czar songe à se rapprocher du roi Georges
- « Ainsi le czar, changeant de pensée, fit quelques démarches pour se réconcilier avec le roi d'Angleterre. »
- Intérêt de ce dernier d’être bien avec le czar et d’éviter toute guerre
- L'intérêt de George : « il n'y avoit qu'à perdre pour lui et pour les Anglois dans une guerre contre la Moscovie ; les conséquences en pouvoient être fatales à ses États d'Allemagne..., [et] la guerre pouvoit donner lieu à des révolutions dans la Grande-Bretagne. »
- Ses protestations sur l’Espagne
- Ses protestations sur l'Espagne : « il témoignoit un désir ardent d'éviter toute rupture avec l'Espagne..., se plaignoit des mauvais traitements qu'il recevoit de la cour d'Espagne, en échange de ses attentions..., mais il s'en plaignoit tendrement, et Stanhope eut ordre de mesurer les discours qu'il tiendroit à Madrid » — avec ordre aussi de prier Nancré, suspect aux Anglais, « d'être témoin des représentations qu'il feroit, et de l'accompagner à l'audience d'Albéroni ».
- Les Anglois veulent la paix avec l’Espagne, et la faire entre l’Espagne et l’empereur, mais à leur mot et au sien
- La paix à leur mot : les Anglais voulaient la paix entre l'Espagne et l'empereur, mais dictée par eux ; Craggs laissait entendre que si Vienne, « inflexible sur les conditions du projet », se rendait trop difficile, « le plan seroit facile à changer ; qu'alors le roi d'Espagne connoîtroit l'injustice de ceux qui lui dépeignoient le ministère d'Angleterre comme partial pour l'empereur ».
- Monteléon y sert le comte Stanhope outre mesure
- Monteléon servit Stanhope outre mesure : il « n'avoit rien oublié pour préparer au négociateur un accueil favorable à la cour de Madrid », assurant « sur sa propre connoissance » que Stanhope avait toujours été porté pour l'Espagne, et « qu'un ministre de cette sphère... ne s'exposeroit pas aux risques d'une longue absence, simplement pour être porteur de propositions peu convenables à l'honneur d'un grand roi ».
- Le régent, par l’abbé Dubois, aveuglément soumis en tout et partout à l’Angleterre, et le ministère d’Angleterre à l’empereur
- La soumission en chaîne : « l'abbé Dubois avoit déclaré que [la France] feroit tout ce que voudroit le roi d'Angleterre, que le régent lui commandoit de signer tout ce que Sa Majesté Britannique jugeroit à propos de lui prescrire. Ainsi les ministres d'Angleterre, maîtres de la conclusion..., [et] la cour de Londres, travaillant uniquement pour la grandeur et les avantages de la maison d'Autriche, étoit bien assurée que l'empereur seroit docile à ses décisions. »
- Embarras de Cellamare et de Provane
- L'embarras de Cellamare et de Provane : aux questions pressantes du premier, « on répondoit sèchement que le traité de la quadruple alliance n'étoit pas encore signé, mais qu'il falloit prendre les mesures nécessaires pour assurer le repos de l'Europe. C'en étoit assez pour instruire un homme d'esprit » ; le second, notant les « contradictions fréquentes » du régent, avertit son maître que George et le régent « sacrifieroient à leurs desseins les intérêts du roi de Sicile ».
- Bruits, jugements et raisonnements, vagues instances et menées inutiles
- Bruits et raisonnements : on supposait « des traités secrets entre le roi d'Espagne et le roi de Sicile, parce que la prudence et la raison d'État le vouloit ainsi » ; le régent dit à Provane « qu'il savoit sûrement que le roi de Sicile avoit retiré ses troupes du château de Palerme, de Trapani, de Syracuse, pour y laisser entrer apparemment les troupes espagnoles » ; Provane ignorait encore tout le 15 juillet, réduit à imaginer une simple convention de garantie des États allemands de George.
- Menées sourdes du maréchal de Tessé avec les Espagnols et les Russes
- Les menées de Tessé : le régent, si accommodant en paroles avec l'envoyé du czar — souhaitant même voir « la triple alliance entre eux signée » —, « reprocha au maréchal de Tessé d'avoir formé les entrevues secrètes entre le prince de Cellamare et le ministre moscovite ».
- Le régent les lui reproche
- « Et ces reproches, dont le comte de Provane fut bientôt instruit, parvinrent bientôt à la connoissance du roi de Sicile » — mesure des vraies dispositions du régent sous ses discours de complaisance.
- Le régent menace Huxelles de lui ôter les affaires étrangères, et le maréchal signe la convention avec les Anglois, à qui Châteauneuf est subordonné en tout en Hollande
- Huxelles plie : « les deux ministres anglois eurent la satisfaction de voir le régent, excité par leurs plaintes, prendre feu et ordonner au maréchal d'Huxelles de signer ou de se démettre de son emploi, et le maréchal signer. Ils obtinrent aussi des ordres précis à Châteauneuf de se conformer à ce que les ministres d'Angleterre feroient à la Haye, et jugeroient à propos qu'il fît lui-même auprès des États généraux. »
- Efforts de Beretti à la Haye
- Les efforts de Beretti : excité par Cellamare, il représentait aux États généraux « qu'il étoit de leur prudence autant que leur intérêt d'observer une neutralité parfaite, et d'éviter non seulement les dépenses, mais de plus le danger où on vouloit les entraîner uniquement pour favoriser les vues et les intérêts de deux princes, dont l'un vouloit monter sur le trône, l'autre se maintenir sur celui où la fortune l'avoit élevé » ; il conseillait aussi à son maître « de dissimuler, de suspendre tout ressentiment », notant les bien intentionnés comme Vander Dussen.
- Embarras de Cellamare à Paris
- L'embarras final de Cellamare : sans instructions — Albéroni, « persuadé que le moyen le plus sûr de garder son secret étoit de ne le communiquer à personne », laissant ses ambassadeurs « dans une ignorance totale » —, il en était « réduit à rechercher [Stairs], à l'inviter à des repas chez lui..., espérant par un tel commerce pouvoir au moins découvrir quelque circonstance » ; tout ce qu'il savait à la mi-juillet était que la flotte « étoit arrivée à Cagliari le 23 juin ; que l'opinion commune étoit qu'elle feroit le débarquement des troupes espagnoles en Sicile ».
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