TOME VI · CHAPITRE XIX
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Résumé
Le décret « violent » de l'empereur contre l'Italie et les projets de ligue italienne ; le prince de Conti désiré pour la Flandre, demandé pour l'Italie ; ruse de Vaudémont au secours de Vendôme ; Tessé plénipotentiaire à Rome. L'Artois sous contribution ; « faute » du duc de Bourgogne, conduite de Vendôme — et le siège de Lille commence : Boufflers se jette dans la place, remettant à flot Surville et La Freselière ; troupes mal choisies et « fâcheux manquements » ; dispositions de Boufflers, « sécurité » coupable de Vendôme ; Lille investie le 12 août ; « misérables flatteries » ; la tranchée ouverte.
Les entrées
- Décret violent de l’empereur contre l’Italie
- Dès juin, l'empereur fit passer à la diète de Ratisbonne un décret affiché « dans Rome et par toute l'Italie » : l'hommage de Naples au Saint-Siège déclaré abusif, le pape sans droit aux évêchés de ces royaumes, volonté de « rentrer dans tous les droits de l'empire en Italie, réunir les fiefs usurpés », et de faire raison au duc de Modène. « Cet édit fit grand'peur à Rome et à toute l'Italie… On s'y repentit d'avoir moins craint [la puissance de l'empereur] que celle des François, et de l'avoir tant aidé à les en chasser. »
- Projets de la réunir en ligue contre lui
- Venise, la première effrayée, excita le pape à proposer « une ligue de toute l'Italie avec la France », où l'on espérait attirer M. de Savoie ; mais craignant l'empereur « dans sa terre ferme d'Italie et du Frioul », elle voulait « paroître être entraînée », et ce fut Rome qui fit les premières ouvertures au roi — qui « les reçut avec froideur », n'ayant « jamais bien goûté l'importance des diversions ».
- Prince de Conti désiré pour la Flandre, demandé pour l’Italie
- Mme de Maintenon, « piquée au vif d'avoir vu son crédit faiblir sous celui de Vendôme, hasarda de le faire rappeler, et de lui substituer le prince de Conti » ; la ligue d'Italie le demandait aussi pour chef. « Le roi fut fort en balance. » Le maréchal d'Estrées se proposait pour Rome ; Saint-Simon apprit par Caillières qu'il était « aussi sur les rangs » et renouvela ses raisons d'éviter cette ambassade — « peu m'importoit qui allât à Rome pourvu que ce ne fût pas moi ».
- Ruse de Vaudémont au secours de Vendôme
- M. du Maine « écuma ce qui se passoit » et prit l'alarme : perdre Vendôme, « c'eût été pour eux le dernier désespoir de se voir privés de la massue qui avoit déjà si bien joué sur le jeune prince ». Vaudemont vint au secours : il fit sur la ligue d'Italie un mémoire « qui ne laissa rien à désirer » et le donna à Tessé « à condition… que Tessé le donneroit comme sien ». Torcy, surpris — « il connoissoit la portée de Tessé » —, le lut au conseil : il « détermina le roi », qui donna audience au nonce, à l'ambassadeur de Venise et au prince de Conti.
- Tessé plénipotentiaire à Rome et en Italie ; sa commission ; son départ
- Tessé fut déclaré plénipotentiaire à Rome et pour toute l'Italie, chargé de convenir des contingents, de « commander partout en attendant le prince de Conti promis, mais non encore déclaré » ; il partit le 11 septembre avec pouvoir d'offrir vingt mille hommes de pied, s'associa Monteléon, « dévoué à Vaudemont jusqu'à l'abandon ». Mais « le roi ne fit qu'accepter tard et avec peine un projet qu'il eût dû former, proposer et presser. Il perdit un temps le plus précieux… qu'il eût peut-être eu de tout son règne. » Le pape leva des troupes et tira du château Saint-Ange cinq cent mille écus du trésor de Sixte V.
- L’Artois sous contribution
- L'Artois sous contribution : Berwick, établi dans Douai, arriva trop tard ; les ennemis, leur gros à la Bassée, « avoient pensé surprendre Dourlens », pris un faubourg d'Arras, et tirèrent « trois millions cinq cent mille livres de ce malheureux pays », exigés « la plupart en provisions de toutes les sortes, ce qui montra leur dessein de faire un grand siège » — des ravages « dont [le roi] n'avoit pas ouï parler depuis sa minorité ».
- Faute de Mgr le duc de Bourgogne
- Faute du duc de Bourgogne : le prince Eugène escortait de Bruxelles un convoi « de plus de cinq mille chariots » ; Vendôme voulut le faire attaquer — projet beau, qui eût fait avorter le siège. « Néanmoins, Mgr le duc de Bourgogne s'opposa à l'attaque du convoi… Pour moi, j'avoue franchement que je ne compris jamais quelles pouvoient être les raisons de ne le pas attaquer. »
- Conduite de Vendôme
- Conduite de Vendôme : lui « si opiniâtre jusqu'alors…, céda tout court en protestant de son avis, et laissa tranquillement passer le convoi. Il suivoit son projet qui n'étoit pas de faire une belle et utile campagne, mais d'en faire faire une à ce prince qui le perdît sans retour. L'opiniâtreté et l'audace y avoient servi à Audenarde ; il n'espéra pas ici un moindre succès de sa déférence. » Le roi « fit semblant d'être satisfoit des raisons de son petit-fils » ; Chamillart soutint même à Saint-Simon que le prince avait eu raison, sans jamais pouvoir en donner les raisons.
- Boufflers entre dans Lille, et remet à flot Surville et La Freselière
- Boufflers, « pétri d'honneur et de valeur…, d'amour pour la patrie », crut que les ennemis assiégeraient Lille, dont il était gouverneur ; éconduit une première fois, il obtint enfin de « s'y aller jeter » et partit le 26 juillet au sortir de chez Mme de Maintenon. Il fit alors « deux actions d'un aussi galant homme qu'il étoit » : il demanda et obtint que Surville et La Freselière, « perdus sans retour », servissent sous lui — « sans qu'eux ni personne pour eux eussent pu le deviner » ; il passa même prendre Surville dans sa retraite de Picardie et « l'emmena à Lille avec lui ».
- Cause de la disgrâce du dernier
- Cause de la disgrâce de La Freselière : lieutenant général de l'artillerie, il voulut « établir en droit ce qu'il n'avoit eu que par tolérance » — prendre le jour à son tour —, fut refusé, insista : « le toupet lui monta, il envoya la démission de sa charge », malgré tout ce que M. du Maine put faire. « La réponse à cette folie fut un ordre de se rendre à la Bastille. »
- Troupes, etc., dans Lille
- Dans Lille, Boufflers eut « toutes sortes de munitions de guerre et de bouche, force artillerie, trois ingénieurs principaux, dix-neuf bataillons, deux autres bataillons d'invalides, quelque cavalerie, deux régiments de dragons », et il enrégimenta trois mille hommes de la jeunesse de la ville. « Les ennemis y amenèrent d'abord cent dix pièces de batterie et cinquante mortiers. »
- Le Rhin tranquille
- Le Rhin tranquille : l'électeur de Bavière à Langendel « avec un pont sur le Rhin, couvert d'une redoute », le duc d'Hanovre dans ses lignes d'Etlingen, Mercy « derrière la forêt Noire, tous ces côtés-là fort tranquilles ».
- Troupes mal choisies dans Lille et autres fâcheux manquements
- Troupes mal choisies : « la plupart des bataillons qui étoient dans Lille se trouvèrent de nouveaux dont la plupart n'avoit jamais entendu tirer un coup de mousquet, et il n'y avoit que médiocrement de poudre. Il s'y trouva quantité d'autres manquements. »
- Dispositions de Boufflers
- Dispositions de Boufflers : il « mit à profit le peu de temps qu'il eut libre », apporta « cent mille écus du sien qu'il avoit empruntés », répondit pour le roi de tout ce qu'il emprunta en Flandre — « ce qui alla à plus d'un million » —, et « enrégimenta quatre mille fuyards d'Audenarde, qu'il trouva encore relaissés dans la ville et dans les environs ». « La défense de Namur répondoit de celle que Boufflers feroit ailleurs. »
- Sécurité de Vendôme
- Sécurité de Vendôme : de Lawendeghem, il « se moquoit de l'opinion du siège de Lille, comme d'une imagination folle et ridicule, et sa cabale faisoit l'écho à Paris et à la cour qui en furent les dupes ». Il eut « l'imprudence ou la malice » de déclarer que le duc de Bourgogne avait ordre de secourir toute place assiégée, « mais que, pour Lille, il la prenoit sous sa protection, et répondroit bien que les ennemis ne se hasarderoient pas à une entreprise d'un si grand engagement dans notre pays ».
- Lille investi (12 août)
- « Lille étoit investi le 12 août », ce que le roi apprit le 14 par plusieurs courriers de Flandre — tandis que de l'armée on mandait encore « qu'on croyoit les ennemis déterminés à faire le siège de Tournai ».
- Misérables flatteries
- Misérables flatteries : « les uns ne craignirent point de dire d'un ton indifférent qu'on s'étoit passé de Lille si longtemps qu'on s'en passeroit bien encore » ; Vaudemont et la cabale répondirent « qu'une entreprise si folle étoit le plus grand bonheur qui pût arriver », les ennemis s'étant engagés si avant pour y échouer. « Ces misérables contes ne déplurent pas au roi, mais infiniment à Mme la duchesse de Bourgogne. »
- Tranchée ouverte (22 août)
- Le roi Auguste « vint incognito à l'armée des ennemis. Le prince Eugène fit le siège, et ouvrit la tranchée le 23 août. Le duc de Marlborough commandoit l'armée d'observation » et passa l'Escaut pour empêcher la jonction de Berwick avec le duc de Bourgogne.
- Albéroni à Fontainebleau
- Albéroni arriva à Fontainebleau « sans y être attendu et mit pied à terre chez Chamillart. Il y passa vingt-quatre heures, ne vit ni le roi ni le monde, et s'en retourna tout court. » Vrai sujet : le duc de Parme, « tremblant, mais fort désireux de la ligue d'Italie », pressait par cette voie. « Mais de croire qu'entre lui et Chamillart il n'y eut point quelque épisode de Flandre, et qu'il ne vit point en secret M. du Maine, M. de Vaudemont…, je pense que ce seroit fort se tromper. »
- Retour par Petit-Bourg à Versailles
- Le roi partit de Fontainebleau le lundi 27 août, coucha à Petit-Bourg et rentra le lendemain à Versailles, témoignant « ne vouloir rien épargner pour se conserver une place aussi importante que Lille, et qui étoit personnellement une de ses premières conquêtes ».
- Opiniâtre lenteur de Vendôme à s’ébranler
- Opiniâtre lenteur de Vendôme : surpris de la tranquillité de l'armée derrière le canal de Bruges, le roi dépêcha « un ordre positif de marcher au secours », renvoyé « avec des représentations et des délais » ; un deuxième courrier échoua de même ; il fallut un troisième, portant « un autre ordre particulier à son petit-fils de marcher avec l'armée, malgré M. de Vendôme, s'il continuoit à vouloir différer ». Vendôme marcha alors, « mais avec lenteur », et « décida avec autorité pour le chemin de Tournai », promettant les délibérations pour l'approche de Lille.
- Jonction de l’armée du duc de Berwick avec celle de Mgr le duc de Bourgogne
- Jonction : le duc de Bourgogne arriva à Ninove le 28 août sur le minuit ; Berwick vint le saluer le 29 au matin, et son armée joignit la grande armée le 30 dans sa marche à Lessines.
- Berwick prend une seule fois l’ordre du duc de Vendôme ; se déporte de tout commandement
- Berwick, « avec ses dignités et son bâton de maréchal orné des lauriers d'Almanza », dut passer « sous les Fourches claudiennes » : il prit l'ordre du duc de Vendôme le jour de la jonction « avec une indignation dont il ne se cacha pas » — le roi s'était roidi « à le lui faire avaler une fois en arrivant, pour qu'il ne manquât rien au triomphe de Vendôme sur tous les maréchaux de France ». Il ne mit pas le pied chez Vendôme, remit son armée au prince pour être incorporée, et déclara « qu'il ne prétendoit à aucun commandement…, sinon de se tenir auprès de la personne de Mgr le duc de Bourgogne ».
- Maréchal de Matignon s’en va malade et ne revient plus
- Le maréchal de Matignon « étoit allé malade à Tournai, avec un passeport des ennemis. Il y fut assez mal, et de là, sous prétexte de sa santé, gagna Paris d'où il eût mieux fait de n'avoir bougé. » Razilly s'en était allé « pour ne plus revenir à cause de la mort de sa femme », et d'O mis en sa place auprès de M. le duc de Berry.
- Force de l’armée après la jonction
- Force de l'armée après la jonction : « jamais armée si formidable » — cent quatre-vingt-dix-huit escadrons plus quarante-deux de dragons, cent trente bataillons, « vingt-trois lieutenants généraux, vingt-cinq maréchaux de camp en ligne, soixante-dix-sept brigadiers, en un mot, ce qui de mémoire d'homme ne s'étoit jamais vu, et une ardeur de combattre qui ne pouvoit être plus vive, plus naturelle, plus générale ».
- L’armée à Tournai
- « Dans cet état, on marcha à Tournai ; on y séjourna pour faire passer la rivière plus commodément, et on comptoit sur un combat décisif. »
- Dévotions mal interprétées
- Dévotions mal interprétées : Beauvau, évêque de Tournai, « publia des dévotions pour implorer la bénédiction de Dieu sur nos armes. Mgr le duc de Bourgogne y assista entre autres à une procession générale. La cabale et les libertins ne le lui pardonnèrent pas ; les interprétations furent les plus malignes, et fort publiques » — son temps eût été mieux employé, disait-on, aux délibérations.
- Divisions
- Divisions : il n'y eut « presque point de consultations. Ce peu même fut aigre et tumultueux. Vendôme saisit toute l'autorité ; le jeune prince, trop battu, trop mal soutenu, le laissa faire. » Berwick se renfermait à dire au prince en particulier ce qu'il pensait, « improuvant en effet la plupart de ce qui se faisoit » ; Vendôme « se prenoit à lui aigrement de sa réserve…, de son air de censeur dans son silence », et la cabale « acheminoit contre [l'héritier nécessaire de la couronne] ses desseins à grands pas ».
- Chemins pris par l’armée
- Chemins pris : les bagages envoyés à Valenciennes, l'Escaut passé à Tournai le 2 septembre, puis l'armée « se mit à longer la Marck par des pays coupés et fâcheux, doublant presque le chemin à cause de la tortuosité du ruisseau » — « jusqu'au capitaine des guides trouvoit ce parti-là le moins bon de tous ». Elle arriva le 4 septembre à Mons-en-Puelle, « où elle séjourna cinq jours », attendant Saint-Hilaire et l'artillerie de Douai.
- Camps des deux armées opposées
- « Marlborough campoit cependant au dedans de la Marck, sa droite à Pont-à-Marck, sa gauche à Pont-à-Tressin » — tout le loisir de choisir et reconnaître ses postes.
- Inquiétude de la cour
- Inquiétude de la cour : « l'agitation y étoit extrême, jusqu'à l'indécence ». « Les prières de quarante heures étoient partout ; Mme la duchesse de Bourgogne passoit les nuits à la chapelle, tandis qu'on la croyoit au lit… Passoit-il un cheval un peu vite, tout couroit sans savoir où. L'appartement de Chamillart étoit investi de laquais, jusque dans la rue…, et cette horreur dura près d'un mois. » Le roi lui-même « demandoit des nouvelles aux courtisans » et écrivit aux évêques pour des prières publiques.
- Flatteries misérables
- Flatteries misérables : « Mme d'O s'en alloit plaignant le sort de ce pauvre prince Eugène, dont les grandes actions et la réputation alloient périr avec lui dans une si folle entreprise » ; la cabale, « plus bruyante que jamais, répondoit d'une victoire assurée et de la certitude que le secours de Lille ne pouvoit échapper à M. de Vendôme ».
- Je parie contre Cani que Lille sera pris sans combat et sans secours
- Le pari : un soir chez Chamillart, « la patience m'échappa tout d'un coup, et je proposai à Cani… de parier quatre pistoles qu'il n'y auroit point de combat, et que Lille seroit pris et point secouru ». On se moqua, Cani remercia « du petit présent » ; les huit pistoles furent remises à Chamillart, qui, stupéfait, l'emmena au bout de la chambre : « Au nom de Dieu, faites-moi la grâce de me dire sur quoi vous fondez votre persuasion, car je vous répète, en foi d'homme d'honneur, que j'ai dépêché les ordres les plus positifs. » Saint-Simon ne répondit que par « le temps perdu » — n'osant rien dévoiler « à un pupille de Vaudemont et de ses nièces ».
- Bruit étrange sur ce pari, et sa suite
- Bruit étrange sur ce pari : « dès le lendemain, ce pari fut la nouvelle de la cour ». Les Lorrains, M. du Maine, la cabale, M. le Duc et Mme la Duchesse, d'Antin « qui s'y épargna peut-être moins que personne », s'en saisirent : « la noirceur alla jusqu'à m'accuser d'improuver tout, d'être mécontent et de me délecter de tous les mauvais succès. Ces propos furent soigneusement portés jusqu'au roi…, et je me trouvai entièrement perdu auprès de lui sans le savoir que plus de deux mois après. »
- Position des deux armées
- Position des deux armées, rapportée par le courrier de Mons-en-Puelle : notre armée sur quatre lignes, « la droite vers Blouïs, la gauche sur Tumières, la réserve et les dragons à Alligny-sur-la-Marck, dans laquelle il n'y avoit pas une goutte d'eau » ; les ennemis appuyés à deux marais, retranchés partout, le débouché n'ayant « qu'un quart de lieue de large ». Deux partis : les déposter de vive force, ou « jeter du secours dans Lille qui le pouvoit aisément recevoir par le côté de la citadelle » — « ce dernier parti étoit l'avis de tous les généraux ».
- Fatale et artificieuse opiniâtreté de Vendôme
- Fatale et artificieuse opiniâtreté : Vendôme, qui avait promis les délibérations, « ne s'en souvint plus dès qu'on en fut là. Il maintint fort et ferme qu'il falloit attaquer ; ses dépêches ne chantoient que bataille et victoire. » « Mais parlons ici franchement. Rien de tout cela ; mais le second tome d'Audenarde, mais plus pourpensé… ne rien faire quand il pouvoit tout faire, vouloir tout quand il ne pouvoit plus rien » : ayant laissé Marlborough s'accommoder « en plein loisir » un poste inattaquable, il « corne bataille et victoire, et prépare à Mgr le duc de Bourgogne tout l'affront d'avoir manqué le secours ».
- Mensonge en plein de Pont-à-Mark
- Mensonge de Pont-à-Marck : on répandit que Vendôme avait proposé d'y faire passer l'armée, que les officiers s'y opposèrent, que Cheladet criait « qu'il falloit rompre son épée et n'en porter jamais si on ne passoit point dans un moment si favorable ». La vérité, sue au retour de l'armée : Artagnan y avait passé avec un détachement « afin de reconnoître le pays et d'y faire faire trois chemins », « sans que M. de Vendôme, ni autre quel qu'il fût, eût imaginé de faire passer l'armée à Pont-à-Marck ». Le roi, fâché de la nouvelle consultation, « dit avec émotion que, puisqu'ils vouloient encore des ordres, ils en auroient trois heures après » — et le courrier repartit dans les trois heures.
- Mensonge en plein de Mons-en-Puelle
- Mensonge de Mons-en-Puelle : on répandit qu'un conseil de guerre s'y était tenu, où les officiers généraux auraient représenté « qu'il s'agissoit beaucoup moins de la conservation de Lille que de celle des princes », Vendôme « seul pour l'attaque », le duc de Bourgogne se rendant à l'avis contraire. « Ce qu'il y eut de véritable est qu'il ne fut non seulement pas la moindre question de conseil de guerre, mais pas même mention de consulter personne. » La cabale persuada pourtant les troupes que seul Vendôme voulait combattre : la licence alla jusqu'à « crier au Vendômiste ou au Bourguignon sur ceux qui passoient à la tête des camps ». « Je me contente ici d'un récit nu dans la plus exacte vérité. Il est tellement au-dessus de toute réflexion que je n'y en ferai aucune. »
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