TOME III · CHAPITRE III

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Résumé

« Messieurs, voilà le roi d'Espagne » : la déclaration dans la galerie, le traitement du nouveau roi, Beauvilliers en chef et Noailles en supplément pour conduire les princes. Félicitations du nonce et de Venise ; Harcourt duc vérifié et ambassadeur ; « rage singulière » de Tallard. L'électeur de Bavière fait proclamer Philippe V aux Pays-Bas ; plaintes des Hollandais ; Bedmar à Marly ; proclamations à Milan, Madrid, Naples, en Sicile et Sardaigne. Castel dos Rios grand d'Espagne de première classe ; le roi prend la Toison — et manière de la porter ; départ du roi d'Espagne et de ses frères.

Les entrées

Retour de Fontainebleau
Le retour de Fontainebleau, le 15 novembre : le roi arrive à Versailles à quatre heures, Monseigneur va à Meudon, Monsieur et Madame à Paris — « la cour se trouva fort grosse à Versailles, que la curiosité y avoit rassemblée dès le jour même ».
Déclaration du roi d’Espagne ; son traitement
La déclaration du 16 novembre, scène immortelle : le roi fait ouvrir « contre toute coutume » les deux battants de son cabinet — « Messieurs, voilà le roi d'Espagne. La naissance l'appeloit à cette couronne, le feu roi aussi par son testament, toute la nation l'a souhaité et me l'a demandé instamment ; c'étoit l'ordre du ciel ; je l'ai accordé avec plaisir. » Et au petit-fils : « Soyez bon Espagnol, c'est présentement votre premier devoir, mais souvenez-vous que vous êtes né François, pour entretenir l'union entre les deux nations. » Suit tout le traitement royal : le carreau à la tribune, la pièce du lit du grand appartement, le fauteuil et le cadenas à la droite du roi, l'essai comme pour lui — « en un mot toute égalité avec le roi », mais « dans le particulier, il vivoit en duc d'Anjou », courant comme un enfant chez Mme de Maintenon avec ses frères. Le mot du roi au premier souper : « il croyoit encore que tout ceci étoit un songe » ; et celui de Monseigneur, « hors de lui de joie » : « jamais homme ne s'étoit trouvé en état de dire comme lui : le roi mon père, et le roi mon fils » — Saint-Simon rappelant la prophétie « Fils de roi, père de roi, et jamais roi ».
M. de Beauvilliers seul en chef, et M. de Noailles en supplément accompagnent les princes au voyage
Le voyage réglé : départ le 4 décembre, les deux frères jusqu'à la frontière, « M. de Beauvilliers seul en chef » avec autorité sur princes, courtisans, gardes et troupes, le maréchal de Noailles joint « non pour se mêler, ni ordonner de quoi que ce soit en sa présence », mais en suppléant ; cinquante mille livres à chacun ; et l'admirable adieu de Sceaux — une heure et demie de larmes derrière la porte à deux battants, le roi présentant les princes du sang : « Voici les princes de mon sang et du vôtre ; les deux nations présentement ne doivent plus se regarder que comme une même nation. »
Le nonce et l’ambassadeur de Venise félicitent les deux rois
Le nonce et l'ambassadeur de Venise, « un moment après la déclaration, fendirent la presse et allèrent témoigner leur joie aux deux rois, ce qui fut extrêmement remarqué » ; les autres ministres se tinrent sur la réserve — et le pauvre Zinzendorf, monté annoncer la naissance d'un archiduc « dans l'ignorance de ce qui se devoit passer », « n'apprit qu'en sortant le fâcheux contretemps dans lequel il étoit tombé ».
Harcourt duc vérifié et ambassadeur en Espagne
Le 17 novembre, « Harcourt fut déclaré duc héréditaire et ambassadeur en Espagne, avec ordre d'attendre le roi d'Espagne à Bayonne et de l'accompagner à Madrid ».
Rage singulière de Tallart
La rage singulière de Tallard, « l'homme du monde le plus rongé d'ambition et de politique » : on le voyait des fenêtres « se promener tout seul dans le jardin, ses bras en croix sur sa poitrine, son chapeau sur ses yeux, parlant tout seul et gesticulant parfois comme un possédé » ; et chez Torcy, déclamant seul devant la cheminée, chapeau et perruque jetés sur les sièges — ramené à lui « par un éclat de rire » des sept ou huit convives qui, de la table, « s'étoient prolongé le plus qu'ils avoient pu le plaisir de l'entendre, et celui de le voir par la glace ».
L’électeur de Bavière fait proclamer Philippe V aux Pays-Bas, qui est harangué par le parlement et tous les corps
L'électeur de Bavière fait proclamer Philippe V à Bruxelles « parmi les Te Deum, les illuminations et les réjouissances » ; le parlement en robes rouges, la chambre des comptes et tous les corps viennent haranguer le nouveau roi, « qui ne se leva point de son fauteuil pour pas un de ces corps, mais demeura toujours découvert ».
Plaintes des Hollandois
L'ambassadeur de Hollande, « contre tout usage des ministres étrangers, alla par les derrières chez Torcy se plaindre amèrement de l'acceptation du testament, de la part de ses maîtres ».
Bedmar à Marly
Bedmar à Marly, longuement entretenu seul par le roi ; les Flamands de sa suite, surpris d'être couverts aux promenades — le roi leur dit « que jamais on ne se couvroit devant lui, mais qu'aux promenades il ne vouloit pas que personne s'enrhumât ».
Philippe V proclamé à Milan
Le 28, lettres de Vaudémont : Philippe V proclamé à Milan « avec les mêmes démonstrations de joie qu'à Bruxelles ».
Le roi d’Espagne fait Castel dos Rios grand d’Espagne de la première classe et prend la Toison ; manière de la porter
Le 2 décembre, le roi d'Espagne fait Castel dos Rios grand d'Espagne de première classe et prend la Toison d'or « sans cérémonie », conservant le Saint-Esprit ; suit l'histoire de la manière de la porter — du petit collier au ruban noir, puis au « ruban rouge ondé » remis à la mode par l'électeur de Bavière.
Départ du roi d’Espagne et des princes ses frères
Le départ de Sceaux, le 4 décembre : la messe à la tribune dans une foule incroyable, le carrosse d'apparat — la duchesse de Bourgogne entre les deux rois —, le chemin « jonché de carrosses et de peuple », les adieux déchirants, et la méditation finale : « admirons la Providence qui se joue des pensées des hommes et dispose des États. Qu'auroient dit Ferdinand et Isabelle, Charles-Quint et Philippe II… de voir un fils de France devenir roi d'Espagne par le testament du dernier de leur sang, sans dessein, sans intrigue, sans une amorce tirée de notre part ? »
Philippe V proclamé à Madrid, à Naples, en Sicile et en Sardaigne
Philippe V proclamé à Madrid dans « la plus extrême joie » — la reine abandonnée de presque tout son service, « à qui on refusoit les choses les plus ordinaires de son entretien » — puis à Naples par Medina-Celi, en Sicile et en Sardaigne.
Affaire de Vaïni à Rome
L'affaire Vaïni à Rome : ses créanciers lui lâchent des sbires ; Monaco accourt en personne, ses gentilshommes chassent les sbires à coups d'épée, une décharge blesse à mort le gentilhomme sur lequel l'ambassadeur s'appuyait — « cela fit grand bruit dans Rome et peu d'honneur à M. de Monaco, qui se commit là fort mal à propos en personne avec des canailles, et pour ce Vaïni qui n'étoit bon qu'à attirer de mauvaises affaires ». Les chefs d'ordre du sacré collège écrivirent au roi pour demander pardon.
Albano pape (Clément XI)
Albano élu pape sous le nom de Clément XI : « un homme de bien, mais qui apporta peu d'expérience et de capacité à son pontificat » — sacré par le cardinal de Bouillon comme doyen, qui eut au conclave « la meilleure conduite du monde » et la plus française : mais « la mesure étoit comble et la colère du roi ne se put apaiser » — ordre à tous les cardinaux de revenir, sauf Janson chargé des affaires.
Grâces pécuniaires
Grâces pécuniaires : quatre cent mille livres au cardinal Radziejowski pour l'élection manquée de Conti, une confiscation de vaisseaux de Dantzig à l'abbé de Polignac, douze mille livres de pension à Mme de Lislebonne, cinq mille à la femme de Mansart, quatre mille à Mlle de Croissy.
Chamillart ministre
Le 23 novembre, Chamillart ministre d'État : « il fut d'autant plus touché de cette importante grâce qu'il n'y songeoit pas encore. » Barbezieux « prit cette préférence avec la dernière amertume, et Pontchartrain se fit moquer de soi d'en paroître fâché, et blâmer jusque par son père ».
Électeur de Brandebourg se déclare roi de Prusse ; comment [la Prusse] entrée dans sa maison
L'électeur de Brandebourg se déclare roi de Prusse : au cours d'un repas, « il leur porta la santé de Frédéric III, roi de Prusse et électeur de Brandebourg, et se déclara roi de cette manière ». Saint-Simon remonte à l'origine : l'ordre Teutonique conquérant la Prusse sur les idolâtres, puis Albert de Brandebourg, grand maître passé à Luther, qui « ruina tous les droits et les privilèges de l'ordre qui l'avoit élu, s'en appropria les richesses communes, se moqua du pape et de l'empereur » et se fit duc héréditaire de Prusse — l'empereur, « qui cherchoit partout des troupes, de l'argent et des alliés », ayant fermé les yeux sur la couronne.
Courlande
À son exemple, Gothard Kettler, maître de l'ordre, « s'appropria la Courlande en duché héréditaire sous la mouvance de la Pologne » — conservée par sa postérité jusqu'à ce que la czarine « en a su récompenser les services amoureux de Biron, gentilhomme tout simple du pays ».
Tessé à Milan et Colmenero à Versailles
Tessé envoyé à Milan « concerter avec le prince de Vaudémont les choses militaires » et commander les troupes françaises du Milanais ; Colmenero, confident de Vaudémont, vient à Versailles presser l'envoi des troupes — qui partent par mer et par terre, « M. de Savoie ayant accordé le passage de bonne grâce ».
Castel dos Rios
Castel dos Rios, comblé : « un très-bon, honnête et galant homme, à qui la tête ne tourna ni ne manqua dans cette conjoncture si extraordinaire et si brillante » — le roi lui envoyant de l'argent « dont il manquoit fort sans en jamais parler », et lui procurant au sortir la vice-royauté du Pérou.
Harcourt retourné à Madrid ; sa place à la junte
Harcourt de retour à Madrid, reçu « avec la plus grande joie » : la junte le prie d'assister à ses séances et lui laisse le choix de sa place, « qu'il prit à la gauche de la reine, le cardinal Portocarrero étant à droite » — la junte suppliant le roi « de donner ses ordres dans tous les États du roi son petit-fils ».
Troubles du Nord
Les troubles du Nord : le jeune roi de Suède, après avoir dompté le Danemark, « attaqua les Moscovites, qu'il battit avec une poignée de troupes contre près de cent mille hommes ; il força leurs retranchements à Narva » et chassa l'ennemi de Livonie — privant l'empereur des secours du Nord, tandis que le pape, refusant l'investiture de Naples sous la pression impériale, reconnaissait néanmoins Philippe V « pour seul roi de Naples et de Sicile ».

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