TOME VII · CHAPITRE XIII
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Résumé
Villars et ses fanfaronnades face à la « modeste habileté » d'Harcourt ; Chamillart ébranlé, raffermi en apparence, « rudement attaqué » ; sarcasme d'Harcourt ; le conseil de guerre devant le roi, « fort orageux et l'unique de sa vie à la cour ». Petits désordres à Paris, billets fous, placards insolents, procession de Sainte-Geneviève — la capitale gronde ; Harcourt pourvu à Strasbourg ; audiences dangereuses pour Chamillart ; Surville dans Tournai avec dix-huit bataillons et le « manquement de tout » en Flandre ; Torcy revient de Hollande bredouille ; les princes ne vont plus aux armées ; Besons maréchal de France ; vaisselles portées à la Monnaie.
Les entrées
- Villars et ses fanfaronnades
- Villars, parti disposer la Flandre à la mi-mars, revint début mai « pouffer à la matamore » : « il ne respiroit que batailles, publioit qu'il n'y avoit qu'une bataille qui pût sauver l'État, qu'il en livreroit une dans les plaines de Lens…, et par un tissu de fanfaronnades folles, faisoit transir tout ce qu'il y avoit de gens sages de voir la dernière ressource de l'État commise en de telles mains. »
- Modeste habileté d’Harcourt
- Modeste habileté d'Harcourt : il avait refusé la Flandre, alléguant « qu'il ne se sentoit pas assez fort pour une armée si nombreuse », préférant « se conserver la faculté de pouvoir de loin blâmer ce qui s'y feroit ». « En rusé compagnon », il proposa que la duchesse de Bourgogne assistât à son travail avec le prince : « finement il la consulta, admira tout ce qu'elle dit…, et les charma tous deux de la sorte ». Chamillart croyait l'éloigner : « le pauvre homme ne voyoit pas qu'en l'éloignant en apparence, il le rapprochoit en effet ».
- Chamillart ébranlé, puis apparemment raffermi
- Chamillart ébranlé : les bruits donnaient sa place à d'Antin. Poussé par sa fille Dreux, il parla enfin au roi « mais il ne le fit qu'à demi…, il fit la faute capitale de ne lui nommer personne ». Le roi le combla d'assurances « jusqu'à lui faire son éloge » ; les bruits « tombèrent tout court, et on le crut tout à fait rétabli. Ces apparences ne purent me rassurer. »
- Chamillart rudement attaqué
- Rudement attaqué : Boufflers, « sensible, court, littéral », se plaignait avec amertume « de tout ce dont il avoit manqué à Lille » ; « encouragé par Mme de Maintenon et entraîné par Harcourt, il se contraignoit peu sur ce ministre, et il s'en faisoit comme un point d'honneur et de bon citoyen ». Et d'Antin s'échappa contre le père et le fils chez Mme la Duchesse — « il n'y eut personne à la cour qui eût quelque lumière qui ne sentît que Chamillart étoit fort ébranlé, puisque d'Antin s'échappoit de la sorte et sans cause d'inimitié ».
- Sarcasme d’Harcourt sur Chamillart
- Sarcasme d'Harcourt : à Mme de Maintenon demandant qui mettre à la place de Chamillart, « M. Fagon, madame, lui répondit-il froidement… M. Fagon est bon médecin, et point homme de guerre ; M. Chamillart est magistrat et point homme de guerre non plus. M. Fagon de plus est homme de beaucoup d'esprit et de sens ; M. Chamillart n'a ni l'un ni l'autre… Ainsi, je vous répète très sérieusement que M. Fagon y vaudroit beaucoup mieux. » « Il n'est pas concevable le mal que ce sarcasme fit à Chamillart, et le ridicule qu'il lui donna. »
- Conseil de guerre devant le roi fort orageux, et l’unique de sa vie à la cour
- Conseil de guerre orageux, le dimanche 8 mai à Marly, « pour la première fois de sa vie » à la cour — le roi en avertit son petit-fils « un peu aigrement : À moins que vous n'aimiez mieux aller à vêpres ». Trois heures durant, les trois maréchaux « tombèrent sur Chamillart » que le roi « laissa malmener ». Boufflers, muni d'un rôle exact de ce qui était dû aux gardes du corps, confondit Desmarets : « il fit voir en un coup d'œil, avec la plus grande netteté, la misère des gardes du corps » ; Chamillart ajouta « qu'il n'y avoit pas un seul régiment de payé ».
- Petits désordres à Paris
- Petits désordres à Paris : émeutes dans les marchés, compagnies des gardes retenues ; « Argenson, lieutenant de police, courut même fortune à Saint-Roch » dans une émeute de populace « fort grossie et fort insolente ».
- Billets fous
- Billets fous : La Rochefoucauld reçut au Chenil « un billet anonyme atroce contre le roi, qui marquoit en termes exprès qu'il se trouvoit encore des Ravaillacs, et qui, à cette folie, ajoutoit un éloge de Brutus ». Il accourut « avec emphase » et fut fort mal reçu — Bouillon et Beauvilliers, mêmes billets portés « plus simplement », furent mieux traités. Le roi comprit « que des gens qui menacent et qui avertissent ont moins dessein de se commettre à un crime que d'en donner l'inquiétude ».
- Placards insolents
- Placards insolents : « l'inondation des placards les plus hardis et les plus sans mesure contre sa personne, sa conduite et son gouvernement…, surtout à ses statues, qui furent insultées de nuit en diverses façons », avec « une multitude de vers et de chansons où rien ne fut épargné ».
- Procession de Sainte-Geneviève
- Le 16 mai se fit « la procession de Sainte-Geneviève, qui ne se fait que dans les plus pressantes nécessités… Les uns en espérèrent du secours, les autres amuser un peuple mourant de faim. »
- Harcourt bien pourvu à Strasbourg
- Harcourt, « habile en tout, et dont les sorties sur Chamillart avoient intimidé Desmarets avec lui, ne voulut point partir que très bien assuré de pain, de viande et d'argent pour son armée du Rhin », et partit fin mai après de longs tête-à-tête avec Monseigneur et le roi.
- Dangereuses audiences pour Chamillart
- Audiences dangereuses : le même jour, longue audience de Tessé sous prétexte de l'Italie. « La vérité fut que toutes ces audiences regardèrent Chamillart, comme on le verra bientôt, et toutes ameutées et procurées par Mme de Maintenon. »
- Surville dans Tournai avec dix-huit bataillons
- « Surville eut permission de saluer le roi, et fut envoyé aussitôt après commander dans Tournai, avec dix-huit bataillons. »
- Manquement de tout en Flandre
- Manquement de tout en Flandre : « de l'argent et du pain, il n'y en vint que chiquet à chiquet ; et cette armée se trouva abandonnée souvent à sa propre industrie là-dessus, et souvent pendant de longs intervalles, avec une frontière fort resserrée » — tandis que Dauphiné et Catalogne étaient bien pourvues.
- Retour de Hollande de Torcy
- Torcy arriva de la Haye le 1er juin « après un mois juste d'absence. Il ne rapporta rien d'agréable, et fut médiocrement reçu » — Mme de Maintenon et Chamillart avaient blâmé un voyage fait sans eux.
- Princes ne vont point aux armées qu’ils devoient commander
- « On déclara qu'aucun des princes destinés aux armées ne sortiroit de la cour » ; au duc d'Orléans, le roi fit entendre qu'il convenait qu'il restât aussi, « d'autant plus qu'il pouvoit se trouver peut-être dans peu dans la triste nécessité de retirer ses troupes d'Espagne ».
- Besons maréchal de France
- « Le roi envoya le bâton de maréchal de France à Besons qui commandoit l'armée de Catalogne. Il fut fait seul, et n'étoit pas des plus anciens lieutenants généraux » — le duc d'Orléans le pressait depuis longtemps, « mais son crédit n'étoit pas grand alors ».
- Duchesse de Grammont
- La duchesse de Grammont, « cette vilaine » revenue de Bayonne où elle avait « impunément volé les perles de la reine d'Espagne », imagina d'offrir au roi la vaisselle d'argent pour regagner rang et honneurs. Boufflers, à qui le duc de Grammont en parla, « trouva cela admirable, s'en engoua », courut offrir la sienne « et en fit tant de bruit qu'il passa pour l'inventeur » — la vieille Grammont « enragée ».
- Vaisselles portées à l’orfèvre du roi et à la monnaie
- Vaisselles à l'orfèvre et à la Monnaie : le chancelier opina fortement contre — « le peu de profit par rapport à l'objet…, la honte de la chose en elle-même…, le bruit que cela feroit chez les étrangers » — mais le roi persista. « Il ne se trouva pas cent personnes sur la liste de Launay, et le total du produit ne monta pas à trois millions » ; « la perte et le dommage furent inestimables de toutes ces admirables moulures, gravures, ciselures ». Lauzun, à qui l'on demandait s'il avait envoyé la sienne : « Que sais-je s'il ne faut pas que tout cela passe sous le cotillon de la duchesse de Grammont ? Nous en pensâmes tous mourir de rire. » Saint-Simon fit l'arrière-garde et fit serrer le reste. « Au bout de trois mois, le roi sentit la honte et la faiblesse de cette belle ressource, et avoua qu'il se repentoit d'y avoir consenti. »
- Le roi et la famille royale en vermeil et en argent ; les princes et les princesses du sang en faïence
- « Le roi et la famille royale se servirent de vaisselle de vermeil et d'argent ; les princes et les princesses du sang de faïence » — tout ce qui était grand « se mit en huit jours en faïence, en épuisèrent les boutiques » ; d'Antin, des premiers chez Launay, courut « enlever deux boutiques de faïence qu'il fit porter pompeusement à Versailles ».
- Inondations de la Loire
- « Les inondations de la Loire, qui renversèrent les levées…, ruinèrent bien du monde et désolèrent le commerce intérieur. »
- Rouillé de retour de Hollande
- Rouillé, rappelé le lendemain de l'arrivée de Torcy, « arriva incontinent après ».
- Les armées assemblées
- « Les armées de part et d'autre s'assemblèrent en Flandre, les ennemis commandés à l'ordinaire par le duc de Marlborough et le prince Eugène ; et le maréchal de Villars dans les plaines de Lens. »
- Cardinal de Bouillon rapproché à trente lieues
- Le cardinal de Bouillon eut permission « de s'approcher de la cour et de Paris, à la distance de trente lieues. On fut surpris que cet adoucissement fût venu du mouvement du roi, sans que personne lui en eût parlé. »
- Superbe du roi
- Superbe du roi : il demanda à Torcy si M. de Bouillon ne lui parlait pas souvent pour son frère. « Cela est fort extraordinaire, répliqua le roi d'un air piqué, qu'un frère ne parle pas pour son frère ; M. de Vendôme m'a bien pressé pour le sien. C'est que le roi aimoit que toute une famille se sentît affligée d'une disgrâce…, et qu'on ne lui fournît pas l'occasion de refuser et d'humilier. »
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