TOME XIV · CHAPITRE XIII
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Résumé
Mlle de Chartres prend l'habit à Chelles — la fille du Régent religieuse ; morts d'Armentières, du duc de Béthune, de Mme d'Estrades, de la douairière de Duras, de la duchesse de Melun, de la comtesse d'Egmont, de Mme de Chamarande — avec l'éclaircissement sur sa naissance —, de l'abbé de Vauban ; l'« indécence du carrosse du roi expliquée » ; Maupeou président à mortier « depuis premier président » ; la survivance de Nicolaï ; « bassette et pharaon défendus » ; mariage d'une fille de la maréchale de Boufflers.
Les entrées
- Mlle de Chartres prend l’habit à Chelles
- « Mlle de Chartres ayant persévéré longuement à vouloir être religieuse contre le goût et les efforts de M. le duc d'Orléans, il consentit enfin qu'elle prît l'habit à Chelles, dont une sœur du maréchal de Villars étoit abbesse. M. le duc et Mme la duchesse d'Orléans y allèrent, et n'y voulurent personne. L'action fut ferme et édifiante, et tout s'y passa avec le moins de monde et le plus de simplicité qu'il fut possible. »
- Mort d’Armentières
- « Armentières mourut chez lui en Picardie, assez jeune, d'une fort longue maladie. Il étoit premier gentilhomme de la chambre de M. le duc d'Orléans, qui donna cette place à son frère Conflans... Il étoit surprenant de trouver en ce M. d'Armentières un homme aussi parfaitement bouché, avec deux frères qui avoient tant de savoir et d'esprit ; d'ailleurs bon et honnête homme. »
- Mort du duc de Béthune
- « Le duc de Béthune mourut à soixante-seize ans. C'étoit un bon et vertueux homme. J'ai parlé plus d'une fois de la fortune de son père et de lui, qu'il vit refleurir en lui et en son fils et son petit-fils après une légère éclipse. »
- Mort de Mme d’Estrades
- « Mme d'Estrades mourut aussi. Elle étoit sœur de Bloin, premier valet de chambre du roi, et avoit été fort belle. Le fils aîné du maréchal d'Estrades l'avoit épousée en secondes noces par amour » — la considération du régent pour la famille de son ancien gouverneur ayant fait « uniquement » son gendre d'Herbigny conseiller d'État.
- Son beau-fils va en Hongrie avec le prince de Dombes
- « Le comte d'Estrades, lieutenant général..., se laissa engager par M. du Maine à aller en Hongrie avec le prince de Dombes. C'étoit un honnête homme et de distinction à la guerre. Le régent le lui permit, mais le roi ni lui n'y entrèrent pour rien. »
- Indécence du carrosse du roi expliquée
- L'indécence du carrosse : au cours, le roi enfant « étoit au fond de son carrosse, serré entre le duc du Maine et le maréchal de Villeroy avec la dernière indécence. Tant que le feu roi admit des hommes dans son carrosse, jamais aucun prince du sang n'y a été à côté de lui » — honneur des seuls fils de France, la seule exception étant M. le Prince à Chantilly, monté sur ordre exprès dans la calèche à deux places « parce qu'il n'y avoit point d'autre place. C'est l'unique fois que cela soit arrivé... Mais tout étoit en pillage et en indécence, qui s'augmenta sans cesse en tout de plus en plus. »
- Maupeou président à mortier, depuis premier président
- « Maupeou, maître des requêtes, fit un marché extraordinaire avec Menars, président à mortier, pour s'assurer sa charge et lui en laisser la jouissance sa vie durant... Le prix fut sept cent cinquante mille livres et vingt mille livres de pot-de-vin. Je ne marque cette bagatelle que parce que le même Maupeou est devenu premier président, et a fait passer à son fils sa charge de président à mortier, tous deux avec réputation. »
- Nicolaï obtient pour son fils la survivance de sa charge de premier président de la chambre des comptes
- « Peu de jours après, Nicolaï, premier président de la chambre des comptes, obtint la survivance de cette charge pour son fils. Ce fut comme bien d'autres une grâce perdue pour M. le duc d'Orléans, qui ne trouva pas ce magistrat par la suite moins singulièrement audacieux à son égard. »
- Bassette et pharaon défendus
- « Ce prince fit plus utilement par la défense sévère qui fut publiée de la bassette et du pharaon sans distinction de personne. Ce débordement de ces sortes de jeux quoique défendus étoit devenu à un point, que les maréchaux de France avoient établi à leur tribunal qu'on ne seroit point obligé à payer les dettes qu'on feroit à ces sortes de jeux. »
- Mort et famille de la duchesse douairière de Duras
- Mort de la duchesse douairière de Duras, à cinquante-huit ans, veuve depuis 1697 : née Eschallard, « fille de La Boulaye, qui fit un moment tant de bruit à Paris dans le parti de M. le Prince » pendant la Fronde. Longue digression généalogique sur les La Marck : La Boulaye, dont la grand-mère était fille d'Henri-Robert de La Marck, « prit hardiment le nom et les armes de La Marck, que sa postérité a conservés, quoiqu'il restât une branche de la maison de La Marck » — celle du comte de La Marck ambassadeur.
- Mort de la duchesse de Melun
- « La duchesse de Melun, fille du duc d'Albret, mourut dans la première jeunesse, étouffée dans son sang en couches, pour n'avoir point voulu être saignée dans sa grossesse qui étoit la première. La fille dont elle accoucha ne vécut pas » — la mariée de l'année précédente déjà emportée.
- Mort de la comtesse d’Egmont
- « La comtesse d'Egmont mourut aussi à Paris. Elle étoit nièce de l'archevêque d'Aix, si connu par les aventures de sa vie..., et parente proche des Chalais. Mme des Ursins, qui aimoit fort tout ce qui appartenoit à son premier mari..., l'avoit fait venir de sa province chez elle, où elle demeura jusqu'à son mariage avec le dernier de la maison d'Egmont, dont elle n'eut point d'enfants. »
- Mort de Mme de Chamarande
- « Chamarande perdit sa femme, qui avoit du mérite, et qui étoit fille du comte de Bourlemont, lieutenant général et gouverneur de Stenay, frère de l'archevêque de Bordeaux. »
- Éclaircissement sur sa naissance
- L'éclaircissement généalogique : les Bourlemont portaient à bon droit le nom d'Anglure — contre le bruit qui en faisait des Savigny. Ce sont les descendants du prétendu maréchal de Rosne (Chrestien de Savigny), ligueur fait maréchal par Mayenne et tué à Reims par le jeune duc de Guise qui, « poussé à bout de son insolence, lui passa son épée à travers du corps et le tua roide », qui sont les « faux Anglure » par substitution de nom : « ces faux Anglure n'ont point prospéré et sont demeurés obscurs. En voilà assez pour revendiquer cette vérité. »
- Mort de l’abbé de Vauban
- « En même temps mourut l'abbé de Vauban, uniquement connu pour avoir été frère du célèbre maréchal de Vauban » — l'épitaphe la plus brève des Mémoires.
- Mariage d’une fille de la maréchale de Boufflers avec le fils unique du duc de Popoli
- « La maréchale de Boufflers, qui n'avoit pas grand'chose à donner à sa seconde fille, conclut son manège avec le fils unique du duc de Popoli... Une place de dame du palais de la reine d'Espagne attendoit la nouvelle mariée en arrivant. Popoli, toujours épineux, ne voulut pas que le prince de Pettorano vînt jusqu'à Paris, parce que les fils aînés des grands ont en Espagne des distinctions qui sont inconnues en France. Il s'arrêta donc à Blois, et y attendit six semaines... Le mariage s'y fit, et les deux époux partirent deux jours après pour Madrid. Si Dieu me donne le temps d'écrire mon ambassade en Espagne, j'aurai lieu de dire quel fut le triste succès de ce mariage. »
- Le duc de Noailles manque le prince de Turenne pour sa fille aînée, et la marie au prince Charles de Lorraine, avec un million de brevet de retenue sur sa charge de grand écuyer ; et un triste succès de ce mariage
- Le mariage Noailles-Lorraine : le duc d'Albret ayant rompu, après l'avoir presque conclue, l'alliance avec la fille aînée du duc de Noailles, le duc d'Elbeuf, « toute sa vie fort avide », y substitua le prince Charles, grand écuyer en survivance mais sans bien — moyennant huit cent mille livres, « la patte du duc d'Elbeuf largement graissée », et surtout « un million de brevet de retenue sur la charge de grand écuyer, publiquement volée à mon père... Jamais on n'avoit ouï parler d'un pareil brevet de retenue, qui assuroit à toujours la charge dans la famille, parce que personne ne pouvoit être en état de le payer. » Triste succès : la mariée n'ayant « pas encore treize ans », le ménage ne dura guère ; sur « une très légère imprudence », elle se retira aux filles de Sainte-Marie, toute la maison de Lorraine prit son parti contre le mari, « le prince Charles ne salua même plus son beau-père, et ils en sont demeurés là » — et « jamais il n'y a eu moyen d'obtenir du prince Charles qu'elle mît les pieds à la cour ».
- M. le comte de Charolois part furtivement pour la Hongrie par Munich
- « M. le comte de Charolois, étant à Chantilly, fit semblant le 30 avril d'aller courre le sanglier dans la forêt d'Halatte, suivi de Billy tout seul..., et ils ne revinrent plus » — lettres de Mons pleines d'excuses, route de Munich « sous le nom de comte de Dammartin » : départ furtif pour la Hongrie.
- Personne ne tâte de cette comédie
- « Personne ne fut un moment la dupe de cette partie de main » : M. le Duc et Mme la Duchesse « espérèrent intimider M. le duc d'Orléans par ce voyage à Vienne et en Hongrie... L'artifice étoit trop grossier pour laisser imaginer à qui que ce fût qu'un prince du sang de dix-sept ans fût parti de Chantilly pour la Hongrie sans l'aveu d'une mère et d'un frère aîné... M. le duc d'Orléans ne prit aucune inquiétude de cette disparate..., et ne fut pas fâché de plus de se trouver par là hors d'atteinte des attaques de bourse pour fournir aux frais. »
- Il ne voit point l’empereur ni l’impératrice, quoique le prince de Dombes les eût vus, dont M. le Duc se montre fort piqué
- « Magnifiquement reçu à Munich par l'électeur de Bavière..., mais à Vienne, il ne put voir ni l'empereur ni l'impératrice. M. le Duc en fut extrêmement piqué et s'en prit vainement à Bonneval, qu'il crut l'avoir empêché. On ne comprit point quelle en fut la difficulté, puisque le prince de Dombes, arrivé auparavant, les avoit vus » — Maine ayant sans doute donné à son fils « sa leçon très distincte », trop attentif à sa qualité de prince du sang « pour en avoir commis la moindre chose sur un si grand théâtre ».
- L’abbé de La Rochefoucauld va en Hongrie et meurt à Bude
- « L'abbé de La Rochefoucauld partit mal volontiers » pour la Hongrie — sa famille le voulant forcer, devenu l'aîné, « à céder tous ses droits d'aînesse à son frère », on lui obtint « une dispense du pape de porter l'épée trois ans en gardant ses bénéfices » (dispense superflue : le prince Eugène et tant d'autres servirent toute leur vie avec des abbayes sans dispense, « mais le scrupule convenoit aux desseins de M. et Mme de La Rochefoucauld »). « Il arriva à Bude, où, avant d'avoir joint l'armée impériale, il fut pris de la petite vérole, et en mourut. Il n'a pas paru que Dieu y ait répandu sa bénédiction. »
- Conduite de M. et de Mme du Maine dans leur affreux projet
- Le projet des Maine, avec le rappel des « épouvantables paroles » de Sceaux : « quand on avoit une fois acquis l'habilité de succéder à la couronne, il falloit plutôt que se la laisser arracher, mettre le feu au milieu et aux quatre coins du royaume. » « Ce fut dans la vue d'une si monstrueuse exécution... qu'ils continuèrent plus que jamais d'échauffer tout ce qu'ils purent contre les ducs » : effrayer pour empêcher tout jugement, « et sous prétexte de l'objet des ducs, s'attacher et se former un parti, dont ils pussent faire à leur gré toutes sortes d'autres usages ».
- Causes et degrés de confusion et de division dont ils savent profiter pour se former un parti
- Les causes de la confusion dont ils profitèrent : après le roi, « plus de cour, un roi enfant, ni reine ni dauphine » ; la duchesse de Berry recevant les dames « en robes de chambre », ce qui « éclipsa les tabourets » ; les princesses du sang établies « sur de petites chaises à dos de paille » qui abolirent la distinction des sièges ; les gens de qualité cessant d'offrir leurs places — « en quoi les gens titrés leur avoient montré un fort sot exemple ». « Rien ne pouvoit être plus agréable à M. et à Mme du Maine. La division étoit leur salut. »
- Formation d’un parti aveugle composé de toutes pièces sans aveu de personnes, qui ose de soi-même usurper le nom de noblesse
- La formation du parti : « ce mélange de gens de qualité de moindre, et des plus petits compagnons, ne blessa point ceux de la plus grande naissance, et pour faire nombre tout leur fut bon... Ce fut donc ce monstre sans titre légitime, ni même l'ombre illégitime, sans convocation, sans élection, sans pouvoir, ni instruction ni commission, qui se donna sous le nom de la noblesse, dont les trois quarts auroient eu grande peine à prouver la leur » — « depuis les Châtillon, les Rieux, etc., jusqu'aux Bonnetot et autres fils de secrétaires du roi ou de fermiers ».
- But et adresse des conducteurs
- But et adresse des conducteurs : « le grand nombre de ces gens de toutes qualités étoient menés par le nez, comme il arrive toujours, par le chef ou les chefs..., qui se rient et se moquent de ce grand nombre d'instruments dont ils font la même sorte de cas qu'un artisan et un ouvrier font de leurs outils..., qui, après avoir bien servi leurs maîtres, deviennent usés, ébréchés, cassés, et ne sont plus de nul usage, ni ramassés par personne. »
- Folie et stupidité des conduits
- Folie des conduits : les griefs, « de véritables pauvretés, sans nombre, sans vérité, sans la moindre apparence », tombaient d'eux-mêmes « à mesure qu'ils étoient allégués, mais pour faire place à d'autres aussi faussement et misérablement inventées ». Interrogés par parents et amis « de quoi ils se plaignoient, ce qu'ils vouloient..., ils balbutioient et ne savoient qu'articuler » ; devant le dilemme des trois ordres, « quelques-uns sembloient se rendre ; mais la plupart, ne sachant que répondre..., se mettoient en fureur ».
- Menées du grand prieur et de l’ambassadeur de Malte pour en exciter tous les chevaliers, qui reçoivent défense du régent de s’assembler que pour les affaires uniquement de leur ordre
- Les menées de Malte : le grand prieur, « intéressé pour ses propres entreprises », et le bailli de Mesmes, frère du premier président — « son misérable frère non moins déshonoré que lui, mais par d'autres endroits » — « soulevèrent tout ce qui étoit à Paris de l'ordre de Malte..., et ils convoquèrent tout ce qui en portoit la croix pour accompagner la présentation du mémoire. Le régent, qui en fut averti..., manda l'ambassadeur de Malte la veille..., auquel il dit qu'il défendoit toutes assemblées des chevaliers de Malte, à moins que ce ne fût uniquement pour les affaires de leur ordre. »
- Huit seigneurs veulent présenter au nom de la prétendue noblesse un mémoire contre les ducs
- « Le samedi 18 avril, MM. de Châtillon, chevalier de l'ordre, de Rieux, de Laval, de Pons, de Baufremont et de Clermont vinrent au Palais-Royal, et entrèrent ensemble pour présenter leur mémoire au régent » — mémoire « contre le rang et les honneurs des ducs et des duchesses », préparé sans espoir de succès, « mais il falloit tenir cette noblesse ensemble et en mouvement..., et pour cela lui donner de la pâture par des prétentions absurdes qui flattassent leur vanité ».
- Le régent ne reçoit point le mémoire et les traite fort sèchement
- « Le régent... ne voulut pas le recevoir, leur dit deux mots de mécontentement fort secs, leur tourna le dos, et entra dans une pièce de derrière. » La levée de boucliers « ne fit pas grand'peur aux ducs ; ils virent le mémoire par quelques amis..., et ils le méprisèrent jusqu'à n'y pas faire la moindre réponse. »
- Courte dissertation de ces huit personnages
- La dissertation des meneurs : Châtillon, fortune faite « par sa figure chez Monsieur » — « à la figure près, qui étoit singulièrement belle, et à la valeur, il n'y avoit rien » ; Rieux, « beaucoup d'esprit, fort avare, fort méchant, fort glorieux..., qui n'avoit jamais vu ni guerre, ni cour, ni monde », voyant dans l'affaire « le chausse-pied d'autres plus solides » ; Laval « la Mentonnière », au taffetas noir affichant « son mérite militaire », « le bras droit de Mme du Maine..., et le plus ardent », aux « vues pernicieusement vastes » ; Pons, cadet famélique recueilli par La Rochefoucauld, beau visage et procès, « rien de si avare, de si glorieux, de si pointilleux..., de si audacieux », raccroché par Mme du Maine mais assez fin « pour se préserver des accidents personnels » ; Baufremont, « fort sérieux, très sottement glorieux », qui disait tout haut « que, ne pouvant pas le devenir, il les vouloit détruire » (« en cela il faisoit plus de justice à son mérite qu'à sa naissance ») ; Clermont enfin, « un bellâtre tout à fait dépourvu de sens et d'esprit..., débarqué du Mans par le coche », gendre des d'O, « qui aboya des mieux en écho ».
- Embarras de cette noblesse dans l’impossibilité de répondre sur l’absurdité de son projet
- L'embarras final : aux questions — quel « pays civilisé des quatre parties du monde » sans grands distingués ? que deviendraient « l'ambition et l'émulation, le service de l'État, le pouvoir des rois » sans dignités ? comment supporter mieux « un rang distinctif par naissance hors la maison régnante » (les princes étrangers, dont ils ne disaient mot) qu'un rang « par dignité que tout homme de qualité pouvoit posséder » ? — « nulle réponse, les uns muets et honteux, les autres furieux balbutiant de rage, et ne disant pas quatre mots suivis... Ce contraste mérite bien place ici pour ne le pas laisser périr dans l'oubli. »
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