TOME II · CHAPITRE XXV

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Résumé

Dénouements : l'arrêt du conseil qui, « à faute de mieux », dépouille le cardinal de Bouillon ; Coislin grand aumônier, l'évêque de Metz premier aumônier ; réflexion amère sur les cardinaux français. Mort du duc de Glocester — dernier héritier protestant direct d'Angleterre — ; Le Vassor ; les « mesures sur l'Espagne » qui s'accélèrent ; la paix du Nord en partie ; voyage de Fontainebleau et Zinzendorf mangeant avec Monseigneur. Mme de Verue, ses malheurs et sa fuite de Turin en France ; jugement pour l'amirauté de Bretagne ; sceaux acquis par du Maine ; mort de Mlle de Condé ; d'Antin quitte le jeu « solennellement » et le reprend. Et deux morts qui ferment un monde : M. de la Trappe — Rancé — et le pape Innocent XII.

Les entrées

Arrêt du conseil, à faute de mieux, qui dépouille le cardinal de Bouillon
L'arrêt du conseil, « à faute de mieux », qui dépouille le cardinal de Bouillon : le roi ayant ordonné au parlement de lui faire son procès, « tant d'obstacles se présentèrent qu'il en fallut quitter le dessein » — d'où l'arrêt du 12 septembre, rendu en présence du roi : saisie de tous ses biens laïques et ecclésiastiques, les derniers partagés en trois pour les réparations, les aumônes et la confiscation, tous les intendants chargés d'exécuter « sur-le-champ et à la rigueur ».
Cardinal de Coislin fait grand aumônier
Les provisions de grand aumônier envoyées le même jour au cardinal de Coislin à Rome, « qui n'osa la refuser ».
Évêque de Metz premier aumônier en titre
Et celles de premier aumônier expédiées en titre à l'évêque de Metz, son neveu, qui n'en avait que la survivance.
Conduite du cardinal de Bouillon
La conduite du cardinal dépouillé : point de démission « qu'on ne lui demandoit plus et dont on n'avoit plus que faire » ; menacé par Monaco d'aller « lui arracher l'ordre du cou », il le quitta — « mais ce qu'il fit de pitoyable est qu'il porta un cordon bleu étroit avec la croix d'or au bout, sous sa soutane, et qu'il tâchoit de fois à autres de laisser entrevoir un peu de ce bleu, entre le haut de sa soutane et son porte-collet ».
Réflexion sur les cardinaux français
La grande réflexion sur les cardinaux français : « je ne puis m'empêcher d'admirer ici la manie d'avoir des cardinaux en France, et de mettre des sujets en état de narguer impunément les rois et les lois » — Retz au début du règne, Bouillon à la fin. Si les rois donnaient leurs nominations à des Italiens, ils s'attacheraient les premières maisons de Rome, auraient des serviteurs « au fait de jour à jour », dociles faute d'appuis en France, contents « de quelques bonnes abbayes » au lieu des trois cent mille livres de rente de nos cardinaux ; et le clergé de France, délivré de l'espérance du chapeau, cesserait « de nourrir ses espérances par sa mollesse et le sacrifice des droits de l'épiscopat, de ceux du roi et des libertés de notre Église ». « Mais voilà assez inutilement raisonné, puisque nos rois sont complices contre eux-mêmes. »
Mort du duc de Glocester
Mort du duc de Glocester, onze ans, « héritier présomptif » des couronnes d'Angleterre après la princesse de Danemark sa mère — élevé par l'évêque Burnet, l'homme « d'une très-frauduleuse histoire » de la révolution.
Le Vassor
Le Vassor, son sous-précepteur : l'ancien oratorien démasqué comme « l'espion des jésuites » — ses papiers saisis sur sa table pendant son absence —, réduit à quémander en vain une abbaye au P. de La Chaise : « un espion, devenu inutile, ne porte pas grand mérite avec soi. » Passé par la Trappe où « en peu de jours sa vocation se trouva desséchée », puis à Perseigne — où, excédé des poules des moines, « il attrapa le plus de leurs poules qu'il put, leur coupa le bec et les ergots avec un couperet, et les jeta aux moines par-dessus la haie » —, enfin protestant en Hollande, vivant de sa plume : son Histoire de Louis XIII, « excellente et vraie » malgré sa rage — « j'y ai trouvé la journée des Dupes précisément comme mon père me l'a racontée ».
Mesures sur l’Espagne
Les mesures sur l'Espagne : l'empereur, refusant toujours le partage, déclare qu'il ne peut « durant sa vie entrer en aucun traité touchant sa succession » et lève trente mille hommes ; Blécourt déclare au roi d'Espagne que recevoir des troupes impériales serait « une infraction à la paix » — assurances réciproques données de part et d'autre. Et l'audience singulière de Castel dos Rios : « tête à tête avec le roi, sans Torcy, à qui même il ne voulut pas dire ni devant ni après le sujet de cette audience, dont il parut sortir fort content. »
Paix du Nord en partie
La paix du Nord en partie : le jeune roi de Suède, passé en personne en Seeland, force les retranchements et menace Copenhague au point que l'empereur et le roi d'Angleterre s'entremettent — paix avec la maison de Holstein ; la guerre du roi de Pologne continue « en laquelle les Polonois ne voulurent prendre aucune part ».
Voyage de Fontainebleau
Le voyage de Fontainebleau du 23 septembre : le roi et la reine d'Angleterre du 28 au 12 octobre « avec toutes sortes d'attentions du roi et de respects de toute la cour » ; Beauvilliers de retour de Bourbon « avec assez de succès » ; et le 5 octobre, « le roi donna ses ordres pour une grande augmentation de troupes ».
Zinzendorf, envoyé de l’empereur, mange avec Monseigneur
On remarqua que Zinzendorf, envoyé de l'empereur, ayant suivi Monseigneur à la chasse du loup, y fut retenu à manger avec lui dans son appartement.
Mme de Verue ; ses malheurs, sa fuite de Turin en France
Mme de Verue, « un vrai roman, mais qui s'est passé de notre temps » : mariée à quatorze ans en Piémont, aimée de M. de Savoie, elle avertit mari et belle-mère qui « se contentèrent de la louer » et la forcèrent aux fêtes ; le recours au duc de Luynes à Bourbon échoue sur le vieil abbé de Verue, « devenu fou d'amour pour sa nièce » — « il se confessoit au renard et au loup » : « la vertu cédant enfin à la démence et aux mauvais traitements domestiques, elle écouta enfin M. de Savoie et se livra à lui pour se délivrer de persécutions. » Douze ou quinze ans de règne — empoisonnée et sauvée par contre-poison, servie dans sa petite vérole par le duc « comme auroit fait une garde » —, puis, lasse de la gêne, la fuite concertée avec son frère le chevalier de Luynes pendant un voyage du duc à Chambéry, « sans qu'elle lui eût même laissé une lettre ». À Paris, « après avoir été reine en Piémont, elle se trouva une fort petite particulière » — avant de reconquérir, à force d'esprit et d'opulence, une cour presque générale.
Jugement en faveur de la Bretagne, de sa propre amirauté contre l’amirauté de France
Le roi juge à Fontainebleau le très ancien procès de l'amirauté de Bretagne contre l'amirauté de France : conseil extraordinaire, d'Aguesseau rapporteur, le comte de Toulouse neutre « parce qu'il avoit l'un et l'autre » intérêt — « la province gagna en plein tout ce qu'elle prétendoit, et fut heureuse que le roi ne fût pas fâché de la favoriser pour y faire aimer et accréditer M. le comte de Toulouse ».
Acquisition de sceaux par M. du Maine
M. du Maine achète Sceaux aux héritiers de Seignelay — « la belle et délicieuse maison » où Colbert et Seignelay avaient enfoui des sommes immenses — pour neuf cent mille livres : « aux dépenses prodigieuses de Mme du Maine, on peut présumer que M. du Maine n'auroit pas été en état de faire une telle acquisition sans les bontés ordinaires du roi pour lui. »
Mort de Mlle de Condé
Mort de Mlle de Condé, consumée « moins par une longue maladie de poitrine que par les chagrins et les tourments qu'elle essuya sans cesse de M. le Prince », inconsolable « de ce que deux doigts de taille avoient fait préférer sa cadette pour épouser M. du Maine ». Le mot du héros sur sa race naine : « si sa race alloit toujours ainsi en diminuant elle viendroit à rien. » S'ensuit l'épisode du convoi : la mère de Saint-Simon priée « en qualité de parente » d'accompagner le corps aux Carmélites, la prétention de la jeune duchesse de Châtillon de la précéder par proximité — réglée par Desgranges « qu'il n'y avoit point de difficulté pour l'ancienne duchesse » —, et les compliments multipliés de M. le Prince, rapportés exprès : « les façons des princes du sang ont tellement changé depuis, que je n'ai pas voulu omettre ce contraste. »
D’Antin quitte le jeu solennellement et le reprend ensuite
La ridicule démarche de d'Antin : pour toucher les douze mille livres promises par Mme de Montespan à condition de quitter le jeu, il fait dire au roi par le comte de Toulouse « qu'il ne joueroit de sa vie » — « la réponse du roi fut sèche. Il demanda au comte de Toulouse qu'est-ce que cela lui faisoit que d'Antin jouât ou non. » « Ce fut le serment d'un joueur » : quinze ou dix-huit mois après, « il joua de plus belle, et a depuis continué » — ayant avoué six ou sept cent mille livres de gains au jeu.
Mort de M. de la Trappe
La mort de M. de la Trappe, le 26 octobre, « une des plus grandes afflictions que je pusse recevoir » : le médecin Audri dépêché de Fontainebleau arriva trop tard. « Le roi fit son éloge en public, voulut voir des relations de sa mort, et en parla plus d'une fois aux princes ses petits-fils, en forme d'instruction. » Et la marque suprême : « étant couché par terre sur la paille et sur la cendre, pour y mourir comme tous les religieux de la Trappe, il daigna se souvenir de moi de lui-même », faisant mander « que, comme il étoit bien sûr de mon affection pour lui, il comptoit bien que je ne doutois pas de toute sa tendresse. Je m'arrête tout court ; tout ce que je pourrois ajouter seroit ici trop déplacé. »
Mort du pape Innocent XII (Pignatelli)
Mort du pape Innocent XII, le 27 septembre : « un grand et saint pape, vrai pasteur et vrai père commun, tel qu'il ne s'en voit plus que bien rarement sur la chaire de Saint-Pierre » — Antonio Pignatelli, dont « la mémoire doit être précieuse à tout François, et singulièrement chère à la maison régnante », comme on le verra bientôt. Au conclave, le cardinal de Bouillon, ayant quitté l'ordre, tenta de persuader Estrées, Janson et Coislin de le quitter aussi en vertu d'une bulle : « c'étoit s'en aviser bien tard, après trente années qu'il l'avoit porté comme grand aumônier… Aussi ne fut-il pas écouté, et ce vernis qu'il jetoit au dehors retomba sur lui à sa confusion. »

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