TOME XVI · CHAPITRE V
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Résumé
Riche prise de contrebandiers malouins dans la mer du Sud ; Albéroni « inquiet de la santé du roi d'Espagne » — la « faiblesse singulière » du roi et « l'abus qui s'en fait » ; l'adresse d'Aldovrandi à Rome ; la frayeur du pape. Et Cellamare qui « fait des pratiques secrètes pour soulever la France contre le régent » — la conspiration s'amorce ; son sentiment sur le roi de Sicile, l'« étrange déclaration » dont il est chargé ; la « forte déclaration » de Beretti en Hollande ; la « scélératesse d'Albéroni à l'égard du roi de Sicile » ; l'audace des Impériaux, la difficulté des garnisons, la « scélératesse de Stairs ».
Les entrées
- Riche prise de contrebandiers de Saint-Malo dans la mer du Sud
- La prise de Saint-Malo : Martinet, officier français au service d'Espagne, prit aux Indes occidentales des vaisseaux malouins de contrebande — « le produit des vaisseaux pris montoit à deux millions huit cent mille pièces de huit, tant en argent comptant qu'en marchandises d'Europe et de la Chine... Un tel secours venoit fort à propos pour fournir aux frais de l'expédition », et le roi d'Espagne choisit « les trois meilleurs » navires pour former une escadre contre la contrebande dans la mer du Sud.
- Albéroni inquiet de la santé du roi d’Espagne
- L'inquiétude d'Albéroni : le roi, « attaqué depuis quelque temps d'une fièvre dont les médecins sembloient ignorer la cause et la nature », pouvait manquer — et le cardinal « pouvoit juger que les Espagnols lui demanderoient un compte sévère de son administration, et qu'il lui seroit peut-être difficile de se justifier d'avoir engagé témérairement la nation dans une guerre dont on ne pénétroit pas encore l'objet ni l'utilité ».
- Adresse d’Aldovrandi pour servir Albéroni à Rome
- L'adresse d'Aldovrandi : il avertit le pape « que le débarquement des troupes d'Espagne pourroit se faire en quelque endroit de l'État ecclésiastique » — « peut-être pour servir Albéroni, en intimidant le saint-père, comme un moyen sûr de vaincre le refus des bulles de Séville » ; et il annonça le séquestre des revenus de Séville et de Malaga avec établissement d'un économe, « résolution [qui] devint dans la suite un des chefs principaux des plaintes et des poursuites que le pape fit contre le cardinal Albéroni ».
- Faiblesse singulière du roi d’Espagne ; abus qui s’en fait
- La faiblesse singulière du roi d'Espagne : scrupuleux jusqu'à avoir « fait demander secrètement au pape l'absolution de l'excommunication qu'il croyoit avoir encourue pour avoir appliqué aux besoins de l'État les revenus de ces églises » pendant la guerre — pouvoir envoyé au P. Daubenton, que le pape interrogea ensuite : pourquoi avoir restreint l'absolution au seul cas des revenus vacants, et qu'avait-il réglé « au sujet des satisfactions dues à la chambre apostolique » ? Abus manifeste d'une conscience « si timorée ».
- Frayeur du pape
- La frayeur du pape : « l'opinion publique étoit que le pape craignoit moins encore les entreprises qu'Albéroni méditoit, que Sa Sainteté ne craignoit le ressentiment de l'empereur » ; il désirait « comme une grâce principale » que le roi d'Espagne lui fît honneur à Vienne de la paix, et déclara qu'une simple réponse à sa lettre autographe « tiendroit lieu de la satisfaction qu'elle avoit jusqu'alors inutilement demandée pour le manquement de l'année précédente ».
- Cellamare fait des pratiques secrètes pour soulever la France contre le régent
- Les pratiques secrètes de Cellamare : « les arrêts opposés du conseil et du parlement » lui firent écrire « que, s'il y avoit en France des flambeaux pour allumer le feu, l'affaire de la monnaie pourroit exciter un incendie funeste au royaume » ; « quoique jusqu'alors il n'eût agi que secrètement, il s'étoit donné la liberté de parler de manière qu'il avoit aigri le régent. Il voulut réparer auprès de lui ce qu'il avoit dit, mais toutefois il n'abandonna pas les pratiques secrètes qu'il avoit commencées. »
- Sentiment de Cellamare sur le roi de Sicile
- Son sentiment sur le roi de Sicile : « la foi du roi de Sicile, quoique douteuse, ne la paroissoit plus à Cellamare, parce qu'étant persuadé que le roi d'Espagne, ayant besoin de ce prince, ne devoit rien oublier pour ménager ses bonnes dispositions ; ainsi la confiance étoit grande entre l'ambassadeur d'Espagne et le comte de Provane. »
- Il confie à son ministre l’ordre qu’il a de faire une étrange déclaration au régent
- L'étrange déclaration : Cellamare confia à Provane l'ordre reçu « de déclarer au régent qu'il étoit inutile de laisser plus longtemps Nancré auprès de Sa Majesté Catholique, parce qu'elle ne vouloit accepter ni le projet ni tel autre qu'on pourroit lui proposer, quand même la cession du royaume de Naples y seroit comprise ; qu'elle vouloit uniquement se venger de ceux qui osoient prétendre lui imposer des lois..., et qu'elle tâcheroit en même temps d'ouvrir les yeux aux bons François, et leur faire connoître le mauvais usage que M. le duc d'Orléans faisoit de l'autorité de sa régence. »
- Forte déclaration de Beretti en Hollande
- La forte déclaration de Beretti : son maître « ne recevroit jamais la loi barbare que ses plus grands amis, et ceux qui avoient reçu de lui plus de bienfaits, prétendoient lui imposer..., qu'il mettoit sa confiance en Dieu, et que la Providence divine sauroit ouvrir à la monarchie espagnole les chemins pour parvenir à la plus grande gloire » — l'Espagne n'étant « plus une puissance si foible et si abattue qu'elle dût souffrir le manquement de foi et les mortifications qu'elle avoit essuyés en d'autres conjonctures ».
- Scélératesse d’Albéroni à l’égard du roi de Sicile
- La scélératesse envers le roi de Sicile : en même temps que partait le courrier de la déclaration au régent, « le cardinal fit partir un autre courrier pour avertir le roi de Sicile que le roi d'Espagne faisoit partir sa flotte ; que l'intention de Sa Majesté Catholique étoit de faire tous ses efforts pour garantir ce prince des insultes de l'empereur et de ses alliés » — pour l'endormir.
- Audace des Impériaux, et sur quoi fondée
- L'audace des Impériaux : « l'armement d'Espagne ne causoit nulle alarme à la cour de Vienne », sûre des Anglais ; ses ministres firent « des difficultés, même des changements » sur le projet rapporté par Schaub, et l'empereur ajouta un article demandant « qu'il mît des garnisons impériales dans les places des États de Toscane et de Parme », avec pour seul adoucissement qu'il n'y entrerait « ni garnisons françoises, ni espagnoles ».
- Nouvelle difficulté sur les garnisons
- La difficulté des garnisons : dans une audience de trois heures avec Stairs et Schaub, le régent convint qu'elles ne seraient ni françaises ni espagnoles, proposa des troupes neutres — « il lui vint même en pensée de prier le roi d'Angleterre de garder par des troupes à lui les places dont il étoit question » ; puis, revenu de cette idée dont Stairs était « personnellement flatté », il « proposa des Suisses..., payés par le corps helvétique, chaque canton recevant des parties intéressées un subside suffisant. Une proposition si juste ne pouvoit être rejetée. »
- Scélératesse de Stairs
- La scélératesse de Stairs : n'osant condamner la proposition suisse en elle-même, « il fit entendre au roi son maître qu'elle étoit dangereuse, en ce qu'elle prolongeroit la négociation... ; que tout devoit être suspect de la part des ministres de France ; qu'ils étoient les auteurs de la proposition nouvelle..., [et] qu'on pouvoit porter ce jugement de leurs intentions secrètes sans blesser la charité. »
- Fausseté et pis des ministres anglois à l’égard de l’Espagne
- La fausseté anglaise : « la flotte angloise étoit déjà sortie de la Manche, envoyée à dessein et avec des ordres exprès de traverser les entreprises que l'armée d'Espagne pourroit tenter en Italie » ; l'apologie étant difficile, les ministres « se plaignoient d'Albéroni, attribuant au procédé de ce ministre l'aigreur déraisonnable du roi d'Espagne » — tout en avertissant « leurs marchands à Cadix et dans les autres ports d'Espagne de se tenir sur leurs gardes et de mettre à couvert leurs effets en cas de rupture ».
- Le czar s’offre à l’Espagne
- L'offre du czar : « le czar fit dire à Cellamare qu'il étoit prêt de reconnoître le roi d'Espagne pour médiateur des différends du Nord ; que, de plus, il feroit dire clairement au régent qu'étant mal satisfait des Autrichiens et du roi d'Angleterre, il étoit résolu d'appuyer les intérêts du roi d'Espagne » — puissance grande, « mais trop éloignée pour être utile à l'Espagne ».
- Intérêt et inaction des Hollandois
- L'inaction hollandaise : « l'objet principal de cette république étoit alors de conserver la paix et de se ménager également envers toutes les puissances... Elle demeuroit dans une espèce d'inaction, et paroissoit également sourde aux instances de la France et de l'Angleterre, et à celles de l'Espagne » — députations et assemblées se succédant « sans qu'il en sortît aucune résolution ».
- Vanteries, conseils, intérêt de Beretti
- Les conseils de Beretti : admettre les seuls « bons offices » de la république sans rien accepter — le roi d'Espagne ferait ainsi « le beau personnage de prince pacifique sans se lier..., libre et maître de dire non quand bon lui sembleroit » ; « amuser le tapis et gagner du temps, excellent moyen pour exciter les soupçons et la division entre les puissances qui se liguoient contre l'Espagne ».
- Succès des menées de Cadogan en Hollande
- Les succès de Cadogan : il écrivait à Londres « que, par sa dextérité et par le crédit de ses amis..., il avoit réussi à persuader les villes d'Amsterdam, Dorth, Harlem, Tergaw et Gorcum de prendre enfin la résolution de signer le projet », le Pensionnaire et les amis de l'Angleterre y travaillant « de tout leur pouvoir » ; la province d'Utrecht suivait.
- Menteries, avis, fanfaronnades, embarras de Beretti qui tombe sur Cellamare
- Les fanfaronnades de Beretti : il persistait à assurer que les Hollandais ne feraient rien, vantait son dernier mémoire comme un « rare ouvrage », s'excusait de s'être « avancé sans ordre » de promettre l'acceptation des bons offices ; il peignait Cadogan « arrivé à la Haye en figure de dictateur, accompagné de pompes, de festins, de livres sterling en quantité prodigieuse..., faisant agir les prédicants et remuant les passions du bigotisme protestant » ; il dénonçait Pancras et Buys, « l'orateur des Anglois », gagnés par l'argent — et « rejetoit indirectement sur Cellamare le démérite de n'avoir pas empêché l'union entre le régent et le roi d'Angleterre ».
- Le duc de Lorraine demande le dédommagement promis du Montferrat
- La demande du duc de Lorraine : il écrivit au roi d'Angleterre et aux États généraux pour réclamer l'indemnisation promise « de ses prétentions sur le Montferrat donné au duc de Savoie » ; l'Angleterre répondit « qu'il falloit attendre un temps plus favorable..., si le duc de Savoie n'y donnoit occasion par sa résistance à souscrire au traité » ; la Hollande ne répondit rien.
- Manèges de Beretti
- Le manège de Beretti sur cette lettre : il en révéla le secret à l'agent de Sicile et jugea que, « comme le duc de Lorraine ne remuoit pas la prunelle sans la volonté de l'empereur, on devoit regarder [ces] lettres comme une insinuation procédant de quelque stratagème politique de la cour de Vienne, soit pour faire peur au roi de Sicile, soit pour se venger de lui ».
- Sa coupable envie contre Monteléon
- Sa coupable envie : « il ne lui manquoit pour posséder toute la confiance du roi d'Espagne dans les affaires étrangères que de décrier et de vaincre Monteléon, son ancien ami, mais qu'il haïssoit alors, parce que tous deux couroient la même carrière, et que, dans l'esprit du public, Monteléon avoit sur lui de grands avantages. »
- Manèges et bas intérêt de Beretti qui veut perdre Monteléon
- Ses manèges pour le perdre : « il ne cessoit de se plaindre des lettres qu'il recevoit de Monteléon, contenant des avis si superficiels et si obscurs qu'après les avoir lus, il n'en étoit pas plus instruit » ; il l'accusait « de faire l'avocat perpétuel des Anglois », se vantant d'être lui-même « l'objet de leur haine et de celle des François, nonobstant les civilités feintes et affectées qu'il recevoit de leur part ».
- Audace des ministres impériaux
- L'audace des ministres impériaux : « il suffisoit d'être agent de l'empereur pour se croire en droit de parler avec autorité, de trancher et de décider souverainement » ; Penterrieder, sans attendre d'ordres, déclara contre la proposition des garnisons espagnoles « que, s'il en étoit question, il ne falloit plus parler de sociétés, son maître étant résolu de se porter à toutes sortes d'extrémités » ; et sur ses instances, le roi d'Angleterre promit fin mai que l'escadre partirait « avant la fin de la semaine », le commandant promettant « de faire le voyage en quinze jours si le vent étoit favorable ».
- Abbé Dubois bien connu de Penterrieder
- « L'abbé Dubois étoit célébré quoique Penterrieder, alors ministre de l'empereur à Londres, eût très mauvaise opinion de lui et que même il ne se mît pas en peine de cacher ce qu'il en pensoit. »
- Embarras du roi de Sicile et ses vaines démarches et de ses ministres au dehors
- L'embarras du roi de Sicile : « il n'y a pas pour les souverains de situation plus embarrassante que celle d'un prince foible, dont les États sont enviés par des puissances supérieures à la sienne, ennemies entre elles, mais désirant également l'une et l'autre s'enrichir de ses dépouilles » ; sa seule ressource était la négociation, mais « sa dextérité ne pouvoit suppléer à l'opinion que toute l'Europe avoit de sa foi..., ses ministres étoient plus souvent occupés à faire des apologies qu'ils ne l'étoient à négocier » ; du Bourg déclara à Villamayor que son maître, s'il était attaqué, « repousseroit la force par la force..., et que la défense qu'il feroit seroit digne de lui ».
- Monteléon intéressé avec les négociants anglois
- Les soupçons sur Monteléon : La Pérouse remarqua « une sorte d'affectation de la part de Monteléon à ne pas dire que Sa Majesté Catholique ne vouloit pas accepter les propositions » ; « car enfin Monteléon avoit acheté des actions ; il étoit lié intimement avec les principaux négociants anglois ; sa partialité pour eux paroissoit en toutes occasions. Son union étoit grande avec l'abbé Dubois. »
- Ses bons avis en Espagne lui tournent à mal ; il s’en plaint
- Ses bons avis mal reçus : ses lettres « contrarioient directement la résolution du roi catholique ; non seulement elles déplaisoient, mais elles fortifioient les soupçons » ; il s'en plaignait, « persuadé qu'il avoit bien servi son maître », représentant « les inconvénients que le refus du traité entraîneroit..., car il craignoit tout pour sa flotte, celle d'Angleterre étant prête à mettre à la voile ».
- Superbe de l’empereur
- La superbe de l'empereur : « la cour de Londres n'avoit d'attention que pour l'empereur. Il se faisoit solliciter pour accepter les avantages qu'elle vouloit lui procurer. Ses ministres faisoient des difficultés, non sur des choses essentielles, car ils étoient satisfaits, mais sur les termes les plus indifférents de la traduction du traité. »
- Partialité des ministres anglois pour lui
- La partialité anglaise : les ministres attendaient que ces vétilles fussent levées pour faire partir la flotte, « avec la même impatience que si l'empereur en eût attendu la décision pour conquérir en faveur de ce prince une nouvelle couronne » — tout en faisant assurer Albéroni par le colonel Stanhope « que Georges avoit soutenu les intérêts de l'Espagne comme les siens propres, et que les peines qu'il s'étoit données pour amener la cour de Vienne à la raison ne se pouvoient exprimer ».
- Leur insigne duplicité à l’égard de l’Espagne
- Leur insigne duplicité : « pendant qu'on armoit dans les ports d'Angleterre pour le combattre », on protestait au roi d'Espagne de « toutes sortes de bons offices » — la justification de l'armement étant qu'il fallait montrer à l'empereur qu'on était « réciproquement disposé à lui donner toutes sortes de secours contre les perturbateurs du repos public ».
- Les ministres anglois pensent juste sur le traité d’Utrecht, malgré les Impériaux
- Ils pensèrent juste sur Utrecht : à la demande impériale d'« une renonciation nouvelle [du roi] à ses droits sur la couronne d'Espagne » autorisée par une assemblée des états du royaume, ils objectèrent « qu'un tel acte fait par un prince mineur seroit nul ; que s'il paroissoit qu'on eût quelque doute sur la solidité du traité d'Utrecht, l'incertitude sur la foi qui faisoit la base de tout l'édifice affoibliroit toutes les précautions nouvelles..., [et qu'une] assemblée d'états [étoit] dangereuse et principalement odieuse dans un temps de minorité ».
- L’Angleterre subjuguée par le roi Georges
- L'Angleterre subjuguée : « les négociants ne dissimuloient pas à quel point leur déplaisoit une rupture sans prétexte, sans avantage pour les îles Britanniques, uniquement utile aux intérêts de l'empereur... ; mais [la nation] étant assujettie, et n'ayant d'autre pouvoir que de former des vœux, elle souhaitoit et elle espéroit qu'une guerre si mal entreprise produiroit la ruine du ministère, consolation et ressource ordinaire des Anglois. »
- Les ministres anglois contents de Châteauneuf
- Les ministres anglais contents de Châteauneuf : ils « commencèrent à louer son zèle, sa vigilance, son industrie, sa sincérité à leur égard, la vigueur qu'il faisoit paroître dans ses discours..., comme à dessein de réparer ce qu'ils en avoient dit précédemment à son préjudice ».
- Conduite et manèges de Beretti
- La conduite de Beretti aux abois : ne pouvant plus parler affirmativement, « il falloit pour son honneur préparer la cour d'Espagne à un événement qui pouvoit arriver d'un jour à l'autre », en attribuant le changement « aux sollicitations impétueuses de la France » ; il se vantait d'avoir accru la défiance des Hollandais « depuis qu'il avoit découvert aux députés de la province de Hollande que l'Angleterre offroit au roi d'Espagne de lui remettre Gibraltar », et fit courir le bruit d'un recensement des effets étrangers chez les négociants espagnols.
- Conduite, avis et manèges de Cellamare
- La conduite de Cellamare : il assura avoir « parlé très fortement au maréchal d'Huxelles..., sans ménager les termes », avec « quelque espèce de menaces », tout en avouant l'inutilité : « le régent étoit tellement aheurté à mettre l'Espagne en paix, malgré qu'elle en eût, que ni promesses, ni menaces ne pouvoient détourner Son Altesse Royale » ; il donna l'avis utile des quatre frégates que les intéressés de Saint-Malo voulaient armer « sous le pavillon de l'empereur » contre les vaisseaux espagnols ; il flattait Madrid en assurant « que les François, presque généralement, détestoient la conduite du régent » — et exhortait en même temps son oncle « à demeurer dans une espèce de neutralité, persuadé que toute détermination seroit dangereuse d'un côté ou d'autre ».
- Vagues raisonnements
- Les vagues raisonnements : Provane crut le régent inquiet, prêt à se dégager « s'il trouvoit quelque bon expédient pour rompre cette liaison fatale » ; « mais Provane, et ceux qui lui donnoient des avis, se trompoient également » : Stairs louait la fermeté du régent, et les ministres anglais tenaient que « l'objet principal de la reine d'Espagne et d'Albéroni étoit de ménager et de se conserver toujours une ouverture à la succession de la couronne de France..., système absolument opposé aux dispositions que l'Angleterre et la Hollande avoient faites pour empêcher à jamais l'union des deux couronnes ».
- Monteléon en vient aux menaces
- Les menaces de Monteléon : pressé par les ordres réitérés, il « déclara au comte de Stanhope que, si l'escadre angloise destinée pour la Méditerranée faisoit la moindre hostilité..., toute la nation angloise généralement s'en ressentiroit, et que le prochain parlement de la Grande-Bretagne vengeroit Sa Majesté Catholique. Stanhope, facile à prendre feu, n'écouta pas tranquillement les menaces..., et renchérit, par un emportement qui ne lui coûtoit rien. »
- Stanhope emploie en ses réponses les artifices les plus odieux ; lui donne enfin une réponse par écrit, devenue nécessaire à Monteléon
- Les artifices de Stanhope : il soutint « comme un principe incontestable que le projet du traité étoit ce qu'on pouvoit imaginer de mieux pour le roi d'Espagne » et que l'escadre servait donc ses véritables intérêts en contenant l'empereur — poussant le paradoxe « jusqu'à vouloir prouver à Monteléon que c'étoit servir réellement le roi d'Espagne que de traverser et faire échouer toutes [ses] entreprises ». Monteléon exigea et obtint enfin des trois ministres — Stanhope, Sunderland et Craggs — « la réponse par écrit..., mieux digérée et disposée avec plus d'ordre », nécessaire « pour sa justification personnelle auprès du roi son maître ».
- Surveillants de Monteléon à Londres ; sa conduite avec eux
- Ses surveillants à Londres : « l'un étoit l'agent de Sicile, l'autre celui du duc de Parme. Tous deux l'interrogeoient sur chaque pas qu'il faisoit » ; il ménageait celui de Parme « dans la vue de se conserver la protection du duc de Parme auprès de la reine », se réservait avec celui de Sicile, ne communiqua à personne la réponse écrite — s'en faisant « un mérite auprès d'Albéroni » — et, pour se justifier du reproche de confiance en Dubois, « il assura qu'il évitoit de le voir, chose aisée, parce qu'alors l'abbé Dubois demeuroit renfermé dans sa maison à Londres, et ne se montroit ni à la cour ni ailleurs ».
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