TOME XVII · CHAPITRE XII
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Résumé
Paix de la Suède avec l'Angleterre ; le duc de Lorraine échoue pour l'évêché de Nancy, Vaudémont « en tombe fort malade » ; les « maximes absurdes, mais suivies toujours » du parlement sur son autorité. L'auteur « empêche le régent de rembourser toutes les charges du parlement avec le papier de Law » — les raisons secrètes contre ce remboursement, la seconde tentative « finalement avortée », le parlement « informé du risque qu'il a couru, qui le lui a paré, et qui y a poussé ». La duchesse du Maine à Chamlay, visitée par Mme la Princesse ; officiers du sang.
Les entrées
- Paix de la Suède avec l’Angleterre
- « Enfin l'alliance du nord se démancha » : la Suède affaiblie conclut la paix avec le roi d'Angleterre, le czar, « déjà adouci..., étoit plus occupé du dedans que du dehors ; le roi de Danemark demeura seul, faisant la guerre en Norvège ». Saint-Simon prévient de sa sécheresse à venir sur l'étranger : « c'est grand dommage que les Mémoires de M. de Torcy ne soient pas venus jusqu'à ce temps-ci, et que le joug de l'abbé Dubois n'ait pas laissé la liberté à M. le duc d'Orléans de me parler aussi librement qu'il avoit accoutumé... : je ne veux dire que ce que je sais par moi-même ou par des gens assez instruits pour que je puisse m'y fier. » Le roi d'Espagne rentra à Madrid, et le prince Pio se contenta « de bien faire rompre autour de l'abbaye de Roncevaux les chemins qu'on y avoit faits à grand'peine pour le canon ».
- Le duc de Lorraine échoue pour l’érection de Nancy en évêché
- On vit au conseil de régence « tous les ressorts que le duc de Lorraine remuoit pour obtenir l'érection d'un évêché à Nancy », pour se tirer du spirituel de Toul — à quoi la France s'était toujours opposée. Le pape, « qui trembloit toujours devant l'empereur, le lui avoit comme accordé » ; mais Dubois, « qui n'avoit rien personnellement à y gagner, ne crut pas devoir salir son ministère d'une tolérance si préjudiciable..., y fit former à Rome une opposition solennelle et parler si ferme au pape et au duc de Lorraine qu'il abandonna ses poursuites ».
- Vaudemont en tombe fort malade à Paris
- « Ainsi le voyage précipité de Commercy ici, où M. de Vaudemont venoit d'arriver, fut inutile ; deux jours après il tomba malade à l'extrémité. Le dépit du peu de succès de sa conversation avec le régent le piqua. Il n'avoit pas l'habitude d'être contredit... Il ne fut plaint que de ses chères nièces, aussi dépitées que lui, et de ses complaisants. »
- Maximes absurdes, mais suivies toujours et inhérentes, du parlement sur son autorité
- Le parlement, « plus irrité du lit de justice des Tuileries qu'abattu », revint à ses maximes : « elle se prétend, quoique très absurdement, la modératrice de l'autorité des rois mineurs, même majeurs » ; l'enregistrement y est tenu pour « l'ajoutement d'une autorité nécessaire et supérieure à l'autorité qui peut faire les lois..., sans laquelle l'autorité du roi ne [seroit] pas exécutrice » ; d'où suit « que tout ce que le roi porte au parlement et y fait enregistrer par crainte et par force est vainement enregistré, est nul de soi et sans force ». En conséquence, la compagnie s'opposa « pas à pas, avec toute la suite et la fermeté possible..., à tous les enregistrements nécessaires aux diverses opérations de Law ».
- J’empêche le régent d’en rembourser toutes les charges avec le papier de Law
- Law, « au plus haut point de son papier », proposa de trancher le nœud gordien : « rembourser avec ce papier toutes les charges du parlement, de gré ou de force, de se parer à l'égard du public d'ôter la vénalité des charges..., et rendre ainsi [le roi] maître du parlement, par de simples commissions... continuées ou changées à chaque tenue du parlement, selon son bon plaisir. » Le régent, ébloui, consulta Saint-Simon — qu'on croyait gagné d'avance par sa haine du parlement. Mais celui-ci, tout en avouant « l'extrême plaisir de ma vengeance personnelle », déclara le projet « d'un côté bien injuste, et de l'autre bien hardi » : « j'aimois incomparablement mieux ma dignité que ma fortune, mais l'une et l'autre ne me seroient jamais rien en comparaison de l'État. » Il emporta le mémoire et « fis de ma main une réponse si péremptoire..., qu'il demeura convaincu que le projet étoit la chimère du monde la plus dangereuse. Cette réponse, je l'ai encore ; elle se trouvera parmi les Pièces. »
- Raisons secrètes contre le remboursement des charges du parlement
- Outre le mémoire, Saint-Simon eut « deux autres [raisons] non moins puissantes..., mais qui n'étoient pas de nature à mettre dans mon mémoire » : ne pas oublier « le service si essentiel que [le parlement] rendit dans le temps de la Ligue », ni « ôter toute entrave aux excès de la puissance royale tyranniquement exercée quelquefois sous des rois faibles, par des ministres, des favoris, des maîtresses, des valets même » ; et conserver « l'unique barrière que l'État pût avoir contre les entreprises de Rome, du clergé de France, d'un régulier impétueux qui gouverneroit la conscience d'un roi ignorant, foible, timide ».
- Seconde tentative du projet du remboursement des charges du parlement finalement avortée
- Le projet était trop cher à Law et à Dubois pour être abandonné : l'année suivante, pendant les luttes avec le parlement et une absence de Saint-Simon à la Ferté, le régent voulut « reprendre le projet du remboursement et voir enfin aux moyens de l'exécuter ». Une fièvre double-tierce retint Saint-Simon au lit ; le duc de La Force vint forcer sa porte « de la part de M. le duc d'Orléans » — il lui prêta simplement son ancien mémoire : « apparemment qu'ils le trouvèrent péremptoire, car le duc de La Force me le rapporta quelques jours après..., et la première fois ensuite que je vis M. le duc d'Orléans, il me dit d'abord qu'il n'y avoit pas moyen de songer davantage à ce projet, et en effet il n'en fut plus du tout parlé depuis. »
- Le parlement informé du risque qu’il a couru, qui le lui a paré, et qui y a poussé
- « Ce qui ne peut se comprendre..., c'est que tout cela fut su en ce même détail par le premier président » : allant à Pontoise, il conta en carrosse à Mme de Fontenelle, sa sœur, « le risque que le parlement avoit couru, et lui donna à deviner qui l'avoit sauvé, dont il ne sortoit pas de surprise, et me nomma. Elle-même me l'a raconté après que nous fûmes raccommodés. Ils surent aussi la part contradictoire que le duc de La Force y avoit eue, et surent après s'en venger cruellement. Pour moi, qui n'avois pas prétendu à leur reconnoissance, je demeurai avec eux tel que j'étois auparavant. »
- Duchesse du Maine à Chamlay, où Mme la Princesse la visite
- Mme la Princesse, refusée du séjour d'Anet pour la duchesse du Maine, « obtint le séjour du château de Chamlay, près de Joigny, qui étoit à vendre depuis la mort de Chamlay..., encore entretenu et meublé. Mme la Princesse eut permission d'y aller voir Mme sa fille. »
- Officiers du sang, et leur date
- À propos de princes du sang : « les princes du sang, comme tels, n'ont ni gardes ni capitaines des gardes », sinon comme gouverneurs de province, dans leur province ; « le seul premier prince du sang a un gentilhomme de la chambre. Ils l'appellent maintenant premier gentilhomme de la chambre et en ont tous un. La date de cette nouveauté, peu après imperceptiblement introduite, est depuis la mort du roi. »
- Usurpations et richesses
- « Qui voudroit expliquer leurs diverses usurpations en tous genres depuis la mort du roi, et les millions qu'ils ont eus, et les augmentations immenses en sus de pensions, feroit un volume. »
- Le chevalier de Vendôme vend au bâtard reconnu de M. le duc d’Orléans le grand prieuré de France, et veut inutilement se marier
- Le chevalier de Vendôme, grand prieur de France, ruiné et toujours enivré de « la folle espérance de revenir au rang de prince du sang », vendit — Law, « son ami et son confident », faisant sa cour au régent — le grand prieuré de France au bâtard reconnu de Mme d'Argenton : « le marché en fut bientôt fait et payé gros..., on la sut consommée avant d'en avoir eu la moindre idée. » Dispensé de ses vœux et autorisé à se marier, « il chercha partout à se marier, et partout personne ne voulut d'un vieux ivrogne de soixante-quatre ou soixante-cinq ans, pourri de vérole, vivant de rapines, sans autre fonds de bien que le portefeuille qu'il s'étoit fait... ; il se lassa enfin d'une recherche vaine et ridicule. »
- Retour de Plénoeuf en France
- « Ce fut en ce temps-ci que Plénœuf revint en France en pleine liberté, après s'être accommodé avec ses créanciers à peu près comme il voulut. »
- Raisons d’en parler
- « Je ne barbouillerois pas ces Mémoires du nom et du retour de ce bas financier sans les raisons curieuses qui s'en présenteront d'elles-mêmes en cet article. »
- Plénoeuf, sa femme et sa fille ; quels
- Plénœuf, des Berthelot, enrichi « dans les vivres et les hôpitaux des armées, où tant de soldats périrent par son pillage », fit après la mort du roi « une banqueroute frauduleuse et prodigieuse » et plaida depuis l'Italie « en sûreté et mains garnies ». Sa femme avait « des agréments..., tout l'esprit, et la sorte d'esprit de suite, d'insinuation et d'intrigue, qui est la plus propre au grand monde » ; elle était mère « de la trop fameuse Mme de Prie, qui avoit autant d'esprit et d'ambition qu'elle, et plus de beauté. Elle enchaîna M. le Duc, le gouverna entièrement, et pendant qu'il fut premier ministre fit des maux infinis à la cour et à l'État..., si on excepte la pension d'Angleterre, pareille à celle qu'avoit eue l'abbé Dubois. La rivalité de beauté brouilla la mère et la fille, les rendit ennemies implacables... : c'est ce qui mit Le Blanc et Belle-Ile à une ligne de leur perte. » Quant à Plénœuf, « d'extérieur grossier, lourd, stupide, [il] étoit le plus délié matois ».
- Courte reprise de sa négociation de Turin avortée par l’intérêt personnel et la ruse singulière de l’abbé Dubois
- Son talent d'intrigue l'avait initié à la cour de Turin, d'où le projet de mariage de Mlle de Valois avec le prince de Piémont, dont Saint-Simon avait remis la correspondance à Dubois. Or ce mariage « n'étoit pas le compte personnel de l'abbé Dubois » : ayant « sacrifié l'Espagne, sa marine et la nôtre à l'Angleterre, il ne restoit plus qu'à sacrifier la même Espagne et le roi de Sicile à l'empereur » — la Sicile, premier fruit de la quadruple alliance, contre « le triste dédommagement de la Sardaigne ». « Dubois n'avoit donc garde de vouloir le mariage à la veille de le dépouiller. Il fit donc languir la négociation..., la laissa transpirer exprès et revenir à Madame, sans y paroître..., dans l'espérance de quelque trait de férocité allemande. Il la connoissoit et il devina. »
- Étrange trait de franchise de Madame, qui rompt tout court la négociation de Turin
- Madame, « la droiture, la vérité, la franchise même, avec de grands défauts, dont l'un étoit de pousser à l'extrême les vertus dont on vient de parler », écrivait chaque semaine à la reine de Sicile : elle « lui manda sans détour qu'elle apprenoit qu'il étoit sérieusement question du mariage... ; qu'elle l'aimoit trop pour lui vouloir un si mauvais présent et pour la tromper ; qu'elle l'avertissoit donc », etc. ; « puis, la lettre partie et hors de portée de pouvoir être arrêtée et prise, elle dit tout ce qu'elle contenoit à M. [le duc] et à Mme la duchesse d'Orléans, qui en fut outrée. M. le duc d'Orléans ne fit qu'en rire, et Dubois rit encore de bien meilleur cœur de ce rare et subit effet de son artifice. » Six semaines après, le régent conclut le mariage de Mlle de Valois avec le fils aîné du duc de Modène ; au reproche de Saint-Simon : « Pourquoi ne mérite-t-elle pas mieux ? me répondit-il : tout m'est bon, pourvu que je m'en défasse. »
- Digression sur les maisons d’Este et Farnèse
- « Il n'est peut-être pas inutile d'expliquer ici en peu de mots ce que sont les d'Este d'aujourd'hui, et ce que sont aussi les Farnèse. Je ne me donne pas pour être généalogiste, mais je suivrai Imhoff, qui passe pour exact et savant sur les maisons allemandes, espagnoles et italiennes... Ce qui regarde l'origine des Farnèse et l'étrange déchet des Este d'aujourd'hui est si moderne et si connu qu'il n'y a pas de méprise à craindre. »
- Maison d’Este
- La maison d'Este, sortie d'Azon, « seigneur d'Este, marchis en Lombardie » à la fin du Xe siècle, donna d'un lit la souche de Bavière, Brunswick et Lunebourg, de l'autre les marquis d'Este et de Ferrare, ducs de Modène et de Reggio (1452) puis de Ferrare (1470). Hercule II épousa en 1527 « Renée de France, fille du roi Louis XII », protectrice des savants et même des huguenots ; leur fille fut « la trop célèbre Anne d'Este, duchesse de Guise », mère des Guise tués à Blois. « Alphonse II..., mort sans enfants le 27 octobre 1597, à soixante-quatre ans, [fut] le dernier de la véritable et illustre maison d'Este. »
- Bâtards d’Este, ducs de Modène et de Reggio jusqu’à aujourd’hui
- « Ici commence la maison bâtarde d'Este, présentement régnante » : Alphonse, fils du duc Alphonse Ier et de Laure Eustochie, « dont le père étoit un artisan de Ferrare », né avant tout prétendu mariage ; son fils César, « protégé par l'empereur », fut « sans difficulté duc de Modène et de Reggio », mais dut céder Ferrare à Clément VIII — Henri IV ayant offert ses armes au pape. Suivent le duc Alphonse qui « s'alla faire capucin à Munich » ; François, ses mariages Farnèse ; Alphonse II, époux de la nièce de Mazarin ; Marie-Béatrix, femme de Jacques II d'Angleterre ; le cardinal Renaud, qui rendit son chapeau pour succéder ; et enfin François-Marie, « qui a épousé Mlle de Valois, fille de M. le duc d'Orléans, lors régent de France. Ainsi la bâtardise de ces derniers Este ne peut être plus clairement ni plus évidemment prouvée. »
- Maison Farnèse
- La maison Farnèse « est d'Orvieto et a pris le nom de son fief de Farnèse en Toscane » : consuls puis podestats d'Orvieto vers 1226, commandants des troupes de Bologne et de Florence, « cinq générations avant le pape qui a fait les ducs de Parme, et six générations légitimes... qui ont duré jusque vers 1700 qu'elles se sont éteintes, la plupart connues par des emplois militaires distingués..., et des alliances bonnes, et plusieurs grandes ».
- Farnèse bâtards, duc de Parme et de Plaisance
- « Venons maintenant aux bâtards qui seuls des Farnèse ont été ducs de Parme et de Plaisance, de Castro et de Camerino, aux dépens de l'Église » : Alexandre Farnèse, pape Paul III, eut « étant cardinal et évêque sacré » deux bâtards, qu'il fit ducs par échanges et achats sur les biens de l'Église. Pierre-Louis, « homme perdu de toutes sortes de débauches et de crimes », fut assassiné à Plaisance en 1547 ; et le pape mourut de colère en 1549 « s'écriant et répétant ce verset : Si mei non fuissent dominati, tunc immaculatus essem et emundatus a delicto maximo ». Saint-Simon foudroie au passage : « Louis XIV, qui se trouvoit dans le même cas, y mit le comble en mourant, bien loin du repentir de ce pape, entre les bras de ses bâtards déifiés, de la Maintenon leur gouvernante, du jésuite Tellier..., et leur immola de plus son royaume, autant qu'il fut en lui, et l'éducation du roi son successeur. » La lignée passa par Octave, gendre de Charles-Quint, par le grand Alexandre, « un des plus grands capitaines de son siècle », jusqu'aux derniers ducs : « Élisabeth Farnèse, fille unique d'Odoard II..., est la seule héritière de ses États et de ceux de Toscane par la grand'mère de son père. »
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