TOME V · CHAPITRE XI

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Résumé

L'Espagne perdue et reprise : Toulouse de retour, sa flotte à Toulon ; le siège de Barcelone levé ; Philippe V regagne Pampelune par le pays de Foix puis Madrid ; Tessé revient ; le duc de Noailles commande seul en Roussillon. La reine à Burgos ; le roi joint Berwick de sa personne ; dispersion de sa cour ; les ennemis maîtres de Madrid ; Vaset remet au roi de France les pierreries des souverains d'Espagne. Mais le « zèle des évêques et des peuples » — l'évêque de Murcie en tête — retourne tout : Madrid recouvrée, le roi et la reine y rentrent, les ennemis chassés des Castilles ; Oropesa passe à l'archiduc.

Les entrées

Comte de Toulouse de retour à Versailles, et sa flotte à Toulon
Le soir même où le roi apprit Ramillies, le comte de Toulouse arrive à Versailles. Mouillé devant Barcelone jusqu'au 8 mai, il apprit par ses frégates d'avis l'approche de la flotte ennemie « forte au moins de quarante-cinq vaisseaux de guerre » : « notre amiral, grâce aux bons soins de Pontchartrain, n'en avoit pas une bastante pour les attendre ». Après conférence avec Tessé et Puységur, il lève l'ancre et rentre le 11 mai à Toulon — « le départ de notre flotte et l'arrivée de celle des ennemis à Barcelone y changea fort la face de toutes les choses ».
Levée du siège de Barcelone
Le siège de Barcelone devient impossible : les ingénieurs « si lents et si ignorants », les officiers d'artillerie vénaux qui déplaçaient exprès leurs batteries « parce que de ces mouvements de canon résultoit un droit pécuniaire », l'armée « uniquement nourrie par la mer » et privée de cette ressource. On lève le siège la nuit du 10 au 11 mai, abandonnant « cent pièces d'artillerie, cent cinquante milliers de poudre, trente mille sacs de farine ». Huit jours de harcèlement par les miquelets, jusqu'à ce que le duc de Noailles — dont ils respectaient l'équipage en mémoire de son père — les appelle et obtienne « qu'ils n'inquiéteroient plus l'armée…, à condition qu'on ne les brûleroit point. Cela fut exécuté fidèlement de part et d'autre. » Coût total : bien quatre mille hommes ; et pourtant l'armée « auroit pris Barcelone, sans ceux de notre artillerie et de nos ingénieurs ».
Le roi d’Espagne gagne Pampelune par le pays de Foix, puis Madrid
À la tour de Montgris, que faire du roi d'Espagne ? Certains voulaient qu'il attende en France, d'autres qu'il pousse jusqu'à Versailles. Le duc de Noailles — « à ce qu'il m'a dit, et que je ne garantis pas » — soutint l'avis contraire, « qui fut le salut du roi d'Espagne » : toute retraite en France serait prise « pour une abdication » ; il fallait « percer par les montagnes du pays de Foix », rejoindre la reine, « se présenter à ses peuples…, pénétrer en Espagne, et jusque dans Madrid ». Ainsi fut fait : par Toulouse, le pays de Foix et Pau, le roi d'Espagne gagne Pampelune à cheval le 1er juin « aux acclamations du peuple », puis Madrid, où il arrive « aux plus grandes acclamations de joie ».
Tessé revient à la cour
Tessé, autorisé à revenir, « ne vouloit point retourner en Espagne, où il voyoit tout perdu. Il aimoit mieux en laisser tout le poids à Berwick…, et il en savoit trop pour ne pas faire place au duc de Noailles en Roussillon. Il fit le malade comme il l'avoit su faire en Savoie et en Italie, s'amusa, prit quelques jours des eaux à Balaruc, et regagna la cour. »
Duc de Noailles fait lieutenant général seul, et commande en chef en Roussillon
Le roi fait le duc de Noailles « lieutenant général seul » et le destine à commander en chef en Roussillon : « c'est ainsi que le duc de Noailles, au quart de sa troisième ou quatrième campagne pour le plus, escalada rapidement tous les grades en neveu favori de Mme de Maintenon. On en avoit bien fait autant pour le gendre bien-aimé de Chamillart ; mais La Feuillade étoit l'ancien du duc de Noailles de près de vingt ans. Tessé eut l'honneur d'avoir prêté l'épaule à tous les deux. »
La reine d’Espagne, etc., à Burgos
Devant l'avance portugaise sur Madrid, « la reine en sortit avec ses enfants et sa suite, le 18 juin, pour aller à Burgos, sur le chemin de Pampelune » ; les conseils suivirent la reine, Amelot le roi.
Le roi d’Espagne joint Berwick de sa personne
« Le roi en partit, le 21, pour s'aller mettre à la tête de la petite armée de Berwick » — ce Berwick « dans une étrange presse à la tête d'une poignée de troupes mal en ordre », qui ne pouvait se présenter devant l'armée portugaise mais « ralentissoit ses mouvements et ses progrès autant que la capacité pouvoit suppléer aux forces ».
Dispersion de sa cour
Dispersion de la cour d'Espagne : « quantité de grands s'en allèrent sur leurs terres, le cardinal Portocarrero à Tolède, laissant la plus grande consternation dans Madrid ».
Ses ennemis maîtres de Madrid
« Incontinent après, les Portugois se rendirent les maîtres » de Madrid — mais « ils n'y trouvèrent aucun grand ni aucun membre des conseils » : la capitale occupée, vide de toute la monarchie.
Tessé salue le roi
Tessé salue le roi à Versailles, de retour d'une campagne dont il avait su esquiver la fin — il y arrive en même temps que Vaset et les pierreries d'Espagne.
Vaset remet au roi les pierreries du roi et de la reine d’Espagne
Pendant ces extrémités, la reine confie « toutes les pierreries du roi son mari et les siennes » à Vaset, le valet français, qui les porte en France et « les remit au roi, et parmi elles cette fameuse perle en poire appelée la Pérégrine, qui, pour sa forme, son poids, son eau parfaite et sa grosseur, est sans prix et sans comparaison avec aucune qu'on ait jamais vue ».
Zèle des évêques d’Espagne et des peuples
« Les évêques d'Espagne s'étoient signalés entre tous à lever des troupes à leurs dépens, et à donner au roi des sommes très considérables » ; le cardinal Portocarrero, « quoique si justement mécontent, donna beaucoup ». Les prélats envoyèrent « des prédicateurs choisis dans tous les lieux de leurs diocèses affermir les peuples dans leur fidélité et leur zèle, qui aussi en donnèrent les plus grandes marques ».
Évêque de Murcie
« L'évêque de Murcie fit plus qu'aucun, qui avoit été simple curé de village avec tant de réputation et de vertu, que le roi d'Espagne l'avoit élevé à cet épiscopat, d'où il donna l'exemple à tous les autres. »
Madrid au pouvoir du roi d’Espagne, qui y rentre, et la reine
Berwick, renforcé des vingt escadrons et trente bataillons français fin juillet, « changea toute la face de cette guerre » : l'armée ennemie « se tint sur la défensive et recula partout ». Mejorada entre dans Madrid avec cinq cents chevaux « aux plus grandes acclamations » ; « le roi d'Espagne rentra dans Madrid à la fin de septembre, la reine incontinent, avec les plus grandes marques de joie ».
Les ennemis chassés des Castilles
« Les peuples armés par toute la Castille reprirent vigueur, et, sans troupes avec eux, firent rebrousser l'archiduc » ; Ségovie est reprise, Berwick poursuit l'armée ennemie « qui se retiroit devant lui de lieu en lieu » et prend Cuença — « mais Malaga et l'île de Majorque demeurèrent encore à l'archiduc ». Bilan : le siège mal entrepris de Barcelone « pensa renverser Philippe V de son trône, qui avec la même célérité y fut reporté par son courage, l'affection de la Castille, la sagesse et la capacité de Berwick et les secours si prompts du roi son grand-père ».
Comte d’Oropesa passe à l’archiduc
« Le comte d'Oropesa, président du conseil de Castille, que le roi d'Espagne avoit trouvé exilé depuis deux ans à son arrivée en Espagne, et qu'il y avoit toujours laissé, alla, en ce même temps de prospérité, trouver l'archiduc avec toute sa famille. »
Patriarche des Indes arrêté y passant avec le comte et la comtesse de Lémos
« Le patriarche des Indes fut arrêté avec le comte et la comtesse de Lémos qui y alloient aussi ensemble » — trahisons de la haute Espagne saisies au vol.
Soulagement du palais
Mme des Ursins, de retour à Madrid avec la reine, « profita de l'occasion de soulager le palais de trois cents femmes qui avoient ou refusé de la suivre, ou dont les parents avoient montré leur attachement pour l'archiduc » — épuration domestique menée en règle.
Contades fait major du régiment des gardes ; son extraction ; son caractère
Contades est fait major du régiment des gardes : gentilhomme d'Anjou dont le père « étoit connu du roi par plusieurs présents de chiennes couchantes fort belles et fort bien dressées ». Galant, « mais souvent pour sa fortune », il sut « plaire aux courtisans, aux généraux, ne se mettre mal avec personne, cultiver les maris dont il l'étoit par leurs femmes » — « et le miracle de tout cela, c'est qu'il avoit fort peu d'esprit, et qu'il ne sut jamais faire une lettre ».
Cent cinquante mille livres à M. de Soubise, et la nomination de son fils au cardinalat déclarée
M. de Soubise reçoit cinquante mille écus sur ce qui vaqua dans les gens d'armes, « y compris la charge du fils qu'il y avoit perdu », et la nomination de son fils au cardinalat est déclarée à Marly le 12 juin — nomination « dont les beaux yeux de Mme de Soubise avoient tiré parole du roi il y avoit déjà quelque temps ».
Mort du chevalier de Courcelles et sa parenté
Mort du chevalier de Courcelles, lieutenant général distingué, du nom de Champlois, « d'une noblesse fort commune » : sa grand'mère, sœur du premier maréchal de Villeroy, « fit fort parler d'elle par des galanteries éclatantes auxquelles on n'étoit pas accoutumé en ce temps-là, et qui la brouillèrent avec toute sa famille ».
Mort de Montchevreuil
Mort à Saint-Germain de Montchevreuil, « dont j'ai parlé si souvent qu'il ne me reste plus rien à en dire » ; son fils Mornay avait la survivance de son gouvernement et de la capitainerie.
Mort de Bourlemont
Mort de Bourlemont, du nom d'Anglure, lieutenant général : brouillé avec Louvois « qui lui rasa, de pique, Stenay dont il étoit gouverneur. C'étoit un très galant homme, ami de mon père. »
Mort de Mlle de Foix
Mort d'une vieille Mlle de Foix, tante paternelle du duc de Foix, « fort riche et de beaucoup d'esprit » : « elle n'avoit jamais voulu sortir de ses terres, où elle vivoit en grande dame et avec des hauteurs qu'on passoit à l'âge et à la coutume, et qui ne seroient de mise aujourd'hui ». M. de Lauzun en hérita en partie.
Mort de Brou, évêque d’Amiens ; son caractère
Mort de Brou, évêque d'Amiens, « fort distingué dans le clergé par ses mœurs, sa piété, le gouvernement de son diocèse…, son attachement aux maximes du royaume et à la bonne morale », ami intime « du grand évêque de Meaux ». Épitaphe cinglante pour son successeur : « son évêché y perdit tout et fut donné à une barbe sale de Saint-Sulpice ».
Mort de l’abbé Testu ; son caractère ; personnage singulier
Mort de l'abbé Testu, « homme fort singulier » : intime de Mme de Montespan à l'hôtel d'Albret, lié de même avec Mme Scarron « qu'il voyoit dans ses ténèbres » et qu'il vit toujours « depuis le prodige de sa fortune » ; « un des premiers hommes qui aient fait connoître ce qu'on appelle des vapeurs », avec « un tic qui à tous les moments lui démontoit tout le visage ». Bon ami, faiseur de fortunes « sous la cheminée », mais « fort difficile à pardonner » ; à quatre-vingts ans, « il se faisoit verser peu à peu une aiguière d'eau à la glace sur sa tête pelée ». « Ce fut une perte pour ses amis, et une encore pour la société. »
Mort de Rhodes ; son caractère
Mort de M. de Rhodes, « le dernier de ce nom de Pot si ancien », grand maître des cérémonies comme ses pères : « extrêmement galant, et avec grand bruit », un « esprit trop libre qui n'étoit pas fait pour la cour de Louis XIV » — il s'en dégoûta et se retira à Paris « en espèce de philosophe ». « C'est de lui et des Gesvres qu'on a dit que l'ouvrage valoit mieux que l'ouvrier. »
Mort de la mère du maréchal de Villars ; son caractère
Le maréchal de Villars perd sa mère, « une petite vieille ratatinée, tout esprit et sans corps », morte à quatre-vingt-cinq ans avec toute sa tête : « elle s'émerveilloit plus que personne de l'énorme fortune de son fils ; elle le connoissoit, et lui recommandoit toujours de beaucoup parler de lui au roi, et jamais à personne… Elle avoit des apophtegmes incomparables, et ne sembloit pas y toucher. »
Mort de Mme de Gacé
Gacé, depuis maréchal de Matignon, perd sa femme, « fort vertueuse, horriblement laide, riche, et Bertelot, sœur de Plénoeuf » : « qui auroit cru qu'un nom si vil eût fait dans la suite la fortune des deux fils qu'elle laissa ? »
Mort de la princesse de Tingry
Mort de la vieille princesse de Tingry à Versailles : « elle vécut longtemps fort délaissée, et dans de grands scrupules sur ses vœux, et d'avoir changé son voile contre un tabouret » — l'ancienne religieuse devenue princesse, contée au procès de M. de Luxembourg.
Mort de la duchesse Max. de Bavière
« La veuve sans enfants du duc Max. de Bavière, sœur de M. de Bouillon, ne survécut presque pas son mari » — mort discrète après une vie de retraite pieuse en Bavière.
Mort de Congis et sa dépouille
Mort de Congis, ancien capitaine aux gardes, « espèce d'officier général hébété, et en qui il n'y avoit jamais eu grand'chose » ; son fils, qui avait la survivance des Tuileries, « valoit encore moins que son père » : le roi voulut qu'il en accommodât Catelan, dédommagé de la Muette et du bois de Boulogne donnés à Armenonville.
Mort de Laubanie et sa dépouille
« Laubanie ne jouit pas longtemps de la gloire d'avoir si bien défendu Landau et de la récompense qu'il en avoit eue » : sa grand-croix de Saint-Louis passe à Maupertuis, capitaine des mousquetaires gris — grâce qui « passa pour une distinction très particulière », les capitaines de mousquetaires étant alors « bien éloignés de penser à être chevaliers de l'ordre ».
Mort de la duchesse de Montbazon ; son extraction ; son caractère
Mort de la duchesse de Montbazon, fille posthume du premier maréchal de Schomberg, belle-fille de « la belle et célèbre Montbazon » par qui commença « la princerie des Rohan » : « la vie de cette duchesse de Montbazon fut obscure, et ses mœurs et sa tête fort mal timbrée avoient beaucoup fait parler d'elle ». À soixante-seize ans, « elle s'avisa de faire exécuteur de son testament le duc de La Rochefoucauld, avec qui elle n'avoit jamais eu grand commerce, et qui se mêloit fort à peine de ses propres affaires ».
Mort de Mme Polignac ; son caractère ; ses aventures
Mort de Mme de Polignac, « seul reste de la maison de Rambures » : ancienne fille d'honneur de la Dauphine, « chassée de la cour pour avoir été trop bien avec Monseigneur ; et M. de Créqui hors du royaume pour avoir été trop bien avec elle ». À Paris, avec un mari « qui eut toujours pour elle des égards jusqu'au ridicule, et pour qui elle n'en eut jamais le plus léger », elle « joua tant et si bien, qu'elle se ruina sans ressource » et dut se retirer au Puy, où « la tristesse et l'ennui (quelques-uns l'ont accusée d'un peu d'aide) l'y firent tomber bientôt fort malade » et mourir.
Trait étrange du Bordage
« Trait étrange du Bordage », amant passionné de Mme de Polignac : accouru à la nouvelle de sa maladie, témoin de sa mort, « il en fut si outré de douleur, qu'il avala tout ce qu'il fallut d'opium pour le tuer ». Ses valets, devinant l'affaire, « le secouèrent et lui firent avaler du vinaigre tant qu'ils purent…, et avec beaucoup de peine et de temps le réchappèrent ». « Cette aventure fit grand bruit, et plut extrêmement aux dames. » Il languit plus d'une année, « et reprit après son jeu et sa vie accoutumée. Le singulier est qu'à plus de soixante-dix ans il la mène encore sans avoir été un moment incommodé depuis. »

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