TOME I · CHAPITRE XXVII

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Résumé

Le quiétisme éclate : mort de Molinos ; l'affaire de l'archevêque de Cambrai se noue. Mandements de MM. de Paris et de Chartres, Instruction sur les états d'oraison de Bossuet contre les Maximes des saints de Fénelon ; Chevreuse et Beauvilliers « perdus » auprès de Mme de Maintenon. Fénelon porte son affaire à Rome, appuyé sur le cardinal de Bouillon et les jésuites, dont Saint-Simon démonte les intérêts communs ; Bouillon va relever Janson à Rome et obtient Cluny pour son neveu. Succès croisés des deux livres, examen des Maximes, liste des examinateurs. Meurent l'évêque de Metz ; M. de Paris est fait commandeur de l'ordre, M. de Meaux conseiller d'État d'Église — et Cambrai poursuit.

Les entrées

Mort de Molinos
Molinos, « ce prêtre espagnol qui a passé pour le chef des quiétistes, et pour en avoir renouvelé les anciennes erreurs », meurt à Rome « dans les prisons de l'inquisition » au début de l'année — signal de reprendre l'affaire de M. de Cambrai.
Continuation de l’affaire de l’archevêque de Cambrai
Rappel des antécédents : Mme Guyon, longtemps entre les mains de M. de Meaux, avait « feint d'ouvrir les yeux à sa lumière » et signé une rétractation dont le doux prélat « fut la dupe » ; l'abus de sa liberté l'avait fait enfermer à Vincennes. Cette mauvaise foi, le peu de fruit des conférences d'Issy et « le célèbre tour que fit si prestement M. de Cambrai de se confesser à M. de Meaux, pour lui fermer la bouche », mettent enfin la plume à la main de Bossuet.
Mandements théologiques de MM. de Paris et de Chartres
MM. de Paris et de Chartres avaient d'abord traité l'affaire « d'une manière toute théologique par leurs mandements » — d'où la nécessité, pour M. de Meaux, « de réduire au clair cette théologie assez pour être entendue de tout le monde ».
Instruction sur les états d’oraison de M. de Meaux
L'Instruction sur les états d'oraison : ouvrage mi-dogmatique mi-historique, « clair, net, concis, appuyé de passages sans nombre… modeste, mais serré et pressant », dont l'historique « très-curieux, où M. de Meaux laissa voir et entendre tout ce qu'il ne voulut pas raconter », fit dévorer le dogmatique : « il n'y eut homme ni femme à la cour qui ne se fît un plaisir de le lire… Le roi en remercia publiquement M. de Meaux. »
Maximes des saints de M. de Cambrai
Les Maximes des saints, composées et imprimées à la hâte pour prévenir Bossuet — M. de Chevreuse « s'alla établir chez l'imprimeur pour en corriger chaque feuille » : deux colonnes de maximes vraies et fausses « d'un ton de maître ». Accueil désastreux : « le style confus et embarrassé… la barbarie des termes qui faisoient comme une langue étrangère », des pensées « qui faisoient perdre haleine, comme dans l'air trop subtil de la moyenne région ». « Presque personne qui n'étoit pas théologien ne put l'entendre » ; les connaisseurs crurent y trouver « un pur quiétisme, délié, affiné, épuré de toute ordure ». On ressortit le mot de Mme de Sévigné : « Épaississez-moi un peu la religion, qui s'évapore toute à force d'être subtilisée. »
Ducs de Chevreuse et de Beauvilliers perdus auprès de Mme de Maintenon
Les ducs perdus auprès de Mme de Maintenon : Chevreuse pour s'être fait « le personnage de correcteur d'imprimerie », Beauvilliers pour avoir présenté le livre au roi « sans en avoir rien dit à Mme de Maintenon » — « une défiance et une indépendance d'elle, qui la blessa plus que tout, et qui la fit résoudre à travailler à les perdre tous deux ».
M. de Cambrai se résout à porter son affaire à Rome
Sans ressource en France — « les premiers prélats en savoir, en piété, en crédit contre lui » —, Cambrai résout de porter son affaire à Rome, « démarche si contraire à nos mœurs et si agréable à cette cour, qui affecte les premiers jugements ».
Son intime liaison avec le cardinal de Bouillon et les jésuites
Son alliance avec le cardinal de Bouillon : liaison ancienne, « facile et sûre » par l'intérêt commun — Bouillon et Cambrai « étoient aux jésuites, les jésuites à eux » —, et l'on prétendit le marché fait « que le crédit de l'un feroit l'autre cardinal en lui faisant gagner sa cause », et qu'en retour les ducs, gouvernés par le prélat victorieux, feraient entrer Bouillon au conseil, d'où il « ne se promettoit pas moins que de s'élever à la place de premier ministre » — chimères d'un homme « le plus chimérique qui ait vécu en nos jours ».
Leurs intérêts communs
Les intérêts communs détaillés : les Bouillon ennemis héréditaires des Noailles (le procès de la vicomté de Turenne, l'injure des « domestiques »), ennemis des Tellier depuis Louvois et Turenne, jaloux de M. de Meaux, exaspérés par « ce cuistre violet » de Chartres et son crédit sur le roi. « Toutes ces choses ensemble étoient plus qu'il n'en falloit pour enflammer le cardinal de Bouillon. »
Cardinal de Bouillon va relever à Rome le cardinal de Janson, et obtient pour son neveu la coadjutorerie de son abbaye de Cluny
Le cardinal de Bouillon, dont la considération était tombée depuis « la frasque ridicule » du dauphiné d'Auvergne, obtient d'aller relever à Rome le cardinal de Janson — il faut y être « à la mort du doyen, pour recueillir le décanat du sacré collège » — et emporte au passage la coadjutorerie de Cluny pour son neveu l'abbé d'Auvergne.
Embarras des jésuites et leur adresse
L'embarras des jésuites : le roi, irrité de l'approbation donnée au livre par le P. de La Chaise et le P. Valois, « s'en expliqua durement à ces deux jésuites » ; les gros bonnets consultés décident « qu'il falloit céder ici à l'orage, sans changer les projets pour Rome ». D'où le coup de théâtre du jour de l'Annonciation : le P. La Rue, ses trois points finis, demande au roi permission de dire un mot « contre des extravagants et des fanatiques » — une demi-heure de portraits d'après nature, essuyés par M. de Beauvilliers assis derrière les princes « et les regards indiscrets de toute la cour ». Bourdaloue, Gaillard et jusqu'au prédicateur de la paroisse de Versailles font retentir le même thème le même jour.
Succès des Maximes des saints et de l’ Instruction sur les états d’oraison
Les deux livres si opposés « causèrent un grand fracas » : l'un, inintelligible, « ne fut lu que des maîtres en Israël », l'autre « reçu avec avidité et dévoré » — sujet de toutes les conversations de la cour et de la ville. Saint-Simon glisse ici sa précaution de vocabulaire : il dira quiétistes et jansénistes « parce qu'il faut des noms dans le langage pour s'expliquer… sans prétendre qu'il ait une vraie ni une fausse application à la doctrine ou aux gens dont il s'agit ».
Maximes des saints mises à l’examen
Le roi s'interpose et oblige M. de Cambrai « à souffrir que le sien fût examiné » par Reims, Paris, Meaux, Chartres, Toul, Soissons et Amiens — « c'est-à-dire par ses adversaires ou par des prélats qui leur adhéroient ».
Examinateurs
Les examinateurs passés en revue : Toul, futur cardinal de Bissy, client de Chartres ; Soissons, « un fat, mais avec de l'esprit, du savoir, et plus d'ambition encore », cousin et allié de La Rochefoucauld « le plus envieux des hommes » ; et Amiens, « un saint évêque » dont Saint-Simon conte le trait admirable : scrupule d'être entré dans l'épiscopat par une charge achetée, double démission portée au P. de La Chaise — et la réponse « prompte et digne de tous les trois » : le roi accepte la démission « mais en même temps il le nommoit de nouveau évêque d'Amiens » ; l'affaire eut « une part non médiocre » au scrupule que prit le roi de la vénalité des charges d'aumôniers.
Mort de l’évêque de Metz ; sa fortune
Pendant l'examen meurt M. de Metz — Georges d'Aubusson, frère aîné de La Feuillade, quatre-vingt-cinq ans, tombé en enfance : le brillant orateur des assemblées du clergé, l'ambassadeur de Venise et d'Espagne qui négocia la déclaration solennelle de 1662 sur la préséance, le familier dont le roi s'amusait — avare avoué qui refusait le Saint-Esprit sur la soutanelle « pour épargner deux écus » et « en rioit le premier ».
M. de Paris commandeur de l’ordre
Sa mort fait vaquer un cordon bleu : M. de Cambrai « eut la douleur de voir donner l'ordre à M. de Paris » — Noailles, son adversaire.
M. de Meaux conseiller d’État d’Église
Et la place de conseiller d'État d'Église à M. de Meaux — second dégoût, suivi d'un troisième : Mme de Maintenon chasse de Saint-Cyr trois dames principales « à cause de leur entêtement pour Mme Guyon et pour sa doctrine ».
M. de Cambrai porte son affaire à Rome
Cambrai écrit alors au pape et demande au roi la permission d'aller soutenir sa cause à Rome : « mais le roi lui défendit. » M. de Meaux envoie aussitôt son livre au pape.
Lettres au pape de part et d’autre
Les lettres croisées : « rien de plus adroit, de plus insinuant, de plus flatteur que la lettre de M. de Cambrai. L'art, la délicatesse, l'esprit, le tour y brilloient » — au prix de faire « litière » de l'honneur de l'épiscopat et des maximes du royaume « sous prétexte de modestie et d'humilité personnelles ». Elle fit pourtant bon effet : « en général on est envieux, et on n'aime pas l'air d'oppression » — il vit « une lueur de retour du public ».
Réponses du pape
Les réponses du pape : sèche pour M. de Cambrai, triomphante pour M. de Meaux — et la cour de Rome « eut une extrême joie de se voir déférer cette cause à juger en première instance par les premiers prélats d'un royaume jusqu'alors si attachés à des maximes plus anciennes, et elle triompha de les tenir en suppliants à ses pieds ».
M. de Cambrai exilé pour toujours dans son diocèse
L'exil : la lueur de faveur publique « fit peur à ses ennemis. Ils irritèrent le roi, qui, sans le vouloir voir, lui fit dire de s'en aller sur-le-champ à Paris, et de là dans son diocèse, d'où il n'est jamais sorti depuis. » Le roi enferme longuement le duc de Bourgogne dans son cabinet, « apparemment pour le déprendre de son précepteur auquel il étoit fort attaché, et qu'il regretta avec une amertume que la séparation de tant d'années n'a jamais pu affaiblir ». En partant, Cambrai laisse une lettre-manifeste « d'un langage beau » où il « épanche sa bile et ne se ménage plus » : « elle fit un extrême plaisir à lire, sans trouver d'approbateur, tant il est vrai qu'un sage et dédaigneux silence est difficile à garder dans les chutes. »
Mort de la duchesse douairière de Noailles
Mort de la duchesse douairière de Noailles, mère de l'archevêque : « femme d'esprit, extrêmement bien avec le roi et la reine, d'une vertu aimable, et toute sa vie dans la piété, quoique enfoncée dans la cour. » Veuve, elle s'était retirée à Châlons auprès de son fils, « dont elle fit son directeur, et à qui tous les soirs de sa vie elle se confessoit avant de s'aller coucher » ; elle mourut à l'archevêché « très-saintement comme elle avoit vécu ».
Sa charge
Sa charge : dame d'atours de la reine mère dès 1657 ; son mari fait duc « en cette étrange fournée des quatorze » de 1663, « elle n'osa quitter ; ce fut la première et l'unique dame d'atours duchesse ».
Sa famille
Sa famille : née Boyer — « et n'étoit rien », les biens ayant fait les mariages —, avec une sœur Ligny mère de la princesse de Furstemberg, et l'autre Mme Tambonneau, dont le salon fait l'étonnement de Saint-Simon : « elle avoit trouvé le moyen de voir chez elle la meilleure et la plus importante compagnie de la cour et de la ville, sans donner à jouer ni à manger… et s'y faisoit respecter comme une reine. Cela est si singulier que je l'ai voulu rapporter. »
M. de Troyes ; sa famille, sa vie, sa retraite
La « belle et courageuse retraite » de M. de Troyes, le favori des dames « qui ne l'appeloient que le Troyen, et chien d'évêque et chien de Troyen, quand il leur gagnoit leur argent » : jamais plus gai qu'au dernier dîner de l'hôtel de Lorges, il demande le lendemain audience au roi, « fit sa confession avec ingénuité », avoue « que jamais il n'en auroit la force tant qu'il tiendroit au monde par quelques prétextes », remet sa démission en faveur de son neveu Chavigny — et tint tout : retiré dans sa maison de Troyes, « entièrement consacré à la prière et à la pénitence, et à une entière solitude ».
M. d’Orléans de nouveau et durement condamné contre M. de La Rochefoucauld
La querelle de la place au sermon rebondit : M. d'Orléans, revenu d'Orléans, « se jeta aux pieds du roi avec peu de bienséance et moins de dignité » ; La Rochefoucauld offre de renoncer à la place ; le roi tient ferme et lâche « ces dures paroles, qui lui étoient si rares : que si la chose étoit à décider entre M. d'Orléans et un laquais, il donneroit la place au laquais plutôt qu'à lui ». « Je l'en vis sortir l'air outré de douleur » — retour immédiat à Orléans.
Abbé de Coislin ; sa fortune ; est fait évêque de Metz
La fortune de l'abbé de Coislin, nommé à Metz sans que personne de sa famille eût osé y songer : « un petit homme court et gros, singulier au dernier point, d'une figure comique et de propos à l'avenant… avec cela dangereux et malin, et un fort médiocre prêtre » — fait prêtre par raison, son aîné étant impuissant et lui « fort soupçonné » de l'être, « il ne voulut pas mourir de faim toute sa vie, et se tourna du côté des bénéfices ». Le roi, qui « ne le goûta jamais », le plaçait pour apaiser l'oncle.
Place décidée pour le premier aumônier derrière le roi à la chapelle
Pour finir toute dispute, le roi donne à la charge de premier aumônier « une place derrière lui à la chapelle, au-dessous de celle de M. de La Rochefoucauld, et la joignant » — le nouveau Metz « ne fut pas alors en termes de la refuser, comme avoit fait son oncle ».
Réconciliation du duc de La Rochefoucauld et de l’évêque d’Orléans
La réconciliation : M. d'Orléans, futur cardinal « hors d'intérêts pour sa personne » et comblé par l'établissement de son neveu, « se prêta à y consentir et à se réconcilier avec M. de La Rochefoucauld. Le roi en fut ravi ; et tout se passa de part et d'autre de si bonne grâce, que tout fut sincèrement oublié et qu'ils redevinrent amis comme auparavant. »
Mort de La Hillière, gouverneur de Rocroy, ami de mon père
Mort du chevalier de La Hillière, gouverneur de Rocroy, « ancien ami intime de mon père, et un des braves et des galants hommes de France », confident de M. Le Tellier et de Mademoiselle du temps de Lauzun : « il y avoit toujours des choses curieuses à apprendre de lui de l'ancienne cour. »
Comédiens italiens chassés
Les comédiens italiens chassés : « tant qu'ils n'avoient fait que se déborder en ordures sur leur théâtre, et quelquefois en impiétés, on n'avoit fait qu'en rire ; mais ils s'avisèrent de jouer une pièce qui s'appeloit la Fausse Prude, où Mme de Maintenon fut aisément reconnue. » Trois ou quatre représentations à guichets combles, puis l'ordre « de fermer leur théâtre, et de vider le royaume en un mois » — « et si ces comédiens y perdirent leur établissement par leur hardiesse et leur folie, celle qui les fit chasser n'y gagna pas, par la licence avec laquelle ce ridicule événement donna lieu d'en parler ».

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