TOME XX · CHAPITRE II
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Résumé
L'automne d'une régence qui s'ignore finissante. Morts en cascade — le premier président de Mesmes, La Houssaye, le prince de Croï dont la « princerie » est raillée comme une « chimère », les deux Aumont, la maréchale de Chamilly, l'électeur de Cologne, le grand-duc de Toscane ; distribution d'évêchés où Mme de Chelles, fille du Régent, écrit « fortement » à son père sur ses choix ; la Compagnie d'Ostende et le mariage des Asturies consommé. Au centre, une inquiétude : le « triste et volontaire état de la santé de M. le duc d'Orléans ». Saint-Simon avertit l'évêque de Fréjus de prendre ses mesures, et lit à livre ouvert la « fausseté » du futur cardinal Fleury, qui veut régner à l'ombre d'un prince premier ministre « de nom et d'écorce ».
Les entrées
- Mort du premier président de Mesmes
- Douze ou treize jours après Dubois, une apoplexie emporte en moins de vingt-quatre heures le premier président de Mesmes, à soixante et un ans, sans qu'on en tire un signe de vie. Saint-Simon le juge « plus corrompu » encore que le cardinal : né riche et honoré, il n'avait nul besoin de se bâtir une fortune pour être détestable.
- Je retrouve et revois M. le duc d’Orléans comme auparavant
- Rentré de la Ferté après deux mois de retraite, il retrouve le régent qui court à lui et lui demande s'il veut l'abandonner. Il répond qu'il s'était cru inutile tant que vivait le cardinal ; le prince lui fait promettre de vivre avec lui comme auparavant et lui rend toute son ancienne confiance.
- Compagnie d’Ostende
- Le régent l'entretient aussitôt des affaires du dehors, et notamment de l'émoi de l'Angleterre et de la Hollande devant la compagnie d'Ostende que l'empereur veut établir et qu'elles veulent empêcher, par grand intérêt de commerce ; il lui expose ce que la France y peut trouver pour et contre, et la conduite qu'il entend tenir.
- Mort de La Houssaye ; sa place de chancelier de M. le duc d’Orléans donnée à Argenson, et les postes à Morville
- Perte « très légère » : La Houssaye, chancelier du régent, meurt à soixante et un ans, après avoir montré son ignorance au contrôle général des finances qu'on lui avait fait quitter. Le lieutenant de police d'Argenson, second fils du feu garde des sceaux, prend sa place ; les postes vont à Morville, avec une forte et juste réduction d'appointements.
- Le mariage du prince et de la princesse des Asturies consommé
- On apprend en même temps que Leurs Majestés Catholiques ont mis ensemble le prince et la princesse des Asturies, et que le mariage est consommé.
- Mariage des deux fils du duc de Bouillon avec la seconde fille du prince Jacques Sobieski, par la mort de l’aîné
- Le duc de Bouillon, tout occupé d'étayer sa princerie d'alliances étrangères, éblouit à force d'argent le prince Jacques Sobieski, retiré en Silésie, et fait épouser sa seconde fille au prince de Turenne. Marié par procuration à Neuss, puis en personne à Strasbourg, le jeune homme tombe malade et meurt douze jours après ses noces.
- Succès de ce mariage
- Sans perdre un instant, Bouillon dépêche le comte d'Évreux retenir la veuve, qu'on garde à Pontoise sans laisser approcher qui pourrait la détromper, et qu'on remarie au second fils. Présentée à la cour, elle laisse échapper qu'elle croyait épouser un souverain, non « deux bourgeois du quai Malaquais ».
- Inondation funeste à Madrid, et incendie en même moment
- La subite inondation de Madrid, près du Buen-Retiro, noie la duchesse de la Mirandole dans son oratoire et le prince Pio ; La Mirandole, Liria, l'abbé Grimaldo et l'ambassadeur de Venise n'échappent qu'à peine, tandis qu'au haut de la ville brûle, faute d'eau, la superbe maison des Ossone.
- Nocé, Canillac et le duc de Noailles rappelés
- Nocé, déjà rapproché, est rappelé, puis Canillac, enfin le duc de Noailles. On fait des contes de l'édification que ce dernier prétendait donner à ses paysans, chantant au lutrin en chape et suivant les processions : ce n'est pas sans raison, note Saint-Simon, qu'on l'appelait Omnis homo.
- Le premier bien dédommagé
- Le régent, qui avait toujours aimé Nocé et ne l'avait éloigné que malgré lui, le dédommage de son exil par cinquante mille livres comptant et deux mille écus de pension.
- Translation de l’évêque-duc de Laon à Cambrai ; sa cause
- L'évêque-duc de Laon, qui avait fait sa fonction au sacre, n'a jamais pu se faire recevoir pair au parlement : il faut dire qui l'on est et le prouver, or sa mère est la comédienne Florence et le régent ne l'a point reconnu. On le transfère à Cambrai : il ne perd pas au change.
- Laon donné à La Fare, évêque de Viviers, au pieux refus de Belsunce, évêque de Marseille
- Belsunce, que la peste a couvert de gloire à Marseille, est nommé à Laon avec applaudissement. Saint-Simon devine son refus à un mot glissé aux Petits-Augustins : « Allez, monsieur, ce n'est pas la peine. » Il n'osait décliner du vivant de son oncle Lauzun ; l'oncle mort, il reste à son siège.
- Quel étoit ce nouvel évêque de Laon
- Laon échoit alors à La Fare, frère du maréchal et qui ne lui ressemble en rien : chassé du Palais-Royal pour un vol de cinquante pistoles, chassé des Tuileries à coups de pied, refusé partout pour la prêtrise, ordonné enfin par un prélat « plus traitable ». Il mourra banqueroutier et abhorré.
- Mort et caractère de Besons, archevêque de Rouen
- Rouen vaque par la mort de Besons, frère du maréchal. Sous un air et une mine brutale, c'était un homme sage, doux, mesuré, délié, très instruit, l'esprit fait exprès pour le gouvernement des diocèses et le premier homme du clergé, aimé et amèrement regretté dans les trois sièges qu'il avait tenus.
- Rouen donné à Tressan, évêque de Nantes ; Besançon à l’abbé de Monaco ; Luçon à l’abbé de Bussy, etc
- Tressan, évêque de Nantes et premier aumônier du régent, a Rouen avec les économats ; l'abbé de Monaco, déjà vieux, Besançon, que Mornay n'avait eu le temps ni de sacrer ni de goûter ; l'abbé de Bussy-Rabutin, Luçon. Beaucoup d'autres évêchés et d'abbayes suivent, dont deux, tenues de Dubois comme cardinal, sont rendues à des moines.
- Mme de Chelles écrit fortement à M. le duc d’Orléans sur ses choix aux prélatures
- Mme de Chelles écrit à son père sur cette distribution une lettre admirable touchant le choix des sujets et l'abus qu'il fait des bénéfices, et le menace du prompt châtiment de Dieu. Il en est assez ému pour la lire deux fois et la laisser voir ; il n'eut pas le temps d'en profiter.
- Mort du prince de Croï
- Le fils aîné du feu comte de Solre meurt à quarante-sept ans, lieutenant général, dans ses terres de Flandre où il s'était retiré depuis la mort de son père, et où sa femme lui avait conseillé de se faire prince.
- Absurdité de cette nouvelle chimère de princerie
- Cette princerie est une folie passée aux enfants : le comte de Solre ne l'avait jamais imaginée, ne prétendit jamais aucun rang et fut fait chevalier de l'ordre en 1688 parmi les gentilshommes ; sa femme et sa fille, Saint-Simon les a vues toute sa vie debout au souper et à la toilette. Croï n'est qu'une terre du Boulonnais.
- Mort de la duchesse d’Aumont (Brouilly)
- La duchesse d'Aumont, fille du marquis de Piennes et dame d'atours de Madame, meurt à Passy le 23 octobre, sept mois après son mari et quatre après sa belle-fille. Elle s'y était retirée et barricadée contre la petite vérole dont Paris était plein : elle ne l'évite pas et en meurt.
- Mort du jeune duc d’Aumont ; sa dépouille
- Son fils, le duc d'Aumont, en meurt à son tour huit jours après elle, à trente-deux ans, aimé, très bien fait et fort bien avec les dames, ne laissant que deux fils enfants dont le cadet suit de peu. Saint-Simon s'emploie au partage de la dépouille pour le duc d'Humières, qui obtient le gouvernement de Boulogne et du Boulonnais.
- Triste et volontaire état de la santé de M. le duc d’Orléans
- Menant Humières remercier le régent, il le trouve dans son caveau sur sa chaise percée, la tête basse, le visage pourpre, l'air hébété, la langue épaisse. Simiane l'assure qu'il est ainsi tous les matins. Chirac l'a averti : apoplexie ou hydropisie ; il a choisi l'apoplexie, qui tue sans laisser le temps d'y penser.
- J’avertis l’évêque de Fréjus de l’état de M. le duc d’Orléans, et l’exhorte à prendre ses mesures en conséquence
- Alarmé, Saint-Simon va trouver l'évêque de Fréjus, lui dit ce qu'il a vu et lui prédit une perte prochaine et subite, sans rien qui l'annonce. Il le presse de prendre ses mesures avec le roi sans perdre un moment pour remplir la place, ses longs tête-à-tête et l'affection unique du jeune roi lui en offrant tous les moyens.
- Fausseté et politique de ce prélat, qui veut se rendre le maître de tout à l’ombre d’un prince du sang, premier ministre de nom et d’écorce
- Le prélat, tout reconnaissance et modestie, répond qu'il ne voit que M. le Duc, prince du sang, à pouvoir être premier ministre sans envie ni clameur, et paie d'un sourire tranquille les objections. Saint-Simon s'arrête net : le projet est pourpensé, un plastron de ministre et Fréjus maître de tout.
- Mort de La Chaise, capitaine de la porte Torcy obtient cette charge pour son fils
- La Chaise, neveu du confesseur du feu roi et capitaine des gardes de la porte, meurt chez lui en Lyonnais sans laisser de fils, mais avec un brevet de retenue. Torcy obtient la charge pour le sien.
- Secondes charges de la cour, proie des enfants des ministres
- Il y a longtemps que toutes les secondes charges de la cour sont devenues le préciput des fils de ministres. Celle-là est des moindres, mais on tient par elle, et l'on suit le roi partout.
- Mort de Livry
- Le vieux Livry meurt, ayant obtenu la survivance de sa charge de premier maître d'hôtel pour son fils. Familier du feu roi, il faisait mauvaise chère et malpropre et s'enivrait le soir sans jamais boire d'eau, ce qui ne l'empêcha pas de vivre quatre-vingts ans en parfaite santé et la tête entière.
- Mort du grand-duc de Toscane ; sa famille, son caractère
- Le grand-duc de Toscane meurt le dernier octobre, à près de quatre-vingt-deux ans et cinquante-quatre de règne, pleuré comme le père de son peuple et tenu pour le plus sage politique d'Europe. Jean-Gaston, dernier Médicis, règne au lit entre deux Turcs, presque toujours ivre et peu soucieux de sa suite.
- Mort de l’électeur de Cologne
- Quinze jours après le grand-duc, l'électeur de Cologne, frère de l'électeur de Bavière et de Mme la Dauphine, meurt à Bonn le 12 novembre à cinquante-deux ans ; il était aussi évêque de Hildesheim et de Liège. Son neveu, évêque de Munster et de Paderborn, dont il était coadjuteur, lui succède à Cologne et à Liège.
- Mort et caractère de la maréchale de Chamilly
- La maréchale de Chamilly meurt à Paris le 18 novembre, à soixante-sept ans. Femme d'esprit et de grand sens, d'une piété constante, extrêmement aimable et faite pour le grand monde, elle avait eu la plus grande part à la fortune d'un mari dont elle n'eut point d'enfants. Ils la regrettent fort.
- Mort de Mme de Montsoreau, femme du grand prévôt
- Le grand prévôt perd aussi sa femme, qu'il n'avait pas rendue heureuse et qui méritait un meilleur sort : trois lignes pour toute oraison funèbre, et le chapitre s'achève là-dessus.
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