TOME I · CHAPITRE II

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Résumé

Le grand événement est le mariage du duc de Chartres avec Mlle de Blois, fille légitimée du roi — mésalliance arrachée par Louis XIV à Monsieur, que Saint-Simon raconte avec la fameuse scène des larmes. Il remonte à la préséance des princes lorrains sur les ducs à la promotion de l'ordre de 1688, et surtout donne les « premiers commencements » de l'abbé Dubois, alors précepteur obscur, qu'il suivra jusqu'au cardinalat et au ministère. Suivent les soirées d'appartement à Versailles, la fortune de Villars père, et une galerie de portraits : la maréchale de Rochefort, le comte et la comtesse de Mailly, le marquis d'Arcy, le couple Fontaine-Martel.

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Mariage de M. le duc de Chartres
Le grand théâtre du chapitre. Depuis quatre ans le roi roule dans son esprit le mariage de Mlle de Blois, sa fille et celle de Mme de Montespan, avec son propre neveu — et il sait l'énormité de la chose. Le consentement de Monsieur est acheté par le chevalier de Lorraine ; celui du jeune prince arraché par Dubois, qui lui fait « peur du roi » et « voir les cieux ouverts ». Suit la scène du cabinet : le roi, « avec cette majesté effrayante », offre sa fille en laissant « toute liberté » ; Chartres balbutie que sa volonté dépend de ses parents ; Monsieur consent, Madame, prise et muette, lance « deux regards furieux », fait une courte révérence et sort. Le soir, à l'appartement, la consternation est générale : Madame arpente la galerie en pleurant « représentant bien Cérès après l'enlèvement de sa fille », Monsieur n'a jamais eu l'air si honteux, la petite fiancée tremble sur les genoux de Mme de Maintenon. Au souper, Madame refuse tous les plats que le roi lui offre et répond à sa profonde révérence par une pirouette. Le lendemain, devant toute la cour, elle applique à son fils « un soufflet si sonore qu'il fut entendu de quelques pas ». Noces le lundi gras : bénédiction du cardinal de Bouillon, table en fer à cheval où Mme de Verneuil siège après les bâtards — le duc d'Uzès marchant devant elle en criant « Place, place à Mme Charlotte Séguier ! » —, la chemise donnée par le roi et la reine d'Angleterre, grands bals où le fils de Montbron, danseur calamiteux, est hué jusqu'aux battements de mains, le roi riant lui-même de tout son cœur.
Cause de la préséance des princes lorrains sur les ducs à la promotion de 1688
L'explication remonte à l'été 1688 : pour gagner le chevalier de Lorraine — qui gouvernait Monsieur depuis toujours, par le goût que Monsieur « ne cachait même pas » —, le roi passa par M. le Grand, son frère. Les deux Lorrains, « habiles gens », monnayèrent leur service : à la promotion de l'ordre du Saint-Esprit qui ne pouvait plus se reculer, ils demandèrent d'en être et d'y précéder les ducs — prétention pour laquelle le roi n'avait encore jamais donné l'ordre à aucun prince lorrain. Il « eut peine à s'y résoudre » ; les deux frères tinrent ferme et l'emportèrent. « Ainsi payé d'avance », le chevalier de Lorraine répondit du consentement de Monsieur et des moyens d'amener Madame et le duc de Chartres. La sodomie et le double adultère, conclut férocement le mémorialiste, « les avaient bien servis en les servant bien eux-mêmes ».
Premiers commencements de l’abbé Dubois, depuis cardinal et premier ministre
Généalogie d'une fortune inouïe : Dubois est d'abord le valet d'un docteur de l'archevêque de Reims, puis du curé de Saint-Eustache, qui lui trouve de l'esprit, le fait étudier et le donne à Saint-Laurent — ce sous-introducteur des ambassadeurs « de basse mine » mais « l'homme de son siècle le plus propre à élever un prince ». Saint-Laurent l'emploie à l'écritoire du duc de Chartres, lui fait prendre le petit collet « pour le décrasser », l'introduit aux leçons ; Saint-Simon, qui venait jouer avec le prince, « l'a vu mille fois dans ces commencements ». À la mort brusque de Saint-Laurent, Dubois continue par intérim, fait sa cour au chevalier de Lorraine et à Effiat, qui écartent tout choix d'un précepteur en titre puis le « bombardent précepteur » : « je ne vis jamais homme si aise ni avec plus de raison ». C'est de lui que le chevalier de Lorraine se sert pour arracher le consentement du prince — l'obligation qui scelle pour la vie sa dépendance envers ses protecteurs.
Appartement
Description de l'institution : l'« appartement », trois soirs d'hiver par semaine, est « le concours de toute la cour » de sept à dix heures dans le grand appartement, de la galerie vers la tribune de la chapelle. Musique d'abord, puis tables de jeux dans toutes les pièces — un lansquenet où jouent toujours Monseigneur et Monsieur, un billard —, liberté entière de faire des parties, salle des rafraîchissements, « tout parfaitement éclairé ». Le roi n'y va plus depuis longtemps — il passe ses soirées chez Mme de Maintenon à travailler avec ses ministres — mais « il voulait qu'on y fût assidu, et chacun s'empressait à lui plaire ». C'est là que la déclaration du mariage éclate, rendant l'appartement « languissant en apparence, mais en effet vif et curieux ».
Fortune de Villars père
Le chevalier d'honneur de la nouvelle duchesse : Villars père, petit-fils d'un greffier de Condrieu, « l'homme de France le mieux fait et de la meilleure mine ». Brave et adroit aux armes, il couvre sa naissance par les combats singuliers : second de M. de Nemours dans le duel où celui-ci est tué par Beaufort ; choisi ensuite par le prince de Conti — le contrefait, qui avait imaginé d'appeler en duel le duc d'York sans avoir rien à démêler avec lui — puis son confident quand Mazarin lui donne sa nièce : c'est Villars qui fait le mariage. Galant et discret, il plaît à Mme Scarron, « qui sur le trône n'a jamais oublié ces sortes d'amitiés » ; employé chez les princes d'Allemagne et d'Italie, ambassadeur en Savoie, au Danemark, en Espagne, conseiller d'État d'épée, il sera de la promotion de 1698 « au scandale de l'ordre ». Sa femme, tante du maréchal de Bellefonds, « plaisante, salée, ordinairement méchante » — tous deux pauvres et pleins d'amis.
Maréchale de Rochefort
La dame d'honneur : la maréchale de Rochefort, une Montmorency de la branche de Laval, née posthume en 1646, mariée en 1662 à Rochefort-Alloigny que la protection Le Tellier-Louvois porte à capitaine des gardes, gouverneur de Lorraine et maréchal de France avant sa mort en 1676. Elle-même, « belle, encore plus piquante, toute faite pour la cour, pour les galanteries, pour les intrigues », avec « toute la bassesse nécessaire pour être de tout » : intime de Louvois « qui s'accommoda de sa bourse », amie de toutes les maîtresses successives — c'est chez elle que Mme de Soubise attendait Bontems « à porte fermée » pour être menée au roi par des détours, ce que la maréchale conta elle-même au mémorialiste. Dame d'atours de la Dauphine de Bavière pour couvrir Mme de Maintenon mise « en second », elle sut plaire à toutes ; sa qualité fit l'étonnement quand on la vit dame d'honneur « d'une bâtarde » — elle se fit prier, puis plia, avec promesse d'être dame d'atours de la future duchesse de Bourgogne.
Comte et comtesse de Mailly
La dame d'atours : Mme de Mailly, « demoiselle de Poitou qui n'avait pas de chausses », fille de Saint-Hermine, cousin issu de germain de Mme de Maintenon, qui l'a fait venir chez elle et mariée « moitié gré, moitié force » au comte de Mailly. Les vieux Mailly, devenus puissants « à force d'héritages et de procès », voulaient tout garder pour le petit-fils de Nesle et rien donner à ce cadet ; ils espérèrent monts et merveilles de Mme de Maintenon et « il leur fallut sauter le bâton d'assez mauvaise grâce ». Le mari, ambitieux « qui se présentait à tout », manière de favori de Monseigneur ; la femme, gardant « tout le gauche de sa province » enté de « toute la gloire de la toute-puissante faveur » : bonne femme et sûre amie d'ailleurs, mais « glorieuse à l'excès et désagréable avec le gros du monde ».
Marquis d’Arcy, et comte de Fontaine-Martel et sa femme
Le premier écuyer : Fontaine-Martel, « de bonne et ancienne maison » normande, « perdu de goutte et pauvre », doit la charge à sa qualité de frère unique du marquis d'Arcy — le dernier gouverneur du duc de Chartres, estimé de tous pour la conduite qu'il fit tenir au prince à la guerre et dans le monde, chevalier de l'ordre et conseiller d'État, mort des fatigues de l'armée à Valenciennes en 1694 sans avoir été marié. Sa femme, fille posthume de l'ambassadeur Bordeaux et d'une mère bourgeoise « extrêmement du monde », belle et galante comme elle, élevée « dans les mêmes mœurs », toute de la cour de Monsieur : « tout cela ensemble leur valut cette lucrative charge ».

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