TOME V · CHAPITRE XIX
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Résumé
Le duc de Noailles capitaine des gardes sur la démission de son père ; Puysieux conseiller d'État d'épée ; « curiosités » sur Poissy et ses deux dernières abbesses ; mort de Roquette, évêque d'Autun — le Tartuffe mitré, dont le caractère est étrillé. Bals à la cour, comédies à Sceaux et Clagny. Généraux de 1707 : Tessé en Italie « battu par le parlement de Grenoble », Villars sur le Rhin, Vendôme en Flandre, Berwick sous le duc d'Orléans en Espagne, Noailles en Roussillon. Mot « étrangement plaisant » du roi sur Fontpertuis ; exclusion du duc de Villeroy de servir et « curieuse anecdote » ; rage et artifices du maréchal de Villeroy ; l'éloignement de l'auteur pour lui ; faiblesse du roi.
Les entrées
- Duc de Noailles capitaine des gardes, sur la démission de son père
- Le maréchal de Noailles malade, sa famille tremble : le roi étant « inexorable sur les survivances », on arrache au vieux maréchal « sa démission et une lettre au roi en conséquence plutôt qu'on ne l'obtint », tout de concert avec Mme de Maintenon. Le 17 février, le roi mande le duc de Noailles « et lui dit d'aller apprendre à son père que, suivant son désir, il lui donnoit sa charge » de capitaine des gardes — la compagnie écossaise, la première —, quoique le roi n'y voulût « que des maréchaux de France » et que le duc n'eût que vingt-sept ans. « Dès le lendemain matin, il prêta son serment, prit le bâton et acheva le quartier. »
- Puysieux conseiller d’État d’épée
- Le même jour, Puysieux, revenu de Suisse, obtient à la fin de son audience « une place de conseiller d'État d'épée qui n'étoit pas remplie depuis fort longtemps. Le roi la lui donna sur-le-champ et lui dit qu'il la lui destinoit depuis deux ans. »
- Curiosités sur Poissy et ses deux dernières abbesses
- Curiosités sur Poissy : Mme de Mailly, sœur du futur cardinal, obtient ce beau prieuré. Sa devancière, la sœur du duc de Chaulnes, imposée par le roi malgré le droit d'élection des religieuses — qui « fermèrent les portes à la reine », enfoncées par les gardes —, « plus abbesse, plus glorieuse, plus impertinente que toutes les abbesses ensemble », se faisait annoncer de fausses visites : « tantôt M. Colbert, tantôt M. de Louvois ou M. Le Tellier »… jusqu'à ce que des religieuses, montées aux fenêtres, ne vissent point de carrosse : « il demeura constant parmi toutes que jamais aucun de ces ministres n'avoit mis le pied à Poissy ». Le roi, ayant payé près d'un million les réparations de l'incendie du chœur, obtint la collation ; Mme de Mailly, d'abord contestée, « vaincue par la douceur », finit aimée « comme la meilleure mère » — Saint-Simon jugea même son procès au conseil de régence.
- Mort de Roquette, évêque d’Autun ; son caractère
- Mort de Roquette, évêque d'Autun, « homme de fort peu » qui gouvernait les états de Bourgogne « à force de souplesses et de manège autour de M. le Prince » : « tout sucre et tout miel…, toutefois grand béat. C'est sur lui que Molière prit son Tartufe, et personne ne s'y méprit. » L'archevêque de Reims, admirant son magnifique buffet — « vous voyez là le bien des pauvres » — répondit brutalement : « il me semble que vous auriez pu leur en épargner la façon ». Dernier trait : il se prétendit « miraculeusement guéri » d'une fistule lacrymale par l'intercession du feu roi d'Angleterre ; « peu de jours après, la fistule ne se put cacher. Il en fut si honteux qu'il s'enfuit dans son diocèse. »
- Bals à la cour ; comédies à Sceaux et à Clagny
- Tout l'hiver, force bals à Marly ; Mme la duchesse de Bourgogne court les bals masqués de Paris, et Mme du Maine « se mit de plus en plus à jouer des comédies avec ses domestiques et quelques anciens comédiens. Toute la cour y alloit ; on ne comprenoit pas la folie de la fatigue de s'habiller en comédienne… et de se donner en spectacle public sur un théâtre. M. du Maine, qui n'osoit la contredire de peur que la tête ne lui tournât tout à fait…, étoit au coin d'une porte, qui en faisoit les honneurs. Outre le ridicule, ces plaisirs n'étoient pas à bon marché. »
- Généraux d’armée : Tessé en Italie battu par le parlement de Grenoble ; Villars sur le Rhin ; Vendôme en Flandre ; Berwick resté en Espagne sous M. le duc d’Orléans ; duc de Noailles en Roussillon
- Généraux de 1707 : Tessé pour l'Italie — mais, prétendant à Grenoble les honneurs du gouverneur de province, il fut battu par le parlement qui « députa à la cour, où ses raisons furent si bien expliquées, qu'il gagna l'un et l'autre point, dont le maréchal de Tessé eut le dégoût entier » ; Villars sur le Rhin ; Vendôme en Flandre sous l'électeur de Bavière ; et le duc d'Orléans, « qui ne vouloit pas demeurer sur sa mauvaise bouche d'Italie », obtient l'Espagne aux dépens de Berwick — avec, instruit par « l'expérience funeste » de Marsin, « l'autorité absolue. Ce fut une grande joie pour lui de commander une armée, non plus en figure, mais en effet. » Le duc de Noailles commande en chef en Roussillon.
- Mot étrangement plaisant du roi sur Fontpertuis
- Mot « étrangement plaisant » du roi : le duc d'Orléans nommant Fontpertuis parmi sa suite d'Espagne — « Comment, mon neveu ! le fils de cette folle qui a couru M. Arnauld partout, un janséniste ! je ne veux point de cela avec vous. — Ma foi, sire, je ne sais point ce qu'a fait la mère ; mais pour le fils, être janséniste ? il ne croit pas en Dieu. — Est-il possible, et m'en assurez-vous ? Si cela est, il n'y a point de mal ; vous pouvez le mener. » « Voilà jusqu'où le roi avoit été conduit de ne trouver point de comparaison entre n'avoir point de religion et le préférer à être janséniste. » Le prince le conta « en pâmant de rire », et les plus libertins « admirèrent jusqu'à quel aveuglement les jésuites et Saint-Sulpice pouvoient pousser ».
- Exclusion du duc de Villeroy de servir ; curieuse anecdote
- Parmi les officiers généraux nommés, « le duc de Villeroy fut oublié, qui fut un rude coup de poignard pour lui et pour son père ». Anecdote curieuse du retour du maréchal : il arriva de Flandre tout droit dans sa petite maison écartée de Paris, « avec défenses expresses à la maréchale de l'y venir voir », les démissions signées dans sa poche, « dans la résolution de ne voir jamais » le roi. Harlay força la barricade ; on le fit tant tirailler « qu'il jeta ses démissions au feu, et s'en alla à Versailles ».
- Rage du maréchal de Villeroy ; ses artifices
- Rage et artifices du maréchal : il se mit « à montrer au plus de gens qu'il put des morceaux de lettres du roi et de Chamillart », prétendant « qu'il n'avoit rien fait que sur des ordres exprès ». Ces propos spécieux « commencèrent enfin à persuader que Chamillart, embarrassé d'avoir conseillé la bataille, écrasoit celui qui l'avoit perdue ». Chamillart fit lire à Saint-Simon les pièces originales : les ordres ne prescrivaient la bataille « qu'au cas que les ennemis entreprissent de troubler le siège de Lewe », et jamais sans le renfort de Marsin ; la propre lettre du maréchal, datée de la veille de Ramillies, ne contenait que des « excuses prématurées ». « Je fus surpris jusqu'à l'indignation d'un procédé si peu droit. »
- Mon éloignement pour le maréchal de Villeroy
- Saint-Simon avoue son éloignement personnel : « jamais je n'avois pu m'accommoder des airs audacieux de son mari, dont jusqu'aux caresses étoient insultantes. Il m'étoit quelquefois arrivé les matins, au sortir de la galerie, de dire que j'allois chercher de l'air pour respirer, parce que le maréchal, qui y faisoit la roue, en avoit fait aussi une machine pneumatique. »
- Faiblesse du roi pour le maréchal de Villeroy et pour ses ministres
- Faiblesse du roi : « tout piqué qu'il étoit contre le maréchal, ou par son ancien goût d'habitude, ou par la constante protection de Mme de Maintenon, il ne vouloit pas l'exposer à ce que méritoit une si étrange conduite ; par cette raison, il la vouloit ignorer » — et Chamillart lui-même, « quelque désir qu'il eût de pousser le maréchal à bout là-dessus, n'osa l'entreprendre, quoique l'ayant si belle », cachant l'impuissance « sous l'apparence du mépris ».
- Cause intime de l’extrême haine du maréchal de Villeroy pour Chamillart
- Cause intime de la haine pour Chamillart : « l'énoncé de la patente de M. de Vendôme pour aller commander l'armée en Flandre en sa place », qui « appesantissoit la honte du maréchal et sans nécessité, et la rendoit immortelle ». M. le Grand obtint que la patente, déjà scellée, fût retirée et réformée ; le commis du chancelier avoua « que cet énoncé injurieux étoit l'ouvrage de son maître » Chamillart — « sans que l'injure de la précédente pût s'effacer du cœur du maréchal ».
- Peu de sens du maréchal de Villeroy
- Peu de sens du maréchal : le duc de Villeroy, à qui son père avait fait promettre de ne point voir Chamillart, ne put s'en dédire malgré tous les efforts de Saint-Simon — Chamillart déclarant « que si le duc de Villeroy n'en franchissoit le pas, il ne serviroit point ». « La fin de tout ceci fut que le duc de Villeroy ne servit plus… Il en coûta dans la suite au duc de Villeroy le bâton de maréchal de France qu'il vit donner à de ses camarades qui ne l'avoient pas mieux mérité que lui. » Et le père, s'il avait su céder, « fût revenu à la cour plus puissant et plus en faveur que jamais. C'est ainsi que la plus haute faveur montre ce que vaut celui qui la possède, et se trouve toujours inférieure à quelque peu de sens que ce soit. »
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