TOME XVI · CHAPITRE XIII
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Résumé
La pause méthodologique : « j'ai pris tout ce qui est d'affaires étrangères de ce que M. de Torcy m'a communiqué » — la source avouée ; les matériaux sur la constitution « très curieux par leur exacte vérité » ; la « religion sur la vérité des choses que je rapporte » — le serment d'exactitude du mémorialiste. Réflexions : Albéroni et Dubois comparés ; l'état de la France et de l'Espagne avant et après Utrecht ; la fortune d'Albéroni, le caractère du roi et de la reine d'Espagne, le gouvernement du cardinal ; le « court pinceau » du duc d'Orléans et de Dubois ; la perspective de l'extinction de la maison d'Autriche.
Les entrées
- J’ai pris tout ce qui est d’affaires étrangères de ce que M. de Torcy m’a communiqué
- La source Torcy : « j'y ai toujours parlé sur les affaires étrangères d'après Torcy..., [qui] s'étoit fait à mesure un extrait de toutes les lettres qu'il continua jusqu'à la fin d'août 1718, et c'est un dommage irréparable, et que je lui ai bien reproché depuis, de ne l'avoir pas continué tant qu'il a eu les postes, que le cardinal Dubois lui arracha en 1721... Torcy m'a prêté ses extraits ; c'est d'où j'ai puisé le détail du récit... Mais ce qui s'est passé en 1718 m'a paru si curieux et si important que j'ai cru devoir non pas abréger ni extraire, mais m'astreindre à copier fidèlement tout. »
- Matériaux indiqués sur la suite de l’affaire de la constitution, très curieux par eux-mêmes et par leur exacte vérité
- Les matériaux sur la constitution : Saint-Simon a conservé « la copie exacte et entière de tous les extraits », où l'on verra « des horreurs à faire dresser les cheveux à la tête de la part du nonce Bentivoglio, des cardinaux de Rohan et de Bissy, et des principaux athlètes de cette déplorable bulle..., et le parfait contradictoire en plein en droiture, candeur, douceur, vérité, et trop de patience et de mesure dans le cardinal de Noailles ».
- Religion sur la vérité des choses que je rapporte
- Sa religion sur la vérité : « quoique la netteté, le coulant, la noblesse et la correction du style que j'ai copié fasse par son agrément sauter aux yeux sa différence d'avec le mien, je n'ai pas voulu toutefois laisser ignorer au lecteur ce qui n'est pas de moi, par le mépris que j'ai pour les plagiaires..., pour suivre fidèlement la règle que je me suis imposée, de ne rien exposer dans ces Mémoires qui n'ait passé par mes mains ou sous mes yeux, ou qui ne soit tiré des sources les plus certaines que je nomme. »
- Réflexions sur ce qui vient d’être rapporté des affaires étrangères
- Les réflexions : citant le P. de La Tour — « il falloit que les hommes fussent bien peu de chose devant Dieu, à considérer, dans la plupart des empereurs romains, quels maîtres il avoit donnés à l'univers » —, Saint-Simon avoue : « rien ne m'a fait tant d'impression que ce qui vient d'être exposé sur les affaires étrangères », sous lesquelles « la France gémira peut-être des siècles ».
- Albéroni et Dubois
- Albéroni et Dubois : « on y voit les deux plus puissantes monarchies gouvernées par deux princes entièrement différents..., également conduits comme deux enfants par deux hommes de la lie du peuple, qui font tranquillement et sans obstacle chacun leur maître et la monarchie qu'il domine, l'esclave et le jouet de leur ambition particulière contre les intérêts les plus évidents des deux princes et des deux monarchies. Deux hommes sans la moindre expérience, sans quoi que ce soit de recommandable..., qui presque dès le premier degré ne ménagent personne, et ne montrent que de la terreur. »
- État de la France et de l’Espagne avant et après les traités d’Utrecht
- L'état des deux couronnes : il faut se rappeler « les funestes revers qui ont ébranlé les trônes du grand-père et du petit-fils..., l'un prêt à passer la Loire pour se retirer vers la Guyenne, l'autre à s'embarquer avec sa famille pour les Indes..., enfin les miracles de Londres, qui tirèrent ces deux monarques des abîmes par la paix d'Utrecht » : « la disproportion est telle que de la mort à la vie. Tout conspiroit donc à... profiter [de la paix] pour la longue réparation des deux royaumes. »
- Fortune d’Albéroni
- La fortune d'Albéroni : « le néant de son extraction, ses premiers commencements auprès du duc de Vendôme..., le fatal hasard du second mariage de Philippe V à la fille de son maître, la chute de la princesse des Ursins », et l'usage de « l'exacte clôture où la politique de Mme des Ursins avoit su enfermer et accoutumer Philippe V — Gibraltar, demeuré aux Anglois pour n'avoir jamais voulu laisser approcher Louville, est un fatal monument de cette exacte et jalouse clôture ».
- Caractère du roi et de la reine d’Espagne
- Le caractère du couple royal : un roi « solitaire, enfermé, livré par son tempérament au besoin d'une épouse, dévot et dévoré de scrupules..., timide, opiniâtre, quoique doux et facile à conduire, sans imagination, paresseux d'esprit..., content de la vie du monde la plus triste » ; une reine « pleine d'esprit, de grâces, de hauteur, d'ambition..., ayant toujours en perspective le triste état des reines veuves d'Espagne..., voulant former à un de ses fils un État souverain..., haïssant les Espagnols à visage découvert, abhorrée d'eux de même..., élevée dans un grenier du palais de Parme..., réduite ainsi à ne voir que par les yeux d'Albéroni ».
- Gouvernement d’Albéroni
- Le gouvernement d'Albéroni : « telle fut la source de sa sécurité à tout entreprendre au dedans et au dehors, à s'enrichir dans les ténèbres d'une administration difficile à découvrir..., à engager une guerre folle contre l'empereur malgré toute l'Europe et abandonné de toute l'Europe » ; ces efforts « achevèrent d'épuiser inutilement l'Espagne, anéantirent sa marine qui venoit de se relever » ; et chassé honteusement, il « figura à Rome dans les premiers emplois, et s'y moqua pleinement de la colère de toute l'Europe... Cette leçon ne fut pas capable de dégoûter [Philippe V] de l'abandon à un seul » — jusqu'au « règne du Hollandois » Riperda, fini « chez les corsaires de Barbarie ».
- Court pinceau de M. le duc d’Orléans et de l’abbé Dubois, des degrés de sa fortune
- Le court pinceau du régent et de Dubois : un prince « à qui rien ne manqua pour le plus excellent gouvernement — connoissances de toutes les sortes..., mémoire qui n'oublioit et ne confondoit jamais..., un sens si droit et si juste qu'il ne se seroit jamais trompé si en chaque affaire il avoit suivi la première lumière de son esprit » — « totalement livré à un homme de néant, qu'il connoissoit pleinement pour un cerveau brûlé..., un fripon livré à tout mensonge et à tout intérêt, à qui homme vivant ne s'étoit jamais fié..., qui sentoit le faux en tout et partout à pleine bouche : cette fascination ne peut paroître qu'un prodige du premier ordre. »
- Perspective de l’extinction de la maison d’Autriche, nouveau motif à la France de conserver la paix et d’en profiter
- La perspective autrichienne : « l'empereur se trouvoit le dernier mâle de la maison d'Autriche..., [et] quelque longue que pût être sa vie, il étoit toujours certain que la France le survivroit » ; son intérêt pressant était « d'empêcher que des cendres de la maison d'Autriche il n'en naquît une autre aussi puissante, aussi ennemie, aussi dangereuse..., et pour cela profiter des occasions d'alliance... en morcelant les nombreux États de la maison d'Autriche » — nouveau motif de conserver la paix et d'en profiter.
- Considération sur l’Angleterre, son intérêt et ses objets à l’égard de la France, et de la France au sien
- L'Angleterre et la France : inaccessible par sa position, riche par son commerce, l'Angleterre « ne peut figurer par elle-même que sur mer », d'où son besoin d'une puissance terrienne jalouse de la France — la maison d'Autriche ; il fallait donc « bien vivre avec l'Angleterre..., mais sans y compter jamais, et beaucoup moins se livrer à elle..., la considérer toujours comme une ennemie naturelle » ; relever la marine française, « exciter l'Espagne au même soin..., et favoriser sous main toute invasion, tout trouble domestique en Angleterre » — Jersey et Guernesey fortifiées « de l'aveu du cardinal Fleury qui leur permit d'en prendre tous les matériaux en France » en étant la contre-leçon.
- Folle ambition de l’abbé Dubois de se faire cardinal, dès ses premiers commencements
- La folle ambition de Dubois : dès le mariage de son maître, « l'ambition lui fit tourner la tête au point... qu'il demanda et obtint une audience du roi dans laquelle il eut l'audace de lui demander sa nomination au cardinalat, dont le roi fut si surpris et si indigné qu'il lui tourna le dos sans lui répondre, et ne l'a jamais pu souffrir depuis » ; « il n'a imaginé les moyens de s'introduire dans les affaires par l'Angleterre que pour y trouver ceux qu'il espéroit le pouvoir conduire à ce but si anciennement, quoique si follement désiré. »
- Artifices de Dubois pour se rendre seul maître du secret de la négociation d’Angleterre, et son perfide manège à ne la traiter que pour son intérêt personnel, aux dépens de tout autre
- Ses artifices pour le secret : « seul maître de toute la machine des affaires étrangères, dont le maréchal d'Huxelles n'eut plus dès lors qu'une vaine écorce », il choisit Nocé pour porter les lettres — « un homme fort accoutumé au prince, et en état de lui rendre fidèlement compte de la mine, de l'air et du visage du régent » — qu'il fit chasser ensuite « parce que cet homme s'avisa de se plaindre de lui » ; il profita de la vue basse du régent, dont « le bout de sa plume s'engageoit toujours dans sa perruque », pour étrangler toute contradiction : « la fougue et l'ascendant de Dubois finissoit toujours par se rendre à ce qu'il vouloit. »
- Dubois vendu à l’Angleterre et à l’empereur pour une pension secrète de quarante mille livres sterling et un chapeau, aux dépens comme éternels de la France et de l’Espagne
- Dubois vendu : « c'est ce qui lui valut une pension secrète de l'Angleterre, de quarante mille livres sterling, qui est une somme prodigieuse, mais légère pour disposer de la France, et ce chapeau si passionnément désiré, que l'empereur lui fit donner peu après par son autorité sur le pape. Le sceau de cette grande affaire fut l'engagement de faire déclarer la France contre l'Espagne..., de faire porter les armes françoises dans le Guipuscoa..., pour anéantir à forfait la marine d'Espagne en brûlant ses vaisseaux dans ses ports et ses chantiers..., pour donner champ libre à la marine d'Angleterre..., lui assurer l'empire de toutes les mers, et lui faciliter celui des Indes. »
- Avantages que l’Angleterre en tire pour sa marine et son commerce, et le roi d’Angleterre pour s’assurer de ses parlements
- Les avantages tirés par l'Angleterre : les escadres anglaises assiégèrent celles d'Espagne « dans les ports espagnols des Indes, un an durant et plus..., et firent cependant tout le commerce des Indes par contrebande », la France fournissant « tous les subsides suffisants à l'armement et à l'entretien des escadres angloises... Cette ruine ne sera pas sitôt réparée » ; et George en tira de quoi maîtriser ses parlements : « c'est de cette source que la cour d'Angleterre a tiré les trésors qui lui ont servi... à faire élire qui elle a voulu dans les provinces, et faire voter à son gré dans les divers parlements..., qui anéantit enfin la liberté de la nation, et rend le roi despotique sous le masque de quelques mesures et de quelques formes. »
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