TOME I · CHAPITRE XIV
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Résumé
Affaires militaires et parlementaires : directeurs et inspecteurs en titre ; l'« horrible trahison » qui conserve Barcelone à l'Espagne pour perdre M. de Noailles ; l'établissement de la capitation, premier impôt sur tous. Le comte de Toulouse, bâtard légitimé, est reçu au parlement et installé à la table de marbre par Harlay. Enfin le procès du prince de Conti contre Mme de Nemours pour les biens de Longueville, et l'incroyable fortune d'un bâtard obscur du dernier comte de Soissons, comblé par Mme de Nemours, qui prend le nom de prince de Neuchâtel et épouse la fille de M. de Luxembourg.
Les entrées
- Directeurs et inspecteurs en titre
- Au retour des armées, création de huit directeurs généraux des troupes avec deux inspecteurs sous chacun — greffe royale sur l'invention de Louvois pour « anéantir l'autorité des colonels ». Douze mille livres aux directeurs, six mille aux inspecteurs, deux revues par an, pouvoir « en toute espèce de détails », jusqu'à mettre aux arrêts les brigadiers. « Telle fut la fondation de ces emplois qui blessa extrêmement les officiers généraux de la cavalerie » : le comte d'Auvergne, « nourri de couleuvres sur sa charge », avale celle-ci en silence ; Rosen, « matois rusé », applaudit ; Villars « se fit moquer des deux autres… et encore plus du roi à qui il osa en parler ». Suit la galerie des nommés — dont Vaudray, l'ancien chanoine de Besançon aux trente-deux blessures de Coni, le charmant Chamarande fils du sage premier valet de chambre, et Montgomery, si pauvre et si bien né, humilié de servir inspecteur sous son cadet du Bourg.
- Horrible trahison qui conserve Barcelone à l’Espagne pour perdre M. de Noailles
- L'« étrange incident » qui clôt la campagne : Barbezieux, que les succès de Noailles en Catalogne « avoient outré », apprend que le vice-roi envoie Genlis au roi porteur d'une simple lettre de créance — une « lettre vivante » chargée d'obtenir les ordres du siège de Barcelone à l'insu du secrétaire d'État. Barbezieux fait attendre Genlis aux portes de Paris, « se le fit amener chez lui à Versailles sans le perdre un moment de vue », le cajole, lui fait sentir où est sa fortune, « et l'embarqua dans la plus noire perfidie, de ne voir le roi qu'en sa présence et de lui dire tout le contraire de sa commission ». Le siège, « avec toutes les plus raisonnables apparences d'un succès certain », est rompu sur le point de l'exécution, la flotte de cinquante-deux vaisseaux renvoyée à Toulon — « et M. de Noailles demeuré chargé auprès du roi de toute l'iniquité », sans pouvoir jamais s'en laver. « On en verra les suites qui servirent de base à la grandeur de M. de Vendôme. »
- Établissement de la capitation
- L'établissement de la capitation, sur l'invention de Basville, « fameux intendant de Languedoc » : « un secours si aisé à imposer d'une manière arbitraire, à augmenter de même, et de perception si facile, étoit bien tentant pour un contrôleur général embarrassé à fournir à tout ». Pontchartrain « y résista longtemps et de toutes ses forces » — « il en prévoyoit les terribles conséquences, et que cet impôt étoit de nature à ne jamais cesser » ; « à la fin, à force de cris et de besoins, les brigues lui forcèrent la main ».
- Comte de Toulouse reçu au parlement et installé à la table de marbre par Harlay, premier président
- Le 27 novembre, le comte de Toulouse, acquéreur du duché-pairie de Damville avec érection nouvelle, est reçu au parlement comme l'avaient été du Maine puis Vendôme — « la planche faite par M. du Maine », le roi ne fait plus inviter les pairs par M. de Reims : Toulouse les visite, « peu de pairs osèrent ne s'y pas trouver ». Peu après, il est installé comme amiral de France à la table de marbre « par le premier président » — là où le grand-père Vendôme l'avait été « par un conseiller » : l'escalade des distinctions des bâtards, notée d'un trait.
- Procès de M. le prince de Conti contre Mme de Nemours pour les biens de Longueville
- Le grand procès Longueville s'ouvre : au testament en faveur du prince de Conti s'oppose « un postérieur fait en faveur de Mme de Nemours ; elle prétendit le faire valoir et anéantir le premier. M. le prince de Conti soutint le sien et disputa l'autre comme fait depuis la démence ». Portrait de la plaideuse : veuve du dernier Nemours, « femme fort haute, extraordinaire, de beaucoup d'esprit », riche infiniment, vivant très magnifiquement à l'hôtel de Soissons « avec une figure tout à fait singulière et son habit de même », héritière de la haine des Soissons contre les Condé.
- Un bâtard obscur du dernier comte de Soissons, prince du sang, comblé de biens par Mme de Nemours
- Sa vengeance dynastique : « dans le mépris où elle avoit toujours vécu pour ses héritiers, elle déterra un vieux bâtard obscur du dernier comte de Soissons » — l'abbé de la Couture du Mans, « dont il vivoit dans les cavernes », qui « n'avoit pas le sens commun, n'avoit jamais servi, ni fréquenté en toute sa vie un homme qu'on pût nommer ». Elle le loge chez elle « et lui donna tout ce qu'elle pouvoit donner et en la meilleure forme, et ce qu'elle pouvoit donner étoit immense ».
- Il prend le nom de prince de Neuchâtel, et épouse la fille de M. de Luxembourg
- Dès lors appelé « prince de Neuchâtel », le bâtard reçoit un grand mariage : Mlle de Luxembourg, qui « n'étoit rien moins que belle, que jeune, que spirituelle », négociée par la duchesse de Meckelbourg. L'orgueil de Luxembourg « palpita assez pour oser se proposer un rang en considération de ce mariage » — mais au premier mot de Mme de Meckelbourg, le roi coupe : il n'empêche rien, « mais qu'au moins il comptoit bien qu'ils n'imagineroient pas de lui demander un rang pour le chevalier de Soissons sous aucun prétexte… et barra ainsi cette belle chimère ». Mariage « au plus petit bruit » à l'hôtel de Soissons ; Mme de Nemours comble les mariés « d'argent, de présents et de revenus, en attendant sa succession ».
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