TOME VI · CHAPITRE XIV
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Résumé
Le cardinal de Bouillon à Rouen et à La Ferté : « sa vanité et ses misères » ; Baluze publie son Histoire de la maison d'Auvergne fondée sur le faux cartulaire de Brioude — dont le fabricateur se tue à la Bastille : la fraude bouillonnesque court à sa perte. Départ des princes pour la Flandre ; le duc de Bourgogne à Cambrai ; le roi d'Angleterre incognito à l'armée. Villars à la cour, « son dépit et sa morale » ; Hanovre général des Impériaux ; orage sur la Moselle ; l'armée de Flandre du duc de Bourgogne ; le duc d'Enghien chevalier de l'ordre à seize ans ; Fontainebleau par Petit-Bourg ; état désespéré de Mme de Pontchartrain.
Les entrées
- Cardinal de Bouillon à Rouen et à la Ferté
- Le cardinal de Bouillon, « outré de succomber dans toutes les entreprises » contre les réformés de Cluni, obtint d'aller à Rouen, sans approcher « de nulle part plus près de trente lieues de Paris ». Refusé de la plupart pour la passade — dont La Vrillière —, il fut reçu à la Ferté par Saint-Simon, en mémoire de la parenté et des services des Bouillon dans le procès de Brissac. À Rouen, « sa vanité extrême gâta tout » : conviant beaucoup de gens à sa table, il « mangea toujours seul sous prétexte de santé…, sa table devint déserte, bientôt après sa maison ».
- Sa vanité et ses misères
- Ses misères : se faisant peindre « beaucoup plus jeune qu'il n'étoit », il voulut le cordon bleu au portrait et, « se déboutonnant aussitôt, en montra un qu'il portoit par-dessous » — prétendant n'être pas dépouillé de sa charge faute d'en avoir donné la démission. Au retour par la Ferté, il s'exclamait au sortir de l'église : « Regardez bien ce que vous voyez ici, un cardinal-prince, doyen du sacré collège, le premier après le pape, qui dit la messe ici ; voilà ce que vous ne reverrez plus après moi. » À la Trappe, M. de Saint-Louis lui parlant de la mort : « Point de mort, point de mort ! je ne veux point mourir. » Il alla enfin contempler pendant huit jours, « tantôt de dessus la hauteur, tantôt à travers des grilles », son cher Saint-Martin de Pontoise où il n'osait entrer — « cette bassesse fut méprisée, et ce fut tout ». Saint-Simon se couvrit prudemment auprès du chancelier et de Beauvilliers quand le roi s'étonna au conseil de la longueur du séjour à la Ferté.
- Baluze publie son Histoire de la maison d’Auvergne, fondée surtout sur le faux cartulaire de Brioude, dont le fabricateur se tue dans la Bastille
- Baluze publia enfin son Histoire de la maison d'Auvergne, « fondée sur les faussetés du cartulaire de Brioude », avec un privilège accordé légèrement par le chancelier : « savants et ignorants, le soulèvement fut général », le chancelier « honteux à ne savoir où se mettre ». Et Maréchal conta à Saint-Simon la fin du faussaire : de Bar, « désespéré de se voir confiné en prison pour le reste de sa vie, malgré les assurances de protection et les récompenses dont les Bouillon l'avoient repu…, s'étoit cassé la tête contre les murailles » de la Bastille « et en étoit mort deux jours après ».
- Départ des princes pour l’armée de Flandre
- Le duc de Bourgogne partit pour la Flandre le 14 mai — jour de l'assassinat d'Henri IV et de la mort de Louis XIII : « la messe du roi, qui selon la coutume fut de Requiem, frappa tout le monde et l'attrista ». Saint-Simon, lui, était à Saint-Denis à l'anniversaire de Louis XIII, « dont par mon père je tiens toute ma fortune…, et je m'y suis toute ma vie trouvé tout seul ».
- Duc de Bourgogne à Cambrai
- Le prince passa à Cambrai, avec les mêmes défenses, mais y dîna à la poste même où Fénelon se trouva : « le jeune prince embrassa tendrement son précepteur à plusieurs reprises. Il lui dit tout haut qu'il n'oublieroit jamais les grandes obligations qu'il lui avoit…, et le feu de ses regards lancé dans les yeux de l'archevêque suppléa à tout ce que le roi avoit interdit » — scène qui « grossit alors et depuis la cour de l'archevêque de tout ce qui étoit de plus distingué ».
- Conduite du roi d’Angleterre, incognito à l’armée de Flandre
- Le roi d'Angleterre à l'armée « dans un incognito si précis toute la campagne, qu'il en devint scandaleux » : il choisit son poste « à la tête des troupes de sa nation », tint table de seize couverts, « vécut avec beaucoup de sagesse…, chercha à plaire et y réussit. Il acquit même l'estime et l'affection des troupes et des généraux » — jusqu'aux Anglais de l'armée ennemie qui « s'en sentirent de la satisfaction ».
- Villars à la cour ; son dépit et sa morale
- Villars à la cour, « outré de changer de pays et d'armée » : « il lui fâchoit fort de quitter de si abondantes sauvegardes ». Il assura le roi que ses bataillons d'Allemagne excédaient le complet — l'électeur et Berwick trouvèrent tout autre chose — puis, « s'étant mis peu à peu sur la morale, et toujours en public et parlant au roi, il dit tout haut que la meilleure maxime pour les rois étoit de faire espérer beaucoup et de donner peu. Je laisse à penser comment ce mot fut reçu d'un compagnon de sa sorte, élevé et comblé au point où il se trouvoit. »
- Hanovre, général des Impériaux sur le Rhin
- Le duc d'Hanovre, « depuis roi d'Angleterre », prit le commandement des Impériaux sur le Rhin, comptant sur le prince Eugène — qui « partit fort tard de Vienne, s'amusa chez divers princes en chemin », et se fit donner de gros détachements de l'armée du Rhin « par des ordres précis de l'empereur, qui eut peine à apaiser M. d'Hanovre piqué et voulant s'en retourner chez lui ».
- Orage sur la Moselle
- Orage sur la Moselle : Eugène y forma un puissant corps « dont on ne put deviner la cause » ; l'électeur et Berwick, laissant à du Bourg la garde des lignes d'Haguenau, y marchèrent avec tout le reste — « tandis que Marlborough, à la tête de l'armée de Flandre, se tenoit dans une grande tranquillité. On prétendit qu'il étoit convenu avec le prince Eugène de ne rien entreprendre sans lui. »
- Armée de Flandre de Mgr le duc de Bourgogne
- L'armée du duc de Bourgogne : « deux cent six escadrons et cent trente et un bataillons en cinquante-six brigades », la maison du roi, la gendarmerie, dix-huit lieutenants généraux — dix futurs maréchaux de France. « L'armée se trouva complète, belle, leste, de la plus grande volonté. Jamais armée fournie avec plus d'abondance. » Mais Vendôme, « qui prenoit aisément racine partout où il se trouvoit à son aise, montra peu de complaisance pour en sortir. Il fut seul de son avis, mais il se fit croire » — Puységur en écrivit ses alarmes à Beauvilliers, que Saint-Simon fit souvenir de leur conversation de Marly.
- Duc d’Enghien nommé à seize ans chevalier de l’ordre
- « Le roi nomma à la Pentecôte M. le duc d'Enghien chevalier de l'ordre pour le premier jour de l'an. Il n'avoit que seize ans, et M. le Duc n'y songeoit pas encore ; mais il étoit fils de Mme la Duchesse. »
- Voyage de Fontainebleau par Petit-Bourg
- « Le roi alla coucher le 18 juin à Petit-Bourg, et le 19 à Fontainebleau » — troisième passage consécutif chez d'Antin.
- État désespéré de M me de Pontchartrain ; son mari résolu à la retraite
- Mme de Pontchartrain à l'extrémité : les Saint-Simon ne quittèrent pas Paris, tant l'union entre elle et Mme de Saint-Simon était « plus que de sœurs ». Pontchartrain, « qui avoit là-dessus bien des reproches à se faire » — la maladie venait « de trop de couches et trop près à près » et de « son étrange humeur qu'il lui avoit fait essuyer sans cesse » —, confia dès longtemps à Saint-Simon sa résolution de se démettre et de se retirer à l'Oratoire dès qu'elle mourrait : « j'avoue que je fus dupe, et qu'il me fit pitié ».
- Mort de M me de Pontchartrain
- « Mme de Pontchartrain mourut enfin sur les onze heures du matin, le 25 juin » — le chancelier « dans la plus amère affliction quoique prévue de si loin » ; Mme de Saint-Simon, « malgré sa vertu », eut « besoin de toutes sortes de secours ».
- Folies et faussetés de son mari
- Folies et faussetés du veuf : retiré à Pontchartrain avec le P. de La Tour et Saint-Simon, il y retint belles-sœurs et compagnie en « une sorte d'assemblée et de fête tout à fait déplacée », multipliant « déclamations, désespoirs, hurlements, transports qui parurent peu naturels » — « jusqu'aux valets l'écumèrent ». Le chancelier, outré, pressait par lettres « si vives, si éloquentes » ; l'abbé de Maulevrier envenima tout ; enfin la chancelière arriva par surprise — « une bombe eût moins effrayé les belles-sœurs » — et « les importuna tous si bien de sa présence et de ses compliments, qu'elle fit finir un séjour si ridiculement poussé ». À Fontainebleau, « les personnages ridicules et différents qu'il y fit…, achevèrent de l'y démasquer et de l'y faire mépriser ». « Un détail si long paroîtra sans doute étrange, aussi m'en serois-je bien gardé sans ce qui se verra en son temps. »
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