TOME XIV · CHAPITRE IX
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Résumé
La triple alliance au conseil : l'« infamie du maréchal d'Huxelles » — qui signe ce qu'il dénonçait —, l'embarras du Régent pour faire passer le traité, le « singulier entretien, et convention plus singulière » avec l'auteur, le passage au conseil de régence et l'« étrange malice » faite en opinant à Huxelles ; l'alliance approuvée — et l'opposition vaine de Saint-Simon « à la proscription des jacobites en France ». Brevet de 400 000 livres à Rohan ; « le roi mis entre les mains des hommes » — la sortie de l'enfance de Louis XV ; présent…
Les entrées
- Infamie du maréchal d’Huxelles sur le traité avec l’Angleterre
- L'infamie du maréchal d'Huxelles : outré de voir Dubois traiter à Hanovre et à la Haye à son insu, il refusa de signer le traité anglais — « il supplia le régent de l'excuser de signer un traité dont il n'avoit jamais ouï parler avant qu'il fût signé à la Haye », et déclara à Effiat « qu'il se laisseroit plutôt couper la main que de signer ». Le régent envoya d'Antin lui donner le choix « ou de signer, ou de perdre sa place » : « Oh ! la grande puissance de l'orviétan ! cet homme si ferme, ce grand citoyen, ce courageux ministre..., n'eut pas plutôt ouï la menace..., qu'il baissa la tête sous son grand chapeau qu'il avoit toujours dessus, et signa tout court sans mot dire... Cette aventure le démasqua si bien qu'il n'en est jamais revenu avec le monde. »
- Embarras et mesures du régent pour apprendre et faire passer au conseil de régence le traité d’Angleterre
- L'embarras du régent : « pas un de ceux qui composoient [le conseil] n'en avoit su que ce qu'il en avoit appris par le monde... Il passa donc la matinée du jour qu'il devoit parler du traité... à mander séparément l'un après l'autre tous ceux qui le composoient, à le leur expliquer, à les arraisonner, les caresser, s'excuser du secret, en un mot les capter et s'en assurer. » À Saint-Simon, mandé comme les autres : « Au moins..., n'allez pas tantôt nous faire une pointe sur ce traité d'Angleterre. » Réponse : ignorant tout du contenu, « je me contenterois de me rapporter d'une chose qui m'étoit inconnue, à son avis, de lui qui en étoit parfaitement instruit ».
- Singulier entretien, et convention plus singulière, entre M. le duc d’Orléans et moi
- L'entretien et la convention singulière, rapportés à cette occasion : après une affaire d'État que Saint-Simon avait fait « péter en la main » du régent — « de toutes vos raisons pas une ne valoit rien. — Eh ! à qui le dites-vous ?... je le savois bien ; mais devant tous ces gens-là je ne pouvois pas dire les bonnes » —, il posa sa règle : « sitôt que je suis en place assis au conseil, j'y dois ma voix à Dieu et à l'État, à mon honneur et à ma conscience » ; que le régent l'instruise donc d'avance de ses vraies raisons, ou le prie de s'abstenir du conseil ce jour-là, « en sorte qu'il ne paroisse point que vous l'ayez désiré... M. le duc d'Orléans me remercia beaucoup..., me dit que c'étoit là parler en honnête homme et en ami. On verra dans la suite qu'en effet il en profita quelquefois. »
- Le traité d’Angleterre porté et passé au conseil de régence
- Au conseil, « tous les yeux sur le maréchal d'Huxelles, qui avoit l'air fort embarrassé et fort honteux » : il « lut à voix basse et assez tremblante », puis, son avis demandé : « De l'avis du traité, répondit-il entre ses dents, en s'inclinant. » Chacun suivit, et le traité passa.
- Étrange malice qu’en opinant j’y fais au maréchal d’Huxelles
- La malice : quand vint son tour, Saint-Simon s'en rapporta à Son Altesse Royale « et aux lumières, ajoutai-je, de M. le maréchal qui est à la tête des affaires étrangères, et qui sans doute a apporté tous ses soins et toute sa pénétration à celle-là » — en le regardant « entre deux yeux ». « Je ne pus me refuser cette malice à cet étui de sage de la Grèce et de citoyen romain. Chacun me regarda en baissant incontinent les yeux, et plusieurs ne purent s'empêcher de sourire. »
- Conseil de régence où la triple alliance est approuvée
- Le conseil de la triple alliance — la Hollande entrée en tiers — approuva l'ensemble : la sortie du Prétendant d'Avignon pour l'Italie, « dure » mais inévitable dès qu'on s'unissait à George après l'Écosse ; « le Prétendant partit en même temps d'Avignon, fort à regret, pour se retirer en Italie ».
- Je m’y oppose en vain à la proscription des jacobites en France
- La proscription des jacobites — Ormond, Marr « et tous ceux qui étant jacobites déclarés se tenoient en France ou y voudroient passer » : « J'y résistai à l'inhumanité de cette proscription. J'alléguai des raisons d'honneur, de compassion, de convenance... Je fus suivi de plusieurs... on baissa la tête, et la proscription passa avec le reste, dont pour l'honneur de la couronne..., j'eus grand mal au cœur. » Au reproche fait ensuite au régent — comparaison de « l'éclatante protection que le feu roi avoit donnée aux rois légitimes d'Angleterre jusqu'à la dernière extrémité » —, celui-ci répondit que la réciprocité le garantissait des cabales anglaises contre lui-même : « je reconnus... l'esprit et l'impression de l'abbé Dubois. » (En passant : le duel bizarre de Windischgraetz et Schönborn à Vienne, et l'arrivée de Königsegg ambassadeur impérial.)
- Brevet de retenue de quatre cent mille livres au prince de Rohan, et survivance à son fils de sa charge des gens d’armes
- « En finissant de travailler avec le chancelier et les cardinaux de Noailles et de Rohan, le régent dit au dernier, qui n'y songeoit seulement pas ni son frère non plus, qu'il donnoit au prince de Rohan quatre cent mille livres de brevet de retenue sur son gouvernement de Champagne, et à son fils la survivance de sa charge de capitaine des gens d'armes. La vérité est que les deux frères..., honteux de recevoir des grâces du régent à qui ils étoient tout en douceur, et avoient toujours été diamétralement contraires, ne le furent pas moins, et tournèrent doucement son bienfait en dérision. »
- Le roi mis entre les mains des hommes
- « En mettant le roi entre les mains des hommes » — le passage hors des mains des femmes, à sept ans — le régent multiplia les grâces autour de l'éducation royale, dont l'entourage lui demeurait pourtant uniformément hostile.
- Présent de cent quatre-vingt mille livres de pierreries à la duchesse de Ventadour
- « M. le duc d'Orléans donna pour plus de soixante mille écus de pierreries de la succession de feu Monseigneur à la duchesse de Ventadour, qui n'en fut pas plus touchée de reconnoissance que les Rohan, et qui ne lui étoit pas moins opposée, comme ce prince ne l'ignoroit pas ni d'elle ni d'eux. »
- Survivance du grand fauconnier à son fils enfant
- La survivance du grand fauconnier des Marais à son fils « qui n'avoit pas sept ans, sans que personne y eût seulement pensé pour lui » — et « par un raffinement de politique » : l'abbé Robert, grand-oncle de la petite Mme des Marais, était un des conseillers clercs les plus estimés de la grand'chambre, et le régent « crut par là avoir fait un coup de partie qui lui dévoueroit l'abbé Robert et tout le parlement... je le vis dans le ravissement de cette gentillesse, sans avoir pu gagner sur moi la complaisance de l'approuver. On ne tardera pas à voir... comment on se trouve de jeter les marguerites devant les pourceaux. »
- Famille, caractère et mort de la duchesse d’Albret
- La duchesse d'Albret mourante : fille du feu duc de La Trémoille, élevée avec la duchesse de Lorraine et le duc d'Orléans, « c'étoit la meilleure femme du monde, la plus naturelle, la plus gaie, la plus vraie, la plus galante aussi, mais qu'on ne pouvoit s'empêcher d'aimer. Elle demanda en grâce à M. le duc d'Orléans de lui donner la consolation avant de mourir de voir la survivance de grand chambellan à son fils aîné, et celle de premier gentilhomme de la chambre de son frère à son neveu. Elle obtint l'une et l'autre..., qui suivit de près ces deux grâces. »
- Survivances de grand chambellan et de premier gentilhomme de la chambre aux fils, enfants, des ducs de Bouillon et de La Trémoille, lequel obtient un brevet de retenue de quatre cent mille livres
- Les survivances des maisons de Bouillon et de La Trémoille : le fils de M. de La Trémoille « avoit neuf ans, et le père eut en même temps quatre cent mille livres de brevet de retenue » — les deux plus grandes charges de la chambre données à des enfants.
- Survivance de la charge des chevau-légers au fils, enfant, du duc de Chaulnes, et une augmentation de brevet de retenue jusqu’à quatre cent mille livres
- « Après la survivance des gens d'armes, celle des chevau-légers ne pouvoit pas se différer. M. de Chaulnes et tous les siens l'avoient méritée par le contradictoire de la conduite des Rohan à l'égard de M. le duc d'Orléans. Ce prince la lui accorda donc pour son fils qui n'avoit pas douze ans, et une augmentation de cent quatre-vingt mille livres à son brevet de retenue, qui devint par là de quatre cent mille livres. »
- Survivance de la charge de grand louvetier au fils d’Heudicourt
- « Le robinet étoit tourné : Heudicourt, vieux, joueur et débauché qui n'avoit jamais eu d'autre existence que sa femme, morte il y avoit longtemps, et qui elle-même n'en avoit aucune que par Mme de Maintenon, obtint pour son fils, mauvais ivrogne, la survivance de sa charge de grand louvetier. »
- Survivance inouïe d’aumônier du roi au neveu de l’abbé de Maulevrier
- « Enfin l'abbé de Maulevrier... imagina une chose inouïe » : demeuré aumônier du roi après avoir refusé Autun pour son âge, « il en demanda hardiment la survivance pour son neveu, et il l'eut aussitôt sans la plus petite difficulté » — la survivance d'une simple charge d'aumônier, du jamais vu.
- Étrange grâce pécuniaire au premier président
- L'étrange grâce au premier président : « panier percé, toujours affamé », déjà nanti d'un brevet de retenue de cinq cent mille livres et d'une pension de vingt-cinq mille livres, il « eut l'effronterie » de demander « de lui faire payer les cinq cent mille livres de son brevet de retenue, en conservant toutefois sa pension, et il l'obtint sur-le-champ. Ainsi il acheva d'avoir sa charge pour rien, et eut vingt-cinq mille livres de rente pour avoir la bonté de la faire. M. et Mme du Maine et lui en rirent bien ensemble. » Sans oublier le maréchal de Matignon : la Rochelle réunie à l'Aunis, survivance et brevet porté à deux cent trente mille livres — « tout ce qu'il en avoit payé au comte de Grammont ».
- Quatre cent mille livres de brevet de retenue à Maillebois sur sa charge de maître de la garde-robe
- « Il n'y eut pas jusqu'à Maillebois à qui M. le duc d'Orléans donna un brevet de quatre cent mille livres sur sa charge de maître de la garde-robe » — le fils de Desmarets servi comme les plus grands.
- Mort de Callières
- « Callières mourut, et ce fut dommage. J'ai parlé ailleurs de sa capacité et de sa probité. Il étoit secrétaire du cabinet et avoit la plume » — le négociateur de Ryswick disparu.
- Abbé Dubois secrétaire du cabinet du roi avec la plume
- « L'abbé Dubois, qui vouloit dès lors aller à tout, mais qui sentoit qu'il avoit besoin d'échelons, voulut cette charge avec la plume, quoique peu convenable à un conseiller d'État d'Église. Désirer et obtenir fut pour lui la même chose » — secrétaire du cabinet avec la plume, c'est-à-dire le droit d'imiter la signature du roi.
- Il procure une visite de M. le duc d’Orléans au maréchal d’Huxelles
- Pour apaiser Huxelles boudant chez lui, Dubois persuada au régent de l'aller voir : « comme la visite n'avoit pour but que de lui passer la main sur le dos, en quoi M. le duc d'Orléans étoit grand maître, il l'exécuta fort bien, et le maréchal, assez sottement glorieux pour être fort touché de cet honneur, se reprit à faire le gros dos. »
- Abbé Dubois entre dans le conseil des affaires étrangères par une rare mezzo-termine qui finit sa liaison avec Canillac
- « Après ce préambule l'abbé Dubois fut déclaré du conseil des affaires étrangères » — protestant n'avoir « aucune prétention de préséance » : « il ne vouloit qu'entrer en ce conseil..., pour les rares et modernes prétentions de gens dont il ne comptoit pas de demeurer le confrère. » Le mezzo-termine : des brevets antidatés de conseiller d'État pour l'abbé d'Estrées, Cheverny et Canillac, contraires au règlement de 1664. « Canillac reçut le los... de l'avoir emporté avec le duc de Noailles sur moi pour la robe » ; il en fut « outré plus que pas un..., et au point que ce fut l'époque du refroidissement entre lui et l'abbé Dubois, qui bientôt après vola assez de ses ailes pour se passer du concours de Canillac..., et le fit chasser. C'est peut-être le seul bien qu'il ait fait en sa vie. »
- Comte de La Marck ambassadeur auprès du roi de Suède
- « Le comte de La Marck fut nommé en ce temps-ci ambassadeur auprès du roi de Suède, et ce fut un très bon choix » — le futur ambassadeur d'Espagne, grand d'Espagne et Toison d'or.
- J’empêche la destruction de Marly
- Marly sauvé : averti au conseil même par le maréchal de Villars que « la destruction étoit résolue », Saint-Simon courut au Palais-Royal. Contre les « raisons de tuteur d'un particulier » — épargne d'entretien, vente des matériaux —, il fit valoir « combien de millions avoient été jetés dans cet ancien cloaque pour en faire un palais de fées, unique en toute l'Europe », la mémoire du feu roi, le cri de l'Europe et des mécontents. Le régent « convint que j'avois raison..., et me remercia de l'avoir préservé de cette faute ». — « Avouez que le roi en l'autre monde seroit bien étonné s'il pouvoit savoir que le duc de Noailles vous avoit fait ordonner la destruction de Marly, et que c'est moi qui vous en ai empêché. — Oh ! pour celui-là..., il est vrai qu'il ne le pourroit pas croire. » Noailles, « outré », obtint du moins secrètement la vente des meubles et linges, « dont la vente fut médiocre par la faveur et le pillage, et dont le remplacement a coûté depuis des millions » ; et c'est Fleury qui « par avarice de procureur de collège » dépouilla Marly de sa rivière.
- J’obtiens les grandes entrées
- « Parmi une telle prodigalité de grâces, je crus en pouvoir demander une, qui durant le dernier règne avoit été si rare et si utile..., ce fut les grandes entrées chez le roi, et je les obtins aussitôt. Je fus le premier qui obtins les grandes entrées. »
- Elles sont après prodiguées, puis révoquées
- La prodigalité puis la révocation : d'Antin les demanda « comme en dédommagement », puis d'O, le prince de Conti, Cheverny et Gamaches — « et peu à peu la prostitution s'y mit, comme on vient de la voir aux survivances et aux brevets de retenue. On verra dans la suite que l'abbé Dubois, devenu cardinal et premier ministre, profita de cet abus pour en faire rapporter les brevets à tous ceux qui en avoient..., trop tyranniquement rendu le maître de M. le duc d'Orléans pour que je ne les perdisse pas avec tous les autres. »
- Explication des entrées
- L'explication des entrées, document unique sur la mécanique de la cour : les grandes (entrer « dans tous les lieux retirés des appartements du roi » aux heures du grand chambellan — sous le feu roi, seuls Lauzun et La Feuillade père les eurent par eux-mêmes, puis Boufflers et Villars) ; les secondes, « purement personnelles », que de petites charges de secrétaire du cabinet ou de lecteur donnaient aussi ; celles de la chambre, « nul privilège que le botter du roi » ; celles du cabinet ; enfin les mystérieuses entrées de derrière et grandes entrées du cabinet — Maine, Toulouse, Montchevreuil, d'O, Mansart puis d'Antin — « la plus grande familiarité de toutes », donnant accès aux cabinets « par les derrières » et au dernier particulier du soir où « le roi et les princesses étoient assis..., il n'y avoit là que les fils de France debout, même Monseigneur ».
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