TOME II · CHAPITRE XIX
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Résumé
La fortune de Chamillart, fait contrôleur général des finances — le ministre au billard, dira-t-on, dont Saint-Simon détaille l'ascension honnête ; mariage de sa fille aînée avec Dreux ; une « belle action » de Chamillart. Logement de Monseigneur à Fontainebleau ; la princesse de Montbéliard ; tabouret de la chancelière et rang des femmes des gardes des sceaux ; cour du chancelier. Trois cent mille livres à Villeroy, pension de cent mille au duc d'Enghien. Morts de l'abbé de Charost, de Villacerf — familier du roi —, de la comtesse de Fiesque ; famille, fortune et mort de M. de Pomponne, l'ancien ministre disgracié et rappelé ; changements d'ambassadeurs ; retour de Fontainebleau.
Les entrées
- Fortune de Chamillart fait contrôleur général des finances
- La fortune de Chamillart, fait contrôleur général par un billet de la main du roi porté jusqu'à Montfermeil : « un grand homme qui marchoit en dandinant, et dont la physionomie ouverte ne disoit mot que de la douceur et de la bonté, et tenoit parfaitement parole ». Conseiller au parlement « sage, appliqué, peu éclairé » — « sa fortune fut d'exceller au billard » : admis à la partie du roi par Vendôme et M. le Grand, goûté de Mme de Maintenon dont il administra Saint-Cyr, maître des requêtes avec logement au château « chose fort extraordinaire pour un homme comme lui, et même unique », intendant de Rouen puis des finances. Ministre « d'une douceur, une patience, une affabilité qui y étoit inconnue » — « sa manière de refuser persuadoit du déplaisir qu'il en ressentoit, et celle d'accorder ajoutoit à la grâce » — mais accablé d'entours : une femme « la meilleure et la plus sotte femme du monde », des frères ridicules, le cousin Rebours « je pense, le véritable original du marquis de Mascarille ».
- Mariage de Dreux avec la fille aînée de Chamillart
- Le mariage de Dreux avec sa fille aînée : promesse échangée entre deux conseillers amis à la naissance des enfants ; la fortune ayant tourné, Chamillart vint « les acquitter de leur parole » malgré les refus généreux de Dreux — « ce combat d'amitié et de probité dura plusieurs jours ». Le gendre eut un régiment puis la charge de grand maître des cérémonies, sa femme les carrosses et la table de la duchesse de Bourgogne — et « c'est le premier exemple de deux noms de bourgeois se décorer d'eux-mêmes, et sans prétexte de terre, du nom de marquis et de comte ; car tout aussitôt M. Dreux devint M. le marquis de Dreux ».
- Belle action de Chamillart
- La belle action de Chamillart : rapporteur d'un procès, il découvre qu'une pièce décisive produite lui avait échappé — « Vous demandiez vingt mille livres, vous en êtes débouté par ma faute, c'est à moi à vous les payer. Revenez après-demain. » Il « battit monnaie de tout ce qu'il avoit, et emprunta le reste », paya, demanda le secret — et ne voulut plus jamais être rapporteur, comprenant que les rapports « ne pouvoient compatir avec ce billard de trois fois la semaine ». « Cela s'appelle une belle, prompte et grande action dans un juge, et encore plus dans un juge aussi étroitement dans ses affaires. »
- Logement de Monseigneur à Fontainebleau
- Monseigneur, mal logé à Fontainebleau dans « un appartement enclavé », convoite ceux des bâtards contigus : « le roi ne les voulut point déloger » et le fit patienter d'une promesse.
- Princesse de Montbéliard à Fontainebleau
- La princesse de Montbéliard à Fontainebleau, venue de Silésie recueillir une succession déjà donnée : dans un deuil « à faire peur », carrosse drapé, chevaux « caparaçonnés et croisés de blanc jusqu'à terre » — à qui demandait de qui un si grand deuil : « Hélas ! dit-elle en sanglotant, c'est de monseigneur mon papa. » « Chacun lui fit la même question pour donner lieu à la réponse, et voilà comme sont les François » — Saint-Simon expliquant équitablement que l'usage allemand du « monsieur mon père » n'a de ridicule que le « papa », « surtout entre cinquante et soixante ans qu'avoit cette bonne Allemande ».
- Tabouret de la chancelière
- Le tabouret de la chancelière : prise à la toilette de la duchesse de Bourgogne puis suivie au cercle d'une audience — extension arrangée par la duchesse du Lude, sa petite-fille, à qui le roi « lava la tête ». Suit l'histoire du tabouret : obtenu du temps de Louis XIII pour la chancelière Séguier — Richelieu n'osant lui-même « attacher le grelot » en chargea le père de Saint-Simon — mais borné à la toilette, alors lieu particulier « à porte fermée » : quand la toilette devint temps de cour, le tabouret y resta, « mais jamais elle ne s'y est présentée à aucune audience, cercle, dîner ».
- Femmes des gardes des sceaux
- Les femmes des gardes des sceaux n'y eurent jamais droit — jusqu'à ce que la Régence assît celle de d'Argenson, « la facilité de ce prince qui faisoit litière d'honneurs », exemple suivi pour Mme Chauvelin sous le cardinal Fleury « plus roi que premier ministre ».
- Cour du chancelier
- La cour du chancelier : le fils prend le nom de Pontchartrain « et se comtifia » ; le nouveau chancelier ouvre la porte de sa cour aux évêques et gens distingués non titrés, « et pour toute la robe au seul premier président du parlement de Paris. On le souffrit, et on trouva même qu'il en avoit beaucoup rabattu de son prédécesseur… Reste à savoir si Boucherat qui, le premier, avoit imaginé d'égaler sa cour à celle du roi, pouvoit avoir raison. »
- Trois cent mille livres au maréchal de Villeroy, maître à Lyon ; et pension de cent mille livres au duc d’Enghien
- Largesses : trois cent mille livres au maréchal de Villeroy « à prendre en trois ans sur Lyon, des riches revenus duquel lui et le prévôt des marchands qu'il nommoit, étoient les seuls dispensateurs sans rendre compte » ; et cent mille livres de pension au duc d'Enghien « encore enfant ; M. le Duc, son père, n'en avoit que quatre-vingt-dix mille ».
- Mort de l’abbé de Charost
- Mort de l'abbé de Charost, fils aîné du duc de Béthune, « fort bossu », qui « avoit renoncé à tout pour une pension médiocre, et s'étoit fait prêtre » — « j'ai ouï dire qu'il auroit été fort digne » de l'épiscopat dont il ne fut jamais question.
- Mort de Villacerf ; sa familiarité avec le roi
- Mort de Villacerf, qui « ne put survivre plus longtemps » à la trahison de son commis : « un bon et honnête homme qui ne put s'accoutumer à avoir été trompé et à n'être plus rien. » Sa familiarité avec le roi tenait du proverbe : à une dispute de paume que le roi voulait faire juger par la reine qui regardait de la galerie — « Par… ! sire, cela n'est pas mauvais ; s'il ne tient qu'à faire juger nos femmes, je vais envoyer quérir la mienne. »
- Mort de la comtesse de Fiesque
- Mort de la vieille comtesse de Fiesque, « qui n'avoit jamais eu que dix-huit ans » : le miroir payé d'une terre — « je l'ai vendue, et j'en ai eu ce beau miroir. Est-ce que je n'ai pas fait merveilles ? du blé ou ce beau miroir ! » — et le mariage proposé à son fils avec la fille de Jacquier, homme « qui n'eut jamais d'enfants » : détrompée, elle « avoue qu'il a raison, et ajoute en même temps que c'est le plus grand dommage du monde, parce que rien ne lui eût tant convenu ».
- Famille, fortune et mort de M. de Pomponne
- La grande mort du chapitre : Pomponne, à quatre-vingt-un ans, d'une indigestion « de veau froid et force pêches ». Récit complet de sa fortune : fils d'Arnauld d'Andilly, ambassadeur de Suède et de Hollande, l'artisan de la ligue du Nord de 1671, ministre des affaires étrangères — « un homme qui excelloit surtout par un sens droit, juste, exquis… une finesse, une souplesse sans ruse qui savoit parvenir à ses fins sans irriter ». Sa chute en 1679, œuvre concertée de Colbert et Louvois sous le prétexte du jansénisme, précipitée par le petit voyage à Pomponne pendant le courrier de Bavière — Mme de Soubise l'avait vainement conjuré de rester ; et la prophétie du vieux Le Tellier à son fils : « Vous n'êtes qu'un sot, mon fils, avec tout votre esprit et vos vues… M. Colbert en sait plus que vous, et il a proposé le successeur ; vous vous en repentirez. » Le retour secret préparé par le roi lui-même — qui songeait à envoyer Louvois à la Bastille —, le rappel le jour de la mort du ministre, les excuses royales, et la démarche admirable chez Croissy : « il s'en alloit de ce pas chez Croissy lui apprendre les bontés du roi, et lui demander son amitié. » « Il fit une fin aussi édifiante que sa vie. »
- Changements d’ambassadeurs
- Les changements d'ambassadeurs : Briord à La Haye en place de Bonrepos, Phélypeaux de Cologne à Turin, Bonac, neveu de Bonrepos, à Cologne. Torcy, gendre de Pomponne, eut les postes.
- Retour de Fontainebleau
- Le roi revient de Fontainebleau — fin d'un voyage qui aura vu mourir chancelier et ministre, et se refaire la moitié du gouvernement.
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