TOME XVI · CHAPITRE II
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Résumé
L'« étrange caractère du roi de Sicile » — Victor-Amédée le renard ; l'entretien curieux de son secrétaire d'ambassade avec Albéroni, Lascaris « malmené » ; les « plaintes hypocrites » du cardinal, ses déclamations contre le traité et ses tentatives de circonvenir Huxelles ; ses menaces pour reculer le traité et gagner les Hollandais ; le caractère de Beretti et l'embarras des ministres d'Espagne au dehors ; la France et l'Angleterre communiquent le projet aux États généraux ; la jalousie de Beretti contre Monteléon ; les nations anglaise et hollandaise « partagées pour et contre » ; un « triste prodige ».
Les entrées
- Étrange caractère du roi de Sicile
- L'étrange caractère du roi de Sicile : il avait alors trois ministres à Madrid — del Maro ambassadeur ordinaire, Lascaris envoyé « soit pour découvrir les véritables sentiments d'Albéroni, soit pour faire avec lui un traité secret » ; « enfin, ce prince soupçonneux et toujours en garde contre ses propres ministres, les faisoit épier l'un et l'autre par le secrétaire de l'ambassade, nommé Corderi, et donnoit directement à ce dernier des ordres et des instructions dont la connoissance étoit cachée à Lascaris comme à del Maro. »
- Entretien curieux entre le secrétaire de son ambassade et Albéroni
- L'entretien de Corderi avec Albéroni : aux demandes d'éclaircissement du roi de Sicile, le cardinal, « souriant..., fit connoître qu'il soupçonnoit les doutes du roi de Sicile, et qu'il les regardoit comme un prétexte affecté pour colorer l'accommodement que ce prince avoit fait avec l'empereur » ; puis, « se laissant aller aux mouvements de son impatience naturelle, [il] dit avec impétuosité que le roi de Sicile ne connoissoit point d'autres liens que ceux qui pouvoient convenir à ses intérêts..., que, si ce n'étoit pas le père, ce seroit un jour le fils qui seroit obligé de supplier à genoux le roi catholique de le secourir. »
- Lascaris, envoyé de Sicile, malmené par Albéroni
- Lascaris malmené : rappelant les promesses de communication, il s'entendit répondre « avec chaleur qu'[Albéroni] n'étoit plus obligé à ses promesses, puisque le roi de Sicile avoit peut-être déjà signé son traité avec l'empereur, et que le roi d'Espagne en avoit des avis certains et positifs... Albéroni rompit l'audience, et, se levant, dit qu'il étoit obligé de se rendre auprès du roi d'Espagne. »
- Plaintes hypocrites d’Albéroni
- Ses plaintes hypocrites : « il se plaignoit que sa fortune ne servoit qu'à lui faire passer de mauvais jours et de fâcheuses nuits ; il vouloit qu'on le crût détrompé du monde, mais forcé d'y vivre pour se conformer et se soumettre aux ordres de la Providence. »
- Il déclame contre le traité et tâche de circonvenir le maréchal d’Huxelles
- Ses déclamations : « il protestoit que le roi d'Espagne perdroit plutôt quarante couronnes que de faire un pareil traité » ; et il chargea Cellamare de circonvenir Huxelles : « si Huxelles regardoit cet ouvrage comme un pot-pourri, et comme une trame de l'abbé Dubois, conforme à son génie et à sa personne, les gens sages le croiroient ; mais ils ne se figureroient jamais qu'un homme dont la probité et la réputation étoient suffisamment établies pût approuver un projet préjudiciable à l'Espagne, fatal à la France, déshonorant pour le nom du régent, en un mot, scandaleux au monde entier. »
- Albéroni menace ; veut reculer le traité et gagner les Hollandois
- Ses menaces et manèges : il proposa « de former une assemblée pour examiner ce projet », menaça que le roi d'Espagne, s'il subissait la loi, « attendroit un meilleur temps et des conjonctures plus favorables pour se dédommager, et pourvoir lui-même à son indemnité » ; et il chercha l'appui des Hollandais : « les Anglois, depuis quelques années, se croyoient en droit comme en possession de partager le monde à leur fantaisie » ; l'empereur avec Naples et la Sicile « auroit bientôt une marine, et s'empareroit du commerce du Levant ».
- Caractère de Beretti
- Le caractère de Beretti : « tout occupé des intérêts du roi d'Espagne, et guère moins de se vanter et de faire valoir jusqu'à ses moindres démarches, [il] auroit voulu qu'on lui sût gré à Madrid jusque de son inaction et de son silence. »
- Embarras des ministres d’Espagne au dehors
- L'embarras des ministres d'Espagne : « ayant à répondre à un ministre difficile, qui souvent désiroit rejeter la faute de l'obscurité de ses lettres sur l'exécution de ceux qui les recevoient, Beretti, comme les autres ministres d'Espagne au dehors, étoit souvent embarrassé du parti qu'il devoit prendre autant pour plaire à sa cour que pour le bien des affaires. »
- La France et l’Angleterre communiquent ensemble le projet du traité aux États généraux
- « À la fin d'avril l'ambassadeur de France et l'envoyé d'Angleterre allèrent ensemble communiquer aux États généraux le projet du traité de la quadruple alliance. »
- Conduite de Beretti
- La conduite de Beretti : sans ordres suffisants, « il jugea qu'en cette conjoncture il ne pouvoit rien faire de mieux que de gagner du temps et d'empêcher la république de prendre aucun engagement » — conférence avec les députés, « force verbiages », et l'aveu à Albéroni « que son inquiétude étoit extrême depuis que l'ambassadeur de France marchoit avec l'envoyé d'Angleterre ».
- Son avis à Albéroni et sa jalousie contre Monteléon
- Son avis et sa jalousie : il inspirait des soupçons sur Monteléon, « l'objet de sa jalousie » — supérieur « par son esprit et par son expérience » et Espagnol de surcroît — le représentant « comme entrant dans toutes les vues de l'Angleterre » : la cour de Vienne « n'eût jamais accepté le projet si elle n'avoit regardé comme une nécessité de prévenir les liaisons qui se tramoient contre elle entre la France et l'Angleterre ».
- La nation anglaise et la Hollande partagées pour et contre la traité
- Les partages : en Angleterre, « bien des gens traversoient cette expédition [de l'escadre], les uns du parti contraire à la cour, les autres craignant que la Hollande... ne profitât pour son commerce de la neutralité » ; en Hollande, « ceux qui depuis longtemps étoient dévoués à l'Angleterre ne connoissoient que ses volontés. Les républicains, au contraire, mettoient tous leurs soins à gagner du temps. »
- Triste prodige de conduite de la France
- Le triste prodige : « on vit alors ce qui n'auroit pas paru vraisemblable quelques années auparavant : l'ambassadeur de France combattre, conjointement avec l'envoyé d'Angleterre, pour terrasser, de concert avec le Pensionnaire de Hollande, le parti républicain, et ramener aux volontés de l'Angleterre ceux qui ne regardoient que l'intérêt de leur patrie et le maintien du commerce. »
- Conduite de Châteauneuf en Hollande
- La conduite de Châteauneuf : accusé par les Anglais d'être « si prévenu des anciennes maximes de France... qu'il étoit impossible que jamais ils prissent confiance en lui », il « employoit cependant tout son crédit pour persuader ceux que lui-même avoit autrefois le plus exhortés à secouer le joug de la domination angloise », et réussit à forcer Widword d'écrire à Stairs « qu'il étoit content de la vigueur et de l'habileté de l'ambassadeur de France ».
- Duplicité des ministres d’Angleterre à l’égard du régent
- La duplicité anglaise : les ministres de George « affectoient de dire à Londres que leur maître ne pouvoit se défier de la bonne foi du régent, et qu'ils étoient persuadés que l'union entre ces deux princes étoit parfaite : cette confiance n'étoit qu'ostensible. »
- Hauteur de Craggs à l’égard du ministre de Sicile
- La hauteur de Craggs : à La Pérouse qui se plaignait du traité, « Craggs lui demanda si ce prince n'étoit entré dans nulle liaison pour détrôner le roi Georges » — se bornant à dire qu'on avait averti que « le complot se tramoit à Londres », sans dissiper autrement la crainte de l'envoyé, qui « se figura que la cour de Londres cherchoit seulement un prétexte » pour faire révoquer la protestation de la reine de Sicile sur ses droits à la couronne d'Angleterre.
- Efforts du roi de Sicile pour lier avec l’empereur et obtenir une archiduchesse pour le prince de Piémont
- Les efforts du roi de Sicile à Vienne : « il offrit à l'empereur de le laisser maître des conditions du traité ; il avoit su gagner le comte d'Althan, dont la faveur auprès de l'empereur étoit grande » ; le prince Eugène « s'étoit déclaré contre la négociation des Savoyards » — quoiqu'on le soupçonnât d'agir contre sa pensée — et « Staremberg étoit un des ministres de l'empereur qui s'opposoit le plus fortement à ce mariage ».
- Conduite de la cour de Vienne
- La conduite de Vienne : « l'empereur faisoit marcher l'une et l'autre [négociations] du même pas, et comptoit tirer de cette lenteur un avantage considérable, car en même temps qu'il obligeoit le roi de Sicile de lui offrir la carte blanche..., on en suspendoit les expéditions que Schaub devoit porter en Angleterre. »
- Artificieuse conduite des ministres anglois à l’égard du régent
- L'artifice anglais envers le régent : ils le pressaient « de conclure sans laisser à l'empereur le loisir de changer de sentiment..., le moyen le plus sûr de faire échouer la négociation de Savoie étant d'assurer la Sicile à l'empereur, sans qu'il eût besoin du roi de Sicile » ; ils faisaient valoir le bon état des affaires du Nord — l'amiral Norris en Baltique, le czar protestant « qu'il n'avoit pas eu la moindre pensée de marier une de ses nièces au Prétendant » — et joignaient « des apparences de ménagement, même de partialité pour les intérêts du régent ».
- Manèges de Penterrieder à Londres
- Les manèges de Penterrieder : par le secrétaire de Modène, il fit dire à La Pérouse « que l'année précédente..., le comte de Schullembourg avoit offert, de la part du roi de Sicile, de céder cette île à l'empereur ; que Sunderland, Stanhope, Bernsdorff et l'abbé Dubois étoient également instruits de cette offre » — les mêmes raisons subsistant, le roi de Sicile devait saisir « l'occasion de regagner l'amitié de l'empereur ».
- L’Espagne voudroit au moins conserver la Sardaigne ; mal servie par la France
- L'Espagne et la Sardaigne : le roi d'Espagne ayant demandé au régent de l'aider à retenir l'île, « Dubois dit à Monteléon qu'il en avoit l'ordre exprès de Son Altesse Royale..., qu'il craignoit cependant que les instances qu'il feroit en exécution de ses ordres ne fussent infructueuses » — Monteléon multipliant en vain « les représentations sur l'excès de la puissance de l'empereur ».
- L’Angleterre s’y oppose avec hauteur
- L'opposition anglaise : « cette cour étoit très opposée à ce que l'Espagne exigeoit de conserver la Sardaigne. Les ministres confioient à Penterrieder qu'ils croyoient que le dessein d'Albéroni étoit... de garder la Sardaigne comme un entrepôt nécessaire pour les entreprises qu'il méditoit... sur l'Italie » ; et l'objet concerté était « de procurer à l'escadre angloise le loisir d'arriver dans la Méditerranée avant que les Espagnols eussent le temps de commettre aucune hostilité ».
- Triste état de Monteléon
- Le triste état de Monteléon : penser que la paix favorisait l'Espagne « étoit un grand démérite pour lui en Espagne, et quand il faisoit entendre qu'il seroit très fâché si les médiateurs, perdant toute confiance pour l'Espagne, signoient enfin le traité entre eux, Albéroni faisoit passer cet aveu pour une preuve convaincante que Monteléon étoit gagné par l'Angleterre ».
- Les ministres anglois plus impériaux que les Impériaux mêmes
- Plus impériaux que les Impériaux : Penterrieder s'inquiétant des changements faits à Vienne à quelques expressions des actes, les ministres anglais « l'assurèrent que le régent ne s'arrêteroit pas à de simples formalités, l'empereur, en sa considération, ayant passé avec tant de générosité sur l'essentiel des points qui lui devoient paroître si durs ».
- Ministres espagnols protestent dans toutes les cours que l’Espagne ne consent point au traité
- Les protestations des ministres espagnols : ils « déclaroient à ceux des princes d'Italie qui se trouvoient dans les mêmes cours qu'il étoit absolument faux que le roi leur maître eût accepté comme on le publioit le plan du traité ».
- Efforts de Beretti pour détourner les Hollandois d’y souscrire
- Les efforts de Beretti : après avoir « exagéré l'horreur de voir la France, oubliant ce qu'elle avoit fait pour placer un prince de la maison royale sur le trône d'Espagne, servir actuellement de lien entre l'empereur et le roi d'Angleterre pour faire la guerre à ce même prince », il proposa au Pensionnaire l'expédient d'un ambassadeur hollandais à Madrid — « le roi son maître prendroit plus de confiance en un seul Hollandois qu'en cinq cents ministres anglois unis ensemble » — pour gagner un temps illimité ; et il porta à Amsterdam le traité de Barcelone de Stanhope, « pièce excellente pour faire voir à cette puissante ville... ce qu'elle avoit à craindre en tout temps de la part des Anglois, ses rivaux irréconciliables ».
- Cris de cet ambassadeur contre la France
- Ses cris contre la France : il se plaignait « comme d'une chose qui faisoit mal au cœur de voir l'ambassadeur de France aller de porte en porte avec le ministre d'Angleterre, solliciter les députés aux États généraux d'accepter un traité uniquement avantageux à l'empereur ».
- Ses plaintes
- Ses plaintes : il avoua « qu'il ne pouvoit espérer rien de bon depuis que la France et l'Angleterre, unies contre le roi d'Espagne, travailloient et réussissoient à réunir les deux partis de cette république, opposés l'un à l'autre depuis tant d'années ».
- Fâcheuse situation de la Hollande
- La fâcheuse situation de la Hollande : « la dernière guerre avoit épuisé ses finances..., les Anglois avoient profité de la conjoncture pour usurper beaucoup d'avantages dans le commerce » ; la Barrière « les assujettissoit à dépendre des Impériaux, en sorte que cette république, dont les résolutions étoient autrefois d'un si grand poids..., paroissoit réduite à suivre encore longtemps les mouvements de l'Angleterre ». Amsterdam et Rotterdam résistaient par le commerce ; « la province de Frise, et ensuite celle de Gueldre..., résolurent les premières d'entrer dans le traité. »
- Le roi d’Espagne rejette avec hauteur le projet du traité communiqué enfin par Nancré, et se plaint amèrement
- Le rejet espagnol : « nonobstant le péril dont le roi catholique paroissoit menacé, il rejeta avec hauteur le projet entier du traité que Nancré avoit eu enfin ordre de lui confier. Plusieurs conditions de ce projet furent traitées, sous le nom du roi et de la reine d'Espagne, de propositions violentes, injustes, impraticables et pernicieuses. On eut soin de répandre que Leurs Majestés Catholiques en avoient été scandalisées et irritées. »
- Conduite et avis de Cellamare
- La conduite de Cellamare : il eut ordre « de jeter les hauts cris aussi bien sur les propositions que sur la manière artificieuse dont elles avoient été faites. Il exécuta sans peine un tel ordre » ; mais « il crut apercevoir au travers de tout le fiel dont les lettres de la cour d'Espagne étoient pleines, qu'elle ne s'éloigneroit pas d'avaler la pilule, si elle étoit, disoit-il, mieux dorée et présentée en forme plus civile » — conseillant au reste de ne rien relâcher des préparatifs, « persuadé que le moyen le plus sûr de réussir en toute négociation étoit de traiter les armes à la main ».
- Son attention aux affaires de Bretagne
- Son attention aux affaires de Bretagne : cette vigilance armée s'étendait aux embarras intérieurs du régent — les mouvements de Bretagne que l'Espagne suivait de près comme un levier contre lui, et dont la suite montrera l'usage que Cellamare et sa cour prétendaient en tirer.
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