TOME VII · CHAPITRE XVI

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Résumé

Voysin ministre — et « rudement réprimandé » par le roi dès ses débuts ; Boufflers son « évangéliste », puis poursuivant Chamillart ; la « louable mais grande faute » de Chamillart ; Chamillart chassé de Paris par Mme de Maintenon. L'auteur pèse ses propres « raisons de retraite » ; et le grand tableau politique : les « trois espèces de cabales » de la cour — celle des seigneurs, celle des ministres, celle de Meudon — avec le « crayon de la cour » entier.

Les entrées

Voysin ministre
Voysin ministre : mandé au conseil d'État dès le mercredi — « cette promptitude n'avoit point eu d'exemple » —, le roi lui disant « que ce n'étoit pas la peine de lui faire attendre cette grâce », que Mme de Maintenon lui valut encore, « à quoi personne ne se méprit ».
Voysin rudement réprimandé par le roi
Rudement réprimandé : ayant osé, sur les cinq projets de Villars, vouloir décider comme Louvois, il dut avouer « que le choix de ces projets le passoit ». Le roi, « également surpris et irrité », « se redressa d'un pied, et prenant un ton de maître, lui dit qu'il voyoit bien qu'il étoit neuf…, que sa fonction étoit de prendre ses ordres et de les expédier, et la sienne à lui d'ordonner de toutes choses ». Voysin « ne savoit plus où il en étoit, et eut grand besoin de sa femme pour lui remettre la tête, et de Mme de Maintenon pour le raccommoder ».
Boufflers évangéliste de Voysin
Boufflers évangéliste : le roi « défendit à Voysin de rien expédier sans le maréchal de Boufflers », qui effaçait et corrigeait les projets de réponses — « l'humiliation étoit grande pour un ministre d'avoir sans cesse à présenter son thème à la correction d'un seigneur qui n'entroit point dans le conseil ». Voysin, « souple, attendit du bénéfice du temps le moment de sortir de tutelle ».
Chamillart poursuivi par Boufflers
Chamillart poursuivi par Boufflers : le maréchal entra chez Saint-Simon « tout en colère », menaçant l'ex-ministre qui avait seulement déposé Bergheyck à la porte du duc d'Albe. Or Chamillart confia « que, sans lui, Boufflers n'eût pas eu la survivance de ses gouvernements de Flandre et de Lille pour son fils…, qu'il lui arracha cette grâce plutôt qu'il ne l'obtint ». « Si le maréchal eût su qu'il lui devoit la survivance, jamais il ne se fût porté à le perdre. »
Louable mais grande faute de Chamillart
Louable mais grande faute : « une des choses en quoi Chamillart se manqua le plus principalement à soi-même fut de ne se faire valoir d'aucun [bienfait], pour en laisser au roi tout le gré et l'honneur, dont sa disgrâce fut le salaire ».
Chamillart chassé de Paris par Mme de Maintenon
Chassé de Paris : « la poursuite menaçante de Mme de Maintenon, qui craignoit même son ombre », le contraignit aux Bruyères, puis à Mont-l'Évêque, enfin à courir les provinces « visiter les terres qu'on lui proposoit, pour s'éloigner sous ce prétexte » ; « elle fut piquée à l'excès que sa disgrâce ne fit pas son abandon général ». Il acheta à la fin Courcelles, dans le Maine — après un long séjour à la Ferté où Saint-Simon le reçut « avec des fêtes et des amusements que je ne lui aurois pas donnés dans sa faveur et dans sa place ».
Raisons qui me persuadent la retraite
Raisons de la retraite de Saint-Simon : perdu auprès du roi sans en pouvoir « démêler le véritable apostume », éconduit de Marly, privé par la disgrâce de son ami du logement du maréchal de Lorges — « la cour est intolérable et impossible sans un logement » —, bloqué à Blaye par les usurpations du maréchal de Montrevel, « manière de fou » qui « s'y croyoit le roi », il résolut d'aller passer deux ans en Guyenne, puis, l'arbitrage de Chamillart tombé avec lui, se retira à la Ferté, « résolu d'y passer une et plusieurs années, et de ne revoir la cour que par moments ».
Trois espèces de cabales à la cour : des seigneurs, des ministres, de Meudon
Trois cabales : celle des seigneurs — Mme de Maintenon, Boufflers son lustre, « Harcourt, même des bords du Rhin, le pilote, Voysin et sa femme, leurs instruments », avec le chancelier, Huxelles « philosophe apparent, cynique, épicurien, faux en tout…, rongé de l'ambition la plus noire », et les Villeroy ; celle des ministres — Beauvilliers « le plus apparent », Chevreuse « l'âme et le combinateur », Cambrai « du fond de sa disgrâce le pilote », Torcy et Desmarets en sous-ordre — qui « n'avoient qu'à se défendre et rien à conquérir, mais les rieurs n'étoient pas pour eux » ; et celle de Meudon — d'Antin et Mme la Duchesse « qui n'étoient qu'un », les deux Lorraines, Vaudemont —, « proprement la cabale de Vendôme, encore troublée du coup ».
Crayon de la cour
Crayon de la cour : M. du Maine « régnant dans le cœur du roi…, n'étoit à aucun qu'à soi-même, se moquoit de beaucoup, nuisoit à tous tant qu'il pouvoit » ; M. le Duc « embourbé dans son humeur…, comme une mine toujours prête à sauter » ; le duc de Bourgogne, « enfoncé dans la prière…, ignoroit ce qui se passoit sur la terre » et offrait à Dieu les disgrâces « comme il avoit fait les tribulations qu'ils lui avoient causées » ; la duchesse de Bourgogne « nageoit entre les deux cabales » ; Tallard, « enragé de n'être de rien…, pâmoit d'envie du brillant du maréchal de Boufflers » ; Villars « ne doutoit, ni de soi, ni du roi, ni de Mme de Maintenon » ; Tessé, anéanti par sa conduite envers Catinat, « souffert dans la cabale de Meudon, mais rien au delà » ; d'Antin et Mme la Duchesse gardaient avec les Lorraines « l'extérieur le plus intime…, en attendant qu'ils s'entr'égorgeassent tous après, pour la possession unique de Monseigneur, devenu roi ». « Telle étoit la face intérieure de la cour dans ce temps orageux, signalé par deux chutes si profondes, qui sembloient en préparer d'autres. »

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