TOME I · CHAPITRE XXV
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Résumé
Vers la paix : nomination des plénipotentiaires (Harlay et Courtin conseillers d'État, Callières), souvenirs du duc de Chaulnes. Candidats au trône de Pologne : le prince de Conti en tête. Les princes Constantin et Alexandre Sobieski, incognito, baisent la princesse ; vaine entreprise de Mme de Béthune pour en faire autant. Mariage de Coetquen avec une Noailles ; morts de l'abbé Pelletier et du duc de Roannais ; Mme de Saint-Géran exilée, Rubantel disgracié ; Mmes de Castries et de Jussac placées auprès de la duchesse de Chartres.
Les entrées
- Plénipotentiaires nommés pour la paix
- Après la neutralité d'Italie, le roi fait paraître Callières « comme son envoyé public » en Hollande et nomme ses plénipotentiaires pour la paix : Courtin et Harlay, conseillers d'État, Crécy en troisième — Harlay devenant premier plénipotentiaire quand Courtin, « qui perdoit les yeux », s'excuse.
- Harlay conseiller d’État
- Harlay le plénipotentiaire : « un homme d'esprit et fort du monde, qui avoit été longtemps intendant en Bourgogne et qui aimoit le faste. Le jugement ne répondoit pas à l'esprit, et il étoit glorieux comme tous les Harlay » — mais « son ambition le rendoit poli et cherchant à plaire ».
- Courtin conseiller d’État
- Courtin : « très-petit homme, bellot, d'une figure assez ridicule, mais plein d'esprit, de sens, de jugement, de maturité et de grâces », vieilli dans les négociations, seul homme de robe à aller à Marly et paraître sans manteau. Son intendance de Picardie donne sa mesure : ayant soulagé les terres de M. de Chaulnes, il découvre qu'il en avait surchargé d'autres élections — « le scrupule lui en prit ; il rendit du sien ce qu'il crut avoir imposé de trop à chaque paroisse, et quitta l'intendance sans que le roi l'y pût retenir ».
- Courtin, Harlay et le duc de Chaulnes
- L'histoire de la lettre — Courtin, Harlay et le duc de Chaulnes : Harlay, amoureux de la confidente de Pontchartrain, ennemi juré de Chaulnes, en vient à trahir tous les secrets ; un soir de poste, la tête pleine « du nom de M. de Chaulnes », il met le dessus à M. de Chaulnes au lieu de M. de Pontchartrain. Chaulnes, trahi par son ami intime, « sut profiter d'une si lourde méprise, et ne sut pas moins n'en faire aucun semblant » : au dîner rituel du retour, devant le chancelier beau-père, il annonce qu'il va fermer lui-même ses lettres « et mettre le dessus… pour éviter les méprises qui arrivent quelquefois », regardant Harlay entre deux yeux ; puis le prend par la main : « Allons, monsieur, et buvons ensemble : voilà comme je sais me venger. » Harlay « pensa fondre… et en pensa mourir de honte et de douleur ».
- Callières
- Callières, le troisième : Normand attaché aux Matignon, formé dans les négociations obscures du Nord, ami du grand trésorier de Pologne Morstein qu'il suivit à Paris, négociateur du mariage Morstein-Chevreuse. Le hasard d'une rencontre « dans les rues de Paris » avec un marchand hollandais accrédité ouvre tout : leurs raisonnements, rapportés à Chevreuse puis à Beauvilliers, Croissy et Pomponne, le font envoyer secrètement en Hollande, d'où il conduit seul les affaires « au point que les principales difficultés se trouvèrent levées ». « Grand homme maigre, avec un grand nez, la tête en arrière, distrait », d'un extérieur désagréable « qui disparaissoit dès qu'on l'entretenoit de choses et non de bagatelles » — « parfaitement désintéressé, et qui ne craignoit de déplaire au roi ni aux ministres pour dire la vérité ».
- Candidats pour la Pologne
- La succession de Pologne : Jean Sobieski mort, les candidats sont les électeurs de Bavière, de Saxe, le palatin, le duc de Lorraine, le prince Louis de Bade — et les fils du feu roi, que « l'avarice extraordinaire de la reine, qui avoit tout vendu et rançonné, et la hauteur de ses manières » rendaient odieux à cause d'elle.
- Prince de Conti
- L'abbé de Polignac, ambassadeur, « crut y voir jour à l'élection en faveur de M. le prince de Conti » — et le roi, « qui ne demandoit pas mieux que de se défaire d'un prince de ce mérite si universellement connu, et qu'il n'avoit jamais pu aimer, tourna toutes ses pensées à le porter sur ce trône ». Atouts du prince : la naissance, les qualités « aimables et militaires » de Hongrie, la mémoire du comte de Saint-Paul son cousin ; Polignac y voyait « pour soi le chapeau de cardinal ». Le prince vend pour six cent mille livres de terres, la somme part en Pologne, « et le roi promit de la rendre si l'élection ne réussissoit pas ».
- Princes Constantin et Alexandre Sobieski, bien qu’incognito, baisent la princesse
- Les princes Constantin et Alexandre Sobieski viennent à Paris recevoir l'ordre : « pour sonder les traitements qu'ils désiroient, ils demeurèrent incognito, et néanmoins le roi leur donna comme aux gens titrés la distinction de baiser la princesse et Madame. »
- Vaine entreprise de Mme de Béthune de baiser la princesse
- La vaine entreprise de Mme de Béthune, tante des Sobieski : « femme d'esprit, hardie, entreprenante », elle se met en tête que son ancienne charge de dame d'atours de la reine lui donne droit de baiser les filles de France. « Madame en fut la dupe et la baisa » ; mais la duchesse du Lude « n'osa le prendre sur elle », le roi trouva la prétention « impertinente et fausse », et Mme de Béthune, « qui savoit fort bien que sa prétention étoit une entreprise, la laissa promptement tomber ».
- Mariage de Coetquen avec une fille du duc de Noailles
- Coetquen — fils de la Mme de Coetquen « célèbre par la passion de M. de Turenne, et le secret de Gand qui lui échappa » — épouse la seconde fille du duc de Noailles « pour le crédit des Noailles » : « la plus laide et la plus dégoûtante créature qu'on sût voir, et il prétendit plaisamment qu'on lui avoit fait voir la troisième qui étoit jolie, puis qu'on l'avoit trompé et donné l'autre. Le mariage aussi fut peu heureux. »
- Mort de l’abbé Pelletier, conseiller d’État ; du duc de Roannais
- Deux morts : l'abbé Pelletier, conseiller d'État, « habile, mais fort rustre », d'apoplexie au sortir d'un dîner ; et le duc de Roannais, qui avait représenté le comte de Flandre au sacre du roi, « homme de beaucoup d'esprit et de savoir » tourné de bonne heure à la dévotion — La Feuillade en avait profité : mariage de la sœur, démission, érection nouvelle en 1667 —, mort « dans une grande piété et dans une profonde retraite », en habit quasi ecclésiastique sans être jamais entré dans les ordres.
- Mme de Saint-Géran exilée
- L'exil de Mme de Saint-Géran : les soupers du « Désert », la petite maison de Mme la Duchesse près de la porte de Sartori, avaient déjà fâché M. le Duc et M. le Prince et valu une gronderie royale. Pressée d'y revenir, Mme de Saint-Géran « craignit, se défendit ; mais, comme elle aimoit à se divertir et qu'elle ne laissoit pas d'être imprudente », elle céda — et mit si bien tout en gaieté « que l'heure de retourner à temps pour le cabinet étoit insensiblement passée ». Sa première année de deuil « aggrava le crime ; tout tomba sur elle : elle fut exilée à vingt lieues de la cour ». En femme d'esprit, elle choisit un couvent de Rouen : « ayant eu le malheur de déplaire au roi, il n'y avoit pour elle qu'un couvent ; et cela fut fort approuvé. »
- Disgrâce de Rubantel
- La disgrâce de Rubantel, lieutenant-colonel des gardes : « fort brave homme, fort honnête homme et fort estimé », mais « épineux, volontiers chagrin », insupportable au maréchal de Boufflers dont il prenait les avances pour des affronts. Boufflers obtient de le tirer honnêtement du régiment ; mais Barbezieux, en lui annonçant les grâces, ajoute que le roi « ne lui auroit pas donné [le fort de Barreaux] sans l'instante prière de M. de Boufflers, par le mécontentement qu'il avoit de sa conduite » : « il en fut si outré qu'il ne voulut d'aucune grâce, s'en alla à Paris sans voir le roi, et ne l'a jamais revu ni songé à servir depuis. »
- Mme de Castries dame d’atours de Mme la duchesse de Chartres
- Mme de Castries, dame d'atours de Mme la duchesse de Chartres — sa cousine germaine « par la bâtardise de cette princesse » : mariage arrangé par M. du Maine pour secourir le cardinal Bonzi, détrôné du Languedoc par Bâville. Portrait inoubliable : « un quart de femme, une espèce de biscuit manqué… et auroit passé dans un médiocre anneau ; ni derrière, ni gorge, ni menton, fort laide… avec cela une physionomie qui éclatoit d'esprit et qui tenoit encore plus parole. Elle savoit tout : histoire, philosophie, mathématiques, langues savantes », avec « ce tour unique qui n'est propre qu'aux Mortemart » — « cruellement méchante quand il lui plaisoit, et fort bonne amie ».
- Mme de Jussac auprès de Mme la duchesse de Chartres
- On ajouta Mme de Jussac à la suite intérieure de la duchesse de Chartres : ancienne gouvernante de la princesse, jadis auprès de la première femme du père de Saint-Simon, veuve d'un écuyer du duc du Maine tué à Fleurus. « Douce, modeste, bonne, mais sage et avisée… vraie et droite, polie, respectueuse, toujours en sa place », alliant la confiance de Mme de Montespan et l'estime de Mme de Maintenon « sans flatterie et sans fausseté ». « Il est très-singulier qu'avec très-peu de bien, elle maria ses deux filles à deux frères, MM. d'Armentières et de Conflans qui n'avoient rien » — mariages qui tirèrent cette ancienne maison « de la poussière où l'indigence la faisoit languir ».
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